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Traité Yoma

66a

Étude de Yoma 66a

Étude de la Mishna & Guémara 66a

Et si l'année a été prolongée [et déclarée année bissextile], elle l'est au bénéfice du vendeur [d'une maison dans une ville murée, qui dispose ainsi d'un mois supplémentaire pour racheter sa maison]. La Guemara demande : cela fonctionne bien pour ce qui concerne le bouc [de Yom Kippour, qui doit être âgé d'un an, et qu'une année bissextile risque de rendre trop âgé], mais pour ce qui concerne le taureau [qui reste valide même s'il a plus d'un an], qu'y a-t-il à dire ? La Guemara répond : il existe un décret rabbinique concernant le taureau, en raison du bouc [afin d'uniformiser la règle].
וְאִם נִתְעַבְּרָה — נִתְעַבְּרָה לַמּוֹכֵר. הָתִינַח שָׂעִיר, פַּר מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? גְּזֵירָה פַּר אַטּוּ שָׂעִיר.
[La Guemara objecte :] Et en raison d'un simple décret rabbinique l'animal devrait mourir [sans être utilisé] ?! De plus, une offrande expiatoire [hata'at] dont l'année a passé ne doit pas mourir, elle va plutôt paître [jusqu'à ce qu'un défaut la disqualifie et qu'elle soit vendue]. Comme l'a dit Rech Lakich : une hata'at dont l'année a passé, on la considère comme si elle se trouvait dans un cimetière [c'est-à-dire inaccessible au cohen qui ne peut s'y rendre sans contracter d'impureté] et elle paît [jusqu'à ce qu'un défaut survienne, après quoi elle est vendue].
וּמִשּׁוּם גְּזֵירָה יָמוּת?! וְעוֹד, חַטָּאת שֶׁעִבְּרָה שְׁנָתָהּ — לִרְעִיָּה אָזְלָא! דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: חַטָּאת שֶׁעִבְּרָה שְׁנָתָהּ, רוֹאִין אוֹתָהּ כְּאִילּוּ הִיא עוֹמֶדֶת בְּבֵית הַקְּבָרוֹת וְרוֹעָה.
Rava dit plutôt : [la raison pour laquelle le taureau et le bouc de Yom Kippour ne peuvent être conservés d'une année à l'autre est un] décret rabbinique dû à la crainte d'une faute [ta'kala — un incident qui entraînerait une transgression]. Comme il est enseigné dans une baraïta : à notre époque [depuis la destruction du Temple], on ne consacre pas d'objets [à l'usage du Temple], on ne prononce pas de vœu d'estimation [arékhin], et on ne voue pas de bien interdit [hekdech].
אֶלָּא אָמַר רָבָא: גְּזֵירָה מִשּׁוּם תַּקָּלָה. אֵין מַקְדִּישִׁין, וְאֵין מַעֲרִיכִין, וְאֵין מַחְרִימִין בַּזְּמַן הַזֶּה.
Et si quelqu'un a néanmoins consacré, voué d'estimation ou voué de bien interdit : si l'objet consacré est un animal [que l'on ne peut sacrifier], on le déracine [on l'amène à mourir rapidement] ; si ce sont des fruits, des vêtements ou des ustensiles [qui se décomposent], on les laisse se décomposer ; si ce sont des pièces de monnaie ou des ustensiles de métal, on en rachète la valeur et on jette cette valeur dans la mer Morte [en sorte que nul ne puisse en tirer profit]. Qu'est-ce que « déraciner » [un animal] ? On ferme la porte devant lui, et il meurt de lui-même [de faim].
וְאִם הִקְדִּישׁ וְהֶעֱרִיךְ וְהֶחְרִים, בְּהֵמָה — תֵּיעָקֵר. פֵּירוֹת כְּסוּת וְכֵלִים — יֵרָקְבוּ, מָעוֹת וּכְלֵי מַתָּכוֹת — יוֹלִיךְ הֲנָאָה לְיָם הַמֶּלַח. וְאֵי זֶה הוּא עִיקּוּר — נוֹעֵל דֶּלֶת לְפָנֶיהָ, וְהִיא מֵתָה מֵאֵלֶיהָ.
La Guemara demande : de quelle faute [ta'kala] s'agit-il ? Si c'est la crainte qu'on vienne à sacrifier l'animal [comme une autre offrande], alors une préoccupation similaire devrait exister pour tous les animaux disqualifiés qu'on laisse paître ! Si c'est la crainte qu'on tonde la laine de l'animal ou qu'on le fasse travailler [utilisation illicite de biens consacrés], la même préoccupation vaut aussi pour tous les animaux disqualifiés qu'on laisse paître !
