On peut en déduire que si l'on avait l'intention de manger et de manger de manière analogue au cas d'une intention de manger une demi-olive et de brûler une demi-olive. Abaye intervient : et quelles sont les circonstances d'un tel cas ? C'est un cas avec deux personnes, où chacune consommera une demi-olive. Abaye poursuit sa déclaration : alors les deux moitiés se combinent. La Guemara conclut : apprends-en que c'est bien ainsi.
הָא לֶאֱכוֹל וְלֶאֱכוֹל דּוּמְיָא דְּלֶאֱכוֹל וּלְהַקְטִיר, וְהֵיכִי דָּמֵי – בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם; מִצְטָרֵף! שְׁמַע מִינַּהּ.
Rava soulève un dilemme : si l'on a eu l'intention de manger une olive en plus du temps qu'il faut pour manger une demi-miche [peras] de pain, quelle est la halakha ? Assimile-t-on la consommation des offrandes à la consommation du Très-Haut, c'est-à-dire la combustion des offrandes sur l'autel, pour laquelle il n'y a pas de temps maximum ? Ou assimile-t-on la consommation à celle d'une personne ordinaire, pour laquelle une consommation plus lente que ce rythme n'est pas considérée comme manger ?
בָּעֵי רָבָא: חִישֵּׁב לֶאֱכוֹל כְּזַיִת בְּיָתֵר מִכְּדֵי אֲכִילַת פְּרָס, מַהוּ? לַאֲכִילַת גָּבוֹהַּ מְדַמֵּינַן לֵיהּ, אוֹ לַאֲכִילַת הֶדְיוֹט מְדַמֵּינַן לֵיהּ?
Abaye dit : viens entendre une preuve de la michna : si son intention était de manger une demi-olive et de brûler une demi-olive hors du temps ou du lieu approprié, l'offrande est valide car manger et brûler ne se combinent pas. On peut en déduire que la raison pour laquelle l'offrande est valide est qu'il avait l'intention de manger et de brûler l'offrande. Mais s'il avait eu l'intention de manger une demi-olive au rythme normal et de manger une demi-olive dans le temps qu'il faut pour brûler une demi-olive, les deux se combineraient. Or la combustion d'une olive d'offrande peut prendre plus de temps qu'il ne faut pour manger une demi-miche de pain. Il semble donc qu'il n'y ait pas de limite supérieure au temps dans lequel on est considéré comme ayant consommé une offrande.
אָמַר אַבָּיֵי, תָּא שְׁמַע: לֶאֱכוֹל כַּחֲצִי זַיִת וּלְהַקְטִיר כַּחֲצִי זַיִת – כָּשֵׁר, שֶׁאֵין אֲכִילָה וְהַקְטָרָה מִצְטָרְפִין. טַעְמָא דְּלֶאֱכוֹל וּלְהַקְטִיר, הָא לֶאֱכוֹל וְלֶאֱכוֹל – מִצְטָרֵף; וְהָא הַקְטָרָה בְּיוֹתֵר מִכְּדֵי אֲכִילַת פְּרָס הוּא!
La Guemara rejette la preuve : peut-être la michna vise-t-elle l'intention de brûler une demi-olive dans un grand feu, qui peut la consumer dans le temps qu'il faut pour manger une demi-miche de pain. On ne peut donc tirer l'inférence que pour un cas où son intention était de consommer les moitiés d'une olive dans ce délai.
דִּלְמָא בְּהֶיסֵּק גָּדוֹל.
La michna enseigne : si l'on a égorgé l'animal avec l'intention de manger une demi-olive et de brûler une demi-olive hors du temps ou du lieu approprié, l'offrande est valide. La Guemara en déduit : la raison pour laquelle les deux moitiés d'une olive ne se combinent pas est que son intention était de manger une demi-olive et de brûler une demi-olive. Mais s'il avait eu l'intention de manger une demi-olive de viande et de manger une demi-olive d'un objet dont la manière habituelle est de ne pas en manger, alors les moitiés se combinent et disqualifient l'offrande, car les deux intentions concernent la consommation.
לֶאֱכוֹל כַּחֲצִי זַיִת וּלְהַקְטִיר כַּחֲצִי זַיִת – כָּשֵׁר. טַעְמָא דְּלֶאֱכוֹל וּלְהַקְטִיר, הָא לֶאֱכוֹל וְלֶאֱכוֹל דָּבָר שֶׁאֵין דַּרְכּוֹ לֶאֱכוֹל – מִצְטָרֵף;
La Guemara relève une contradiction apparente : mais la première clause de la michna enseigne : si l'intention était de manger un objet dont la manière habituelle est d'en manger, au-delà de son temps désigné, son intention se combine pour disqualifier l'offrande. On peut en déduire que seulement si son intention était de manger un objet dont la manière habituelle est d'en manger, son intention se combine ; mais s'il avait l'intention de manger un objet dont la manière habituelle est de ne pas en manger, alors elle ne se combine pas.
הָא קָתָנֵי רֵישָׁא: לֶאֱכוֹל אֶת שֶׁדַּרְכּוֹ לֶאֱכוֹל – מִצְטָרֵף; אֶת שֶׁדַּרְכּוֹ לֶאֱכוֹל אִין, שֶׁאֵין דַּרְכּוֹ לָא!
Rabbi Yirmeya dit : selon l'avis de qui est cette dernière clause ? C'est selon l'avis de Rabbi Eliezer, qui dit : on peut avoir l'intention de déplacer la consommation d'un objet de la consommation par une personne à la consommation par l'autel, ou de la consommation par l'autel à la consommation par une personne. Comme nous l'avons appris dans une autre michna (35a) : dans le cas de celui qui égorge l'offrande avec l'intention de manger un objet dont la manière habituelle est de ne pas en manger, ou de brûler un objet dont la manière habituelle est de ne pas le brûler sur l'autel, au-delà de son temps ou hors de son lieu désigné, l'offrande est valide, et Rabbi Eliezer la déclare invalide.
