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Traité Yoma

69a

Étude de Yoma 69a

Étude de la Guémara 69a

Guémara
[La règle selon laquelle les Kohanim ne dormaient pas dans les habits sacerdotaux] était nécessaire [dans cette michna] pour la clause finale de cette michna, qui stipule : ils ôtent leurs vêtements sacerdotaux, les plient et les placent sous leurs têtes [pour dormir]. Puisqu'il leur est permis de dormir sur eux, il faut bien préciser qu'ils ne peuvent pas dormir en les portant.
וְסֵיפָא אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ: פּוֹשְׁטִין וּמְקַפְּלִין וּמַנִּיחִין תַּחַת רָאשֵׁיהֶם.
[La clause finale de cette michna dit :] ils ôtent leurs vêtements sacerdotaux, les plient et les placent sous leurs têtes. La Guemara suggère : Peut-on déduire de cela qu'il est permis de tirer un bénéfice des vêtements sacerdotaux [même hors du service] ? Rav Pappa dit : Ne dis pas que la michna entend qu'ils peuvent réellement placer les vêtements sous leurs têtes comme un oreiller ; dis plutôt que la michna permet de placer les vêtements seulement à côté de leurs têtes. Rav Mécharchiyya dit : Étant donné cette compréhension de cette michna, on peut en déduire que quelqu'un qui place ses téfilin sur le côté de sa tête [et non dessous] lorsqu'il dort a bien agi ; il n'y a pas à craindre qu'il se retourne dans son sommeil et s'allonge sur elles.
פּוֹשְׁטִין וּמְקַפְּלִין וּמַנִּיחִין אוֹתָן תַּחַת רָאשֵׁיהֶן, שָׁמְעַתְּ מִינַּהּ בִּגְדֵי כְּהוּנָּה נִיתְּנוּ לֵיהָנוֹת בָּהֶן! אָמַר רַב פָּפָּא: לָא תֵּימָא תַּחַת רָאשֵׁיהֶן, אֶלָּא אֵימָא כְּנֶגֶד רָאשֵׁיהֶן. אָמַר רַב מְשַׁרְשְׁיָא: שָׁמְעַתְּ מִינַּהּ תְּפִילִּין מִן הַצַּד שַׁפִּיר דָּמֵי.
De même, il est raisonnable de dire que la michna ne permet de placer les vêtements qu'à côté de leurs têtes, et non dessous ; car si l'on pouvait concevoir que la michna permet de placer les vêtements sous leurs têtes, j'en déduirais que cela serait interdit en raison des châatneiz [mélange de laine et de lin], car parmi les vêtements sacerdotaux se trouve l'avnet [la ceinture], tissée d'un mélange [interdit] de laine et de lin. Et même si l'on suppose qu'il est permis de tirer un bénéfice des vêtements sacerdotaux, il resterait interdit de s'allonger dessus, car on tirerait ainsi un bénéfice d'un vêtement fait de châatneiz.
הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא דִּכְנֶגֶד רָאשֵׁיהֶן, דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ תַּחַת רָאשֵׁיהֶן, וְתִיפּוֹק לִי מִשּׁוּם כִּלְאַיִם — דְּהָא אִיכָּא אַבְנֵט. וּנְהִי נָמֵי דְּנִיתְּנוּ לֵיהָנוֹת בָּהֶן — הָא מִתְהֲנֵי מִכִּלְאַיִם!
Cela fonctionne bien selon celui qui dit que la ceinture [avnet] du Kohen Gadol [portée le Yom Kippour] est la même que la ceinture du kohen ordinaire [et qu'elle est donc faite de lin pur, sans châatneiz]. Mais selon celui qui dit que la ceinture du Kohen Gadol [le Yom Kippour] n'est pas la même que la ceinture du kohen ordinaire [et que la ceinture du kohen ordinaire est donc faite de châatneiz], que peut-on dire [pour justifier qu'un kohen ordinaire puisse dormir sur ses vêtements] ?
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל זֶה הוּא אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן הֶדְיוֹט. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל לֹא זֶה הוּא אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן הֶדְיוֹט, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר!
Et si tu dis que concernant l'interdit du châatneiz, seul le port [des vêtements sur soi] et le fait de les élever sur soi sont interdits, mais que s'en servir comme literie [les étaler dessous] est permis — n'est-il pas enseigné dans une baraïta : « Il ne montera pas sur toi [un mélange de deux espèces d'étoffes] » (Vayikra 19, 19), ce qui implique : mais tu es autorisé à l'étaler sous toi pour t'allonger dessus. Toutefois, les Sages ont dit : il est interdit de le faire, de peur qu'un fil ne s'enroule sur sa chair [ce qui entraînerait la transgression de l'interdit de la Torah].
