Guémara
[Le texte poursuit le raisonnement a fortiori :] De même que pour la plaque frontale [du Kohen Gadol, le tzitz], qui ne contient qu'une seule mention du Nom divin, la Torah a dit : « Il sera constamment sur son front » [Chemot 28, 38], enseignant ainsi qu'il ne doit pas en détourner son attention — à plus forte raison pour les tefillin [phylactères], qui contiennent de nombreuses mentions du Nom divin dans leurs quatre passages de la Torah, combien est-il certain que l'on ne doit pas en détourner son attention.
וּמָה צִיץ, שֶׁאֵין בּוֹ אֶלָּא אַזְכָּרָה אַחַת, אָמְרָה תּוֹרָה: ״עַל מִצְחוֹ תָּמִיד״ — שֶׁלֹּא יַסִּיחַ דַּעְתּוֹ מִמֶּנּוּ. תְּפִילִּין שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַזְכָּרוֹת הַרְבֵּה — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.
La Guemara demande : Et selon Rabbi Chimon, qui dit que [le verset] « Il sera constamment sur son front » enseigne que le tzitz accomplit l'expiation [kappara] même lorsqu'il ne se trouve pas sur le front du Kohen Gadol — n'est-il pas également écrit : « Sur son front… et il obtiendra le pardon » [Chemot 28, 38] ? [Comment Rabbi Chimon interprète-t-il ce verset ?] La Guemara répond : Ce verset vient établir le lieu [approprié] où le Kohen Gadol doit positionner le tzitz [c'est-à-dire : sur le front], et non pour indiquer que le tzitz n'accomplit l'expiation que lorsqu'il est sur son front.
וּלְרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאָמַר תָּמִיד מְרַצֶּה, וְהָא כְּתִיב ״עַל מִצְחוֹ וְנָשָׂא״! הָהוּא לִקְבּוֹעַ לוֹ מָקוֹם הוּא דַּאֲתָא.
La Guemara demande : Et Rabbi Yehouda, d'où déduit-il la halakha [selon laquelle] il faut établir la place du tzitz sur le front du Kohen Gadol ? La Guemara répond : Il le déduit de ce qui est écrit : « Sur son front. » La Guemara demande : Et Rabbi Chimon aussi, qu'il déduise le positionnement du tzitz de [ce verset] : « Sur son front » ! La Guemara répond : Oui, en effet ; c'est bien là la source de Rabbi Chimon.
וְרַבִּי יְהוּדָה לִקְבּוֹעַ לוֹ מָקוֹם מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מֵ״עַל מִצְחוֹ״. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן נָמֵי, תִּיפּוֹק לֵיהּ מֵ״עַל מִצְחוֹ״? אִין הָכִי נָמֵי.
La Guemara demande : Mais alors, [si tel est le cas,] que fait Rabbi Chimon du verset « Sur son front… et il obtiendra le pardon » ? La Guemara répond que Rabbi Chimon [pourrait] vous dire : [Ce verset enseigne que] le tzitz qui est intact et apte à être placé sur le front du Kohen Gadol accomplit l'expiation ; celui qui n'est pas apte à être placé sur son front n'accomplit pas l'expiation. Cela exclut le cas où le tzitz s'est brisé, auquel cas il n'accomplit pas l'expiation.
אֶלָּא, ״עַל מִצְחוֹ וְנָשָׂא״ מַאי עָבֵיד לֵיהּ? אָמַר לָךְ: רָאוּי לַמֵּצַח מְרַצֶּה, שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לַמֵּצַח אֵינוֹ מְרַצֶּה. לְאַפּוֹקֵי נִשְׁבַּר הַצִּיץ, דְּלֹא מְרַצֶּה.
La Guemara demande : Et selon Rabbi Yehouda, d'où déduit-il la règle que si le tzitz s'est brisé, il n'accomplit pas l'expiation ? La Guemara répond : Il le déduit du fait que la Torah n'a pas écrit « un front » [metzah] mais « son front » [mitzho], enseignant ainsi qu'il doit être adapté au front du Kohen Gadol [en particulier]. Et Rabbi Chimon, lui, ne tire aucune conclusion [supplémentaire] de la différence entre « un front » et « son front ».
וּלְרַבִּי יְהוּדָה, נִשְׁבַּר הַצִּיץ מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מִ״מֵּצַח״ ״מִצְחוֹ״. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן, ״מֵצַח״ ״מִצְחוֹ״ לָא מַשְׁמַע לֵיהּ.
