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Dvar Torah/Chéla'h/ma'amar

Les explorateurs face aux quatre géants

Le secret de la terre d'Israël : Arikh Anpine, l'arbre de vie et les quatre géants

Paracha : Chéla'hAuteur : Rav Yéhouda Moshé CharbitDurée : 16 minSource : Yam Chel Torah · Chéla'h 5786
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PDF original · yamcheltorah.fr

Terre d'IsraëlKabbale & sodDélivranceMoussar

La paracha de Chéla'h relate l'envoi par Moshé de douze explorateurs vers la terre d'Israël. Chargés d'une mitsva, dix d'entre eux s'en détournent : de retour, ils décrient la terre promise et entraînent le peuple à la refuser. Seuls Yéhochoua bin Noun et Calev ben Yéfouné s'y opposent. Les dix médisants meurent frappés par une plaie, et le peuple est condamné à errer quarante ans au désert. Ce ma'amar cherche le sens caché de leur faute — et de leur châtiment.

ILe châtiment des explorateurs : mesure pour mesure

La punition du peuple — quarante ans d'errance — est connue ; celle des explorateurs eux-mêmes l'est moins. Rachi, d'après la Guemara (Sotah 35a), l'explicite : ils moururent « par la plaie, devant Hachem », mesure pour mesure. Puisqu'ils avaient fauté par la langue, celle-ci s'allongea jusqu'au nombril, et des vers en sortirent pour les dévorer.

Au-delà de l'effroi, le lien faute–châtiment nous échappe. Que la langue soit visée se comprend — la faute est la médisance contre la terre. Mais pourquoi l'étendre jusqu'au nombril ? Et pourquoi les vers ?

וַיָּמֻתוּ הָאֲנָשִׁים מוֹצִאֵי דִבַּת־הָאָרֶץ רָעָה בַּמַּגֵּפָה לִפְנֵי יְהֹוָה׃
IITrois énigmes

D'abord, le peuple veut « se donner un chef et retourner en Égypte » (Bamidbar 14, 4). Pourquoi ce désir récurrent de revivre les pires souffrances ?

Ensuite, la rencontre des géants à 'Hévron — A'himan, Chéchaï, Talmaï (Bamidbar 13, 22) — terrifie les explorateurs au point qu'ils se voient « comme des sauterelles » (13, 33). Or ce sont des hommes qui savent qu'Hachem est leur Créateur et qu'Il peut renverser ces créatures, comme au Maboule. Pourquoi craindre ?

Enfin, un Midrach (Tan'houma, Réé 7) surprend : Israël méritait d'entrer aussitôt, mais les sept nations, apprenant sa venue, dévastèrent la terre (arbres coupés, sources bouchées, maisons détruites). Hachem retint donc le peuple quarante ans, jusqu'à ce qu'elles la reconstruisent. Cela paraît contredire la faute des explorateurs — et la terre « où coulent le lait et le miel », aux fruits extraordinaires.

וַיֹּאמְרוּ אִישׁ אֶל־אָחִיו נִתְּנָה רֹאשׁ וְנָשׁוּבָה מִצְרָיְמָה׃
IIILe cadre du Arizal : Arikh Anpine et le Maboule

Le Arizal décrit, avec une grande pudeur, la chaîne des mondes par laquelle la lumière divine descend de l'infiniment grand vers notre réalité : Adam Kadmon, 'Atik Yomine, Arikh Anpine, Abba et Ima (Hokhma et Bina), Zé'ir Anpine, puis Briah, Yétsirah et Assia — notre monde. Chaque degré s'habille dans celui qui lui est inférieur.

Avant la faute du Maboule, le monde s'abreuvait directement de Arikh Anpine (« la longue face ») ; après, de Zé'ir Anpine (« la petite face »). D'où le rétrécissement du monde : les hommes immenses et presque millénaires d'avant cèdent la place aux mortels d'après l'arche.

La terre d'Israël, elle, occupe un statut unique : préservée de la destruction directe du Maboule — la colombe en rapporta un rameau d'olivier, car seule Israël ne fut pas ravagée (Béréchit Rabba 33, 6) — mais elle en subit les conséquences. Une terre « indécise », entre les deux réalités. C'est cela qui conduira Moshé à organiser l'expédition.

IVMoshé le soleil, Israël la lune, et l'arbre de vie

Le Zohar (Chéla'h 157a) enseigne qu'Hachem refusa l'entrée à Moshé : il incarne le soleil, la terre d'Israël la lune ; tant que le soleil brille, la lune ne peut se manifester. Pourtant, Il l'autorise à envoyer des explorateurs « connaître la terre ».

Moshé leur demande alors une chose étrange : « y a-t-il un arbre, ou non ? » (Bamidbar 13, 20). Le Zohar dévoile qu'il s'enquiert de l'arbre de vie : s'il est là, Moshé pourra entrer. Mais l'arbre est resté au Gan Eden.

