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Traité Yoma

50b

Étude de Yoma 50b

Étude de la Guémara 50b

Guémara
Selon l'opinion de [Rabbi Meir] qui dit que le taureau de Yom Kippour est un sacrifice individuel, peut-on effectuer une substitution [temoura] pour cet animal, ou ne peut-on pas effectuer de substitution en ce cas ? [En d'autres termes : si le Kohen Gadol enfreint l'interdiction et designe un animal de remplacement, cette substitution prend-elle effet ou non ?] N'est-il pas logique de deduire du libelle du dilemme de Rabbi Elazar qu'il existe un tanna qui dit que ces sacrifices sont communautaires ?
לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר פַּר יוֹם הַכִּפּוּרִים קׇרְבַּן יָחִיד, עוֹשֶׂה תְּמוּרָה אוֹ אֵינוֹ עוֹשֶׂה תְּמוּרָה. לָאו מִכְּלָל דְּאִיכָּא לְמַאן דְּאָמַר דְּצִבּוּר?
La Guemara rejette cette deduction : Non — on peut tout aussi bien deduire [du libelle] qu'il existe un tanna qui dit que ces sacrifices sont des sacrifices de partenaires [et non communautaires]. Il n'y a donc pas de preuve definitive que le taureau de Yom Kippour est un sacrifice communautaire. En tout etat de cause, la question de savoir pourquoi le taureau n'est pas invalide a la mort du Kohen Gadol a ete resolue, soit parce qu'il est un sacrifice communautaire, soit parce qu'il est un sacrifice de partenaires.
לָא, מִכְּלָל דְּאִיכָּא לְמַאן דְּאָמַר דְּשׁוּתָּפִין.
§ Puisque la Guemara a mentionne le dilemme de Rabbi Elazar, elle l'examine maintenant dans son propre contexte. Rabbi Elazar souleva le dilemme suivant : Selon l'opinion de [Rabbi Meir] qui dit que le taureau de Yom Kippour est un sacrifice individuel, peut-on effectuer une substitution pour cet animal, ou ne peut-on pas en effectuer ? La Guemara demande : Quelle est la portee precise de son dilemme ? Quel en est le fondement ?
גּוּפָא. בָּעֵי רַבִּי (אֱלִיעֶזֶר): לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר פַּר יוֹם הַכִּפּוּרִים קׇרְבַּן יָחִיד, עוֹשֶׂה תְּמוּרָה אוֹ אֵינוֹ עוֹשֶׂה תְּמוּרָה. מַאי קָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ?
La Guemara suggere que son dilemme est le suivant : Suit-on celui qui consacre l'animal [le Kohen Gadol, qui l'a acquis de ses propres deniers] — auquel cas il s'agit d'un sacrifice individuel et sa substitution est valide ? Ou suit-on celui qui obtient l'expiation par le sacrifice [et comme ce taureau expie a la fois pour le Kohen Gadol et pour l'ensemble de la communaute de ses freres pretres, il est considere comme un sacrifice communautaire] — auquel cas sa substitution n'est pas valide ? La question est : quelle partie doit-on suivre aux fins de la substitution ?
אִי בָּתַר מַקְדִּישׁ אָזְלִינַן, אִי בָּתַר מִתְכַּפֵּר אָזְלִינַן.
La Guemara exprime sa surprise face a cette interpretation du dilemme de Rabbi Elazar : Il est pourtant evident que l'on suit celui qui obtient l'expiation par le sacrifice ! Car Rabbi Abbahu a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Celui qui consacre sa bete [comme sacrifice] pour que son prochain en obtienne l'expiation — si, par la suite, [le consacrateur] vient racheter l'animal, il lui faut ajouter un cinquieme de sa valeur [al'instar de celui qui rachete sa propre offrande, selon la halakha]. Mais si c'est la personne qui obtient l'expiation qui vient le racheter, elle n'a pas a ajouter un cinquieme. Et c'est la personne pour laquelle le sacrifice expie qui peut effectuer une substitution pour celui-ci, tandis que celui qui l'a consacre ne peut pas effectuer de substitution, car il n'en est pas considere comme le “proprietaire” aux fins des lois de substitution.
