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Dvar Torah/Beha'alotekha/ma'amar

Les trompettes de Moshé pour ressusciter David

Les 'Hatsotsrot, le secret de la lettre vav et la résurrection du roi d'Israël

Paracha : Beha'alotekhaAuteur : Rav Yéhouda Moshé CharbitDurée : 15 minSource : Yam Chel Torah · Beha'alotekha 5786
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DélivranceBeit HamikdashRoyauté & DavidKabbale & sod

La paracha de Beha'alotekha s'ouvre sur les règles de la ménorah et l'investiture des Lévis au service des Cohanim, puis relate le premier Pessa'h au désert — la deuxième année après la sortie d'Égypte — et l'organisation des déplacements du peuple. Elle raconte ensuite la faute de ceux qui s'éloignent d'Hachem en réclamant de la viande, et s'achève sur la médisance de Myriam à l'égard de Moshé. Ce ma'amar s'arrête sur un détail du chapitre 10 : les deux trompettes d'argent — les 'Hatsotsrot — et la question de leur véritable fonction.

I« Fais-toi deux trompettes » : un outil réservé à Moshé

La Torah demande à Moshé de fabriquer deux trompettes d'argent pour le service du peuple au désert : en argent pur, façonnées d'une seule pièce. Leur fonction est précise — convoquer l'assemblée, faire déplacer les camps, accompagner certains moments du service divin. Sonnées ensemble, elles rassemblent toute l'assemblée à l'entrée de la Tente d'Assignation ; sonnée seule, une trompette n'appelle que les chefs des tribus. Elles servaient aussi en temps de guerre, pour rappeler Israël devant Hachem, et accompagnaient les fêtes, les néoménies et les sacrifices.

Or les Sages enseignent que les 'Hatsotsrot n'ont été utilisées que du vivant de Moshé, avant de disparaître. Ce n'était donc pas un simple instrument de gestion du peuple. Rachi le confirme en déduisant du texte que Moshé devait les fabriquer de son propre matériel. L'objet n'a rien d'anodin : il cache une réalité profonde. Quelle est la véritable fonction des trompettes, pour que seul Moshé puisse les manier ?

עֲשֵׂה לְךָ שְׁתֵּי חֲצוֹצְרֹת כֶּסֶף מִקְשָׁה תַּעֲשֶׂה אֹתָם וְהָיוּ לְךָ לְמִקְרָא הָעֵדָה וּלְמַסַּע אֶת־הַמַּחֲנוֹת׃
IILe Midrach des portes : la gloire partagée avec ceux qui Le craignent

Le Midrach (Bamidbar Rabba 15, 13) ouvre une piste : il relie l'ordre « Fais-toi deux trompettes » au verset « Élevez vos frontons, ô portes » (Tehilim 24). Il rappelle que, lorsque Chlomo voulut faire entrer l'Arche dans le Temple, les portes refusèrent de s'élever — jusqu'à ce qu'il proclame : « Hachem Tsevaot, c'est Lui le Roi de gloire ».

Que signifie « Hachem Tsevaot est le Roi de gloire » ? Qu'Il partage de Sa gloire avec ceux qui Le craignent. Lui est appelé « Elohim » — et Il a appelé Moshé « Elohim » (« Je t'ai établi Elohim pour Pharaon »). Il ressuscite les morts — et Il en partagea le pouvoir avec Éliyahou. Le Machia'h portera Son vêtement de gloire. Puis Il dit à Moshé : « Je t'ai fait roi » ; et de même qu'on sonne devant un roi qui sort, ainsi : « Fais-toi deux trompettes ».

Mais la comparaison laisse perplexe. D'abord, on sonne devant le roi qui sort — alors que les trompettes, elles, rassemblent le peuple à l'appel de Moshé, non à sa sortie. Ensuite, si la crainte d'Hachem suffit à mériter les trompettes, Moshé n'était pas le seul à Le craindre : pourquoi disparaissent-elles avec lui ? Et pourquoi seul le Machia'h portera-t-il « son vêtement » ? Enfin, pourquoi le Midrach développe-t-il si longuement l'histoire des portes du Temple à l'époque de Chlomo, plutôt que celle de Moshé ou d'Éliyahou ? En quoi ces portes justifient-elles tout le raisonnement ?

