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Traité Yoma

54a

Étude de Yoma 54a

Étude de la Guémara 54a

Guémara
«Toute sa splendeur» (Lamentations 1, 6). Que signifie : «Toute sa splendeur [hadara]» ? Cela signifie : sa chambre [ḥadra], c'est-a-dire quelque chose qui etait dissimule dans les chambres les plus interieures, a savoir l'Arche [des Temoignages]. Toi, Rabbi Chimon ben Yo'haï, que reponds-tu a cela ? Il lui dit : Voici ce que je soutiens — l'Arche a ete enfouie a sa place [dans le Temple] et n'est pas partie en exil, ainsi qu'il est dit : «Les batons etaient si longs que les extremites des batons se voyaient depuis l'endroit sacre, devant le rideau [parokhet], mais on ne les voyait pas du dehors ; et ils s'y trouvent jusqu'a ce jour» (I Rois 8, 8).
כׇּל הֲדָרָהּ״. מַאי: ״כׇּל הֲדָרָהּ״ — חַדְרָהּ. אַתָּה, מַאי אַתָּה אוֹמֵר? אָמַר לוֹ, שֶׁאֲנִי אוֹמֵר: אָרוֹן בִּמְקוֹמוֹ נִגְנַז, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּאֲרִיכוּ הַבַּדִּים וְגוֹ׳״.
Rabba dit a Ulla : D'ou ressort-il [de ce verset] que l'Arche a ete enfouie a sa place ? Ulla lui repondit : La source est le verset «Et ils s'y trouvent jusqu'a ce jour», qui vise chaque jour ou l'on peut lire cette phrase — c'est-a-dire : pour toujours. Rabba objecta : Et est-il vrai que partout ou il est ecrit «jusqu'a ce jour», cela signifie «pour toujours» [et non simplement jusqu'a l'epoque de la redaction] ? Or il est ecrit : «Les fils de Benjamin ne dechasse pas les Yebousiens qui habitaient Jerusalem ; et les Yebousiens habiterent avec les fils de Benjamin a Jerusalem jusqu'a ce jour» (Juges 1, 21). De meme ici [doit-on dire que les Yebousiens] ne furent pas non plus exiles [de Jerusalem, ce qui serait inexact] ?
אֲמַר לֵיהּ רַבָּה לְעוּלָּא: מַאי מַשְׁמַע? דִּכְתִיב: ״וַיִּהְיוּ שָׁם עַד הַיּוֹם הַזֶּה״, וְכׇל הֵיכָא דִּכְתִיב: ״עַד הַיּוֹם הַזֶּה״ לְעוֹלָם הוּא? וְהָכְתִיב: ״וְאֶת הַיְבוּסִי יוֹשֵׁב יְרוּשָׁלִַם לֹא הוֹרִישׁוּ בְּנֵי בִנְיָמִין וַיֵּשֶׁב הַיְבוּסִי אֶת בְּנֵי בִנְיָמִין בִּירוּשָׁלִַם עַד הַיּוֹם הַזֶּה״, הָכִי נָמֵי דְּלָא גְּלוֹ?
Mais n'a-t-on pas enseigne dans une baraïta que Rabbi Yehouda dit : Durant cinquante-deux ans, personne ne traversa la terre de Yehouda [apres la destruction par Nabuchodonosor], ainsi qu'il est dit : «Pour les montagnes je souleverai pleurs et lamentations, et pour les paturages du desert une complainte, car ils ont ete incendies, sans qu'aucun homme y passe. Ils n'entendent plus le son des troupeaux ; de l'oiseau des cieux jusqu'a la bete [behema], tous ont fui, tous sont partis» (Yeremiahou 9, 9). [Le mot] behema [en hebreu : bet, he, mem, he] a comme valeur numerique [guematria] cinquante-deux — c'est ce chiffre qui est evoque [indiquant les cinquante-deux annees de desolation].
וְהָתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: חֲמִשִּׁים וּשְׁתַּיִם שָׁנָה לֹא עָבַר אִישׁ בִּיהוּדָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַל הֶהָרִים אֶשָּׂא בְכִי וָנֶהִי וְעַל נְאוֹת מִדְבָּר קִינָה כִּי נִצְּתוּ מִבְּלִי אִישׁ עוֹבֵר וְלֹא שָׁמְעוּ קוֹל מִקְנֶה מֵעוֹף הַשָּׁמַיִם וְעַד בְּהֵמָה נָדְדוּ הָלָכוּ״, ״בְּהֵמָה״ בְּגִימַטְרִיָּא חַמְשִׁין וּשְׁתַּיִם הָווּ!
Et on a enseigne dans une autre baraïta que Rabbi Yossi dit : Durant sept ans, une malediction de soufre et de sel s'etendit sur Eretz Israel [la rendant inhabitable]. Et Rabbi Yo'hanan dit : Quelle est la raison de Rabbi Yossi — d'ou le deduit-il ? Cela est derive par analogie verbale [gezera chava] entre le mot «alliance [brit]» et le mot «alliance». Il est ecrit ici : «Il conclura une alliance ferme avec beaucoup [pendant] une semaine» (Daniel 9, 27) — c'est-a-dire sept ans. Et il est ecrit la-bas : «Toute sa terre n'est que soufre et sel… Ils diront : C'est parce qu'ils ont abandonne l'alliance du Seigneur, le Dieu de leurs peres» (Devarim 29, 22 et 24). [Cela prouve que les Yebousiens furent bien exiles de Jerusalem, ce qui montre que la formule «jusqu'a ce jour» ne signifie pas toujours «pour toujours».]
וְתַנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: שֶׁבַע שָׁנִים נִתְקַיְּימָה גׇּפְרִית וּמֶלַח בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי — אָתְיָא ״בְּרִית״ ״בְּרִית״. כְּתִיב הָכָא: ״וְהִגְבִּיר בְּרִית לָרַבִּים שָׁבוּעַ אֶחָד״, וּכְתִיב הָתָם: ״וְאָמְרוּ עַל אֲשֶׁר עָזְבוּ אֶת בְּרִית ה׳ אֱלֹהֵי אֲבוֹתָם״!
[Ulla] lui dit : Ici [dans le verset sur l'Arche], il est ecrit «la» [sham], alors que la-bas [dans le verset sur les Yebousiens], il n'est pas ecrit «la» ; et partout ou «la» est ecrit en meme temps que «jusqu'a ce jour», [la permanence] est eternelle. [La Guemara] souleva une objection : «Et parmi eux, parmi les fils de Chimon, cinq cents hommes allerent a la montagne de Seïr, ayant a leur tete Pelatya, Nearya, Refahya et Ouziel, fils de Ichi. Et ils frapperent le reste des rescapes d'Amalek et s'etablirent la [sham] jusqu'a ce jour» (I Divrei haYamim 4, 42-43).
אֲמַר לֵיהּ: הָכָא כְּתִיב ״שָׁם״, הָתָם לָא כְּתִיב ״שָׁם״, וְכׇל הֵיכָא דִּכְתִיב: ״שָׁם״ — לְעוֹלָם הוּא. מֵיתִיבִי: ״וּמֵהֶם מִן בְּנֵי שִׁמְעוֹן הָלְכוּ לְהַר שֵׂעִיר אֲנָשִׁים חֲמֵשׁ מֵאוֹת וּפְלַטְיָה וּנְעַרְיָה וּרְפָיָה וְעוּזִּיאֵל בְּנֵי יִשְׁעִי בְּרֹאשָׁם. וַיַּכּוּ אֶת שְׁאֵרִית הַפְּלֵיטָה לַעֲמָלֵק וַיֵּשְׁבוּ שָׁם עַד הַיּוֹם הַזֶּה״.
La Guemara explique son objection : Mais Sancherib, roi d'Assyrie, etait deja venu, et par sa politique de transfer force de populations, il avait broye et melange toutes les nations des pays, ainsi qu'il est dit de Sancherib : «Et j'ai enleve les frontieres des peuples, j'ai pille leurs tresors» (Yechayahou 10, 13). Cela indique que les fils de Chimon furent eux aussi exiles, bien que le verset dise : «Et ils s'etablirent la jusqu'a ce jour.» La Guemara conclut : En effet, il s'agit d'une refutation decisive [teyouvta] de la these d'Ulla.