Le Rav David Daniel HaCohen (Birkat David) lève la contradiction via un autre Zohar (158b) : l'arbre de vie correspond au Zé'ir Anpine. Des fruits ordinaires signaleraient une terre régie comme les autres (Zé'ir Anpine) ; des fruits hors-normes, qu'elle profite de Arikh Anpine — et alors Moshé pourrait entrer. Car sous Zé'ir Anpine, « deux rois ne partagent pas une couronne » (le soleil occulte la lune) ; sous Arikh Anpine, soleil et lune s'expriment ensemble.

הֲיֵשׁ־בָּהּ עֵץ אִם־אַיִן וְהִתְחַזַּקְתֶּם וּלְקַחְתֶּם מִפְּרִי הָאָרֶץ׃
VLes quatre géants, gardiens de l'arbre de vie

La Ma'arat Hama'hpéla se trouve à Kiryat Arba. Rachi (Béréchit 23, 2) y voit deux sens : la ville des quatre géants (A'himan, Chéchaï, Talmaï et leur père), ou celle des quatre couples qui y seront enterrés — Adam et 'Hava, Avraham et Sarah, Yitshak et Rivka, Yaakov et Léa.

Le Rav 'Haïm Vital ('Ets Hada'at Tov, Chéla'h) explique : l'entrée du Gan Eden est là. D'où un affrontement — les quatre couples (forces du bien) empêchent le mal d'entrer ; les quatre géants (forces du mal) empêchent l'arbre de vie de sortir, de se manifester sur terre.

Voilà pourquoi Moshé presse les explorateurs d'aller prier à 'Hévron, sur la tombe des Avot : vaincre les géants ouvrirait les portes du Gan Eden. Seul Calev suit la consigne ; les autres fuient, terrifiés par leur stature — et échouent. Rachi (13, 33) dit qu'ils « dépassaient le soleil » ; le Imré Harim précise : ils lui font de l'ombre — ils empêchent l'expression du soleil, c'est-à-dire de Moshé et de l'arbre de vie.

וְשָׁם רָאִינוּ אֶת־הַנְּפִילִים בְּנֵי עֲנָק מִן־הַנְּפִלִים וַנְּהִי בְעֵינֵינוּ כַּחֲגָבִים וְכֵן הָיִינוּ בְּעֵינֵיהֶם׃
VILa faute décodée — et notre retour

Tout s'éclaire. La terre est « dévastée » sous une gestion ordinaire (Zé'ir Anpine) ; mais sous Arikh Anpine, le miraculeux revient et brise les lois de la nature. Les Hébreux errent parce qu'ils ont échoué et maintenu la terre sous Zé'ir Anpine ; Hachem refuse de la leur livrer en l'état et attend qu'elle redevienne, naturellement, porteuse d'abondance.

Leur désir de retour en Égypte ('Hida, 'Homat Anokh, Chéla'h) n'est pas le choix d'un pays : c'est tenter de reprendre la réparation là où l'exil égyptien l'avait laissée — toutes les étincelles n'ayant pas été relevées. Hachem refuse : la décision ne leur revient pas.

Le châtiment, enfin, se lit. Les dimensions sont superposées, chacune supérieure à la suivante ; Zé'ir Anpine arrive au nombril de Arikh Anpine. Or le nombril est la première bouche de la vie — celle de l'état fœtal, qui se nourrit sans encore respirer par soi-même. La langue des explorateurs, qui aurait dû atteindre Arikh Anpine pleinement exprimé, descend jusqu'au nombril où se tient Zé'ir Anpine ; le lien entre les deux est rompu, et des vers le dévorent — image de l'atrophie du flux qui aurait dû réunir les deux états.

Nous peinons encore à imaginer la grandeur que peut atteindre la terre d'Israël. Notre retour, après des siècles d'exil, est le signe le plus parlant d'une maturation en cours. C'est pourquoi l'on se bat pour elle, par amour — chacun à son niveau — pour mériter de vivre au plus près du Maître du monde. Chabbat Chalom. — Rav Y. M. Charbit

Sources citéesמְקוֹרוֹת
  • Bamidbar 13–14 — les explorateurs ; Rachi sur place
  • Talmud Sotah 35a — la plaie « mesure pour mesure »
  • Midrach Tan'houma (Réé 7) ; Béréchit Rabba 33, 6
  • Arizal — Séfer Halékoutim : la chaîne des mondes (Arikh / Zé'ir Anpine)
  • Zohar Chéla'h 157a et 158b
  • Rav David Daniel HaCohen — Birkat David, p. 135
  • Rav 'Haïm Vital — 'Ets Hada'at Tov, Parachat Chéla'h
  • Rachi (Béréchit 23, 2 — Kiryat Arba) ; Imré Harim (Bamidbar 13)
  • 'Hida — 'Homat Anokh, Parachat Chéla'h, Ot 7