שְׂאוּ שְׁעָרִים רָאשֵׁיכֶם וְהִנָּשְׂאוּ פִּתְחֵי עוֹלָם וְיָבוֹא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד׃
IIIL'erreur de Chlomo et le réveil de David Hamelekh

Un autre Midrach (Chémot Rabba 8, 1) éclaire l'affaire des portes. Chlomo avait commis une erreur de mesure : l'entrée du Kodech Hakodachim et l'Arche faisaient toutes deux dix Amot — l'Arche ne pouvait donc pas franchir les portes. Les Sages soulignent que cette erreur fut délibérément induite par Hachem dans l'esprit du plus sage des hommes.

Démuni, Chlomo pria — non par son propre mérite, mais par celui de son père. Il fit venir le cercueil de David, et David se réveilla d'entre les morts ; par son mérite, les portes cédèrent le passage à l'Arche. C'est le sens du « Cantique de l'inauguration du Temple, par David » (Tehilim 30). Comment David peut-il chanter cette inauguration s'il est mort ? Il répond lui-même : « Hachem, Tu as fait remonter mon âme du Cheol » — sa résurrection.

Pourquoi ressusciter David à ce moment ? Le Ben Yéhoyada, s'appuyant sur la Guemara (Chabbat 30a), rappelle que David avait demandé un signe visible de son pardon, après la faute liée à Batshéva. Hachem lui répondit : pas de ton vivant, mais du vivant de ton fils Chlomo, Je le ferai connaître.

Le Ben Yéhoyada explique : David souffrait de ne pas bâtir le Temple. Mais si David — comme Moshé — l'avait bâti, il n'aurait jamais pu être détruit (Sotah 9a : « Moshé et David, dont les ennemis ne dominèrent pas les œuvres »). La punition serait alors tombée tout entière sur le peuple. Mieux valait confier la tâche à Chlomo — ce qui ne pouvait se faire du vivant de David. Hachem retira donc David, puis le ramena à la vie : à la fois preuve de Son pardon et participation de David à l'inauguration du Temple.

מִזְמוֹר שִׁיר־חֲנֻכַּת הַבַּיִת לְדָוִד׃
IVDavid, la lettre vav et les trois niveaux du daat

Le Ben Yéhoyada lit tout cela dans le nom même de David. « David » s'écrit daleth — vav — daleth : deux daleth (dont l'écriture pleine forme le mot « porte ») encadrant une lettre vav. Les deux daleth sont les deux portes du Temple ; le vav, ce qui les traverse lorsqu'elles s'ouvrent.

Cette lettre vav n'est pas choisie au hasard : c'est le signe qu'Hachem plaça sur Caïn pour le protéger après le meurtre de Hével (Rachi ; Tikouné HaZohar, tikoun 69) — un flux de vie. Cette même source de vie est appliquée à David, et sort à l'ouverture des deux portes pour réveiller le roi d'Israël.

Le Otsar Ha'Haïm pousse l'analyse : dans nos versets, le mot 'Hatsotsrot s'écrit de trois façons — la lettre vav s'y déplace (au début, puis à la fin du mot), avant de disparaître. Ces trois états figurent les trois niveaux du daat (la connaissance) : le daat élione (la source la plus haute), le daat ta'htone (sa descente dans notre monde), puis sa diffusion dans la nature. Moshé, parvenu au daat élione, peut déverser cette source vers le bas pour qu'elle se matérialise ici. Tel est le rôle des trompettes : faire descendre le vav de la position haute à la position basse, puis l'installer dans le monde tangible. Sa disparition finale signe l'état du monde après la faute de l'arbre de la connaissance — la vie présente, mais sa source spirituelle devenue imperceptible.

Une dernière précision sur cette lettre. Le 'Hida (d'après le Sifté Cohen) voit plutôt sur Caïn la lettre youd — de valeur dix —, liée au bâton de Moshé et aux dix plaies. Contradiction avec le Zohar, qui désigne le vav ? Le Ben Yéhoyada (Baba Batra 11a) la lève : l'écriture pleine du vav possède trois formes — vav-youd-vav (la plus haute, le daat élione), vav-aleph-vav (la descente : l'aleph porte en lui le youd qui rejoint le daat ta'htone), et vav-vav (la Malkhout, une fois le youd transmis). Le vav et le youd y sont donc tous deux présents. C'est pourquoi, dans le Divré Hayamim — écrit des siècles plus tard —, le nom de David s'écrit avec une lettre de plus.

VMoshé, le canal qui fait descendre la vie jusqu'à la Malkhout

Comment se perd cette « lettre de vie » ? Après la faute, Hachem ferme l'accès à l'arbre de vie : Il poste à l'entrée du Gan Eden les chérubins et « la lame de l'épée flamboyante » (Béréchit 3, 24). Les deux chérubins gardent la source de vie — et une réplique en est placée dans le Kodech Hakodachim, au-dessus de l'Arche.