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: הָא מַנִּי – רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הִיא, דְּאָמַר: מְחַשְּׁבִין מֵאֲכִילַת אָדָם לַאֲכִילַת מִזְבֵּחַ, וּמֵאֲכִילַת מִזְבֵּחַ לַאֲכִילַת אָדָם. דִּתְנַן: הַשּׁוֹחֵט אֶת הַזֶּבַח לֶאֱכוֹל דָּבָר שֶׁאֵין דַּרְכּוֹ לֶאֱכוֹל, וּלְהַקְטִיר דָּבָר שֶׁאֵין דַּרְכּוֹ לְהַקְטִיר – כָּשֵׁר. וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר פּוֹסֵל.
Abaye dit : tu peux même dire que cette dernière clause est selon l'avis des Sages. Et ne dis pas qu'on doit inférer de la michna que si son intention était de manger une demi-olive d'un objet normalement consommé et de manger une demi-olive d'un objet dont la manière habituelle est de ne pas en manger, alors l'offrande est disqualifiée. Dis plutôt qu'on infère que si son intention était de manger une demi-olive et de manger une autre demi-olive, toutes deux d'un objet dont la manière habituelle est d'en manger, alors les moitiés se combinent pour disqualifier l'offrande.
אַבָּיֵי אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנַן – וְלָא תֵּימָא: הָא לֶאֱכוֹל וְלֶאֱכוֹל דָּבָר שֶׁאֵין דַּרְכּוֹ לֶאֱכוֹל, אֶלָּא אֵימָא: הָא לֶאֱכוֹל וְלֶאֱכוֹל דָּבָר שֶׁדַּרְכּוֹ לֶאֱכוֹל.
La Guemara demande : si tel est le cas, qu'enseigne cette dernière clause ? Si elle nous enseigne que deux demi-olives d'un objet dont la manière habituelle est d'en manger se combinent, on peut déjà apprendre cela de la première clause de la michna : si l'on a l'intention de consommer une demi-olive hors de son lieu désigné et une demi-olive le lendemain, l'offrande est disqualifiée. On peut en déduire que si son intention était de manger la première demi-olive le lendemain, l'offrande serait rendue piggoul.
מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? אִי דָּבָר שֶׁדַּרְכּוֹ לֶאֱכוֹל קָא מַשְׁמַע לַן – מֵרֵישָׁא שְׁמַע מִינַּהּ: כַּחֲצִי זַיִת בַּחוּץ כַּחֲצִי זַיִת לְמָחָר – פָּסוּל; הָא כַּחֲצִי זַיִת לְמָחָר – פִּיגּוּל!
Mais si l'on dit que ce terme enseigne son sens littéral — que les intentions de manger et de brûler deux moitiés d'une olive ne se combinent pas — on peut déjà apprendre cela de l'inférence tirée ci-dessus de la première clause de la michna, à savoir que l'intention de manger un objet dont la manière habituelle est d'en manger disqualifie l'offrande, mais que l'intention de manger un objet dont la manière habituelle est de ne pas en manger ne la disqualifie pas. Par extension, l'intention de consommer une demi-olive d'un tel objet ne se combine pas pour disqualifier l'offrande.
אֶלָּא אִי לֶאֱכוֹל וּלְהַקְטִיר – מִדּוּקְיָא דְּרֵישָׁא שְׁמַע מִינַּהּ: לֶאֱכוֹל דָּבָר שֶׁדַּרְכּוֹ לֶאֱכוֹל – אִין, שֶׁאֵין דַּרְכּוֹ לֶאֱכוֹל – לֹא;
Maintenant, considère ceci : et tout comme lorsque l'on a l'intention de manger un objet normalement mangé et de manger un objet dont la manière habituelle est de ne pas en manger, ses intentions ne se combinent pas, bien que les deux intentions concernent la consommation — est-il nécessaire que la michna enseigne que les intentions de consommer et de brûler ne se combinent pas ? Cette dernière clause semble donc superflue.
הַשְׁתָּא וּמָה לֶאֱכוֹל וְלֶאֱכוֹל דָּבָר שֶׁאֵין דַּרְכּוֹ לֶאֱכוֹל – לָא מִצְטָרֵף, לֶאֱכוֹל וּלְהַקְטִיר מִיבְּעֵי?!
La Guemara répond : il était nécessaire que la michna traite explicitement du cas où l'on avait l'intention de manger et de brûler, car on aurait pu penser que c'est seulement là, où les intentions ne visent que la consommation, qu'elles ne se combinent pas, puisqu'il a l'intention d'agir d'une manière non conforme à l'usage habituel en consommant un objet qu'on ne mange normalement pas. Mais ici, où son intention est à la fois de manger et de brûler l'offrande, de sorte qu'à l'égard de cette moitié il entend agir conformément à l'usage habituel et à l'égard de cette moitié il entend aussi agir conformément à l'usage habituel, on aurait pu dire qu'elles devraient se combiner. La michna nous enseigne donc que les intentions de manger et de brûler ne se combinent pas.
לֶאֱכוֹל וּלְהַקְטִיר אִיצְטְרִיךְ; סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא: הָתָם הוּא דְּלָאו כִּי אוֹרְחֵיהּ קָא מְחַשֵּׁב; אֲבָל הָכָא, דִּבְהַאי כִּי אוֹרְחֵיהּ וּבְהַאי כִּי אוֹרְחֵיהּ – אֵימָא לִיצְטָרֵף; קָא מַשְׁמַע לַן.