Yehezkel (Ézéchiel) est le prophète de l'exil babylonien : prêtre du Temple devenu prophète au bord du Kebar, témoin de la Gloire divine (Merkava), annonceur du jugement de Jérusalem, puis de la restauration et de la vision du Temple futur. 48 chapitres, 1273 versets. Texte hébreu vérifié, traduction du Rabbinat, commentaires juifs (Rachi, Metsoudot, Ralbag).
Yehezkel fils de Bouzi était kohen (prêtre), de la lignée sacerdotale de Jérusalem (1,3). Selon une tradition rapportée par nos Sages (Radak, cf. Séder Olam), son père Bouzi ne serait autre que le prophète Yirmeyahou — d'où le lien étroit, dans le style comme dans le message, entre les deux prophètes. Yirmeyahou prophétisa dans Jérusalem jusqu'à sa chute ; Yehezkel prophétisa depuis Babylone, auprès des exilés.
Il fait partie des exilés déportés avec le roi Yoïachin (la galout de Yoïachin, vers −597, huit ans avant la destruction du premier Temple). Il vivait au bord du fleuve Kebar, dans la communauté de Tel-Aviv en pays de Babylone (1,1 ; 3,15). C'est là, « la trentième année », qu'il reçut sa première vision.
Nos Sages soulignent un point capital : Yehezkel fut le premier à recevoir la prophétie hors de la Terre d'Israël (Mekhilta ; Moed Katan 25a). Or la Chekhina ne repose normalement pas en terre impure ; la prophétie ne lui vint qu'« au bord du fleuve », dans un lieu pur (Radak), et parce que le sujet même était la Gloire de Hashem qui accompagne Israël en exil. De là une des grandes consolations du livre : « Je serai pour eux un petit sanctuaire dans les pays où ils sont venus » (11,16) — Hashem ne se sépare pas de Son peuple, même dispersé.
Le livre s'ouvre (ch. 1) sur la vision la plus élevée de toute l'Écriture : le Char divin (Merkava) — les quatre Hayot (חַיּוֹת : homme, lion, taureau, aigle), les Ofanim (roues dans les roues), le firmament, et au-dessus le trône avec « une ressemblance comme l'aspect d'un homme ».
La tradition (Haguiga 11b–13a) entoure ce chapitre d'une extrême sainteté : le Maasé Merkava fait partie des enseignements ésotériques que l'on « n'expose pas même à un seul, à moins qu'il ne soit sage et ne comprenne de lui-même ». On raconte l'enfant qui, étudiant le mot Hachmal (1,27), fut consumé par un feu — d'où la prudence exigée devant ces versets. La haftara de Chavouot est précisément ce chapitre, car le don de la Torah au Sinaï fut lui aussi une révélation de la Gloire divine.
Hashem établit Yehezkel « sentinelle (tsofé) de la maison d'Israël » (3,17) : si la sentinelle avertit et que le peuple n'écoute pas, le sang retombe sur le peuple ; si elle se tait, il retombe sur elle. C'est le fondement de la responsabilité du réprimandeur et du principe de techouva développé au chapitre 18 : « l'âme qui pèche, c'est elle qui mourra » — chacun est jugé pour ses propres actes.
De là le verset central de la liturgie des Sélihot et de Yom Kippour : « Je ne désire pas la mort du méchant, mais qu'il revienne de sa voie et qu'il vive » (18,23 ; 33,11). Sa prophétie se déploie en trois temps : réprimandes et annonce du châtiment (ch. 1–24), avec la vision terrible du départ de la Chekhina hors du Temple, étape par étape (ch. 8–11) ; oracles contre les nations (ch. 25–32) ; puis consolation et reconstruction (ch. 33–48).
Sur ordre de Hashem, Yehezkel accomplit des actions symboliques destinées à frapper les esprits, là où les mots ne suffisaient plus : graver Jérusalem sur une brique, l'entourer d'un siège et d'un mur de fer — image de la séparation dressée entre Israël et son Père céleste (ch. 4) ; se coucher 390 jours sur le côté gauche (faute d'Israël) puis 40 jours sur le côté droit (faute de Yehouda), mangeant un pain de disette et buvant l'eau mesurée.
Il se rase cheveux et barbe, en brûle un tiers, en frappe un tiers de l'épée, disperse un tiers au vent (ch. 5) — les trois destins de Jérusalem. Il prépare des ustensiles d'exilé et « part en déménagement » sous les yeux du peuple (ch. 12). Enfin l'épreuve la plus intime : la mort de sa femme, « le délice de ses yeux », sur laquelle il lui est interdit de porter le deuil (24,15–24). Les moqueurs raillaient ces prophéties comme visant « des temps lointains » (12,22) ; Hashem répond qu'elles s'accompliront de leur vivant.
