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Dvar Torah/A'haré Mot-Kédochim/ma'amar

Les yeux de l'ange de la mort

L'œil du mal, le monde comme livre de lettres, et la Torah qui rouvre les yeux

Paracha : A'haré Mot-KédochimAuteur : Rav Yéhouda Moshé CharbitDurée : 18 minSource : Yam Chel Torah · A'haré Mot-Kédochim
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Kabbale & sodÉtudeMoussarPrière

Deux parashot se succèdent : A'haré Mot, centrée sur le service du Cohen Gadol à Kippour et le bouc envoyé à Azazel ; et Kédochim, l'appel à la sainteté et ses lois. À partir d'un verset contre la divination, ce ma'amar déploie une idée vertigineuse : l'ange de la mort « plein d'yeux » ne voit que par nos fautes ; le monde entier est un livre de lettres de Torah ; et l'étude, comme la téchouva, nous rend la vue — en rendant l'accusateur aveugle.

IL'ange de la mort, plein d'yeux

Le Sifté Cohen lit notre verset (Vayikra 19, 26, contre la divination) à la lumière de la Guemara (Avoda Zara 20b) : l'ange de la mort « est tout entier rempli d'yeux ». Paradoxe, car son nom commence par « סמא — aveugle ». Comment l'aveugle est-il couvert d'yeux ?

Réponse : ce sont nos fautes qui lui ouvrent des yeux. C'est le sens caché de « sache ce qu'il y a au-dessus de toi : un œil qui voit » (Pirké Avot 1, 1). Le Arizal (Sefer Halékoutim) précise : l'ange dispose de 613 yeux, face aux 613 mitsvot ; chaque faute endommage un canal de sainteté — et c'est cela que l'on voit à l'heure de la mort.

לֹא תֹאכְלוּ עַל־הַדָּם לֹא תְנַחֲשׁוּ וְלֹא תְעוֹנֵנוּ׃
IIQuand la lumière se retire

Le Lev Aryé s'interroge sur le verset de la faute : 'Hava vit l'arbre « désirable pour les yeux » (Béréchit 3, 6) — apparente redondance, puisqu'elle l'avait déjà « vu bon ». En goûtant le fruit, le premier couple offre des yeux au Satane et perd les siens : « leurs yeux s'ouvrirent » (3, 7) ne désigne pas, selon Rachi, la vue mais l'intelligence — l'œil, jadis passif, doit désormais raisonner pour percer les illusions.

Le jeu des lettres le scelle : les « כתנות אור — tuniques de lumière » deviennent « כתנות עור — tuniques de peau » (אור → עור) ; et « עור — peau » se lit « עִוֵר — aveugle ». Là où la lumière se retire surgit le « עין » — l'œil du mal. Naît alors le « עין הרע — mauvais œil », la vision que l'ange s'est appropriée.

וַתִּפָּקַחְנָה עֵינֵי שְׁנֵיהֶם וַיֵּדְעוּ כִּי עֵירֻמִּם הֵם וַיִּתְפְּרוּ עֲלֵה תְאֵנָה וַיַּעֲשׂוּ לָהֶם חֲגֹרֹת׃
IIILe bouc émissaire, ou « corrompre » l'accusateur

D'où le bouc envoyé à Azazel (A'haré Mot) : le Pirké déRabbi Éliézer y voit un pot-de-vin offert au Satane pour qu'il n'accuse pas à Kippour — au point qu'il finit par faire l'éloge d'Israël. Or la Torah dit : « le présent aveugle les yeux des sages » (Dévarim 16, 19) : le bouc brouille la vue de l'accusateur.

Mais comment le Satane pourrait-il mentir devant Hachem — ou être cru s'il flatte faussement ? La réponse exige d'aller plus loin : pourquoi la corruption rend-elle « aveugle », et non simplement malhonnête ?

לֹא־תַטֶּה מִשְׁפָּט לֹא תַכִּיר פָּנִים וְלֹא־תִקַּח שֹׁחַד כִּי הַשֹּׁחַד יְעַוֵּר עֵינֵי חֲכָמִים וִיסַלֵּף דִּבְרֵי צַדִּיקִם׃
IVLe monde est un livre de lettres

Le Rama' Mipano (Assara Maamarot) enseigne qu'aucun acte n'est sans conséquence : le moindre geste, la moindre pensée déplace l'air et marque le monde. Le « livre où tout est inscrit » (Pirké Avot 2, 11) n'est pas un pense-bête : c'est le monde lui-même, état résultant de nos actes.

Car Hachem « a regardé la Torah et créé le monde » : la vocalisation des lettres fut l'instrument de la création, chaque lettre une énergie première. Le monde est la transcription des lettres de la Torah — leur ADN. Si nos yeux voyaient juste, nous verrions partout des lettres : le plus grand des livres.

VLa Torah, condition même du monde

D'où l'épisode du Sinaï : la Guemara (Avoda Zara 2b) rapporte qu'Hachem proposa d'abord la Torah aux nations, qui la refusèrent, puis « renversa la montagne comme une cuve » au-dessus d'Israël. Pourquoi en dernier, et sous contrainte, alors qu'Israël avait déjà dit « nous ferons » ?

Parce que du don de la Torah dépend l'existence du monde. Rachi (sur Béréchit 1, 31, le « ה » de הששי) : tout fut suspendu au sixième jour, au 6 Sivane. Si l'humanité refusait les lettres qui animent la création, tout s'effondrerait. En plaçant Israël en dernier, après le refus des nations, Hachem révèle toute la puissance de la Torah : reçue d'emblée, nul n'aurait mesuré le péril de son refus.

וַיַּרְא אֱלֹהִים אֶת־כׇּל־אֲשֶׁר עָשָׂה וְהִנֵּה־טוֹב מְאֹד וַיְהִי־עֶרֶב וַיְהִי־בֹקֶר יוֹם הַשִּׁשִּׁי׃
VILa prière, l'étude, et les yeux rendus

Si le monde est un agencement de lettres, la faute les désordonne — et c'est l'état du malade. D'où la force de la prière : recomposer les lettres. Rabbi 'Hanina ben Dossa (Berakhot 5, 5) savait, à la fluidité de sa prière, si elle était exaucée — signe que les lettres s'étaient remises en ordre.

De même les sages « aveuglés » par la corruption : juger, c'est lire dans le réel les lettres cachées de la Torah ; le pot-de-vin brouille cette lecture — et « שחד — corruption » a les lettres de « חדש — renouveler » : l'étude renouvelle la Torah, la corruption l'obscurcit. À Kippour, la téchouva reprend au Satane les yeux qu'on lui avait donnés : il lit alors le monde purifié et ne peut que louer un peuple qui efface ses fautes. Puissions-nous, par l'étude, nous réapproprier la lumière et voir la Torah dans chaque parcelle du monde — et combien Hachem est la source de la sainteté. Chabbat Chalom. — Rav Y. M. Charbit

Sources citéesמְקוֹרוֹת
  • Vayikra 19, 26 (la divination) ; Vayikra 16 — le service de Kippour et le bouc pour Azazel
  • Talmud Avoda Zara 20b et 2b ; Berakhot (chapitre 5, Michna 5)
  • Sifté Cohen ; Arizal — Sefer Halékoutim (Michlé)
  • Pirké Avot 1, 1 et 2, 11 ; Pirké déRabbi Éliézer (chapitre 46)
  • Lev Aryé (Béréchit) ; Rachi (Béréchit 3, 7 ; 1, 31)
  • Rama' Mipano — Assara Maamarot ('Hakot Hadine) ; Dévarim 16, 19