פְּשִׁיטָא דְּבָתַר מִתְכַּפֵּר אָזְלִינַן, דְּאָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַמַּקְדִּישׁ — מוֹסִיף חוֹמֶשׁ, וְהַמִּתְכַּפֵּר — עוֹשֶׂה (בָּהּ) תְּמוּרָה.
Et de meme, celui qui separe la terouma [portion sacerdotale] de son propre grain au benefice du grain d'autrui [pour dispenser son ami de le faire] — bien que le grain de son ami soit desormais exempt de l'obligation de terouma, c'est lui [celui qui a separe la terouma] qui dispose du droit d'en affecter [le beneficiaire, c'est-a-dire le pretre auquel elle sera remise]. [De meme, quand quelqu'un consacre un animal pour autrui, c'est celui qui obtient l'expiation qui peut effectuer la substitution.] Dans ces conditions, il n'y a pas place pour le dilemme de Rabbi Elazar.
וְהַתּוֹרֵם מִשֶּׁלּוֹ עַל שֶׁל חֲבֵירוֹ — טוֹבַת הֲנָאָה שֶׁלּוֹ!
La Guemara rejette cette interpretation du dilemme de Rabbi Elazar : En realite, il est evident pour Rabbi Elazar que l'on suit celui qui obtient l'expiation par le sacrifice — et voici son veritable dilemme : Ses freres pretres obtiennent-ils leur expiation de maniere substantielle [bi-kevioutah — c'est-a-dire que le sacrifice est partiellement offert en leur nom, ce qui ferait d'eux des partenaires dans le taureau] ? Ou peut-etre n'obtiennent-ils leur expiation qu'accessoirement [be-koufya — l'expiation principale etant celle du Kohen Gadol, et l'expiation des autres pretres n'etant que secondaire] ? Si leur expiation est seulement accessoire, le Kohen Gadol peut effectuer la substitution pour ce taureau [puisqu'il en est le seul veritable “proprietaire”].
לְעוֹלָם פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּבָתַר מִתְכַּפֵּר אָזְלִינַן, וְהָכִי קָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ: אֶחָיו הַכֹּהֲנִים בִּקְבִיעוּתָא מִתְכַּפְּרִי, אוֹ דִילְמָא בְּקוּפְיָא מִתְכַּפְּרִי.
La Guemara propose [une resolution du dilemme] : Venez entendre une baraita. Il y a une rigueur [qu'on applique] au sacrifice initial par rapport a son substitut, et une rigueur [qu'on applique] au substitut par rapport au sacrifice initial. La baraita explique : [Voici] la rigueur appliquee au sacrifice initial : la saintete du sacrifice s'applique a un individu comme a une communaute ; [le sacrifice] ecarte le Chabbat et l'impurete rituelle ; et l'on peut effectuer une substitution pour le sacrifice initial — ce qui n'est pas le cas pour le substitut, auquel ces halakhot ne s'appliquent pas.
תָּא שְׁמַע: חוֹמֶר בְּזֶבַח מִבִּתְמוּרָה, וְחוֹמֶר בִּתְמוּרָה מִבְּזֶבַח. חוֹמֶר בְּזֶבַח: שֶׁהַזֶּבַח נוֹהֵג בְּיָחִיד כִּבְצִבּוּר, וְדוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת וְאֶת הַטּוּמְאָה, וְעוֹשֶׂה תְּמוּרָה — מַה שֶּׁאֵין כֵּן בִּתְמוּרָה.