C'est de là, « d'entre les deux chérubins », que la voix divine s'adressait à Moshé (Bamidbar 7, 89). Rachi note qu'elle n'était audible que dans la Tente. Le Baal Hatourim remarque que les mots « entre les deux chérubins » forment l'acronyme de « Moshé » : la source d'où émane la parole entre en résonance avec lui, qui se tient dans le daat élione. Moshé sort alors de la Tente, franchit la frontière entre les mondes, et se munit des trompettes pour faire descendre le vav du haut vers le bas, jusque dans la nature. Il devient le canal qui réinfuse la vie authentique dans le monde, après qu'Adam l'eut perdue.

Les trompettes servaient aussi à rythmer les déplacements au désert. Le désert est une zone habitée par les forces du mal ; les étapes visaient à y libérer, station après station, les étincelles de sainteté prisonnières, qui remontent alors vers leur source — au niveau de la Chékhina, la Malkhout. Le Rav David Daniel HaCohen (Gal Énaï) explique que la durée de chaque halte dépendait du travail à y accomplir : une fois ce travail achevé, les nuées repartaient et Moshé l'annonçait par les trompettes, acheminant les étincelles vers le ciel.

Or la Malkhout est représentée sur terre par David Hamelekh. Les efforts du peuple ont ainsi pour but de donner vie au roi d'Israël — et Moshé en est la source, lui qui relie les mondes. Voilà sans doute pourquoi le Midrach reliait les portes du Temple aux deux trompettes : Moshé est la source qui sort de ce lieu pour faire descendre la vie, le vav, et redonner vie à David.

Adam, qui ne devait pas mourir, offrit à David soixante-dix ans de sa propre vie — car c'est David qui devait conclure la réparation de sa faute. Le Yam Hakho'hma (Rav Yitzchak Morguenstern) note qu'aucune source n'évoque un retour de David à la mort : ayant déjà connu la mort, le roi d'Israël s'en trouve affranchi — d'où l'adage « David, roi d'Israël, est vivant et subsiste ». Deux périodes, donc : ses soixante-dix premières années, et l'éternité de sa résurrection.

Les trompettes ne pouvaient donc être que l'apanage de Moshé, dont la nature fait transiter la vie dans notre réalité, fait remonter les étincelles vers la Malkhout et conduit à l'émergence de David. C'est sans doute pourquoi les figures citées par le Midrach — Moshé, David, Éliyahou et le Machia'h — sont exactement les acteurs de la délivrance. La Torah n'est pas un culte vide de sens : elle est le sens même de la création. Puissions-nous mériter de comprendre ce cadeau, et d'y consacrer chaque instant de nos vies. Chabbat Chalom. — Rav Y. M. Charbit

וַיְגָרֶשׁ אֶת־הָאָדָם וַיַּשְׁכֵּן מִקֶּדֶם לְגַן־עֵדֶן אֶת־הַכְּרֻבִים וְאֵת לַהַט הַחֶרֶב הַמִּתְהַפֶּכֶת לִשְׁמֹר אֶת־דֶּרֶךְ עֵץ הַחַיִּים׃
Sources citéesמְקוֹרוֹת
  • Bamidbar 10, 1-4 — les deux 'Hatsotsrot ; Rachi sur place
  • Midrach Bamidbar Rabba 15, 13 ; Midrach Chémot Rabba 8, 1
  • Tehilim 24 (« Élevez vos frontons, ô portes ») et Tehilim 30 (« Cantique de l'inauguration »)
  • Talmud Chabbat 30a et Sotah 9a
  • Ben Yéhoyada (Rav Yossef 'Haïm de Bagdad) — sur Sanhédrin 107b et Baba Batra 11a
  • Otsar Ha'Haïm sur Beha'alotekha — les trois orthographes de 'Hatsotsrot
  • Tikouné HaZohar, tikoun 69 ; Rachi sur Béréchit 4, 15 (le signe de Caïn)
  • Béréchit 3, 24 et Bamidbar 7, 89 ; Baal Hatourim (acronyme de Moshé)
  • 'Hida ('Homat Anokh, Kissé David) et Sifté Cohen — la lettre youd
  • Gal Énaï — Rav David Daniel HaCohen, p. 274
  • Yam Hakho'hma — Rav Yitzchak Morguenstern (5779) ; Divré Hayamim