וְכִי תֵּימָא: כִּלְאַיִם בִּלְבִישָׁה וְהַעֲלָאָה — הוּא דַּאֲסִיר, בְּהַצָּעָה שְׁרֵי, וְהָתַנְיָא: ״לֹא יַעֲלֶה עָלֶיךָ״, אֲבָל אַתָּה מוּתָּר לְהַצִּיעוֹ תַּחְתֶּיךָ. אֲבָל אָמְרוּ חֲכָמִים: אָסוּר לַעֲשׂוֹת כֵּן, שֶׁמָּא תִּיכָּרֵךְ נִימָא אַחַת עַל בְּשָׂרוֹ.
Et si tu dis qu'un kohen pourrait encore éviter l'interdit du châatneiz en plaçant quelque chose entre lui et la ceinture contenant le châatneiz — n'est-ce pas ce que Rabbi Chimon ben Pazi a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Lévi, qui l'a dit au nom de Rabbi Yehouda HaNassi au nom de la sainte communauté de Jérusalem : même s'il y a dix matelas empilés l'un sur l'autre et qu'un vêtement de châatneiz est placé en dessous de tous, il est interdit de dormir sur eux ? [Le décret rabbinique s'applique dans tous les cas, que la préoccupation initiale existe ou non.] Par conséquent, il n'existe aucun moyen pour les Kohanim de dormir sur leurs vêtements sans transgresser l'interdit du châatneiz. Il faut donc conclure que la michna ne permet que de placer les vêtements à côté de leurs têtes. La Guemara conclut : Apprends-en que c'est bien ainsi.
וְכִי תֵּימָא דְּמַפְסֵיק לֵיהּ מִידֵּי בֵּינֵי בֵּינֵי — וְהָאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר רַבִּי מִשּׁוּם קְהָלָא קַדִּישָׁא שֶׁבִּירוּשָׁלַיִם: אֲפִילּוּ עֶשֶׂר מַצָּעוֹת זוֹ עַל גַּב זוֹ וְכִלְאַיִם תַּחְתֵּיהֶן — אָסוּר לִישַׁן עֲלֵיהֶן. אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינַּהּ: כְּנֶגֶד רָאשֵׁיהֶן, שְׁמַע מִינַּהּ.
Rav Achi dit : En réalité, la michna peut être comprise comme permettant de placer les vêtements sous leurs têtes [comme oreiller]. On ne saurait objecter qu'en agissant ainsi les Kohanim tireraient un bénéfice d'un vêtement fait de châatneiz, car les vêtements sacerdotaux — et en particulier la ceinture — sont rigides [kashim], et l'interdit du châatneiz ne s'applique donc pas à eux. Ceci est conforme à ce que disait Rav Houna, fils de Rabbi Yehochoua : Ce feutre rigide [namta] fabriqué de châatneiz produit dans la ville de Narech est permis, puisqu'un objet rigide ne s'enroule pas autour du corps pour procurer de la chaleur, et la personne qui le porte n'est donc pas considérée comme tirant un bénéfice du châatneiz.
רַב אָשֵׁי אָמַר: לְעוֹלָם תַּחַת רָאשֵׁיהֶן, וְהָא קָא מִתְהֲנֵי מִכִּלְאַיִם — בִּגְדֵי כְהוּנָּה קָשִׁין הֵן. כִּי הָא דְּאָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: הַאי נַמְטָא גַּמְדָּא דְּנַרֶשׁ — שַׁרְיָא.
Viens et entends [une résolution à ce dilemme, tirée d'une baraïta explicite] : En ce qui concerne les vêtements sacerdotaux, il est interdit de sortir dans le pays [hors du Temple] en les portant ; mais dans le Temple, qu'il s'agisse du temps du service ou d'un moment hors du service, c'est permis — parce qu'il est permis de tirer un bénéfice des vêtements sacerdotaux. Apprends-en que c'est bien permis.
תָּא שְׁמַע: בִּגְדֵי כְהוּנָּה, הַיּוֹצֵא בָּהֶן לַמְּדִינָה — אָסוּר. וּבַמִּקְדָּשׁ, בֵּין בִּשְׁעַת עֲבוֹדָה בֵּין שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת עֲבוֹדָה — מוּתָּר, מִפְּנֵי שֶׁבִּגְדֵי כְהוּנָּה נִיתְּנוּ לֵיהָנוֹת בָּהֶן. שְׁמַע מִינַּהּ.
§ La baraïta a enseigné que les vêtements sacerdotaux ne peuvent pas être portés en dehors du Temple. La Guemara met cela en question : Est-il vraiment interdit de porter des vêtements sacerdotaux dans le pays [hors du Temple] ? N'est-il pas enseigné dans une autre baraïta, dans Meguilat Taanit : Le vingt-cinq Tévet est connu comme le jour du mont Guérizim, qui a été établi comme un jour de joie, et il est donc interdit d'y prononcer des oraisons funèbres.
וּבַמְּדִינָה לָא? וְהָתַנְיָא: בְּעֶשְׂרִים וַחֲמִשָּׁה [בְּטֵבֵת] יוֹם הַר גְּרִזִים [הוּא], דְּלָא לְמִסְפַּד?
