On dit à Rav Yossef [en lui relatant ce que Rava faisait] : C'est ainsi qu'agit Rava. Rav Yossef [qui était aveugle et ne pouvait voir par lui-même] lui dit : Que ce soit la volonté [de D.ieu] que ta tête soit élevée au-dessus de toute la ville, en récompense de l'honneur que tu témoignes à ton maître.
אֲמַרוּ לֵיהּ לְרַב יוֹסֵף: הָכִי עָבֵיד רָבָא. אֲמַר לֵיהּ: יְהֵא רַעֲוָא דִּתְרוּם רֵישָׁךְ אַכּוּלֵּהּ כַּרְכָּא.
Rabbi Alexandri dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Lévi : Celui qui prie doit faire trois pas en arrière à la fin de sa prière, puis prononcer [la formule de] paix [chalom], à la manière de quelqu'un qui prend congé devant le Saint béni soit-Il. Rav Mordékhai lui dit : Puisqu'il a fait trois pas en arrière, il doit se tenir là [et ne pas retourner immédiatement à sa place]. C'est semblable à l'élève qui prend congé de son maître. S'il revient immédiatement à l'endroit où il se tenait auparavant, il ressemble à un chien qui retourne à son vomissement [et son action précédente est annulée].
אָמַר רַבִּי אֲלֶכְּסַנְדְּרִי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הַמִּתְפַּלֵּל, צָרִיךְ שֶׁיַּפְסִיעַ שָׁלֹשׁ פְּסִיעוֹת לַאֲחוֹרָיו, וְאַחַר כָּךְ יִתֵּן שָׁלוֹם. אָמַר לֵיהּ רַב מָרְדֳּכַי: כֵּיוָן שֶׁפָּסַע שָׁלֹשׁ פְּסִיעוֹת לַאֲחוֹרָיו — הָתָם אִיבַּעְיָא לֵיהּ לְמֵיקַם. מָשָׁל לְתַלְמִיד הַנִּפְטָר מֵרַבּוֹ, אִם חוֹזֵר לְאַלְתַּר, דּוֹמֶה לְכֶלֶב שֶׁשָּׁב עַל קִיאוֹ.
La Guemara note que cela a également été enseigné dans une baraïta : Celui qui prie doit faire trois pas en arrière à la fin de sa prière puis prononcer [la formule de] paix. Et s'il n'a pas agi ainsi, il vaudrait mieux pour lui qu'il n'ait pas prié [car son attitude est irrespectueuse envers D.ieu]. Et au nom de Chémaya le Sage, on a dit : lorsque l'on prononce [la formule de] paix, on s'incline d'abord à droite puis à gauche, comme il est dit : « À Sa droite, une loi de feu pour eux » (Devarim 33, 2), et il est dit : « Mille tomberont à ton côté, et des myriades à ta droite » (Tehilim 91, 7).
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: הַמִּתְפַּלֵּל, צָרִיךְ שֶׁיַּפְסִיעַ שָׁלֹשׁ פְּסִיעוֹת לַאֲחוֹרָיו וְאַחַר כָּךְ יִתֵּן שָׁלוֹם, וְאִם לֹא עָשָׂה כֵּן רָאוּי לוֹ שֶׁלֹּא הִתְפַּלֵּל. וּמִשּׁוּם שְׁמַעְיָה אָמְרוּ: שֶׁנּוֹתֵן שָׁלוֹם לְיָמִין, וְאַחַר כָּךְ לִשְׂמֹאל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִימִינוֹ אֵשׁ דָּת לָמוֹ״, וְאוֹמֵר: ״יִפּוֹל מִצִּדְּךָ אֶלֶף וּרְבָבָה מִימִינֶךָ״.
La Guemara demande : Quel est le motif du [second verset] « et il est dit » ? [Pourquoi a-t-on besoin d'un deuxième verset ?] La Guemara explique : Si l'on disait que c'est simplement la coutume naturelle de donner un objet avec la main droite, et que cela n'a pas de signification particulière, [on citerait ce verset pour répondre :] viens et entends — « Mille tomberont à ton côté, et des myriades à ta droite » — ce qui indique que le côté droit est le plus important.
