Guémara
Et si tu veux dire autrement [une troisième manière d'expliquer le désaccord] : si nous estimons que l'encerclement [ha'qafa] se fait à pied [c'est-à-dire que le prêtre fait le tour de l'autel en marchant], tout le monde s'accorde à dire que l'on apprend la manière d'asperger à l'intérieur [du Sanctuaire, sur l'autel d'or] de celle pratiquée à l'extérieur [sur l'autel extérieur]. Et ici, ils sont en désaccord sur ce point : ce Sage [Rabbi Aqiva] estime que le prêtre se tient en un seul endroit et asperge toutes les cornes depuis là — ce qui signifie que l'encerclement se fait par la main [ha'qafa bayad] ; et ce Sage [Rabbi Yossé] estime que l'encerclement se fait à pied.
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: אִי סְבִירָא לַן הַקָּפָה בָּרֶגֶל — דְּכוּלֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּיָלְפִינַן פְּנִים מִחוּץ. וְהָכָא בְּהָא קָא מִיפַּלְגִי: מָר סָבַר הַקָּפָה בַּיָּד, וּמָר סָבַר הַקָּפָה בָּרֶגֶל.
Et si tu veux dire autrement encore [une quatrième formulation] : tout le monde s'accorde à dire que l'encerclement se fait par la main, et ici ils sont en désaccord sur ce point : ce Sage [Rabbi Yossé] estime que l'on déduit les halakhot d'un encerclement par la main de celles d'un encerclement à pied — et donc le rite de l'autel intérieur est le même que celui de l'autel extérieur. Et ce Sage [Rabbi Aqiva] estime que l'on ne déduit pas l'encerclement par la main de l'encerclement à pied.
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: דְּכוּלֵּי עָלְמָא הַקָּפָה בַּיָּד, וְהָכָא בְּהָא קָא מִיפַּלְגִי: מָר סָבַר יָלְפִינַן יָד מֵרֶגֶל, וּמָר סָבַר: לָא יָלְפִינַן.
[§] La Guemara demande : Et Rabbi Yossé ha-Gelili estime-t-il que l'encerclement se fait par la main ? Mais du fait qu'il est enseigné dans la clause finale de la michna que Rabbi Eliézer dit : « Il se tenait en un seul endroit et aspergeait », on peut en déduire que le premier tanna [que la Guemara a identifié comme Rabbi Yossé ha-Gelili] ne défend pas cette position [de l'aspersion depuis un seul endroit]. Plutôt, il est clair, comme nous avons répondu en premier lieu, que ce Sage [Rabbi Aqiva] estime que l'encerclement se fait par la main, et ce Sage [Rabbi Yossé] estime que l'encerclement se fait à pied.
וְסָבַר רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי הַקָּפָה בַּיָּד? וְהָא מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: בִּמְקוֹמוֹ הָיָה עוֹמֵד וּמְחַטֵּא, מִכְּלָל דְּתַנָּא קַמָּא לָא סְבִירָא לֵיהּ. אֶלָּא מְחַוַּורְתָּא כִדְשַׁנִּינַן מֵעִיקָּרָא: מָר סָבַר הַקָּפָה בַּיָּד, וּמָר סָבַר הַקָּפָה בָּרֶגֶל.
Et si tu veux dire autrement [une cinquième formulation] : ils sont en désaccord sur ce point — ce Sage [Rabbi Aqiva] estime que le pourtour de l'autel intérieur [en matière de rite] est comparable au pourtour de l'autel extérieur, et ce Sage [Rabbi Yossé] estime que l'autel intérieur tout entier tient lieu d'un seul coin de l'autel extérieur. Puisque l'autel intérieur ne mesure qu'une coudée sur une coudée — soit la taille d'un seul coin de l'autel extérieur — les halakhot de l'autel extérieur ne s'appliquent pas à lui de la même manière.
וְאִי בָּעֵית אֵימָא, בְּהָא קָא מִיפַּלְגִי: מָר סָבַר: סָבִיב דְּמִזְבֵּחַ פְּנִימִי כְּסָבִיב דְּמִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן, וּמָר סָבַר: כּוּלֵּיהּ מִזְבֵּחַ פְּנִימִי בִּמְקוֹם חֲדָא קֶרֶן דְּמִזְבֵּחַ חִיצוֹן קָאֵי.
Il a été enseigné dans une baraïta que Rabbi Yichmaël dit : Deux Kohanim Gedolim survivants du premier Temple [ont témoigné]. L'un dit : J'ai encerclé [les cornes] par la main, sans faire le tour de l'autel intérieur à pied. Et l'autre dit : J'ai encerclé à pied. L'un a donné la raison de ses paroles, et l'autre a donné la raison de ses paroles.