תַּקָּלָה דְּמַאי? אִי תַּקָּלָה דְּהַקְרָבָה, אֲפִילּוּ כׇּל רְעִיּוֹת נָמֵי! אִי תַּקָּלָה דְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה, אֲפִילּוּ כׇּל רְעִיּוֹת נָמֵי!
La Guemara répond : en réalité, la crainte concerne bien une faute liée au sacrifice. Ces autres animaux disqualifiés qu'on laisse paître [et qui ne sont plus aptes au sacrifice], on n'y pense plus [on ne songe plus à les offrir en sacrifice], tandis que ce taureau et ce bouc [qui seraient aptes à être sacrifiés l'année suivante], on y pense encore [leur sacrifice reste en tête]. C'est pourquoi il existe une crainte plus grande qu'on pourrait les sacrifier en tant qu'offrandes, et ils ne peuvent pas être laissés à paître.
לְעוֹלָם תַּקָּלָה דְּהַקְרָבָה, וְהָנָךְ דְּלָאו בְּנֵי הַקְרָבָה נִינְהוּ — לָא טְרִיד בְּהוּ, הָךְ דְּבַת הַקְרָבָה הִיא — טְרִיד בַּהּ.
La Guemara note : cette question même — [faut-il] décréter des mesures en raison de la crainte d'une ta'kala — fait l'objet d'un désaccord entre tannaïm. Car il a été enseigné dans une baraïta : un agneau pascal qui n'a pas été sacrifié [à Pessah] lors du premier [Pessah] peut être sacrifié lors du second [Pessah] [pour ceux qui étaient impurs ou éloignés lors du premier]. S'il n'a pas été sacrifié lors du second, il peut être sacrifié l'année suivante [selon une opinion]. Et dans une autre baraïta il est enseigné : il ne sera pas sacrifié [l'année suivante]. N'est-ce pas là un désaccord sur la question de savoir si un décret doit être édicté en raison de la crainte d'une ta'kala ?
וְתַקָּלָה עַצְמָהּ תַּנָּאֵי הִיא. דְּתַנְיָא חֲדָא: פֶּסַח שֶׁלֹּא קָרַב בְּרִאשׁוֹן — יִקְרַב בַּשֵּׁנִי, בַּשֵּׁנִי — יִקְרַב לְשָׁנָה הַבָּאָה. וְתַנְיָא אִידַּךְ: לֹא יִקְרַב. מַאי לָאו, בְּתַקָּלָה פְּלִיגִי?
La Guemara répond : non [ces sources ne prouvent pas que les tannaïm ont débattu de cette question en ces termes]. Il est possible que tout le monde s'accorde à dire qu'on ne craint pas de ta'kala, et qu'ici le désaccord porte sur le débat entre Rabbi [Yehouda HaNassi] et les Sages [au sujet de l'âge de l'agneau pascal]. Ainsi la contradiction apparente entre les deux baraïtot n'est pas difficile : cette baraïta [qui dit qu'on peut le sacrifier l'année suivante] suit l'opinion de Rabbi ; cette autre baraïta [qui dit qu'on ne peut pas] suit l'opinion des Sages, qui estiment que l'année suivante l'agneau aura certainement plus d'un an et sera donc inapte comme offrande pascale.
לָא, דְּכוּלֵּי עָלְמָא [לָא] חָיְישִׁינַן לְתַקָּלָה, וְהָכָא בִּפְלוּגְתָּא דְּרַבִּי וְרַבָּנַן קָא מִיפַּלְגִי, וְלָא קַשְׁיָא: הָא רַבִּי, הָא רַבָּנַן.
La Guemara objecte : mais n'a-t-on pas enseigné dans une baraïta : « de même les pièces de monnaie [séparées pour acheter l'agneau pascal font l'objet du même désaccord] » ? Or, dans le cas de pièces de monnaie, le désaccord entre Rabbi et les Sages est sans pertinence [puisque les pièces n'ont pas d'âge limite]. Alors n'est-il pas exact de conclure qu'ils débattent bien de la question de savoir si un décret est édicté en raison de la crainte d'une ta'kala ? La Guemara conclut : en effet, il faut tirer cette conclusion.
וְהָתַנְיָא: וְכֵן הַמָּעוֹת! אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינַּהּ — בְּתַקָּלָה פְּלִיגִי, שְׁמַע מִינַּהּ.
