Guémara
[Selon l'interprétation alternative de Rabbi Chemouel bar Na'hmani :] les fils d'Éli retardaient le sacrifice des offrandes d'oiseaux [kinnim] des femmes après leur accouchement [qui devaient les apporter au Tabernacle pour accomplir leur purification, leur permettant de reprendre des relations conjugales avec leurs maris] ; néanmoins, l'Écriture leur impute [une faute] comme s'ils avaient couché avec elles. [Pourquoi cette sévérité ?] Ces femmes venaient au Tabernacle pour offrir des tourterelles ou des pigeons comme offrandes d'oiseaux dans le cadre de leur processus de purification, ce qui leur aurait permis de s'unir à leurs maris et d'accomplir la mitsva de la procréation [péria ourévia]. Les fils d'Éli différèrent le sacrifice de ces offrandes et retardèrent ainsi le retour de ces femmes auprès de leurs maris et l'accomplissement de la mitsva. Bien que, selon cette opinion, les fils d'Éli n'aient pas effectivement couché avec ces femmes, l'Écriture attribue à leur conduite ce même degré de gravité.
שֶׁשִּׁהוּ אֶת קִינֵּיהֶן, מִיהָא מַעֲלֶה עֲלֵיהֶן הַכָּתוּב כְּאִילּוּ שְׁכָבוּם.
[Les fils d'Éli ont également commis] le mépris des offrandes sacrées [bizayon kodachim], comme il est écrit : « Avant même que la graisse soit consumée, le serviteur du Kohen venait et disait à l'homme qui offrait le sacrifice : “Donne de la viande à rôtir pour le Kohen, car il ne prendra pas de viande cuite chez toi, mais crue.” Et si l'homme lui disait : “Qu'on commence par faire brûler la graisse, et prends ensuite autant que tu veux”, il lui répondait : “Non, donne-le maintenant, sinon je le prendrai de force.” Et le péché des jeunes gens [fils d'Éli] était très grand aux yeux de l'Éternel, car les hommes méprisaient l'offrande de l'Éternel » (Chemouel I, 2, 15–17).
בִּזְיוֹן קֳדָשִׁים, דִּכְתִיב: ״גַּם בְּטֶרֶם יַקְטִרוּן אֶת הַחֵלֶב וּבָא נַעַר הַכֹּהֵן וְאָמַר לָאִישׁ הַזּוֹבֵחַ תְּנָה בָשָׂר לִצְלוֹת לַכֹּהֵן וְלֹא יִקַּח מִמְּךָ בָּשָׂר מְבוּשָּׁל כִּי אִם חָי. וַיֹּאמֶר אֵלָיו הָאִישׁ קַטֵּר יַקְטִירוּן כַּיּוֹם הַחֵלֶב וְקַח לְךָ כַּאֲשֶׁר תְּאַוֶּה נַפְשֶׁךָ וְאָמַר לוֹ כִּי עַתָּה תִתֵּן וְאִם לֹא לָקַחְתִּי בְחׇזְקָה. וַתְּהִי חַטַּאת הַנְּעָרִים גְּדוֹלָה מְאֹד אֶת פְּנֵי ה׳ כִּי נִאֲצוּ הָאֲנָשִׁים אֵת מִנְחַת ה׳״.
§ [La Guemara passe aux causes de la destruction des deux Temples :] Pour quelle raison le Premier Temple fut-il détruit ? Parce qu'il y existait trois choses [blâmables] : l'idolâtrie [avoda zara], les relations sexuelles interdites [guilouï arayot], et l'effusion de sang [chefihout damim]. L'idolâtrie [est attestée par le verset] : « Car le lit est trop court pour s'y étendre [mehistare'a], et la couverture est trop étroite pour s'y recueillir » (Yéchayahou 28, 20).
מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן מִפְּנֵי מָה חָרַב — מִפְּנֵי שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים שֶׁהָיוּ בּוֹ: עֲבוֹדָה זָרָה, וְגִלּוּי עֲרָיוֹת, וּשְׁפִיכוּת דָּמִים. עֲבוֹדָה זָרָה, דִּכְתִיב: ״כִּי קָצַר הַמַּצָּע מֵהִשְׂתָּרֵעַ״.