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: שְׁנֵי כֹהֲנִים גְּדוֹלִים נִשְׁתַּיְּירוּ בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן, זֶה אוֹמֵר: בְּיָדִי הִקַּפְתִּי, וְזֶה אוֹמֵר: בְּרַגְלַי הִקַּפְתִּי. זֶה נוֹתֵן טַעַם לִדְבָרָיו, וְזֶה נוֹתֵן טַעַם לִדְבָרָיו.
Celui qui a dit qu'il avait encerclé à pied a donné la raison de ses paroles ainsi : Le pourtour de l'autel intérieur est comparable au pourtour de l'autel extérieur [qui, lui, est encerclé à pied lors de l'aspersion]. Et celui qui a dit qu'il avait encerclé par la main a donné la raison de ses paroles ainsi : L'autel intérieur tout entier tient lieu d'un seul coin de l'autel extérieur. De même que, pour un coin de l'autel extérieur, le prêtre asperge le sang par la main [sans bouger], il en va de même pour l'autel intérieur tout entier.
זֶה נוֹתֵן טַעַם לִדְבָרָיו: סָבִיב דְּמִזְבֵּחַ פְּנִימִי כְּסָבִיב דְּמִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן, וְזֶה נוֹתֵן טַעַם לִדְבָרָיו: כּוּלֵּיהּ מִזְבֵּחַ פְּנִימִי בִּמְקוֹם חֲדָא קֶרֶן דְּחִיצוֹן קָאֵי.
[§ Il a été enseigné dans la michna que] Rabbi Eliézer dit : « Il se tenait en un seul endroit et aspergeait. » La Guemara demande : Conformément à l'opinion de qui est la michna [qui a présenté la position de Rabbi Eliézer sur le mouvement et le sens de l'aspersion] ? La Guemara répond : La michna est conforme à l'opinion de Rabbi Yehouda, qui a expliqué le rite de Rabbi Eliézer de la manière suivante. Car il a été enseigné dans une baraïta [que les Amoraïm ultérieurs ont divergé quant à l'opinion de Rabbi Eliézer] : Rabbi Méïr dit au nom de Rabbi Eliézer : Il se tenait en un seul endroit et aspergeait, et sur toutes les cornes il présentait le sang de haut en bas [pour éviter de faire couler le sang dans la manche de son vêtement], sauf sur celle qui se trouvait en diagonale [alakhson] en face de lui — puisqu'il lui était difficile d'asperger cette corne de haut en bas, il aspergeait de bas en haut.
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: בִּמְקוֹמוֹ הָיָה עוֹמֵד וּמְחַטֵּא. מַתְנִיתִין מַנִּי — רַבִּי יְהוּדָה הִיא. דְּתַנְיָא, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: בִּמְקוֹמוֹ עוֹמֵד וּמְחַטֵּא, וְעַל כּוּלָּן הָיָה נוֹתֵן מִמַּעְלָה לְמַטָּה, חוּץ מֵאוֹתָהּ שֶׁבַּאֲלַכְסוֹן, שֶׁנּוֹתֵן מִמַּטָּה לְמַעְלָה.
Rabbi Yehouda dit [de manière contraire] au nom de Rabbi Eliézer : Il se tenait en un seul endroit et aspergeait, et sur toutes les cornes il présentait de bas en haut, car c'est de cette manière qu'il est le plus commode de faire, sauf sur celle qui était directement devant lui, sur laquelle il présentait de haut en bas — afin de ne pas souiller ses vêtements [bigdav] de sang. [En effet,] si le prêtre aspergeait la corne la plus proche de lui de bas en haut, le sang risquait de tomber sur ses habits, et il aurait dû changer de vêtements, car les vêtements sacerdotaux souillés ne peuvent pas être portés pour le service du Temple.
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: בִּמְקוֹמוֹ עוֹמֵד וּמְחַטֵּא, וְעַל כּוּלָּן הוּא נוֹתֵן מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה, חוּץ מִזּוֹ שֶׁהָיְתָה לְפָנָיו מַמָּשׁ, שֶׁנּוֹתֵן מִמַּעְלָה לְמַטָּה, כִּי הֵיכִי דְּלָא נִיתַּוְּוסָן מָאנֵיהּ.