Qu'est-il arrivé à cette date ? Ce fut le jour où les Samaritains [Koutim] demandèrent à Alexandre le Macédonien la permission de détruire la Maison de notre Seigneur [le Temple de Jérusalem], et il la leur accorda. Des gens vinrent informer le Grand Prêtre Chimon HaTzaddik [de ce qui s'était passé]. Que fit-il ? Il revêtit les vêtements sacerdotaux et s'enveloppa dans les vêtements sacerdotaux. Et les notables du peuple d'Israël l'accompagnaient, des torches de feu à la main. Et toute cette nuit, ceux-ci [les représentants du peuple juif] avançaient d'un côté, et ceux-là [les armées d'Alexandre et des Samaritains] avançaient de l'autre côté, jusqu'à l'aube, moment où ils se virent enfin mutuellement.
יוֹם שֶׁבִּקְּשׁוּ כּוּתִיִּים אֶת בֵּית אֱלֹהֵינוּ מֵאֲלֶכְּסַנְדְּרוֹס מוֹקְדוֹן לְהַחְרִיבוֹ, וְנָתְנוּ לָהֶם. בָּאוּ וְהוֹדִיעוּ אֶת שִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק. מֶה עָשָׂה? לָבַשׁ בִּגְדֵי כְהוּנָּה, וְנִתְעַטֵּף בְּבִגְדֵי כְהוּנָּה, וּמִיַּקִּירֵי יִשְׂרָאֵל עִמּוֹ, וַאֲבוּקוֹת שֶׁל אוֹר בִּידֵיהֶן. וְכׇל הַלַּיְלָה, הַלָּלוּ הוֹלְכִים מִצַּד זֶה, וְהַלָּלוּ הוֹלְכִים מִצַּד זֶה, עַד שֶׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר.
Quand l'aube parut, Alexandre dit aux Samaritains : Qui sont ces gens qui viennent à notre rencontre ? Ils lui dirent : Ce sont les Juifs qui se sont rebellés contre toi. Quand [le cortège] atteignit Antipatris, le soleil se leva et les deux camps se rencontrèrent. Quand Alexandre vit Chimon HaTzaddik, il descendit de son char et se prosterna devant lui. Son entourage lui dit : Un grand roi comme toi s'incline devant ce Juif ?! Il leur dit : Je le fais parce que l'image du visage de cet homme est victorieuse devant moi sur mes champs de bataille — c'est-à-dire que lorsque je combats, je vois son image me précéder comme un signe de victoire, et je sais ainsi qu'il possède une sainteté suprême.
כֵּיוָן שֶׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר, אָמַר לָהֶם: מִי הַלָּלוּ? אָמְרוּ לוֹ: יְהוּדִים שֶׁמָּרְדוּ בְּךָ. כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ לְאַנְטִיפַּטְרֵס זָרְחָה חַמָּה וּפָגְעוּ זֶה בָּזֶה. כֵּיוָן שֶׁרָאָה לְשִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק, יָרַד מִמֶּרְכַּבְתּוֹ וְהִשְׁתַּחֲוָה לְפָנָיו. אָמְרוּ לוֹ: מֶלֶךְ גָּדוֹל כְּמוֹתְךָ יִשְׁתַּחֲוֶה לִיהוּדִי זֶה?! אָמַר לָהֶם: דְּמוּת דְּיוֹקְנוֹ שֶׁל זֶה מְנַצַּחַת לְפָנַי בְּבֵית מִלְחַמְתִּי.
[Alexandre] leur dit [aux représentants du peuple juif] : Pourquoi êtes-vous venus ? Ils lui dirent : Est-il possible que le Temple, la maison dans laquelle nous prions pour toi et pour ton royaume afin qu'il ne soit pas détruit, des nations [des ennemis] te trompent pour te pousser à le détruire, et que nous restions silencieux sans t'en informer ? Il leur dit : Qui sont ces gens qui veulent le détruire ? Les Juifs lui dirent : Ce sont ces Samaritains qui se tiennent devant toi. Il leur dit : En ce cas, ils sont livrés entre vos mains pour agir avec eux à votre gré.
אָמַר לָהֶם: לָמָּה בָּאתֶם? אָמְרוּ: אֶפְשָׁר בַּיִת שֶׁמִּתְפַּלְּלִים בּוֹ עָלֶיךָ וְעַל מַלְכוּתְךָ שֶׁלֹּא תֶּחְרַב, יַתְעוּךָ גּוֹיִם לְהַחְרִיבוֹ? אָמַר לָהֶם: מִי הַלָּלוּ? אָמְרוּ לוֹ: כּוּתִיִּים הַלָּלוּ, שֶׁעוֹמְדִים לְפָנֶיךָ. אָמַר לָהֶם: הֲרֵי הֵם מְסוּרִין בִּידֵיכֶם.
Yoma 69a
100%
יומא ס״ט אמַסֶּכֶת יוֹמָא