Guémara
[Rav Yehouda illustra le geste de sa main,] comme celui qui donne des coups de fouet dans le dos d'autrui, frappant parfois plus bas. Un Sage enseigna dans la Tossefta : Quand le Kohen Gadol [Grand-Pretre] fait les aspersions du sang, il ne l'asperge pas sur le dessus [le toit] de la kapporet [le couverle de l'Arche] ; il le fait face a l'epaisseur [l'arete laterale] de la kapporet. Lorsqu'il asperge une fois vers le haut, il incline le dos de sa main vers le bas [et asperge ainsi vers le haut]. Et lorsqu'il asperge sept fois vers le bas, il incline le dos de sa main vers le haut. [En aucun cas le sang ne touche effectivement la surface de la kapporet ni ne tombe en-dessous.]
כִּמְנַגְּדָנָא. תָּנָא, כְּשֶׁהוּא מַזֶּה — אֵינוֹ מַזֶּה עַל הַכַּפּוֹרֶת, אֶלָּא כְּנֶגֶד עוֹבְיָהּ שֶׁל כַּפּוֹרֶת. כְּשֶׁהוּא מַזֶּה לְמַעְלָה — מְצַדֵּד יָדוֹ לְמַטָּה. וּכְשֶׁהוּא מַזֶּה לְמַטָּה — מְצַדֵּד יָדוֹ לְמַעְלָה.
D'ou ces regles [que les aspersions ne touchent pas reellement la kapporet] sont-elles deduites ? Rav A'ha bar Ya'akov dit au nom de Rabbi Zeïra : Le verset dit, au sujet du bouc offert en sacrifice expiatoire [le sang du bouc de Yom Kippour] : «Et il agira avec son sang comme il a agi avec le sang du taureau : il l'aspergera sur la kapporet et devant la kapporet» (Vayikra 16, 15). Or le verset n'avait pas besoin de dire «vers le bas» [c'est-a-dire «devant la kapporet»] en ce qui concerne le bouc, car cette exigence se deduit deja de l'expression «vers le bas» mentionnee en rapport avec le taureau [dont les aspersions vers le bas sont explicitement au nombre de sept, voir Vayikra 16, 14].
מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב, אָמַר רַבִּי זֵירָא, אָמַר קְרָא: ״וְהִזָּה אוֹתוֹ עַל הַכַּפּוֹרֶת וְלִפְנֵי הַכַּפּוֹרֶת״, לֹא יֹאמַר ״לְמַטָּה״ בְּשָׂעִיר, דְּלָא צְרִיךְ, דְּגָמַר מִמַּטָּה דְּפַר,
Puisque le rite accompli avec le sang du bouc est compare a celui du sang du taureau [par le verset «il agira avec son sang comme il a agi avec le sang du taureau»], pourquoi l'exigence d'asperger vers le bas est-elle enoncee deux fois ? C'est pour rapprocher [lehakkich] l'expression «sur la kapporet» de «devant la kapporet» : tout comme «devant» signifie que [le sang] n'est pas reellement sur la kapporet mais simplement devant elle, de meme «sur» signifie que [le sang] n'est pas reellement sur la kapporet — le Kohen Gadol tourne simplement sa main vers le haut [sans toucher la surface].
לָמָּה נֶאֱמַר — לְאַקּוֹשֵׁי ״עַל״ לְ״לִפְנֵי״: מָה ״לִפְנֵי״ דְּלָאו עַל, אַף ״עַל״ דְּלָאו עַל.
La Guemara souleve une difficulte : Au contraire ! Le verset n'avait pas besoin de dire «vers le haut», c'est-a-dire «devant la kapporet» en rapport avec le taureau, car cette exigence se deduit deja de l'expression «vers le haut» mentionnee en rapport avec le bouc [dont l'aspersion vers le haut est explicitement une seule fois]. Puisque le verset rapproche les deux rites, pourquoi l'aspersion vers le haut du sang du taureau est-elle indiquee ? Pour rapprocher l'expression «devant la kapporet» [mentionnee en rapport avec le taureau] de «sur la kapporet» [mentionnee en rapport avec le bouc] : tout comme «sur» [mentionné pour le bouc] signifie reellement sur [selon le sens litteral du verset], de meme «devant» signifie reellement sur [c'est-a-dire que le sang du bouc doit toucher l'epaisseur de la kapporet].
אַדְּרַבָּה: לֹא יֵאָמֵר ״לְמַעְלָה״ בְּפַר דְּלָא צְרִיךְ, דְּגָמַר מִמַּעְלָה דְשָׂעִיר. לָמָּה נֶאֱמַר? לְאַקּוֹשֵׁי ״לִפְנֵי״ לְ״עַל״: מָה ״עַל״ — עַל מַמָּשׁ, אַף ״לִפְנֵי״ — עַל מַמָּשׁ!
