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Traité Yoma

83a

Étude de Yoma 83a

Étude de la Mishna & Guémara 83a

« Les méchants sont étrangers dès le sein maternel » (Tehilim 58, 4) — [Rabbi 'Hanina avait cité ce verset à propos du bébé de la femme qui n'avait pas accepté le chuchotement, car] il est clair que cet enfant était déjà étranger [à la sainteté] dans le ventre de sa mère. Et en effet, Chabbetaï l'accapareur de fruits [en était sorti]. Cet homme accumulait des fruits en période de famine afin d'en faire monter le prix, s'enrichissant aux dépens des pauvres.
״זוֹרוּ רְשָׁעִים מֵרָחֶם״. נְפַק מִינַּהּ שַׁבְּתַאי אָצַר פֵּירֵי.
§ Il est enseigné dans la michna : Si une personne est malade, on lui donne à manger selon l'avis d'experts médicaux. Rabbi Yannai dit : Si la personne malade dit qu'elle a besoin de manger, et qu'un médecin dit qu'elle n'en a pas besoin, on écoute la personne malade. Quelle est la raison de cette halakha ? Car le verset dit : « Le cœur connaît l'amertume de son âme » (Michlei 14, 10), ce qui signifie que la personne malade connaît l'intensité de sa douleur et de sa faiblesse — les médecins ne peuvent pas en juger autrement. La Guemara demande : Cela est évident — il est clair qu'une personne se connaît mieux que quiconque. Pourquoi faut-il l'énoncer explicitement ? La Guemara répond : C'est de peur qu'on ne dise que le médecin est plus certain, car il a davantage d'expérience avec cette condition. C'est pourquoi le verset nous enseigne que, même dans ce cas, c'est la personne malade qui connaît mieux que quiconque ses propres souffrances.
חוֹלֶה מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עַל פִּי בְּקִיאִין. אָמַר רַבִּי יַנַּאי: חוֹלֶה אוֹמֵר צָרִיךְ, וְרוֹפֵא אוֹמֵר אֵינוֹ צָרִיךְ — שׁוֹמְעִין לַחוֹלֶה. מַאי טַעְמָא — ״לֵב יוֹדֵעַ מׇרַּת נַפְשׁוֹ״. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְּתֵימָא: רוֹפֵא קִים לֵיהּ טְפֵי, קָא מַשְׁמַע לַן.
Cependant, dans le cas inverse — si le médecin dit que la personne malade a besoin de nourriture, mais que la personne malade dit elle-même qu'elle n'en a pas besoin — on écoute le médecin. Quelle est la raison ? C'est parce qu'une confusion [toumba — un trouble du jugement] s'est emparée de la personne malade en raison de sa maladie, et son jugement est altéré. Par conséquent, elle ne sait pas elle-même à quel point elle a besoin de nourriture.
רוֹפֵא אוֹמֵר צָרִיךְ, וְחוֹלֶה אוֹמֵר אֵינוֹ צָרִיךְ — שׁוֹמְעִין לָרוֹפֵא. מַאי טַעְמָא — תּוּנְבָּא הוּא דְּנָקֵיט לֵיהּ.
§ Nous avons appris dans la michna : Si la personne est malade, on lui donne à manger selon l'avis d'experts médicaux [beki'im — des spécialistes]. Cela implique : selon l'avis des experts, oui, on donne à manger à la personne malade ; mais selon ses propres instructions à elle, non [ce qui contredit l'opinion de Rabbi Yannai]. Cela implique également : selon l'avis de plusieurs experts, oui, on lui donne à manger ; mais selon l'avis d'un seul expert, non [ce qui exigerait au moins deux médecins, contrairement à la position de Rabbi Yannai selon laquelle l'avis d'un seul expert suffit à passer outre l'opinion de la personne malade].
תְּנַן: חוֹלֶה — מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עַל פִּי בְּקִיאִין. עַל פִּי בְּקִיאִין — אִין, עַל פִּי עַצְמוֹ — לָא! עַל פִּי בְּקִיאִין — אִין, עַל פִּי בָּקִי אֶחָד — לָא!
La Guemara rejette cette lecture : De quoi traitons-nous ici ? D'une situation particulière : la personne malade dit qu'elle n'a pas besoin de nourriture, et la consultation d'experts est alors nécessaire. La Guemara suggère : Mais qu'on lui donne à manger sur l'avis d'un seul médecin, comme l'a dit Rabbi Yannai ! La Guemara répond : Non, l'exigence de deux experts est nécessaire dans le cas où il y a un troisième expert avec lui qui dit que la personne malade n'a pas besoin de manger. Dans ce cas, on donne à manger à la personne malade sur l'avis de deux experts qui s'accordent à dire qu'elle en a besoin.
הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן, דְּאָמַר לָא צְרִיכְנָא. וְלִיסְפּוֹ לֵיהּ עַל פִּי בָּקִי! לָא צְרִיכָא, דְּאִיכָּא אַחֲרִינָא בַּהֲדֵיהּ דְּאָמַר לָא צְרִיךְ — מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עַל פִּי בְּקִיאִין.
La Guemara demande : Si c'est cela [le cas de deux médecins contre un, avec le malade du côté du seul], c'est évident — il s'agit d'un cas de doute concernant une situation mettant la vie en danger, et en tout cas de doute concernant une vie en danger, la halakha est clémente [le malade mange]. La Guemara répond : Non, cette halakha est nécessaire dans le cas où il y a deux autres médecins qui, avec la personne malade, disent qu'elle n'a pas besoin de nourriture [soit deux médecins plus le malade contre deux autres médecins]. Et bien qu'ait dit Rav Safra que deux témoins équivalent à cent témoins, et cent témoins équivalent à deux témoins [la quantité de témoins n'a pas d'importance], cette règle s'applique spécifiquement à la question du témoignage [edout] ; mais pour ce qui est d'évaluer une situation [umdeina], on suit la majorité des opinions. On pourrait donc penser que, dans ce cas, la personne malade ne devrait pas manger parce que l'opinion de deux médecins plus celle du malade devrait l'emporter sur l'opinion contraire de deux autres médecins.
פְּשִׁיטָא, סְפֵק נְפָשׁוֹת הוּא, וּסְפֵק נְפָשׁוֹת לְהָקֵל! לָא צְרִיכָא, דְּאִיכָּא תְּרֵי אַחֲרִינֵי בַּהֲדֵיהּ דְּאָמְרִי לָא צְרִיךְ. וְאַף עַל גַּב דְּאָמַר רַב סָפְרָא: תְּרֵי כִּמְאָה וּמְאָה כִּתְרֵי, הָנֵי מִילֵּי לְעִנְיַן עֵדוּת, אֲבָל לְעִנְיַן אוּמְדָּנָא — בָּתַר דֵּעוֹת אָזְלִינַן.
En règle générale, deux témoins ou davantage constituent un témoignage complet, et il n'y a pas de différence entre le témoignage de deux et le témoignage d'un grand nombre de personnes. Cependant, ce principe de suivre la majorité s'applique spécifiquement pour l'évaluation des questions financières. Mais ici, il s'agit d'un cas de doute concernant une situation mettant la vie en danger. Par conséquent, même si c'est l'opinion de deux médecins contre l'opinion de deux médecins et la personne malade, la personne malade doit manger.
וְהָנֵי מִילֵּי לְעִנְיַן אוּמְדָּנָא דְמָמוֹנָא, אֲבָל הָכָא סְפֵק נְפָשׁוֹת הוּא.
Mais du fait qu'il est enseigné dans la clause finale de la michna : « Et s'il n'y a pas d'experts en cet endroit, on lui donne à manger selon ses propres instructions » — par inférence, la première clause de la michna traite du cas où la personne malade a dit qu'elle a besoin de manger. Dans ce cas, la michna indique qu'on suit l'avis des experts et non le sien, et on lui donne à manger. La Guemara répond : La michna est incomplète et enseigne ce qui suit : En quel cas cette règle, selon laquelle on ne peut manger que sur l'avis des experts, est-elle valable ? C'est quand la personne malade a dit : Je n'ai pas besoin de manger. Mais si elle a dit : J'ai besoin de manger, et qu'au lieu de deux experts il n'y a qu'un seul qui dit qu'elle n'a pas besoin de manger, on lui donne à manger selon ses propres instructions.
וְהָא מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא: וְאִם אֵין שָׁם בְּקִיאִין מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עַל פִּי עַצְמוֹ, מִכְּלָל דְּרֵישָׁא דְּאָמַר צָרִיךְ! חַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים — דְּאָמַר לֹא צָרִיךְ אֲנִי, אֲבָל אָמַר צָרִיךְ אֲנִי, אֵין שָׁם בְּקִיאִין תְּרֵי אֶלָּא חַד דְּאָמַר לֹא צָרִיךְ — מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עַל פִּי עַצְמוֹ.
