[La baraïta interprète le verset (Vayikra 16, 21) : « Il enverra le bouc par la main d'un homme désigné dans le désert. » Le mot « désigné » indique également] qu'il doit être préparé [et désigné pour cette mission] la veille [de Yom Kippour]. Le mot « désigné » [étitti] indique également que le bouc est toujours envoyé à l'heure fixée, même le Chabbat. De même, le mot « désigné » indique que [le bouc est envoyé] même [si son accompagnateur est en état d'] impureté rituelle.
שֶׁיְּהֵא מְזוּמָּן. ״עִתִּי״ — וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת, ״עִתִּי״ — וַאֲפִילּוּ בְּטוּמְאָה.
La baraïta a énoncé que le mot « homme » est mentionné pour permettre à un non-cohen [zar] d'accomplir cette tâche. La Guemara s'étonne : cela est évident ! Pourquoi aurait-on pensé autrement ? La Guemara répond : on aurait pu dire que le terme « expiation » [kapara] est écrit à son sujet, et que l'expiation ne s'accomplit que par un service effectué par des cohanim. Aussi [la Toïra] nous enseigne-t-elle que cette expiation ne s'accomplit pas par une offrande sacrificielle, et que ce service peut donc être accompli même par un Israélien.
״אִישׁ״ — לְהַכְשִׁיר אֶת הַזָּר. פְּשִׁיטָא? מַהוּ דְּתֵימָא: ״כַּפָּרָה״ כְּתִיבָא בֵּיהּ, קָא מַשְׁמַע לַן.
La baraïta a énoncé que le mot « désigné » indique que ce service est accompli même le Chabbat. La Guemara demande : à quelle halakha cela fait-il référence ? [Il n'y a pas d'apparente profanation du Chabbat à escorter le bouc, puisque la halakha des limites de Chabbat est seulement d'origine rabbinique.] Rav Chéchet dit : cela est mentionné pour indiquer que si le bouc est malade et ne peut pas marcher [seul jusqu'au bout du chemin], celui qui l'escorte le porte sur son épaule.
״עִתִּי״ וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת. לְמַאי הִלְכְתָא? אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: לוֹמַר, שֶׁאִם הָיָה חוֹלֶה — מַרְכִּיבוֹ עַל כְּתֵפוֹ.
La Guemara note : selon l'opinion de qui cela a-t-il été formulé ? Ce n'est pas selon l'opinion de Rabbi Natan, car si c'était selon l'opinion de Rabbi Natan, n'a-t-il pas dit qu'un être vivant se porte lui-même [un animal vivant participe à l'effort du porteur et n'est pas considéré comme un poids] ? La Guemara réfute : même si l'on dit que c'est selon l'opinion de Rabbi Natan, un animal malade est différent. Puisque le bouc ne peut pas marcher de ses propres forces, bien qu'il soit vivant, tous s'accordent à dire que celui qui le porte accomplit un travail interdit.
כְּמַאן, דְּלָא כְּרַבִּי נָתָן. דְּאִי רַבִּי נָתָן, הָאָמַר: חַי נוֹשֵׂא אֶת עַצְמוֹ: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי נָתָן, חָלָה שָׁאנֵי.
Rafram dit, en se fondant sur le fait que le mot « désigné » indique que le bouc émissaire est envoyé même le Chabbat : cela prouve que [la règle de l']éiruv [des frontières] et l'interdit de porter [dans l'espace public] s'appliquent au Chabbat, mais que l'éiruv et l'interdit de porter ne s'appliquent pas à Yom Kippour. [En effet,] si ces halakhot s'appliquaient également à Yom Kippour, et que la Toïra ordonne néanmoins l'envoi du bouc, il serait inutile de déduire que la même chose vaut même si Yom Kippour coïncide avec le Chabbat.
אָמַר רַפְרָם, זֹאת אוֹמֶרֶת: עֵירוּב וְהוֹצָאָה לְשַׁבָּת, וְאֵין עֵירוּב וְהוֹצָאָה לְיוֹם הַכִּפּוּרִים.
La baraïta a énoncé que le mot « désigné » indique que ce service est accompli même en état d'impureté. La Guemara demande : à quelle halakha cela fait-il référence ? Rav Chéchet dit : le verset vient nous enseigner que si celui qui envoie le bouc est devenu impur, il entre néanmoins dans la cour du Temple [Azara] en état d'impureté et l'envoie [au désert].
״עִתִּי״ וַאֲפִילּוּ בְּטוּמְאָה. לְמַאי הִלְכְתָא? אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: לוֹמַר שֶׁאִם נִטְמָא מְשַׁלְּחוֹ — נִכְנָס טָמֵא לָעֲזָרָה, וּמְשַׁלְּחוֹ.
À ce propos, la Guemara rapporte que des élèves ont un jour posé des questions à Rabbi Eliézer : si le bouc est malade, est-il permis à l'accompagnateur de le porter sur son épaule ? Il leur répondit : ce bouc peut [aisément] porter moi et vous [tant il est robuste] — sous-entendu : un bouc désigné et en bonne santé ne tombera jamais malade. Rabbi Eliézer esquivait ainsi la question. Ils lui demandèrent : si celui qui envoie le bouc tombe malade, peut-on l'envoyer par la main d'un autre ? Il leur dit de façon évasive : « Soyons en paix, moi et vous » [sous-entendu : cela n'arrivera jamais].