Que signifie « le lit est trop court pour s'y étendre [mehistare'a] » ? Rabbi Yonatan dit : Ce lit est trop court pour que deux rivaux [reïm] y dominent [méhistarer] en même temps. [Le mot mehistare'a est une contraction de méhistarer reïm.] Il est inconcevable que dans un même Temple cohabitent le service de Dieu et le culte de l'idole que le roi Manassé y avait placée.
מַאי ״קָצַר הַמַּצָּע מֵהִשְׂתָּרֵעַ״? אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: קָצַר מַצָּע זֶה מֵהִשְׂתָּרֵר עָלָיו שְׁנֵי רֵעִים כְּאֶחָד.
Que signifie « et la couverture [vehamasseikha] est trop étroite [tzara] pour se recueillir [kehitkannes] » ? Rabbi Chemouel bar Na'hmani dit : Lorsque Rabbi Yonatan atteignait ce verset, il pleurait et disait : Pour Celui dont il est écrit : « Il rassemble [konès] les eaux de la mer comme en un monticule » (Tehilim 33, 7), une idole [masseikha] est devenue une rivale [tzara] ? [Dans l'interprétation homilétique, masseikha est lu comme « idole » et tzara comme « rivale », au sens des deux femmes d'un même homme — isha tzara.]
״וְהַמַּסֵּכָה צָרָה כְּהִתְכַּנֵּס״, אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי: כִּי מָטֵי רַבִּי יוֹנָתָן לְהַאי קְרָא בָּכֵי, אֲמַר: מַאן דִּכְתִיב בֵּיהּ ״כּוֹנֵס כַּנֵּד מֵי הַיָּם״, נַעֲשֵׂית לוֹ מַסֵּכָה צָרָה?
[La Guemara poursuit sur les preuves des relations interdites :] Les relations sexuelles interdites [sont attestées par le verset] : « L'Éternel dit : Parce que les filles de Sion sont hautaines et marchent le cou tendu et les regards aguicheurs, marchant à petits pas affectés et faisant tinter leurs pieds » (Yéchayahou 3, 16). « Parce que les filles de Sion sont hautaines » — cela indique qu'une femme grande marchait aux côtés d'une femme petite afin que la grande se fasse remarquer. « Et marchent le cou tendu » — cela indique qu'elles marchaient la tête dressée de manière immodeste. « Et les regards aguicheurs » — cela indique qu'elles se maquillaient les yeux de khôl bleu pour attirer l'attention. « Marchant à petits pas affectés [hafof vetafof] » — cela indique qu'elles marchaient à tout petits pas, talon contre orteil, pour que les passants les remarquent. « Faisant tinter leurs pieds [te'akassena] » — Rabbi Yits'hak dit : Cela enseigne qu'elles apportaient de la myrrhe et du baume, les plaçaient dans leurs chaussures, et lorsqu'elles s'approchaient des endroits où se rassemblaient les jeunes hommes d'Israël, elles frappaient leurs pieds contre le sol, faisant gicler le parfum vers eux, et instillaient ainsi en eux le mauvais penchant [yétser hara] comme le venin d'une vipère dans sa colère [ke-ères bi-khos].
גִּלּוּי עֲרָיוֹת, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר ה׳ יַעַן כִּי גָבְהוּ בְּנוֹת צִיּוֹן וַתֵּלַכְנָה נְטוּיוֹת גָּרוֹן וּמְשַׂקְּרוֹת עֵינָיִם הָלוֹךְ וְטָפוֹף תֵּלַכְנָה וּבְרַגְלֵיהֶן תְּעַכַּסְנָה״. ״יַעַן כִּי גָּבְהוּ בְּנוֹת צִיּוֹן״ — שֶׁהָיוּ מְהַלְּכוֹת אֲרוּכָּה בְּצַד קְצָרָה. ״וַתֵּלַכְנָה נְטוּיוֹת גָּרוֹן״ — שֶׁהָיוּ מְהַלְּכוֹת בְּקוֹמָה זְקוּפָה. ״וּמְשַׂקְּרוֹת עֵינַיִם״ — דַּהֲווֹ מָלְיָין כּוּחְלָא עֵינֵיהֶן. ״הָלוֹךְ וְטָפוֹף תֵּלַכְנָה״ — שֶׁהָיוּ מְהַלְּכוֹת עָקֵב בְּצַד גּוּדָל. ״וּבְרַגְלֵיהֶן תְּעַכַּסְנָה״ — אָמַר רַבִּי יִצְחָק: שֶׁהָיוּ מְבִיאוֹת מוֹר וַאֲפַרְסְמוֹן וּמַנִּיחוֹת בְּמִנְעֲלֵיהֶן, וּכְשֶׁמַּגִּיעוֹת אֵצֶל בַּחוּרֵי יִשְׂרָאֵל בּוֹעֲטוֹת וּמַתִּיזוֹת עֲלֵיהֶן, וּמַכְנִיסִין בָּהֶן יֵצֶר הָרָע כְּאֶרֶס בְּכָעוּס.
