Guémara
«entièrement de laine bleu-céleste [tekhelét]» (Chémot 28, 31). [La Guemara en déduit le nombre de fils du meil, le manteau du Kohen Gadol, par un raisonnement d'analogie verbale (guézéra chava).] On établit une analogie verbale entre le terme “tekhelét” mentionné ici [à propos du meil] et le terme “tekhelét” mentionné à propos du parokhét [le rideau du Sanctuaire] : de même que là-bas, pour le rideau, chaque fil est composé de six brins, de même ici [pour le meil], chaque fil est composé de six brins. Puis, puisque la Torah précise également que les fils sont torsadés [c'est-à-dire que chaque brin résulte du tressage de deux brins plus fins], chaque fil du meil doit donc contenir douze brins au total.
כְּלִיל תְּכֵלֶת״, וְיָלֵיף ״תְּכֵלֶת״ ״תְּכֵלֶת״ מִפָּרוֹכֶת: מָה לְהַלָּן שִׁשָּׁה, אַף כָּאן שִׁשָּׁה.
La Guemara propose : déduisons [par analogie] le nombre de brins du meil à partir de son ourlet et de ses grenades [décoratifs] — de même que là-bas [pour les grenades] chaque fil est tressé de huit brins, de même ici [pour le meil], les fils devraient être tressés de huit brins ! La Guemara rejette cette proposition : il est préférable de déduire les halakhot d'un keli [ustensile, vêtement] à partir des halakhot d'un autre keli [le rideau], et non de déduire les halakhot d'un keli à partir des halakhot d'un simple ornement de ce keli [c'est-à-dire les grenades du meil].
וְנֵילַף מִשּׁוּלָיו וְרִמּוֹנָיו — מָה לְהַלָּן שְׁמוֹנָה, אַף כָּאן שְׁמוֹנָה! דָּנִין כְּלִי מִכְּלִי, וְאֵין דָּנִין כְּלִי מִתַּכְשִׁיט כְּלִי.
[La Guemara contre-argumente :] Au contraire ! Il est préférable de déduire les halakhot d'un objet à partir de cet objet lui-même [c'est-à-dire que le meil et ses grenades doivent être traités de manière identique] ; et l'on ne devrait pas déduire les halakhot d'un objet à partir d'un autre contexte [le rideau]. La Guemara explique : c'est précisément ce que nous avons dit dans la baraïta : l'une des cinq occurrences du mot «chech» [lin fin] dans le verset [consacré au meil] vient enseigner que l'exigence de fils composés de six brins s'applique également aux autres vêtements [sacerdotaux] pour lesquels «chech» n'est pas explicitement mentionné, comme le meil lui-même.
אַדְּרַבָּה: דָּנִין גּוּפוֹ מִגּוּפוֹ, וְאֵין דָּנִין גּוּפוֹ מֵעָלְמָא. הַיְינוּ דְּאָמְרִינַן: לִשְׁאָר בְּגָדִים שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בָּהֶן ״שֵׁשׁ״.
La baraïta précise encore : chaque fil du parokhét [rideau du Sanctuaire] était composé de vingt-quatre brins. La Guemara explique : en ce qui concerne chaque fil constitué de quatre fils colorés — blanc, pourpre [argaman], écarlate [tola'at chani] et bleu-céleste [tekhelét] — chacun d'eux étant lui-même composé de six brins, il n'y a ni jugement ni juge [expression désignant une évidence absolue] : c'est ainsi que les fils du rideau sont nécessairement fabriqués.
פָּרֹכֶת עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה — אַרְבְּעָה דְּשִׁיתָּא שִׁיתָּא, לָא דִּינָא וְלָא דַּיָּינָא.
La baraïta précise encore : chaque fil du 'hochen [pectoral] et de l'éfod était composé de vingt-huit brins. D'où le déduisons-nous ? Car il est écrit : «Tu confectionneras le pectoral du jugement, œuvre d'un artisan habile ; semblable à l'œuvre de l'éfod, tu le feras : en or, en bleu-céleste, en pourpre, en écarlate et en lin fin torsadé» (Chémot 28, 15). Il y a là quatre fils colorés, chacun composé de six brins, ce qui fait vingt-quatre ; en outre, l'or [un fil d'or] est tressé avec chacune des quatre couleurs, ce qui donne le total de vingt-huit.
חוֹשֶׁן וְאֵפוֹד עֶשְׂרִים וּשְׁמוֹנָה מְנָא לַן? דִּכְתִיב: ״וְעָשִׂיתָ חֹשֶׁן מִשְׁפָּט מַעֲשֵׂה חוֹשֵׁב כְּמַעֲשֵׂה אֵפוֹד תַּעֲשֶׂנּוּ זָהָב תְּכֵלֶת וְאַרְגָּמָן וְתוֹלַעַת שָׁנִי וְשֵׁשׁ מׇשְׁזָר״, אַרְבְּעָה דְּשִׁיתָּא שִׁיתָּא — עֶשְׂרִין וְאַרְבְּעָה, זָהָב — אַרְבְּעָה, הָא עֶשְׂרִין וּתְמָנְיָא.