§ La Guemara suggère : Disons que ce désaccord entre ces tannaïm [Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon, au sujet de l'impureté dans le cas d'un service public] correspond au désaccord entre ces autres tannaïm, comme il est enseigné dans une baraïta : Tant dans ce cas-ci [du Kohen Gadol avant Yom Kippour] que dans ce cas-là [du Cohen qui brûle la vache rousse, la para adouma], pendant les sept jours de sa réclusion, on l'asperge [d'eau de purification mêlée aux cendres] à partir de toutes les [vaches rousses] antérieures dont les cendres étaient conservées là, au Temple. Telle est la position de Rabbi Méïr. [Car, ces kohanim ayant pu contracter une impureté cadavérique à tout moment avant leur réclusion, il y a incertitude chaque jour sur le point de savoir si c'est le troisième ou le septième jour de leur impureté.] Rabbi Yossé dit : On ne l'asperge que le troisième et le septième jour [de la réclusion], et non les sept jours, car deux aspersions suffisent pour le purifier. Rabbi Hanina, le Seган des Kohanim [adjoint du Grand Prêtre], dit : Pour le Kohen qui brûle la vache rousse, on l'asperge les sept jours ; mais pour le Kohen Gadol le jour de Yom Kippour, on ne l'asperge que le troisième et le septième jour.
נֵימָא הָנֵי תַּנָּאֵי כְּהָנֵי תַּנָּאֵי. דְּתַנְיָא: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה מַזִּין עָלָיו כׇּל שִׁבְעָה מִכׇּל חַטָּאוֹת שֶׁהָיוּ שָׁם — דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֵין מַזִּין עָלָיו אֶלָּא שְׁלִישִׁי וּשְׁבִיעִי בִּלְבַד. רַבִּי חֲנִינָא סְגַן הַכֹּהֲנִים אוֹמֵר: כֹּהֵן הַשּׂוֹרֵף אֶת הַפָּרָה מַזִּין עָלָיו כׇּל שִׁבְעָה, כֹּהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים אֵין מַזִּין עָלָיו אֶלָּא שְׁלִישִׁי וּשְׁבִיעִי.
La Guemara précise : N'est-ce pas sur ce point qu'ils sont en désaccord ? Rabbi Méïr soutient : L'interdiction d'accomplir le service du Temple en état d'impureté est simplement repoussée [dehouya] dans les cas concernant le public [tzibour]. Par conséquent, on asperge le Kohen les sept jours pour assurer sa purification. Et Rabbi Yossé soutient : L'interdiction d'accomplir le service du Temple en état d'impureté est [entièrement] permise [hetter] dans les cas concernant le public. Par conséquent, il suffit d'asperger l'eau le troisième et le septième jour de sa réclusion.
מַאי לָאו בְּהָא קָא מִיפַּלְגִי, רַבִּי מֵאִיר סָבַר: טוּמְאָה דְּחוּיָה הִיא בְּצִיבּוּר. וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר: טוּמְאָה הֶיתֵּר הִיא בְּצִיבּוּר.
Cela surprend la GUEMARA : Et comment peut-on comprendre l'opinion de Rabbi Yossé de cette manière ? Si Rabbi Yossé soutient que l'impureté [cadavérique] est entièrement permise dans les cas concernant le public, pourquoi aurais-je besoin d'aspersion du tout ? La Guemara répond : Il faut donc dire que tout le monde — c'est-à-dire les deux tannaïm — soutient que l'impureté [cadavérique] est repoussée [dehouya] dans les cas concernant le public, et c'est pourquoi l'aspersion est nécessaire.
וְתִסְבְּרָא? אִי סָבַר רַבִּי יוֹסֵי הֶיתֵּר הִיא בְּצִיבּוּר — הַזָּאָה כְּלָל לְמָה לִי? אֶלָּא דְּכוּלֵּי עָלְמָא הָנֵי תַּנָּאֵי סָבְרִי טוּמְאָה דְּחוּיָה הִיא בְּצִיבּוּר.