La Guemara exprime sa surprise : Qu'est-ce que cette comparaison ? Certes, si l'on dit que «vers le bas» en rapport avec le bouc est mentionne pour etre rapproche de «vers le haut» en rapport avec le taureau, l'expression «sur la kapporet» [mentionnee pour le taureau] est necessaire pour ce que l'ecole de Rabbi Eliezer ben Ya'akov a enseigne. Car l'ecole de Rabbi Eliezer ben Ya'akov a enseigne : «Sur la face [al penei] de la kapporet, vers l'est» (Vayikra 16, 14) — cela etablit un principe analogique valable pour toute la Torah : partout ou il est dit «face [penei]», cela ne designe que le cote est. Mais si l'on dit, comme le suggere l'objection, que «vers le haut» en rapport avec le taureau est mentionne pour etre rapproche de «vers le haut» en rapport avec le bouc — pour quel usage l'expression «vers le bas» en rapport avec le bouc vient-elle ? Que nous enseigne-t-elle ? C'est pourquoi la premiere interpretation doit etre la correcte.
הַאי מַאי?! אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא לְמַטָּה דְשָׂעִיר לְאַקּוֹשֵׁי לְמַעְלָה דְפַר — מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתָנָא דְּבֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. דְּתָנָא דְּבֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב: ״עַל פְּנֵי הַכַּפּוֹרֶת קֵדְמָה״ — זֶה בָּנָה אָב: כׇּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר ״פְּנֵי״ אֵינוֹ אֶלָּא קָדִים. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לְמַעְלָה דְפַר לְאַקּוֹשֵׁי לְמַטָּה דְשָׂעִיר — לְמַאי אֲתָא?
Les Sages enseignèrent [dans une baraïta] : «Et il l'aspergera sur la kapporet et devant la kapporet» (Vayikra 16, 15). Nous avons ainsi appris combien de fois le Kohen Gadol doit asperger vers le haut pour le bouc : une seule fois, car le verset dit «et il l'aspergera [vehizza]» [au singulier]. Mais en ce qui concerne les aspersions vers le bas pour le bouc — «devant la kapporet» — je ne sais pas combien de fois il doit asperger !
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְהִזָּה אֹתוֹ עַל הַכַּפּוֹרֶת וְלִפְנֵי הַכַּפּוֹרֶת״ — לָמַדְנוּ: כַּמָּה לְמַעְלָה בַּשָּׂעִיר — אַחַת. לְמַטָּה בַּשָּׂעִיר, אֵינִי יוֹדֵעַ כַּמָּה!
Je derives donc la halakha [des autres versets]. Le verset dit que du sang est asperge vers le bas dans le cas du taureau, et il dit que du sang est asperge vers le bas dans le cas du bouc. De meme que les aspersions vers le bas dans le cas du taureau sont au nombre de sept [car le verset le precise explicitement : «Et devant la kapporet il aspergera sept fois» (Vayikra 16, 14)], de meme les aspersions vers le bas dans le cas du bouc sont au nombre de sept.
הֲרֵינִי דָּן: נֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַטָּה בַּפָּר, וְנֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַטָּה בַּשָּׂעִיר. מָה לְמַטָּה בַּפָּר — שֶׁבַע, אַף לְמַטָּה בַּשָּׂעִיר — שֶׁבַע.
La Guemara souleve une difficulte : Ou bien on peut raisonner ainsi : Le verset dit que du sang est asperge vers le haut dans le cas du bouc, et il dit que du sang est asperge vers le bas dans le cas du bouc. De meme que l'aspersion vers le haut dans le cas du bouc se fait une seule fois, de meme l'aspersion vers le bas dans le cas du bouc ne se ferait qu'une seule fois. La Guemara repond : Voyons a quel cas [le notre] ressemble davantage : on derive un acte accompli vers le bas d'un autre acte accompli vers le bas, et on ne derive pas un acte accompli vers le bas d'un acte accompli vers le haut.
אוֹ כְּלָךְ לְדֶרֶךְ זוֹ: נֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַעְלָה בַּשָּׂעִיר, וְנֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַטָּה בַּשָּׂעִיר. מָה לְמַעְלָה בַּשָּׂעִיר — אַחַת, אַף לְמַטָּה בַּשָּׂעִיר — אַחַת? נִרְאֶה לְמִי דּוֹמֶה: דָּנִין מַטָּה מִמַּטָּה, וְאֵין דָּנִין מַטָּה מִלְמַעְלָה.
La Guemara retorque : Au contraire ! On derive un aspect d'un sujet a partir d'un autre aspect de ce meme sujet [gufou mi-gufo], et on ne derive pas la halakha d'un sujet a partir d'un sujet exterieur [me-'alma] ! C'est pourquoi le verset dit : «Et il agira avec son sang comme il a agi avec le sang du taureau» (Vayikra 16, 15). Puisque le verset n'avait pas besoin de dire «comme il a agi» [car tout le rite est deja enonce une seconde fois explicitement], que nous enseigne-t-il par ces mots ? Que toutes ses actions doivent etre identiques [en tout detail]. Par consequent, de meme que les aspersions vers le bas dans le cas du taureau sont au nombre de sept, de meme les aspersions vers le bas dans le cas du bouc sont au nombre de sept.