Mais ne pourrait-on pas dire que l'or [comme les autres couleurs] devrait lui aussi être composé de six brins ? Rav A'ha bar Ya'akov dit que le verset stipule : «Ils battirent les [feuilles d']or en lames minces, puis les découpèrent en cordons [ptilim]» (Chémot 39, 3). «Cordon» [ptil] désigne un brin qui, une fois replié sur lui-même, peut être torsadé en cordon ; «cordons» [ptilim] est au pluriel, ce qui signifie au minimum deux de ces éléments. Dès lors, en découpant chaque cordon en deux, on obtient quatre brins.
וְאֵימָא זָהָב נָמֵי שִׁשָּׁה! אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב, אָמַר קְרָא: ״וְקִצֵּץ פְּתִילִים״. ״פְּתִיל״, ״פְּתִילִים״ — הֲרֵי כָּאן אַרְבָּעָה.
Rav Achi dit : on peut le déduire du fait que le verset déclare à propos des fils d'or : «pour les travailler au sein du bleu-céleste et au sein du pourpre» (Chémot 39, 3), indiquant que les fils d'or devaient être mêlés à chacune des autres couleurs. Que doit-on faire ? Si l'on fait quatre fils d'or de deux brins chacun et qu'on en combine un avec chaque couleur, on obtient huit brins d'or. Si l'on fait deux fils d'or de deux brins chacun et deux fils d'or d'un seul brin chacun, [cela n'est pas possible car] le verset dit : «tu confectionneras» [ve-asita], indiquant que toutes ses fabrications doivent être identiques. Il faut donc nécessairement qu'un seul brin d'or soit combiné avec chacune des couleurs, ce qui produit un total de vingt-huit brins.
רַב אָשֵׁי אָמַר, אָמַר קְרָא: ״לַעֲשׂוֹת בְּתוֹךְ הַתְּכֵלֶת וּבְתוֹךְ הָאַרְגָּמָן״. הֵיכִי נַעֲבֵיד? נַעֲבֵיד אַרְבְּעָה דִּתְרֵי תְּרֵי — הָווּ לְהוּ תְּמָנְיָא. נַעֲבֵיד תְּרֵי דִּתְרֵי תְּרֵי, וּתְרֵי דְּחַד חַד — ״וְעָשִׂיתָ״, שֶׁיִּהְיוּ כׇּל עֲשִׂיּוֹתָיו שָׁווֹת.
§ [La Guemara aborde diverses halakhot concernant les vêtements sacerdotaux et autres vases sacrés.] Ra'hava dit au nom de Rav Yehouda : celui qui déchire intentionnellement l'un des vêtements sacerdotaux transgresse une interdiction et est passible de flagellation, car il est dit à propos du meil : «Il aura un ourlet de tissu tissé autour de son ouverture, comme l'ouverture d'une cotte de mailles, afin qu'il ne se déchire pas» (Chémot 28, 32). De même qu'il est interdit de déchirer l'ouverture du meil, de même il est interdit de déchirer l'un quelconque des vêtements sacerdotaux. Rav A'ha bar Ya'akov s'y oppose vigoureusement : peut-être est-ce ce que le Miséricordieux dit dans la Torah — on doit faire une ouverture [solide] pour qu'il ne se déchire pas ; autrement dit, la Torah donnait une explication technique, non une interdiction. La Guemara rejette cela : est-il écrit «pour qu'il ne se déchire pas» ? [Non — le verset dit simplement «il ne se déchira pas», formule prescriptive, donc c'est bien une interdiction.]
אָמַר רַחֲבָא אָמַר רַב יְהוּדָה: הַמְקָרֵעַ בִּגְדֵי כְהוּנָּה לוֹקֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא יִקָּרֵעַ״. מַתְקֵיף לַהּ רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב, וְדִילְמָא הָכִי קָאָמַר רַחֲמָנָא: נַעֲבֵיד לֵיהּ שָׂפָה כִּי הֵיכִי דְּלָא נִיקְּרַע! מִי כְּתִיב ״שֶׁלֹּא יִקָּרֵעַ״?
Rabbi Elazar dit : celui qui sépare le 'hochen [pectoral] de l'éfod, ou celui qui enlève les barres [badim] de l'Arche de leurs anneaux transgresse une interdiction de la Torah et est passible de flagellation, car il est dit : «le pectoral ne se séparera pas de l'éfod» (Chémot 28, 28), et il est également dit : «les barres resteront dans les anneaux de l'Arche ; elles ne doivent pas en être retirées» (Chémot 25, 15). Rav A'ha bar Ya'akov s'y oppose vigoureusement : peut-être est-ce ce que le Miséricordieux dit dans la Torah — [il faut les] consolider et bien les fixer pour que le pectoral ne se détache pas de l'éfod et pour que les barres ne soient pas retirées. La Guemara rejette cela : est-il écrit «pour qu'il ne se détache pas» et «pour qu'elles ne soient pas retirées» ? [Non — ce sont des interdictions directes.]
