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Traité Yoma

50a

Étude de Yoma 50a

Étude de la Guémara 50a

Guémara
Rabbi Yits'hak Nappa'ha souleva une objection contre Rabbi Ami : [il est ecrit] « Et il fera sortir tout le taureau hors du camp » (Vayikra 4, 12). [Ce verset parle d'un taureau deja egorge dont les graisses et les pieces sacrificielles ont ete brulees, ce qui prouve que meme apres l'egorgement l'animal est encore appele “taureau”.] Rabbi Ami lui repondit : [l'animal lui-meme n'est pas appele “taureau” a ce stade ;] cela signifie seulement qu'il doit faire sortir la totalite de la carcasse — tout ce qui reste du taureau.
אֵיתִיבֵיהּ רַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא לְרַבִּי אַמֵּי: ״וְהוֹצִיא אֶת כׇּל הַפָּר״! שֶׁיּוֹצִיא אֶת כּוּלּוֹ.
La Guemara souleve une autre difficulte en citant un verset : « Et le taureau du sacrifice expiatoire et le bouc du sacrifice expiatoire, dont le sang avait ete introduit pour obtenir l'expiation dans le Sanctuaire, seront sortis hors du camp » (Vayikra 16, 27). [Ici encore le verset montre que meme apres l'egorgement et l'introduction du sang dans le kodech hakodachim, l'animal est appele “taureau”.] Rav Pappa dit : Tout le monde s'accorde que lorsque l'animal est intact — avec sa peau, sa chair et ses excretions — il est appele “taureau”. Le desaccord [entre les amoraim] porte sur le sang : un Sage estime que son sang est appele “taureau”, et un autre Sage estime que le sang seul n'est pas appele “taureau”.
״וְאֵת פַּר הַחַטָּאת וְאֵת שְׂעִיר הַחַטָּאת״, אָמַר רַב פָּפָּא: בְּעוֹר וּבָשָׂר וָפֶרֶשׁ דְּכוּלֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי. כִּי פְּלִיגִי בְּדָם. מָר סָבַר: דָּם אִיקְּרִי פַּר, וּמָר סָבַר: דָּם לָא אִיקְּרִי פַּר.
Rav Achi dit : Il est raisonnable de trancher comme celui qui dit que le sang est appele [partie du] taureau, car il est ecrit : « C'est avec ceci qu'Aaron entrera dans le Sanctuaire — avec un jeune taureau » (Vayikra 16, 3). Est-ce a dire qu'il l'y introduit avec ses cornes ?! Non — il n'y entre qu'avec son sang, et pourtant la Torah appelle cela “un taureau”. Cela prouve que le sang lui-meme est appele “taureau”.
אָמַר רַב אָשֵׁי: מִסְתַּבְּרָא כְּמַאן דְּאָמַר דָּם אִיקְּרִי פַּר, דִּכְתִיב: ״בְּזֹאת יָבֹא אַהֲרֹן אֶל הַקֹּדֶשׁ בְּפַר בֶּן בָּקָר״, אַטּוּ בְּקַרְנֵיהּ מְעַיֵּיל לֵיהּ?! אֶלָּא בְּדָמוֹ, וְקָרֵי לֵיהּ ״פַּר״.
La Guemara demande : Et l'autre [Sage], qui soutient que le sang seul n'est pas appele “taureau”, comment interprete-t-il ce verset ? La Guemara repond qu'il peut expliquer le verset ainsi : Avec quoi Aaron s'est-il qualifie pour entrer dans le Sanctuaire ? En apportant un jeune taureau comme sacrifice expiatoire. [C'est l'animal lui-meme — l'acte de son apport — qui le qualifie pour entrer ;] mais le sang qu'il introduit a l'interieur n'est pas pour autant appele “taureau”.
וְאִידַּךְ? בַּמָּה הוּכְשַׁר אַהֲרֹן לָבֹא אֶל הַקֹּדֶשׁ — בְּפַר בֶּן בָּקָר לְחַטָּאת.
§ La Guemara revient sur la question du Kohen Gadol remplacant qui introduit le sang du premier taureau [egorge par le premier Kohen Gadol decede] : Et pourquoi ne tire-t-on pas la reponse a ce probleme du fait que [ce taureau] est un sacrifice expiatoire dont le proprietaire est mort [puisque le Kohen Gadol qui l'a offert est decede] ? En effet, le principe est qu'un 'hattat [sacrifice expiatoire] dont le proprietaire est mort doit etre laisse a mourir — cela devrait clore le dilemme. Ravin bar Rav Adda dit a Rava : Tes etudiants rapportent au nom de Rav Amram que le taureau-'hattat du Kohen Gadol est un sacrifice expiatoire communautaire [puisque le Kohen Gadol l'offre en son propre nom et au nom de ses freres pretres] — et un 'hattat communautaire n'est pas laisse a mourir.