Et ici, ils sont en désaccord sur le point suivant. Rabbi Méïr soutient : Nous disons que l'immersion en son temps [fixé] est une mitsva [tvila bizmanah mitsva]. [Dès lors que le person impur peut s'immerger, il est une mitsva de le faire sans délai ; de même, il est une mitsva d'asperger dès que l'on peut.] Puisqu'il y a lieu de craindre que le Kohen Gadol ait pu contracter une impureté pendant les trois jours précédant sa réclusion, il faut l'asperger chaque jour dès le premier jour, car ce pourrait être le troisième jour de son impureté. Et Rabbi Yossé soutient : Nous ne disons pas que l'immersion en son temps est une mitsva, et il en va de même pour l'aspersion. C'est pourquoi asperger le troisième et le septième jour de sa réclusion est suffisant, même si ce ne sont pas nécessairement le troisième et le septième jour de son impureté.
וְהָכָא בְּהָא קָמִיפַּלְגִי, רַבִּי מֵאִיר סָבַר: אָמְרִינַן טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה. וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר: לָא אָמְרִינַן טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה.
Et Rabbi Yossé soutient-il vraiment que nous ne disons pas que l'immersion en son temps est une mitsva ? N'est-il pas enseigné dans une baraïta : Concernant celui sur dont la chair est inscrit un Nom sacré de Dieu, il ne doit ni se baigner, ni s'enduire d'huile sur la chair, ni se tenir dans un lieu souillé. Si une immersion lui permettant d'accomplir une mitsva se présente à lui, il enroule un roseau [guémi] autour du Nom [pour le protéger] et descend s'immerger [laissant l'eau pénétrer pour qu'il n'y ait pas d'interposition]. Rabbi Yossé dit : En réalité, il descend et s'immerge de la manière habituelle [sans enrouler de roseau autour du Nom], pourvu qu'il ne frotte pas l'endroit [et n'efface pas le Nom].
וְסָבַר רַבִּי יוֹסֵי לָא אָמְרִינַן טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה? וְהָתַנְיָא: הֲרֵי שֶׁהָיָה שֵׁם כָּתוּב עַל בְּשָׂרוֹ — הֲרֵי זֶה לֹא יִרְחַץ וְלֹא יָסוּךְ וְלֹא יַעֲמוֹד בִּמְקוֹם הַטִּנּוֹפֶת. נִזְדַּמְּנָה לוֹ טְבִילָה שֶׁל מִצְוָה — כּוֹרֵךְ עָלָיו גֶּמִי וְטוֹבֵל. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: יוֹרֵד וְטוֹבֵל כְּדַרְכּוֹ, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְשַׁפְשֵׁף.
Et nous établissons [en tractate Chabbat] que c'est sur la question de savoir si l'immersion en son temps est une mitsva qu'ils [le premier tanna et Rabbi Yossé dans cette baraïta] sont en désaccord : le premier tanna soutient que nous ne disons pas que l'immersion en son temps est une mitsva [et qu'il vaut donc mieux attendre d'avoir un roseau] ; et Rabbi Yossé soutient que nous disons que l'immersion en son temps est une mitsva [et qu'il ne faut donc pas retarder l'immersion pour procurer un roseau]. La Guemara conclut : Il faut donc dire que tout le monde — c'est-à-dire tous les tannaïm cités ici — soutient que nous disons que l'immersion en son temps est une mitsva.
וְקַיְימָא לַן דְּבִטְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה קָא מִיפַּלְגִי, דְּתַנָּא קַמָּא סָבַר: לָא אָמְרִינַן טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה, וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר: אָמְרִינַן טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה. אֶלָּא, דְּכוּלֵּי עָלְמָא לְהָנֵי תַּנָּאֵי אָמְרִינַן טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה.
Et ici [entre Rabbi Méïr et Rabbi Yossé dans la baraïta sur le Kohen Gadol], ils sont en désaccord sur ce point. Rabbi Méïr soutient : Nous assimilons [maqchinan] l'aspersion à l'immersion ; de même que l'immersion en son temps est une mitsva, de même l'aspersion en son temps est une mitsva. Et Rabbi Yossé soutient : Nous n'assimilons pas l'aspersion à l'immersion ; bien que l'immersion en son temps soit une mitsva, l'aspersion en son temps ne l'est pas.
וְהָכָא בְּהָא קָמִיפַּלְגִי, רַבִּי מֵאִיר סָבַר: מַקְּשִׁינַן הַזָּאָה לִטְבִילָה, וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר: לָא מַקְּשִׁינַן הַזָּאָה לִטְבִילָה.