La baraita continue : [Voici] la rigueur appliquee au substitut par rapport au sacrifice initial : la saintete de la substitution prend effet meme sur un animal affecte d'une tare permanente. Et le substitut ne peut pas perdre son statut sacre pour redevenir profane — c'est-a-dire qu'il ne peut etre ni tondu ni utilise comme bete de somme, mais seulement sacrifie comme offrande et consomme ; il ne peut en aucun cas etre rachete [et rendu au statut profane] — ce qui n'est pas le cas pour le sacrifice initial, qui peut etre rachete dans certaines situations.
חוֹמֶר בִּתְמוּרָה מִבְּזֶבַח: שֶׁהַתְּמוּרָה חָלָה עַל בַּעַל מוּם קָבוּעַ, וְאֵינָהּ יוֹצְאָה לְחוּלִּין לִיגָּזֵז וְלֵיעָבֵד — מַה שֶּׁאֵין כֵּן בְּזֶבַח.
La Guemara demande : De quel sacrifice s'agit-il [dans cette baraita] ? Si l'on dit qu'il s'agit d'un sacrifice individuel [ordinaire] — ecarte-t-il le Chabbat et l'impurete rituelle ? [Non, un sacrifice individuel ordinaire ne le fait pas.] Si l'on dit qu'il s'agit d'un sacrifice communautaire — peut-on effectuer une substitution pour un sacrifice communautaire ? [Non, on ne peut pas.] Alors n'est-ce pas [necessairement] le taureau [de Yom Kippour] dont il est question — qui ecarte le Chabbat et l'impurete rituelle parce qu'il a un moment fixe, et pour lequel on peut effectuer une substitution parce qu'il est un sacrifice individuel ? [Cette baraita trancherait ainsi le dilemme de Rabbi Elazar.]
הַאי זֶבַח הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דְּיָחִיד — מִי דָּחֵי שַׁבָּת וְטוּמְאָה? אֶלָּא דְּצִבּוּר — מִי עוֹשֶׂה תְּמוּרָה? אֶלָּא לָאו דְּפַר, וְדוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת וְאֶת הַטּוּמְאָה — דִּקְבִיעַ לֵיהּ זְמַן, וְעוֹשֶׂה תְּמוּרָה — דְּקָרְבַּן יָחִיד הוּא.
La Guemara rejette cet argument. Rav Chéchet dit : Non — il n'y a pas la de preuve, car on peut affirmer que la baraita parle du belier d'Aaron [que le Kohen Gadol sacrifie comme holocauste a Yom Kippour], comme il est ecrit : « C'est avec ceci qu'Aaron entrera dans le Sanctuaire — avec un jeune taureau pour un sacrifice expiatoire et un belier pour un holocauste » (Vayikra 16, 3). Ce sacrifice appartient exclusivement au Kohen Gadol et est donc classe parmi les sacrifices individuels.
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: לָא, בְּאֵילוֹ שֶׁל אַהֲרֹן.
La Guemara note que ce raisonnement est egalement plausible pour une autre raison : En effet, si l'on pensait que [la baraita] parle du taureau [du Kohen Gadol], [il faudrait que le substitut de ce taureau puisse etre offert un jour de semaine — or] le substitut du taureau n'ecarte pas le Chabbat et l'impurete rituelle, ce qui laisserait entendre qu'on pourrait le sacrifier un jour de semaine [ordinaire] ! Mais [ce substitut] est un substitut d'un 'hattat, et le substitut d'un 'hattat est laisse a mourir [il ne peut donc etre sacrifie]. Il faut donc necessairement que la baraita traite du belier [holocauste] — dont le substitut ne peut pas etre sacrifie non plus, mais pour une autre raison [et non parce qu'il devrait mourir].
הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא, דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּפָרוֹ, תְּמוּרָה דְּפַר שַׁבָּת וְטוּמְאָה הוּא דְּלָא דָּחֲיָא, הָא בְּחוֹל מִיקְרָב קָרְבָה?! הָא תְּמוּרַת חַטָּאת הִיא, וּתְמוּרַת חַטָּאת לְמִיתָה אָזְלָא!
Yoma 50b
100%
יומא נ׳ במַסֶּכֶת יוֹמָא