Mar bar Rav Achi dit : En tout cas où la personne malade dit « j'ai besoin de manger », même s'il y a cent médecins experts qui disent qu'elle n'a pas besoin de manger, on écoute son propre avis et on lui donne à manger, car il est dit : « Le cœur connaît l'amertume de son âme » (Michlei 14, 10).
מָר בַּר רַב אָשֵׁי אָמַר: כֹּל הֵיכָא דְּאָמַר צָרִיךְ אֲנִי, אֲפִילּוּ אִיכָּא מְאָה דְּאָמְרִי לֹא צָרִיךְ לְדִידֵיהּ שָׁמְעִינַן — שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֵב יוֹדֵעַ מׇרַּת נַפְשׁוֹ״.
Nous avons appris dans la michna : Si la personne malade dit elle-même qu'elle a besoin de manger et qu'il n'y a pas d'experts en cet endroit, on lui donne à manger selon ses propres instructions. La raison en est qu'il n'y a pas d'experts. On pourrait en déduire que s'il y avait des experts, non, on ne lui donnerait pas à manger selon ses propres instructions mais selon l'avis des experts. La Guemara rejette cela : Voici ce que la michna veut dire : En quel cas cette règle, selon laquelle on suit l'avis des experts, est-elle valable ? C'est quand la personne malade a dit : Je n'ai pas besoin de manger. Mais si elle a dit : J'ai besoin de manger, c'est comme s'il n'y avait pas d'experts du tout — on lui donne à manger selon son propre avis, car il est dit : « Le cœur connaît l'amertume de son âme » (Michlei 14, 10). Tous les experts sont ignorés face aux perceptions intérieures de la personne malade.
תְּנַן: אִם אֵין שָׁם בְּקִיאִין — מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עַל פִּי עַצְמוֹ. טַעְמָא דְּלֵיכָּא בְּקִיאִין, הָא אִיכָּא בְּקִיאִין לָא! הָכִי קָאָמַר: בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים — דְּאָמַר ״לֹא צָרִיךְ אֲנִי״, אֲבָל אָמַר ״צָרִיךְ אֲנִי״, אֵין שָׁם בְּקִיאִין כְּלָל — מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עַל פִּי עַצְמוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֵב יוֹדֵעַ מׇרַּת נַפְשׁוֹ״.
Mishna 1
MICHNA : Celui qui est saisi par le boulmos [une maladie menaçant sa vie qui provoque des crampes de faim insupportables et une vision altérée], on peut lui donner à manger même des aliments impurs [à Yom Kippour ou n'importe quel autre jour] jusqu'à ce que ses yeux se rétablissent [retrouvent leur vue normale], car le retour de sa vision indique qu'il est en voie de guérison. Dans le cas de celui qu'un chien enragé a mordu, on ne lui donne pas à manger du lobe du foie de ce chien. Cette substance était considérée comme un remède à la morsure, mais les Sages estiment qu'elle est inefficace [et ne justifie pas une transgression]. Et Rabbi Matya ben 'Harach le permet [de lui donner le lobe du foie du chien], car il l'estime efficace.
מַתְנִי׳ מִי שֶׁאֲחָזוֹ בּוּלְמוֹס — מַאֲכִילִין אוֹתוֹ אֲפִילּוּ דְּבָרִים טְמֵאִים, עַד שֶׁיֵּאוֹרוּ עֵינָיו. מִי שֶׁנְּשָׁכוֹ כֶּלֶב שׁוֹטֶה — אֵין מַאֲכִילִין אוֹתוֹ מֵחֲצַר כָּבֵד שֶׁלּוֹ. וְרַבִּי מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ מַתִּיר.(משנה)
Et Rabbi Matya ben 'Harach a encore dit : Celui qui souffre d'une douleur à la gorge [et dont la vie pourrait être en danger], on peut placer un médicament à l'intérieur de sa bouche le Chabbat, bien qu'administrer un remède soit interdit le Chabbat. Ceci est permis parce qu'il y a un doute sur le fait que la situation est ou non une menace pour sa vie, car il est difficile d'évaluer la gravité d'une douleur interne. Et un cas de doute concernant une situation mettant la vie en danger [pikoua'h nefech] écarte le Chabbat.
וְעוֹד אָמַר רַבִּי מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ: הַחוֹשֵׁשׁ בִּגְרוֹנוֹ — מְטִילִין לוֹ סַם בְּתוֹךְ פִּיו בְּשַׁבָּת, מִפְּנֵי שֶׁהוּא סְפֵק נְפָשׁוֹת, וְכׇל סְפֵק נְפָשׁוֹת דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת.
Yoma 83a
100%
יומא פ״ג אמַסֶּכֶת יוֹמָא