וְתִיפּוֹק לֵיהּ דְּחַטָּאת שֶׁמֵּתוּ בְּעָלֶיהָ הִיא, וְחַטָּאת שֶׁמֵּתוּ בְּעָלֶיהָ לְמִיתָה אָזְלָא! אֲמַר לֵיהּ רָבִין בַּר רַב אַדָּא לְרָבָא: אָמְרִי תַּלְמִידָיךָ, אָמַר רַב עַמְרָם: חַטַּאת צִבּוּר הִיא, וְלָא לְמִיתָה אָזְלָא.
[La Guemara cite le contexte :] Comme nous l'avons appris dans une michna de la massekhet Temoura [ou des tannaim debattent de quels sacrifices ecartent le Chabbat et l'impurete rituelle] : Rabbi Meir lui dit [au tanna kama] : Mais considere le taureau de Yom Kippour, les galettes du Kohen Gadol [offertes chaque jour] et le sacrifice de Pessa'h — chacun d'eux est un sacrifice individuel [selon moi] et pourtant il ecarte le Chabbat et l'impurete rituelle [chose qui normalement ne concerne que les sacrifices communautaires]. N'est-il pas logique d'en deduire qu'il existe un tanna qui dit que ces sacrifices sont communautaires ?
דִּתְנַן, אָמַר לוֹ רַבִּי מֵאִיר: וַהֲלֹא פַּר יוֹם הַכִּפּוּרִים, וַחֲבִיתֵּי כֹּהֵן גָּדוֹל, וּפֶסַח — דְּקָרְבַּן יָחִיד הוּא, וְדוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת וְאֶת הַטּוּמְאָה. לָאו מִכְּלָל דְּאִיכָּא לְמַאן דְּאָמַר דְּצִבּוּר?
La Guemara rejette cette preuve. Et selon ton raisonnement, puisqu'il est enseigne [dans la meme michna] : Rabbi Ya'akov lui dit [au tanna kama] : Mais il y a le taureau [expiatoire pour une] erreur involontaire de la communaute, les boucs pour un peche d'idolatrie et le sacrifice de 'hagiga — qui sont tous des sacrifices communautaires et n'ecartent ni le Chabbat ni l'impurete rituelle ! N'est-il pas logique d'en deduire qu'il existe un tanna qui dit que ces sacrifices sont individuels ? — [Or cela est manifestement faux.]
וּלְטַעְמָיךְ, דְּקָתָנֵי: אָמַר לוֹ רַבִּי יַעֲקֹב: וַהֲלֹא פַּר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִבּוּר, וּשְׂעִירֵי עֲבוֹדָה זָרָה, וַחֲגִיגָה — דְּקָרְבַּן צִבּוּר, וְאֵין דּוֹחִין לֹא אֶת הַשַּׁבָּת וְלֹא אֶת הַטּוּמְאָה! מִכְּלָל דְּאִיכָּא לְמַאן דְּאָמַר דְּיָחִיד!
Mais en realite : Rabbi Meir repondait au tanna kama [dans son contexte specifique], car il avait entendu celui-ci enoncer le principe general : [les sacrifices communautaires ecartent le Chabbat et l'impurete, et les sacrifices individuels n'ecartent ni le Chabbat ni l'impurete.] Rabbi Meir lui dit : Le fait qu'un sacrifice soit “individuel” est-il un principe absolu [qui empeche qu'il ecarte le Chabbat] ? Mais voici le taureau de Yom Kippour, les galettes du Kohen Gadol et le sacrifice de Pessa'h — qui sont des sacrifices individuels et qui ecartent le Chabbat et l'impurete rituelle !
אֶלָּא: לְתַנָּא קַמָּא קָא מַהְדַּר לֵיהּ, דְּשַׁמְעֵיהּ דְּקָאָמַר: קׇרְבַּן צִבּוּר דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת וְאֶת הַטּוּמְאָה, וְקָרְבַּן יָחִיד אֵינוֹ דּוֹחֶה לֹא אֶת הַשַּׁבָּת וְלֹא אֶת הַטּוּמְאָה. אָמַר לוֹ רַבִּי מֵאִיר: קׇרְבַּן יָחִיד כְּלָלָא הוּא? וַהֲלֹא פַּר יוֹם הַכִּפּוּרִים, וַחֲבִיתֵּי כֹּהֵן גָּדוֹל, וּפֶסַח — דְּקָרְבַּן יָחִיד הוּא, וְדוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת וְאֶת הַטּוּמְאָה!
Et Rabbi Ya'akov lui repondit [au tanna kama depuis une autre perspective] : Le fait qu'un sacrifice soit “communautaire” est-il un principe absolu qui garantit qu'il ecarte l'impurete rituelle ? Mais voici le taureau pour une erreur involontaire de la communaute, les boucs pour le peche d'idolatrie et le sacrifice de 'hagiga — qui sont tous des sacrifices communautaires et n'ecartent ni le Chabbat ni l'impurete rituelle !