מַאי וְאוֹמֵר? וְכִי תֵּימָא אוֹרְחָא דְמִילְּתָא הִיא לְמִיתַּב בְּיָמִין, תָּא שְׁמַע: ״יִפּוֹל מִצִּדְּךָ אֶלֶף וּרְבָבָה מִימִינֶךָ״.
La Guemara rapporte que Rava vit Abaye s'incliner à sa droite [personnelle] en premier [à la fin de la prière]. Rava lui dit : Est-ce que tu penses que c'est [ta] droite à toi [qu'il faut privilégier] ? Je dis [qu'il faut s'incliner] à ta gauche à toi en premier, car c'est la droite du Saint béni soit-Il [puisque D.ieu se trouve face à celui qui prie — qu'Il est, pour ainsi dire, en face de toi — ce qui est donc ta gauche est Sa droite]. Rav 'Hiyya fils de Rav Houna dit : J'ai observé qu'Abaye et Rava faisaient tous deux ces trois pas en un seul acte d'inclination [sans se redresser entre chaque pas], par voie de soumission et d'acceptation de l'autorité divine.
רָבָא חַזְיֵיהּ לְאַבָּיֵי דְּיָהֵיב שְׁלָמָא לְיַמִּינָא בְּרֵישָׁא אֲמַר לֵיהּ: מִי סָבְרַתְּ לִימִין דִּידָךְ? לִשְׂמֹאל דִּידָךְ קָא אָמֵינָא, דְּהָוֵי יְמִינוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. אָמַר רַב חִיָּיא בְּרֵיהּ דְּרַב הוּנָא: חֲזֵינָא לְהוּ לְאַבָּיֵי וְרָבָא דְּפָסְעִי לְהוּ שָׁלֹשׁ פְּסִיעוֹת בִּכְרִיעָה אַחַת.
La michna enseigne que [le Kohen Gadol] récite une brève prière dans la chambre extérieure [le Hekhal]. La Guemara demande : Que prie-t-il ? Rava bar Rav Adda et Ravin bar Rav Adda ont tous deux dit au nom de Rav que voici sa prière : « Que ce soit Ta volonté, Éternel notre D.ieu, que cette année soit pluvieuse et chaude. » La Guemara exprime immédiatement sa surprise face à cette demande : La chaleur [chéhouna] est-elle une bonne chose ? Pourquoi demanderait-il que l'année soit chaude ? Au contraire, dis [et corrige ainsi] : Si l'année à venir est chaude, qu'elle soit aussi pluvieuse [afin que la chaleur ne nuise pas aux récoltes].
וּמִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה בַּבַּיִת הַחִיצוֹן. מַאי מְצַלֵּי? רָבָא בַּר רַב אַדָּא וְרָבִין בַּר רַב אַדָּא תַּרְוַיְיהוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמְרִי: יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱלֹהֵינוּ שֶׁתְּהֵא שָׁנָה זוֹ גְּשׁוּמָה וּשְׁחוּנָה. שְׁחוּנָה מְעַלְּיוּתָא הִיא?! אֶלָּא אֵימָא: אִם שְׁחוּנָה תְּהֵא גְּשׁוּמָה.
Rav A'ha fils de Rava conclut la formule de cette prière au nom de Rav Yehouda : « Que la domination [la royauté] ne disparaisse pas de la maison de Yehouda ; et que Ton peuple Israël n'ait pas besoin de dépendre les uns des autres pour sa subsistance [qu'ils soient nourris par les productions de leur propre terre] ; et que la prière des voyageurs [qui prient pour que la pluie s'arrête pendant leurs déplacements] n'entre pas devant Toi [pour être exaucée]. »
רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא מְסַיֵּים בַּהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה: לָא יִעְדֵּי עָבֵיד שׁוּלְטָן מִדְּבֵית יְהוּדָה, וְלֹא יִהְיוּ עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל צְרִיכִין לְפַרְנָסָה זֶה מִזֶּה, וְלֹא תִּכָּנֵס לְפָנֶיךָ תְּפִלַּת עוֹבְרֵי דְּרָכִים.