[L'effusion de sang est attestée par le verset :] « De plus, Manassé répandit beaucoup de sang innocent, jusqu'à en remplir Jérusalem d'un bout à l'autre » (Melakhim II, 21, 16).
שְׁפִיכוּת דָּמִים, דִּכְתִיב: ״וְגַם דָּם נָקִי שָׁפַךְ מְנַשֶּׁה [הַרְבֵּה מְאֹד] עַד אֲשֶׁר מִלֵּא אֶת יְרוּשָׁלִַם פֶּה לָפֶה״.
§ [La Guemara continue avec la destruction du Second Temple :] Mais le Second Temple — puisque les gens de cette époque s'adonnaient à l'étude de la Torah, à l'accomplissement des mitsvot et aux actes de bonté [guemilout 'hassadim], et ne commettaient pas les actes coupables commis sous le Premier Temple — pour quelle raison fut-il détruit ? Parce qu'il y existait de la haine gratuite [sinat hinam]. Cela enseigne que la faute de la haine gratuite équivaut aux trois transgressions graves [réunies] : idolâtrie, relations sexuelles interdites et effusion de sang.
אֲבָל מִקְדָּשׁ שֵׁנִי שֶׁהָיוּ עוֹסְקִין בְּתוֹרָה וּבְמִצְוֹת וּגְמִילוּת חֲסָדִים, מִפְּנֵי מָה חָרַב? מִפְּנֵי שֶׁהָיְתָה בּוֹ שִׂנְאַת חִנָּם. לְלַמֶּדְךָ שֶׁשְּׁקוּלָה שִׂנְאַת חִנָּם כְּנֶגֶד שָׁלֹשׁ עֲבֵירוֹת: עֲבוֹדָה זָרָה, גִּלּוּי עֲרָיוֹת, וּשְׁפִיכוּת דָּמִים.
[La Guemara revient sur la première génération du Premier Temple :] [Ces gens] étaient certes méchants, mais ils plaçaient leur confiance en Dieu le Saint Béni Soit-Il. [Avec cette affirmation] nous en venons à l'époque du Premier Temple, à propos de laquelle il est écrit : « Ses chefs jugent contre des pots-de-vin, ses Kohanim donnent des décisions moyennant rétribution, et ses prophètes prononcent des oracles contre de l'argent ; pourtant ils s'appuient sur l'Éternel en disant : “L'Éternel n'est-Il pas au milieu de nous ? Aucun malheur ne nous atteindra” » (Mikha 3, 11). [Or, même cette dernière partie du verset — se tourner vers Dieu — leur était créditée.] C'est pourquoi le Saint Béni Soit-Il leur infligea trois décrets correspondant à leurs trois péchés, comme il est dit : « C'est pourquoi, à cause de vous, Sion sera labourée comme un champ, Jérusalem deviendra un monceau de ruines, et la Montagne du Temple sera comme un lieu boisé » (Mikha 3, 12).