שָׁאֲלוּ אֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: חָלָה, מַהוּ שֶׁיַּרְכִּיבֵהוּ עַל כְּתֵפוֹ? אָמַר לָהֶם: יָכוֹל הוּא לְהַרְכִּיב אֲנִי וְאַתֶּם. חָלָה מְשַׁלְּחוֹ, מַהוּ שֶׁיְּשַׁלְּחֶנּוּ בְּיַד אַחֵר? אָמַר לָהֶם: אֱהֵא בְּשָׁלוֹם אֲנִי וְאַתֶּם.
Ils lui demandèrent : si [l'accompagnateur] l'a poussé [du haut de la falaise] et qu'il n'est pas mort [de sa chute], est-il permis de descendre [la falaise] après lui pour le tuer ? Il leur répondit [par allusion] : « Qu'il en soit ainsi de tous Tes ennemis, Seigneur » (Choftim 5, 31) — sous-entendu : le bouc mourra certainement de lui-même. Mais les Sages disent : si le bouc est malade, l'accompagnateur le porte sur son épaule ; si celui qui envoie le bouc est malade, on envoie le bouc par la main d'un autre ; si [l'accompagnateur] le pousse et qu'il ne meurt pas, il descend après lui et le tue.
דְּחָפוֹ וְלֹא מֵת, מַהוּ שֶׁיֵּרֵד אַחֲרָיו וִימִיתֶנּוּ? אָמַר לָהֶם: ״כֵּן יֹאבְדוּ כׇל אוֹיְבֶיךָ ה׳״. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: חָלָה — מַרְכִּיבוֹ עַל כְּתֵפוֹ, חָלָה מְשַׁלְּחוֹ — יְשַׁלְּחֶנּוּ בְּיַד אַחֵר. דְּחָפוֹ וְלֹא מֵת — יֵרֵד אַחֲרָיו וִימִיתֶנּוּ.
La Guemara rapporte d'autres questions que les élèves ont posées à Rabbi Eliézer, auxquelles il a refusé de répondre. Ils lui demandèrent : quel est le destin de tel individu [connu pour être méchant] dans le Monde-à-Venir ? Il esquiva la question et leur dit : vous m'avez seulement posé une question sur untel, et non sur tel autre [que vous croyez juste] ?
שָׁאֲלוּ אֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: פְּלוֹנִי, מַהוּ לָעוֹלָם הַבָּא? אָמַר לָהֶם לֹא שְׁאֶלְתּוּנִי אֶלָּא עַל פְּלוֹנִי.
Ils lui demandèrent : est-il permis [le Chabbat] de sauver une brebis [gardée par un berger] de la gueule d'un lion ? Il leur dit : vous ne m'avez posé une question que sur la brebis. Ils lui demandèrent : est-il permis de sauver le berger de la gueule du lion ? Il leur dit : vous ne m'avez posé une question que sur le berger. [Ils lui demandèrent :] qu'est-ce qu'un mamzer [enfant né d'une union illicite] hérite [de ses parents] ? [Rabbi Eliézer répondit par une autre question :] ne m'avez-vous pas demandé ce qu'il en est du lévirat [yibbum] ? [Ils lui demandèrent :] est-il permis de crépir sa maison [après la destruction du Temple] ? Rabbi Eliézer répondit [par une question] : quelle est la règle concernant le crépissage d'un tombeau ?
מַהוּ לְהַצִּיל רוֹעֶה כִּבְשָׂה מִן הָאֲרִי? אָמַר לָהֶם: לֹא שְׁאֶלְתּוּנִי אֶלָּא עַל הַכִּבְשָׂה. מַהוּ לְהַצִּיל הָרוֹעֶה מִן הָאֲרִי? אָמַר לָהֶם: לֹא שְׁאֶלְתּוּנִי אֶלָּא עַל הָרוֹעֶה. מַמְזֵר, מַה הוּא לִירַשׁ? מַהוּ לְיַבֵּם? מַהוּ לָסוּד אֶת בֵּיתוֹ? מַהוּ לָסוּד אֶת קִבְרוֹ?
[La raison de ces réponses évasives :] ce n'est pas parce qu'il les éloignait avec des propos sans rapport [feignant l'ignorance et répondant à côté pour esquiver]. Mais Rabbi Eliézer répondait ainsi parce qu'il n'a jamais dit une chose qu'il n'avait pas entendue de la bouche de son maître. N'ayant pas reçu de tradition sur ces questions, il ne répondait pas directement, indiquant ainsi qu'il ne possédait pas de tradition à leur égard.
לֹא מִפְּנֵי שֶׁהִפְלִיגָן בִּדְבָרִים. אֶלָּא מִפְּנֵי שֶׁלֹּא אָמַר דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי רַבּוֹ מֵעוֹלָם.
La Guemara cite une autre question posée à Rabbi Eliézer. Une femme sage lui demanda : puisque tous [les Israélites] ont participé également au péché du Veau d'or, pour quelle raison leurs morts n'ont-elles pas été identiques [certains ont été tués par l'épée des Léviim, d'autres par une épidémie, d'autres encore par une maladie intestinale] ? Il lui dit : il n'y a de sagesse [appropriée] pour une femme que dans [l'usage de] la quenouille [le filage], et ainsi dit [le verset] : « Et toute femme au cœur sage filait de ses mains » (Chemot 35, 25). Il n'appartient donc pas à une femme de se préoccuper de telles questions.
שָׁאֲלָה אִשָּׁה חֲכָמָה אֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: מֵאַחַר שֶׁמַּעֲשֵׂה הָעֵגֶל שָׁוִין, מִפְּנֵי מָה אֵין מִיתָתָן שָׁוָה? אָמַר לָהּ: אֵין חׇכְמָה לָאִשָּׁה אֶלָּא בְּפֶלֶךְ, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וְכׇל אִשָּׁה חַכְמַת לֵב בְּיָדֶיהָ טָווּ״.