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: הַמַּזִּיחַ חוֹשֶׁן מֵעַל הָאֵפוֹד, וְהַמֵּסִיר בַּדֵּי אָרוֹן — לוֹקֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא יִזַּח״ וְ״לָא יָסוּרוּ״. מַתְקֵיף לַהּ רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: וְדִילְמָא כִּי קָאָמַר רַחֲמָנָא, חַדְּקִינְהוּ וְעַבְדִינְהוּ שַׁפִּיר כְּדֵי שֶׁלֹּא יִזַּח וְלֹא יָסוּרוּ! מִי כְּתִיב ״שֶׁלֹּא יִזַּח״ וְ״שֶׁלֹּא יָסוּרוּ״?!
Rabbi Yossei fils de Rabbi 'Hanina souleva une contradiction : dans un verset il est écrit : «les barres resteront dans les anneaux de l'Arche ; elles ne doivent pas en être retirées» (Chémot 25, 15), ce qui implique que les barres doivent y demeurer en permanence. Mais dans un autre verset il est écrit : «on insérera ses barres dans les anneaux» (Chémot 27, 7), ce qui implique que les barres sont introduites lors de l'utilisation, suggérant qu'elles ne sont pas permanentes. Comment résoudre cette contradiction ? Les barres pouvaient être déplacées de leur position [elles étaient desserrées], mais ne sortaient pas complètement [des anneaux]. Les barres étaient plus larges à leurs extrémités et plus minces en leur milieu ; une fois forcées dans les anneaux, bien qu'elles pussent être bougées, elles ne pouvaient être entièrement retirées.
רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא רָמֵי, כְּתִיב: ״בְּטַבְּעוֹת הָאָרוֹן יִהְיוּ הַבַּדִּים לֹא יָסוּרוּ מִמֶּנּוּ״, וּכְתִיב: ״וְהוּבָא אֶת בַּדָּיו בַּטַּבָּעוֹת״! הָא כֵּיצַד? מִתְפָּרְקִין וְאֵין נִשְׁמָטִין.
Cela fut également enseigné dans une baraïta. Le verset dit : «les barres resteront dans les anneaux de l'Arche ; elles ne doivent pas en être retirées» (Chémot 25, 15). On aurait pu penser qu'elles ne devaient pas du tout bouger de leur place ; c'est pourquoi le verset dit : «on insérera ses barres dans les anneaux» (Chémot 27, 7). Si le verset avait dit seulement «on insérera ses barres», on aurait pu penser qu'elles sont introduites et entièrement retirées ; c'est pourquoi le verset dit : «les barres resteront dans les anneaux de l'Arche ; elles ne doivent pas en être retirées» (Chémot 25, 15). Comment cela [se concilie-t-il] ? Elles pouvaient être déplacées de leur position, mais ne sortaient pas [des anneaux].
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: ״בְּטַבְּעוֹת הָאָרוֹן יִהְיוּ הַבַּדִּים״. יָכוֹל לֹא יִהְיוּ זָזִין מִמְּקוֹמָן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהוּבָא אֶת בַּדָּיו בַּטַּבָּעוֹת״, אִי ״וְהוּבָא אֶת בַּדָּיו״, יָכוֹל יִהְיוּ נִכְנָסִין וְיוֹצְאִין — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּטַבְּעוֹת הָאָרוֹן יִהְיוּ הַבַּדִּים״. הָא כֵּיצַד? מִתְפָּרְקִין, וְאֵין נִשְׁמָטִין.
Rabbi 'Hama fils de Rabbi 'Hanina dit : quelle est la signification de ce qui est écrit : «Tu feras les planches du Tabernacle en bois d'acacia, 'omdim [dressées]» (Chémot 26, 15) ? Ce verset enseigne que les planches de bois utilisées pour le Tabernacle doivent être dressées dans le sens où elles poussaient en tant qu'arbre [la partie supérieure en haut, la partie inférieure en bas]. Autre interprétation : «dressées» signifie qu'elles maintenaient en place leur revêtement d'or et l'empêchaient de tomber. Autre interprétation encore : «dressées» est écrit pour allusion à ceci — peut-être direz-vous que maintenant que le Tabernacle n'est plus en usage, leur espoir est perdu et leur chance abandonnée, et qu'après avoir été mis en réserve les planches ne retrouveront jamais leur utilité. C'est pourquoi le verset dit «dressées» [omdim], pour indiquer qu'elles se tiennent debout pour l'éternité et au-delà de l'éternité [allusion à leur restauration future].
אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא, מַאי דִּכְתִיב: ״עֲצֵי שִׁטִּים עוֹמְדִים״, שֶׁעוֹמְדִים דֶּרֶךְ גְּדִילָתָן. דָּבָר אַחֵר: ״עוֹמְדִים״, שֶׁמַּעֲמִידִין אֶת צִפּוּיָין. דָּבָר אַחֵר: ״עוֹמְדִים״. שֶׁמָּא תֹּאמַר אָבַד סִבְרָן וּבָטֵל סִכּוּיָין — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״עוֹמְדִים״, שֶׁעוֹמְדִין לְעוֹלָם וּלְעוֹלָמִים.