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Tanakh/Béréchit/Verset 1, 1

Béréchit 1, 1

בְּרֵאשִׁית א׳
Paracha : BéréchitDomaine : TanakhDurée : 9 minSources : vérifiées Sefaria
ILe Texteהַטֶּקְסְט
בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱלֹהִים אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ׃
Berechit bara Elohim et hachamayim ve'et ha'aretz.
בְּרֵאשִׁיתAu commencementבָּרָאcréaאֱלֹהִיםDieuאֵת— (acc.)הַשָּׁמַיִםles cieuxוְאֵתet —הָאָרֶץla terre

Le texte est présenté vocalisé et accentué, tel qu'on le lit dans le Sefer Torah massorétique. Avant toute interprétation, on prend le temps de la lettre — le rythme des mots, leur poids, leur ordre.

IILa Traductionתַּרְגּוּם

« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. »

La traduction se veut précise avant d'être élégante. Béréchit n'est pas un simple « au début » : la forme construite suggère « au commencement de », une nuance que les commentateurs vont précisément travailler. Le verbe bara, lui, désigne une création réservée, dans la Torah, à l'action divine seule.

IIIRachiרַשִׁ״י

Pourquoi commencer ici ?

אָמַר רַבִּי יִצְחָק: לֹא הָיָה צָרִיךְ לְהַתְחִיל אֶת הַתּוֹרָה אֶלָּא מֵ«הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם»…

« Rabbi Yits'haq a dit : la Torah aurait dû commencer par « Ce mois-ci sera pour vous… » (Chemot 12,2), première mitsva donnée à Israël. Pourquoi commence-t-elle par la création ? »

Rachi répond par un verset des Tehilim : « Il a révélé à Son peuple la puissance de Ses œuvres, pour leur donner l'héritage des nations. » Si les peuples accusent Israël d'avoir conquis injustement la terre de Canaan, Israël pourra répondre : toute la terre appartient au Saint, béni soit-Il ; Il l'a créée et la donne à qui Il veut. Par Sa volonté Il la leur avait donnée, et par Sa volonté Il la leur a reprise pour nous la donner.

Le premier mot du texte n'est donc pas une date : c'est un titre de propriété. La Torah s'ouvre sur la création parce que le récit du monde fonde le droit d'Israël à sa terre.

IVLes Meforchimמְפָרְשִׁים

Trois regards sur le premier mot.

Là où Rachi cherche le pourquoi, les autres commentateurs interrogent le comment du langage — et chacun ouvre une porte différente.

רַמְבַּ״ןRambanGérone · 1194–1270

Le Ramban lit ici la création ex nihilo : de l'absence absolue, Dieu fait surgir une matière première, le hyle, d'où tout sera ensuite façonné. « Béréchit » n'est pas un instant dans le temps, mais l'origine du temps lui-même.

אִבְּן עֶזְרָאIbn EzraTudèle · 1089–1167

Fidèle au pchat, Ibn Ezra s'attache à la grammaire : béréchit est un état construit qui appelle un complément. Il faut lire « au commencement de la création des cieux… » — une phrase qui décrit un processus, non un point de départ figé.

מַלְבִּי״םMalbimVolochysk · 1809–1879

Le Malbim refuse tout synonyme inutile dans la langue sacrée : si la Torah choisit bara plutôt que yatsar ou assa, c'est pour marquer un acte sans précédent ni matériau — la signature même du divin dans le premier verbe du monde.

VL'Idéeהָרַעְיוֹן

Commencer par la création, c'est affirmer que rien ne va de soi : ni le monde, ni la terre, ni notre place en elle. Tout est don — et tout don oblige. Le premier mot de la Torah ne raconte pas seulement une origine ; il nous remet entre les mains une responsabilité.

C'est cela, l'idée que l'on emporte : une phrase claire, née du texte et de ses commentateurs, qu'on pourra redire à sa table, transmettre à ses enfants, méditer en chemin.