רְשָׁעִים הָיוּ, אֶלָּא שֶׁתָּלוּ בִּטְחוֹנָם בְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. אֲתָאן לְמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן, דִּכְתִיב: ״רָאשֶׁיהָ בְּשׁוֹחַד יִשְׁפּוֹטוּ וְכֹהֲנֶיהָ בִּמְחִיר יוֹרוּ וּנְבִיאֶיהָ בְּכֶסֶף יִקְסוֹמוּ וְעַל ה׳ יִשָּׁעֵנוּ לֵאמֹר הֲלֹא ה׳ בְּקִרְבֵּנוּ לֹא תָבוֹא עָלֵינוּ רָעָה״. לְפִיכָךְ הֵבִיא עֲלֵיהֶן הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שָׁלֹשׁ גְּזֵרוֹת כְּנֶגֶד שָׁלֹשׁ עֲבֵירוֹת שֶׁבְּיָדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לָכֵן בִּגְלַלְכֶם צִיּוֹן שָׂדֶה תֵחָרֵשׁ וִירוּשָׁלִַים עִיִּין תִּהְיֶה וְהַר הַבַּיִת לְבָמוֹת יָעַר״.
La Guemara demande : Et sous le Premier Temple, n'y avait-il vraiment pas de haine gratuite ? N'est-il pas écrit : « Mes gens avaient peur de l'épée, aussi frappe-toi la cuisse » (Ye'hezkel 21, 17) ? Et Rabbi Eliezer [a interprété ce verset en disant] : Ce sont des personnes qui mangent et boivent ensemble et se transpercent mutuellement de coups d'épée avec leur langue. [Apparemment, même les proches étaient remplis de haine les uns envers les autres.]
וּבְמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן לָא הֲוָה בֵּיהּ שִׂנְאַת חִנָּם? וְהָכְתִיב: ״מְגוּרֵי אֶל חֶרֶב הָיוּ אֶת עַמִּי לָכֵן סְפוֹק אֶל יָרֵךְ״, וְאָמַר רַבִּי (אֱלִיעֶזֶר): אֵלּוּ בְּנֵי אָדָם שֶׁאוֹכְלִין וְשׁוֹתִין זֶה עִם זֶה וְדוֹקְרִין זֶה אֶת זֶה בַּחֲרָבוֹת שֶׁבִּלְשׁוֹנָם.
La Guemara répond : Ce comportement [haïneux] ne se trouvait que parmi les princes [nessi'im] d'Israël, comme il est écrit : « Crie et lamente-toi, fils de l'homme, car cela atteindra mon peuple » ; et il est enseigné dans une baraïta : « Crie et lamente-toi, fils de l'homme, car cela atteindra mon peuple » — on aurait pu penser que ce trait désagréable était commun à tous. C'est pourquoi le verset précise : « Cela atteindra tous les princes d'Israël. » C'était uniquement les dirigeants de la nation qui nourrissaient une haine gratuite les uns envers les autres ; le peuple dans son ensemble n'avait pas cette haine. [Ainsi, sous le Premier Temple, la haine gratuite ne concernait que l'élite — elle ne constituait pas une faute nationale généralisée comme sous le Second Temple.]
הַהִיא בִּנְשִׂיאֵי יִשְׂרָאֵל הֲוַאי, דִּכְתִיב: ״זְעַק וְהֵילֵל בֶּן אָדָם כִּי הִיא הָיְתָה בְעַמִּי״, וְתַנְיָא: ״זְעַק וְהֵילֵל בֶּן אָדָם״, יָכוֹל לַכֹּל? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״הִיא בְּכׇל נְשִׂיאֵי יִשְׂרָאֵל״.
Traduction française en préparation — version anglaise (Steinsaltz) : § It was Rabbi Yoḥanan and Rabbi Elazar who both said: In the case of the former, the people in the First Temple era, whose sin was exposed and no attempt was made to disguise their conduct, the end of their punishment was exposed, and the prophet informed them that they would return to their land in seventy years. In the case of the latter, the people in the Second Temple era, whose sin was not exposed; rather, they attempted to disguise their conduct, the end of their punishment was not exposed.
רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָמְרִי תַּרְוַויְיהוּ: רִאשׁוֹנִים שֶׁנִּתְגַּלָּה עֲוֹנָם — נִתְגַּלָּה קִצָּם. אַחֲרוֹנִים שֶׁלֹּא נִתְגַּלָּה עֲוֹנָם — לֹא נִתְגַּלָּה קִצָּם.