La Guemara rapporte : Rabbi 'Hanina ben Dossa se trouvait en chemin [sur la route]. Il se mit à pleuvoir sur lui [contre sa volonté]. Il dit : « Maître du monde ! Le monde entier est à l'aise [profite de la pluie] et 'Hanina est dans la souffrance. » La pluie s'arrêta. Lorsqu'il arriva chez lui, il dit : « Maître du monde ! Le monde entier est dans la souffrance [manque de pluie] et 'Hanina est à l'aise. » La pluie reprit. Rav Yossef dit : À quoi sert la prière du Kohen Gadol face à Rabbi 'Hanina ben Dossa [qui peut d'un simple mot arrêter ou déclencher la pluie] ?
רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא הֲוָה קָא אָזֵיל בְּאוֹרְחָא. שְׁדָא מִטְרָא עֲלֵיהּ, אֲמַר: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! כׇּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ בְּנַחַת, וַחֲנִינָא בְּצַעַר. פְּסַק מִיטְרָא. כִּי אֲתָא לְבֵיתֵיהּ, אָמַר: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! כׇּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ בְּצַעַר, וַחֲנִינָא בְּנַחַת. אֲתָא מִיטְרָא. אָמַר רַב יוֹסֵף: מַאי אַהְנְיָא לֵיהּ צְלוֹתֵיהּ דְּכֹהֵן גָּדוֹל לְגַבֵּי רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא.
Les Sages ont enseigné dans la Tossefta [la collection de baraïtot complémentaires à la Michna] : Il y eut un incident impliquant un certain Kohen Gadol qui prolongea sa prière, et ses confrères cohanim se consultèrent et décidèrent, après délibération, d'entrer après lui [de peur qu'il soit mort ou évanoui et qu'il ait besoin d'aide]. Ils commencèrent à entrer et au même moment il sortit. Ils lui dirent : Pourquoi as-tu prolongé ta prière ? Il leur dit : [Vous dérange-t-il ?] Cela vous trouble-t-il que j'aie prié pour vous et pour le Temple qu'il ne soit pas détruit ? Ils lui dirent : Ne t'habitue pas à faire ainsi, car nous avons appris dans la michna : il ne prolongeait pas sa prière, afin de ne pas alarmer le peuple d'Israël [qui craindrait qu'il soit mort].
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּכֹהֵן גָּדוֹל אֶחָד שֶׁהֶאֱרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ, וְנִמְנוּ אֶחָיו הַכֹּהֲנִים לִיכָּנֵס אַחֲרָיו. הִתְחִילוּ הֵם נִכְנָסִין וְהוּא יוֹצֵא. אָמְרוּ לוֹ: מִפְּנֵי מָה הֶאֱרַכְתָּ בִּתְפִלָּתֶךָ? אָמַר לָהֶם: קָשֶׁה בְּעֵינֵיכֶם שֶׁהִתְפַּלַּלְתִּי עֲלֵיכֶם וְעַל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ שֶׁלֹּא יֵחָרֵב? אָמְרוּ לוֹ: אַל תְּהִי רָגִיל לַעֲשׂוֹת כֵּן, שֶׁהֲרֵי שָׁנִינוּ: לֹא הָיָה מַאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא לְהַבְעִית אֶת יִשְׂרָאֵל.
Mishna 1
MICHNA : Après que l'Arche eut été [emportée] [niital — « enlevée » et non « cachée »], il y avait une pierre dans le Saint des Saints [Kodech haKodachim] depuis les jours des premiers prophètes [David et Samuel, qui jetèrent les bases de la construction du Temple], et cette pierre était appelée la « pierre fondatrice » [Even haChetiya]. Elle était haute de trois doigts au-dessus du sol, et le Kohen Gadol y posait [le brûle-parfum]. Après être sorti du Saint des Saints [pour la prière], il prit le sang du taureau offert en sacrifice expiatoire [korban 'hattat] à celui qui le remuait [pour l'empêcher de coaguler], entra dans l'endroit où il était entré précédemment [le Saint des Saints], se tint à l'endroit où il s'était tenu précédemment [entre les barres, à l'emplacement de l'Arche], et en fit des aspersions [haza'ot] — une vers le haut et sept vers le bas.