[§ La michna a enseigné :] Il aspergeait sur le tohoro [la partie dorée pure] de l'autel. La Guemara demande : Que signifie le terme « tohoro » ? Rabba bar Rav Cheila dit : [Cela signifie] la moitié de l'autel [c'est-à-dire le mi-hauteur de sa paroi], comme on dit couramment : « Tehar tihara — la lumière de midi brille, et c'est le milieu de la journée [palguéh de yoma]. » Ici aussi, tohoro de l'autel signifie la moitié de l'autel, c'est-à-dire qu'il aspergeait au milieu de la paroi de l'autel.
הִזָּה מִמֶּנּוּ עַל טׇהֳרוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ. מַאי ״טׇהֳרוֹ״? אָמַר רַבָּה בַּר רַב שֵׁילָא: פַּלְגֵיהּ דְּמִזְבֵּחַ, כִּדְאָמְרִי אִינָשֵׁי: ״טְהַר טִיהֲרָא וְהָוֵי פַּלְגֵיהּ דְּיוֹמָא״.
La Guemara soulève une objection [depuis une baraïta] : Lorsqu'il asperge sur l'autel intérieur, il n'asperge ni sur la cendre [éfèr] ni sur les braises [ge'halim] ; il écarte plutôt les braises de chaque côté, puis asperge. [Cela indique que cette aspersion était effectuée sur le dessus de l'autel, non sur sa paroi.] Plutôt [Rabba bar Rav Cheila revient sur son interprétation initiale et dit] : « Sur le tohoro de l'autel » signifie sur la partie à ciel ouvert [guilouïèh] de l'autel, comme il est écrit : « Et comme le corps du ciel dans sa pureté [letohar] » (Chemot 24, 10), ce qui montre que tohar est une expression de clarté et de visibilité à ciel ouvert.
מֵיתִיבִי: כְּשֶׁהוּא מַזֶּה — אֵינוֹ מַזֶּה לֹא עַל גַּבֵּי הָאֵפֶר וְלֹא עַל גַּבֵּי הַגֶּחָלִים, אֶלָּא חוֹתֶה גֶּחָלִים אֵילָךְ וְאֵילָךְ, וּמַזֶּה. אֶלָּא אָמַר רַבָּה בַּר רַב שֵׁילָא: עַל גִּלּוּיֵהּ דְּמִזְבֵּחַ, כְּדִכְתִיב: ״וּכְעֶצֶם הַשָּׁמַיִם לָטוֹהַר״.
[§] Il a été enseigné dans une baraïta que 'Hananya dit : Le prêtre présente [les sept aspersions] du côté nord de l'autel, et Rabbi Yossé dit : Il les présente du côté sud. La Guemara demande : Sur quel principe leur désaccord porte-t-il ? La Guemara explique : Ce Sage ['Hananya] estime que l'entrée [du Sanctuaire face à l'autel] se trouvait au sud, et donc le Kohen Gadol commençait les aspersions de ce côté-là. Et ce Sage [Rabbi Yossé] estime que l'entrée se trouvait au nord, et il commençait donc à asperger sur l'autel par le côté nord.
תַּנְיָא, חֲנַנְיָא אוֹמֵר: בְּצַד צְפוֹנִי הוּא נוֹתֵן, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: בְּצַד דְּרוֹמִי הוּא נוֹתֵן. בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? מָר סָבַר: פִּיתְחָא בְּדָרוֹם קָאֵי, וּמָר סָבַר: פִּיתְחָא בְּצָפוֹן קָאֵי.
La Guemara fait remarquer : Tout le monde s'accorde, en tout cas, sur le fait que c'est à l'endroit où il achève les aspersions [mises sur les] cornes de l'autel que le Kohen présente [les sept aspersions] sur le dessus [de l'autel]. [Ils ne divergent que sur la localisation finale — côté sud ou côté nord.] La Guemara demande : Quelle en est la raison [de cette convergence] ? La Guemara répond : Le verset dit : « Et il aspergerait de ce sang sur lui avec son doigt sept fois, et il le purifierait et le sanctifierait » (Vayikra 16, 19) — ce qui indique que l'endroit qu'il sanctifie [en aspergeant les cornes en dernier], c'est là qu'il commencera la purification avec les sept aspersions sur le dessus [de l'autel].
דְּכוּלֵּי עָלְמָא מִיהָא, הֵיכָא דְּגָמְרָן מַתָּנוֹת דִּקְרָנוֹת, הָתָם יָהֵיב עַל גַּגּוֹ. מַאי טַעְמָא? אָמַר קְרָא: ״וְטִהֲרוֹ וְקִדְּשׁוֹ״ — מָקוֹם שֶׁקִּדְּשׁוֹ, שָׁם טִיהֲרוֹ.