Mishna 1
MICHNA : [La description du service de Yom Kippour reprend :] Le Kohen Gadol [Grand Prêtre] s'approche du bouc émissaire [chagouï haMichtale'ah], pose ses deux mains sur lui et fait la confession [viddouï]. Et voici ce qu'il disait : « Je T'en supplie, Hachem ! Ton peuple, la maison d'Israël, a péché [hataou], a commis des fautes [avaou] et s'est rebellé [pachéou] devant Toi. Je T'en supplie, Hachem ! Accorde l'expiation, de grâce, pour les péchés, les fautes et les rébellions qu'ils ont commis et perpétrés et dont ils se sont rendus coupables devant Toi, Ton peuple la maison d'Israël, comme il est écrit dans la Torah de Moïche Ton serviteur, en ces termes : “Car en ce jour-là on fera l'expiation pour vous afin de vous purifier ; de tous vos péchés devant l'Éternel vous serez purifiés” (Vayikra 16, 30). »
מַתְנִי׳ בָּא לוֹ אֵצֶל שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ, וְסוֹמֵךְ שְׁתֵּי יָדָיו עָלָיו וּמִתְוַדֶּה. וְכָךְ הָיָה אוֹמֵר: אָנָא הַשֵּׁם! חָטְאוּ, עָווּ, פָּשְׁעוּ לְפָנֶיךָ עַמְּךָ בֵּית יִשְׂרָאֵל. אָנָא הַשֵּׁם! כַּפֶּר נָא לַחֲטָאִים וְלָעֲוֹנוֹת וְלַפְּשָׁעִים שֶׁחָטְאוּ וְשֶׁעָווּ וְשֶׁפָּשְׁעוּ לְפָנֶיךָ עַמְּךָ בֵּית יִשְׂרָאֵל, כַּכָּתוּב בְּתוֹרַת מֹשֶׁה עַבְדֶּךָ לֵאמֹר: ״כִּי בַיּוֹם הַזֶּה יְכַפֵּר עֲלֵיכֶם לְטַהֵר אֶתְכֶם מִכֹּל חַטֹּאתֵיכֶם לִפְנֵי ה׳ תִּטְהָרוּ״.(משנה)
Et les cohanim et le peuple qui se trouvaient dans la cour du Temple [Azara], quand ils entendaient le Nom explicite [Chem haMeforach] sortir de la bouche du Kohen Gadol [prononcé avec ses lettres véritables], se prosternaient, s'inclinaient et tombaient sur leur face, et disaient : « Béni soit le nom de la gloire de Son règne pour l'éternité. » [Après la confession sur le bouc,] le [Kohen Gadol] le remit à celui qui devait le conduire [au désert]. Selon la halakha, toute personne est apte à le conduire, mais les Grands Prêtres avaient établi une coutume fixe et ne permettaient pas à un Israélien [non-cohen] de le conduire.
וְהַכֹּהֲנִים וְהָעָם הָעוֹמְדִים בָּעֲזָרָה כְּשֶׁהָיוּ שׁוֹמְעִים שֵׁם הַמְּפוֹרָשׁ שֶׁהוּא יוֹצֵא מִפִּי כֹּהֵן גָּדוֹל, הָיוּ כּוֹרְעִים וּמִשְׁתַּחֲוִים וְנוֹפְלִים עַל פְּנֵיהֶם, וְאוֹמְרִים: ״בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד״. מְסָרוֹ לְמִי שֶׁהָיָה מוֹלִיכוֹ. הַכֹּל כְּשֵׁרִין לְהוֹלִיכוֹ, אֶלָּא שֶׁעָשׂוּ הַכֹּהֲנִים גְּדוֹלִים קֶבַע, וְלֹא הָיוּ מַנִּיחִין אֶת יִשְׂרָאֵל לְהוֹלִיכוֹ.
Rabbi Yossé dit : ce n'était pas toujours le cas. Il y eut un événement où une personne nommée Arsela conduisit le bouc au désert, et il était Israélien [non-cohen]. Et ils construisirent une rampe [pour le faire passer] en raison des Juifs babyloniens [qui séjournaient à Jérusalem], qui arrachaient les poils du bouc et lui disaient : « Prends [nos péchés] et va-t'en ! Prends et va-t'en ! »
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מַעֲשֶׂה וְהוֹלִיכוֹ עַרְסְלָא, וְיִשְׂרָאֵל הָיָה. וְכֶבֶשׁ עָשׂוּ לוֹ מִפְּנֵי הַבָּבְלִיִּים, שֶׁהָיוּ מְתַלְּשִׁים בִּשְׂעָרוֹ וְאוֹמְרִים לוֹ: טוֹל וָצֵא טוֹל וָצֵא.
Yoma 66a
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יומא ס״ו אמַסֶּכֶת יוֹמָא