וְאָמַר לוֹ רַבִּי יַעֲקֹב: קׇרְבַּן צִבּוּר כְּלָלָא הוּא? וַהֲלֹא פַּר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִבּוּר, וּשְׂעִירֵי עֲבוֹדָה זָרָה, וַחֲגִיגָה — דְּקָרְבַּן צִבּוּר הוּא, וְאֵין דּוֹחִין לֹא אֶת הַשַּׁבָּת וְלֹא אֶת הַטּוּמְאָה!
Mais [la conclusion de la Guemara est la suivante :] retiens ce principe dans ta main : Tout sacrifice dont le moment [d'offrande] est fixe [par la Torah] ecarte le Chabbat et l'impurete rituelle, meme s'il s'agit d'un sacrifice individuel ; et tout sacrifice dont le moment n'est pas fixe n'ecarte ni le Chabbat ni l'impurete rituelle, et cela meme s'il s'agit d'un sacrifice communautaire. [Ainsi, les remarques de Rabbi Meir et Rabbi Ya'akov portaient uniquement sur le fait d'ecarter le Chabbat et l'impurete, et non sur la classification individuel/communautaire — on ne peut donc rien deduire de leurs propos quant au statut du taureau du Kohen Gadol, qui pourrait demeurer un sacrifice individuel.]
אֶלָּא, נְקוֹט הַאי כְּלָלָא בִּידָךְ: כֹּל שֶׁזְּמַנּוֹ קָבוּעַ — דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת וְאֶת הַטּוּמְאָה אֲפִילּוּ בְּיָחִיד, וְכֹל שֶׁאֵין זְמַנּוֹ קָבוּעַ — אֵינוֹ דּוֹחֶה לֹא אֶת הַשַּׁבָּת וְלֹא אֶת הַטּוּמְאָה וַאֲפִילּוּ בְּצִבּוּר.
Abaye souleva une objection contre Rava : [Pense-t-on que] le taureau du Kohen Gadol est un sacrifice individuel ? Mais nous avons appris dans une baraita : En ce qui concerne le taureau et le bouc de Yom Kippour qui ont ete perdus, et [le Kohen Gadol] en a separe d'autres en remplacement [puis les premiers ont ete retrouves] — tous [les remplacants] doivent mourir. De meme, les boucs [offerts] pour un peche d'idolatrie [communautaire] qui ont ete perdus, et on en a separe d'autres en remplacement — tous doivent mourir. Telle est la position de Rabbi Yehouda. Rabbi Elazar et Rabbi Chimon disent : [Les remplacants] sont laisses au paturage jusqu'a ce qu'ils contractent une tare [corporelle] ; ils sont alors vendus et leur prix sert pour un don volontaire [a l'autel], car un 'hattat communautaire ne meurt pas. [Cela prouve que le taureau de Yom Kippour est considere comme un sacrifice expiatoire communautaire.]
אֵיתִיבֵיהּ אַבָּיֵי: פַּר וְשָׂעִיר שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁאָבְדוּ, וְהִפְרִישׁ אֲחֵרִים תַּחְתֵּיהֶן — כּוּלָּם יָמוּתוּ. וְכֵן שְׂעִירֵי עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁאָבְדוּ, וְהִפְרִישׁ אֲחֵרִים תַּחְתֵּיהֶן — כּוּלָּם יָמוּתוּ, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי (אֱלִיעֶזֶר) וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמְרִים: יִרְעוּ עַד שֶׁיִּסְתָּאֲבוּ וְיִמָּכְרוּ וְיִפְּלוּ דְּמֵיהֶן לִנְדָבָה, שֶׁאֵין חַטַּאת צִבּוּר מֵתָה.
Rava lui dit : Quel taureau est vise ici ? Le taureau [offert pour] une erreur involontaire de la communaute [phar he'alem davar chel tsibbour] — et non le taureau de Yom Kippour. Abaye retorqua : Mais la baraita enseigne “de Yom Kippour” — ce qui indique clairement qu'elle parle du taureau de Yom Kippour ! Rava repondit : Quand le tanna a enseigne “de Yom Kippour”, il visait uniquement le bouc [et non le taureau]. C'est-a-dire : la baraita doit se lire ainsi : [le taureau communautaire] et le bouc de Yom Kippour [qui est lui aussi un sacrifice communautaire].
אֲמַר לֵיהּ: מַאי פַּר — פַּר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִבּוּר. וְהָא ״שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים״ קָתָנֵי! כִּי קָתָנֵי — אַדְּשָׂעִיר.
Yoma 50a
100%
יומא נ׳ אמַסֶּכֶת יוֹמָא