וּכְבָר עָלָה סַנְחֵרִיב מֶלֶךְ אַשּׁוּר וּבִלְבֵּל כׇּל הָאֲרָצוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאָסִיר גְּבוּלוֹת עַמִּים וַעֲתוּדוֹתֵיהֶם שׁוֹשֵׂתִי״. תְּיוּבְתָּא.
Rav Na'hman dit qu'un Sage enseigna dans la Tossefta : Les 'hakhamim [les Sages] disent que l'Arche de l'Alliance fut enfouie dans la chambre du Bûcher [Lischkat Dir haEtzim]. Rav Na'hman bar Yitz'hak dit : Nous aussi [dans la michna], nous avons appris cela : Il arriva a un certain Kohen [pretres] qui s'affairait [dans la chambre du Bûcher] de remarquer une dalle [de marbre] du sol differente des autres. L'une des plaques de marbre etait plus elevee que ses voisines, laissant entendre qu'elle avait ete soulevee puis remise en place. Il s'en vint en informer son collegue, mais ne put achever son recit ni indiquer l'emplacement exact de la dalle, car son ame quitta son corps [avant qu'il ne termine]. Et ils surent ainsi avec certitude que l'Arche etait enfouie a cet endroit — mais l'emplacement precis etait voue a demeurer secret.
אָמַר רַב נַחְמָן: תָּנָא, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אָרוֹן בְּלִשְׁכַּת דִּיר הָעֵצִים הָיָה גָּנוּז. אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא: מַעֲשֶׂה בְּכֹהֵן אֶחָד שֶׁהָיָה מִתְעַסֵּק, וְרָאָה רִצְפָּה מְשׁוּנָּה מֵחַבְרוֹתֶיהָ, וּבָא וְהוֹדִיעַ אֶת חֲבֵירוֹ, וְלֹא הִסְפִּיק לִגְמוֹר אֶת הַדָּבָר עַד שֶׁיָּצְתָה נִשְׁמָתוֹ. וְיָדְעוּ בְּיִחוּד שֶׁשָּׁם אָרוֹן גָּנוּז.
Que faisait-il [ce Kohen qui remarqua la dalle differente] ? Rabbi 'Helbo dit : Il s'affairait avec sa hache [frappant le sol], et c'est ainsi qu'il decouvrit un espace vide sous une dalle — ce qu'il prit pour l'entree d'un tunnel. L'ecole de Rabbi Yichmaël enseigna : Deux Kohanim porteurs d'un infirmite [invalidant tout service au Temple] triaient du bois vermoulu [dans le Bûcher] lorsque la hache de l'un d'eux tomba a cet endroit, dans l'ouverture du sol. [Les Kohanim porteurs d'un defaut physique etaient affectes a l'inspection du bois, car ces buches etaient impropres a l'autel.] Un feu jaillit et consuma ce Kohen [qui avait decouvert l'endroit] — si bien que l'emplacement exact demeure inconnu.
מַאי הֲוָה עָבֵיד? אָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ: מִתְעַסֵּק בְּקַרְדּוּמּוֹ הָיָה. תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: שְׁנֵי כֹהֲנִים בַּעֲלֵי מוּמִין הָיוּ מַתְלִיעִין בְּעֵצִים, וְנִשְׁמְטָה קַרְדּוּמּוֹ שֶׁל אֶחָד מֵהֶם וְנָפְלָה שָׁם, וְיָצְתָה אֵשׁ וַאֲכָלַתּוּ.
Rav Yehouda souleva une contradiction. Il est ecrit : «Et les extremites des batons se voyaient [vayyera'ou]» et il est ecrit [dans le meme verset] : «Et on ne les voyait pas [velo yera'ou] du dehors» (I Rois 8, 8). Comment concilier cela ? [La reponse est que] ils etaient vus et [pourtant] non vus [c'est-a-dire partiellement visibles]. On l'a aussi enseignee ainsi dans une baraïta : «Et les extremites des batons se voyaient» — on pourrait penser qu'ils ne bougent pas de leur place et ne depassent pas du tout. Le verset dit donc : «Et les batons etaient longs.» On pourrait penser qu'ils dechiraient le rideau [parokhet] et en emergaient de l'autre cote ; le verset dit donc : «Et on ne les voyait pas du dehors.»