אַדְּרַבָּה, דָּנִין גּוּפוֹ מִגּוּפוֹ, וְאֵין דָּנִין גּוּפוֹ מֵעָלְמָא! תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְעָשָׂה אֶת דָּמוֹ כַּאֲשֶׁר עָשָׂה לְדַם הַפָּר״, שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר ״כַּאֲשֶׁר עָשָׂה״, וּמָה תַּלְמוּד לוֹמַר ״כַּאֲשֶׁר עָשָׂה״ — שֶׁיִּהְיוּ כׇּל עֲשִׂיּוֹתָיו שָׁווֹת. כְּשֵׁם שֶׁלְּמַטָּה בַּפָּר — שֶׁבַע, כָּךְ לְמַטָּה בַּשָּׂעִיר — שֶׁבַע.
Nous avons ainsi appris combien d'aspersions sont effectuees vers le bas [dans les deux cas] : pour le taureau comme pour le bouc — sept. Mais je ne sais pas combien de fois le Kohen Gadol doit asperger vers le haut dans le cas du taureau. Et je derives donc la halakha ainsi : Le verset dit que du sang est asperge vers le haut dans le cas du bouc, et il dit que du sang est asperge vers le haut dans le cas du taureau. De meme que pour l'aspersion vers le haut dans le cas du bouc il asperge une fois [comme le precise le verset], de meme dans le cas du taureau il asperge vers le haut une seule fois.
לָמַדְנוּ כַּמָּה לְמַטָּה? בַּפָּר וּבַשָּׂעִיר — שֶׁבַע. לְמַעְלָה בַּפָּר אֵינִי יוֹדֵעַ כַּמָּה, וַהֲרֵינִי דָּן: נֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַעְלָה בַּשָּׂעִיר, וְנֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַעְלָה בַּפָּר. מָה לְמַעְלָה בַּשָּׂעִיר — אַחַת, אַף לְמַעְלָה בַּפָּר — אַחַת.
La Guemara souleve une difficulte : Ou bien on peut raisonner ainsi : Le verset dit que du sang est asperge vers le bas dans le cas du taureau, et il dit que du sang est asperge vers le haut dans le cas du taureau. De meme que pour l'aspersion vers le bas du taureau il y a sept aspersions, de meme pour l'aspersion vers le haut du taureau il devrait y en avoir sept ! La Guemara repond : Voyons a quel cas [le notre] ressemble : on derive un acte accompli vers le haut d'un autre acte accompli vers le haut, et on ne derive pas un acte accompli vers le haut d'un acte accompli vers le bas.
אוֹ כְּלָךְ לַדֶּרֶךְ זוֹ: נֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַטָּה בַּפָּר, וְנֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַעְלָה בַּפָּר. מָה לְמַטָּה בַּפָּר — שֶׁבַע, אַף לְמַעְלָה בַּפָּר — שֶׁבַע! נִרְאֶה לְמִי דּוֹמֶה? דָּנִין מַעְלָה מִמַּעְלָה, וְאֵין דָּנִין מַעְלָה מִמַּטָּה!
La Guemara retorque : Au contraire ! On derive un aspect d'un sujet a partir d'un autre aspect de ce meme sujet, et on ne derive pas la halakha d'un sujet a partir d'un sujet exterieur ! C'est pourquoi le verset dit : «Et il agira avec son sang comme il a agi.» Puisque le verset n'avait pas besoin de dire «comme il a agi», que nous enseigne-t-il par ces mots ? Que toutes ses actions doivent etre identiques : de meme que les aspersions vers le bas dans le cas du taureau sont au nombre de sept, de meme les aspersions vers le bas dans le cas du bouc sont au nombre de sept ; et de meme que l'aspersion vers le haut dans le cas du bouc est une, de meme l'aspersion vers le haut dans le cas du taureau est une.
אַדְּרַבָּה: דָּנִין גּוּפוֹ מִגּוּפוֹ, וְאֵין דָּנִין גּוּפוֹ מֵעָלְמָא! תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְעָשָׂה אֶת דָּמוֹ כַּאֲשֶׁר עָשָׂה״, שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר ״כַּאֲשֶׁר עָשָׂה״, וּמָה תַּלְמוּד לוֹמַר ״כַּאֲשֶׁר עָשָׂה״? שֶׁיִּהְיוּ כׇּל עֲשִׂיּוֹתָיו שָׁווֹת, כְּשֵׁם שֶׁלְּמַטָּה בַּפָּר — שֶׁבַע, כָּךְ לְמַטָּה בַּשָּׂעִיר — שֶׁבַע. וּכְשֵׁם שֶׁלְּמַעְלָה בַּשָּׂעִיר — אַחַת, כָּךְ לְמַעְלָה בַּפָּר — אַחַת.