מַתְנִי׳ מִשֶּׁנִּיטַּל אָרוֹן, אֶבֶן הָיְתָה שָׁם מִימוֹת נְבִיאִים רִאשׁוֹנִים, וּשְׁתִיָּיה הָיְתָה נִקְרֵאת, גְּבוֹהָה מִן הָאָרֶץ שָׁלֹשׁ אֶצְבָּעוֹת וְעָלֶיהָ הָיָה נוֹתֵן. נָטַל אֶת הַדָּם מִמִּי שֶׁהָיָה מְמָרֵס בּוֹ, נִכְנַס לַמָּקוֹם שֶׁנִּכְנַס, וְעָמַד בַּמָּקוֹם שֶׁעָמַד, וְהִזָּה מִמֶּנּוּ אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה.(משנה)
Et il ne cherchait pas [intentionnellement] à asperger ni vers le haut ni vers le bas, mais comme celui qui fouette [matslif — en une colonne de gouttes, l'une en dessous de l'autre]. Et voici comment il comptait en aspergeant, pour éviter les erreurs : « Une ; une et une ; une et deux ; une et trois ; une et quatre ; une et cinq ; une et six ; une et sept. » Le Kohen Gadol sortit ensuite de là et posa le bol [avec le sang restant] sur le piédestal d'or [qui se trouvait] dans le Sanctuaire [Hekhal].
וְלֹא הָיָה מִתְכַּוֵּון לְהַזּוֹת לֹא לְמַעְלָה וְלֹא לְמַטָּה אֶלָּא כְּמַצְלִיף. וְכָךְ הָיָה מוֹנֶה: אַחַת, אַחַת וְאַחַת, אַחַת וּשְׁתַּיִם, אַחַת וְשָׁלֹשׁ, אַחַת וְאַרְבַּע, אַחַת וְחָמֵשׁ, אַחַת וְשֵׁשׁ, אַחַת וָשֶׁבַע. יָצָא וְהִנִּיחוֹ עַל כַּן הַזָּהָב שֶׁבַּהֵיכָל.
On lui apporta ensuite le bouc [offert en sacrifice expiatoire à D.ieu — par opposition au bouc expiatoire envoyé à Azazel]. Il l'égorgea et reçut son sang dans le bol [mizrak]. Il entra de nouveau dans l'endroit où il était entré précédemment, se tint à l'endroit où il s'était tenu, et en fit des aspersions — une vers le haut et sept vers le bas. Et voici comment il comptait, de même qu'il avait compté lors des aspersions du sang du taureau : « Une ; une et une ; une et deux, etc. » Le Kohen Gadol sortit ensuite du Saint des Saints et posa le bol avec le sang restant sur le second piédestal d'or dans le Sanctuaire. Rabbi Yehouda dit : Il n'y avait là qu'un seul piédestal, et [le Kohen Gadol] prit le sang du taureau [du piédestal] et plaça [à la place] le sang du bouc.
הֵבִיאוּ לוֹ אֶת הַשָּׂעִיר, שְׁחָטוֹ, וְקִבֵּל בְּמִזְרָק אֶת דָּמוֹ, נִכְנַס לַמָּקוֹם שֶׁנִּכְנַס, וְעָמַד בַּמָּקוֹם שֶׁעָמַד, וְהִזָּה מִמֶּנּוּ אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה, וְכָךְ הָיָה מוֹנֶה: אַחַת, אַחַת וְאַחַת, אַחַת וּשְׁתַּיִם וְכוּ׳. יָצָא וְהִנִּיחוֹ עַל כַּן הַזָּהָב הַשֵּׁנִי שֶׁבַּהֵיכָל. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לֹא הָיָה שָׁם אֶלָּא כֵּן אֶחָד בִּלְבַד. נָטַל דַּם הַפָּר וְהִנִּיחַ דַּם הַשָּׂעִיר,