Après l'annonce de la chute (qui survient au ch. 33, quand un rescapé vient dire « la ville est prise »), le ton bascule vers la consolation : les mauvais bergers et le vrai Berger (ch. 34) ; le cœur nouveau et l'Esprit dans le peuple (ch. 36) ; et surtout la vision des ossements desséchés (ch. 37) — « Ces os pourront-ils revivre ? » — grande source scripturaire de la Tehiyat ha-Métim et, dans son sens immédiat, promesse du retour d'Israël sur sa terre (haftara de Chabbat Hol ha-Moed Pessa'h).
Viennent ensuite les deux bois réunis — Yehouda et Yossef en un seul peuple sous un seul roi, le Machia'h fils de David (37,15–28) ; la guerre de Gog et Magog (ch. 38–39), assaut final des nations et leur défaite ; puis la vision détaillée du troisième Temple (ch. 40–48) — mesures, service, prince, le fleuve jaillissant du sanctuaire, le partage de la Terre — se clôturant sur le nom nouveau de Jérusalem : « HaChem Chamma » — “Hashem est là” (48,35).
Nos Sages (Chabbat 13b ; Haguiga 13a ; Menahot 45a) rapportent que les sages voulurent « ranger » (ganoz) le livre de Yehezkel, car certains passages — notamment le service du Temple des ch. 40–48 — semblaient contredire la Torah de Moché. Ils s'apprêtaient à le retirer, « jusqu'à ce que vînt Hanania ben Hizkiya ben Gouryon » : on lui monta trois cents cruches d'huile, et il demeura dans sa chambre haute à étudier jusqu'à ce qu'il eût résolu toutes les contradictions. C'est en partie grâce à lui que le livre nous fut conservé.
Sur la rédaction, la Guémara (Bava Batra 15a) enseigne que les Hommes de la Grande Assemblée (Anshé Knesset ha-Gedola) « écrivirent Yehezkel, les Douze, Daniel et Esther » — c'est-à-dire qu'ils fixèrent et mirent par écrit ces livres, le prophète ayant vécu hors de la Terre.
La tradition midrachique tisse un lien entre Yehezkel et ses trois célèbres compagnons — Hanania, Michaël et Azaria (Chadrakh, Méchakh et Aved-Nego du livre de Daniel), présentés comme ses disciples. Quand Nabuchodonosor dressa la statue d'or dans la vallée de Doura, ils vinrent consulter le prophète, qui leur transmit l'enseignement de Yechayahou : « Cache-toi un court instant jusqu'à ce que passe la colère » (Is. 26,20). Mais eux choisirent le Kiddouch Hachem public, s'appuyant sur le kal va-homer des grenouilles d'Égypte.
Sauvés de la fournaise, ils sanctifièrent le Nom aux yeux de toutes les nations (Daniel 3). La tradition relie cet épisode à la résurrection des morts de la vallée de Doura que Hashem ordonna à Yehezkel d'accomplir (Sanhédrin 92b) — écho vivant de la vision des ossements du chapitre 37.
Selon la tradition et le témoignage de Benjamin de Tudèle (Massa'ot Rabbi Binyamin), Yehezkel repose à Kefar Maloah, au bord de l'Euphrate près de Babylone (aujourd'hui Al-Kifl, en Irak). Son tombeau fut, des siècles durant, un lieu de pèlerinage majeur : une synagogue portant son nom et celui de Yoïachin, une bibliothèque de rouleaux rescapés des deux Temples, un Sefer Torah attribué à sa main que l'on lisait à Yom Kippour, et des lampes brûlant en permanence.
Nos Sages demandent : pourquoi ce prophète mérita-t-il d'être enterré hors de la Terre sainte ? Une lecture profonde répond : c'est précisément parce qu'il fut le prophète de l'exil qu'il repose en exil, au milieu de son peuple dispersé — incarnant jusque dans sa sépulture le message central du livre : la Chekhina descend avec Israël en exil, et remontera avec lui à la Délivrance.
Yehezkel est le prophète-prêtre qui, du fond de l'exil babylonien, montra à Israël effondré à la fois la sévérité du jugement — la Gloire quittant le Temple — et l'espérance absolue : les ossements desséchés qui se relèvent, les deux royaumes réunis, et le Temple futur d'où coule l'eau vive, sur une ville dont le nom éternel est « Hashem est là ».
Sources : Yehezkel 1,3 ; 3,17 ; 11,16 ; 18,23 ; 33,11 ; 37 ; 48,35 · Talmud Bavli : Haguiga 11b–13a (Merkava) ; Chabbat 13b, Menahot 45a (mise à l'écart) ; Bava Batra 15a (rédaction) ; Sanhédrin 92b–93a (Doura) ; Moed Katan 25a · Midrachim : Eikha Rabba, Béréchit Rabba, Chir haChirim Rabba ; Séder Olam Rabba · Commentaires : Rachi, Radak, Metsoudot, Ralbag, Malbim (via Sefaria) · Massa'ot Rabbi Binyamin (Benjamin de Tudèle) — tombeau de Yehezkel
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