רַב יְהוּדָה רָמֵי. כְּתִיב: ״וַיֵּרָאוּ רָאשֵׁי הַבַּדִּים״, וּכְתִיב: ״וְלֹא יֵרָאוּ הַחוּצָה״. הָא כֵּיצַד? נִרְאִין וְאֵין נִרְאִין. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: ״וַיֵּרָאוּ רָאשֵׁי הַבַּדִּים״, יָכוֹל לֹא יְהוּ זָזִין מִמְּקוֹמָן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וַיַּאֲרִיכוּ הַבַּדִּים״, יָכוֹל יְהוּ מְקָרְעִין בַּפָּרוֹכֶת וְיוֹצְאִין — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְלֹא יֵרָאוּ הַחוּצָה״.
Comment cela se presentait-il concretement ? Les batons de l'Arche poussaient, saillaient et s'appuyaient contre le rideau en direction du dehors, et [le bombaient de sorte qu'ils] ressemblaient aux deux seins d'une femme [saillant sous ses vetements]. Ainsi qu'il est dit : «Mon bien-aime est pour moi un bouquet de myrrhe qui repose entre mes seins» (Chir haChirim 1, 13). [C'est pourquoi l'Arche, la ou la Presence divine repose, est positionnee de facon que ses batons poussent contre le rideau, comme les seins d'une femme.]
הָא כֵּיצַד? דּוֹחֲקִין וּבוֹלְטִין וְיוֹצְאִין בַּפָּרוֹכֶת, וְנִרְאִין כִּשְׁנֵי דַּדֵּי אִשָּׁה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״צְרוֹר הַמּוֹר דּוֹדִי לִי בֵּין שָׁדַי יָלִין״.
Rav Ketina dit : Lorsque le peuple d'Israel montait pour l'une des fetes de pelerinage [chela ch regalim], les Kohanim deroulaient le rideau [parokhet] devant eux et leur montraient les Keruvim [chérubins] qui s'etreigaient l'un l'autre, et leur disaient : «Voyez combien vous etes aimés devant Dieu [haMakom], d'un amour semblable a l'amour entre un homme et une femme.» Les deux Keruvim symbolisent le Saint, beni soit-Il, et le peuple d'Israel.
אָמַר רַב קַטִּינָא: בְּשָׁעָה שֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל עוֹלִין לָרֶגֶל, מְגַלְּלִין לָהֶם אֶת הַפָּרוֹכֶת, וּמַרְאִין לָהֶם אֶת הַכְּרוּבִים שֶׁהָיוּ מְעוֹרִים זֶה בָּזֶה, וְאוֹמְרִים לָהֶן: רָאוּ חִבַּתְכֶם לִפְנֵי הַמָּקוֹם כְּחִבַּת זָכָר וּנְקֵבָה.
Rav 'Hisda souleva une objection : Comment les Kohanim pouvaient-ils permettre au peuple de voir cela ? Il est pourtant dit, au sujet du Michkan [le Tabernacle dans le desert] : «Mais ils n'iront pas voir l'[acte de] couvrir les objets sacres, de peur qu'ils ne meurent» (Bamidbar 4, 20) — et Rav Yehouda a dit au nom de Rav : [Cette interdiction s'appliquait] au moment ou les objets sacres etaient mis dans leurs etuis pour le transport. L'interdiction de voir les objets sacres devrait etre encore plus severe lorsqu'ils sont en place dans le Sanctuaire ! Comment pouvait-on donc les exposer publiquement ?
מֵתִיב רַב חִסְדָּא: ״וְלֹא יָבוֹאוּ לִרְאוֹת כְּבַלַּע אֶת הַקֹּדֶשׁ״, וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: בִּשְׁעַת הַכְנָסַת כֵּלִים לְנַרְתֵּק שֶׁלָּהֶם!
Yoma 54a
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יומא נ״ד אמַסֶּכֶת יוֹמָא