Guémara
La bande de laine écarlate [utilisée] pour la para adouma [vache rousse] pèse dix zouz ; celle du sa'ir hamichtale'ah [bouc émissaire d'Azazel] pèse deux séla [soit huit zouz] ; et celle du metzora [lépreux purifié] pèse un shekel [soit deux zouz].
שֶׁל פָּרָה — מִשְׁקַל עֲשָׂרָה זוּז, וְשֶׁל שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ — מִשְׁקַל שְׁנֵי סְלָעִים, וְשֶׁל מְצוֹרָע — מִשְׁקַל שֶׁקֶל.
Et Rabbi Yo'hanan dit en outre : Rabbi Chimon ben Halafta et les Sages [hakhamim] sont en désaccord sur [le poids de la bande écarlate de] la para adouma. L'un dit : [son poids est de] dix [zouz], et l'autre dit : [son poids est d'un] shekel. Et voici un moyen mnémotechnique [pour retenir que seules les valeurs extrêmes sont mentionnées, et non la valeur intermédiaire de deux séla] : [le principe de la michna qui dit] « celui qui donne beaucoup et celui qui donne peu [sont également appréciés de Dieu, pour autant que son intention soit tournée vers le Ciel] ».
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן חֲלַפְתָּא וְרַבָּנַן בְּפָרָה, חַד אָמַר: מִשְׁקַל עֲשָׂרָה, וְחַד אָמַר: מִשְׁקַל שֶׁקֶל. וְסִימָנָיךְ: ״אֶחָד הַמַּרְבֶּה וְאֶחָד הַמַּמְעִיט״.
Rabbi Yirmeya de Difti dit à Ravina : [En réalité,] ce n'est pas à propos de la para adouma qu'ils divergent, mais c'est à propos du sa'ir hamichtale'ah [bouc émissaire] qu'ils divergent. Et ce jour-là même [où l'on disputait cette question], Ravya bar Kisi mourut, et l'on fit de cela un signe mnémotechnique [en associant la halakha à son nom] : « Ravya bar Kisi expie [pour sa génération] comme le bouc émissaire », car la mort d'un juste expie [les fautes] de sa génération.
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יִרְמְיָה מִדִּיפְתִּי לְרָבִינָא: לָא בְּפָרָה פְּלִיגִי, אֶלָּא בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ פְּלִיגִי. וְהָהוּא יוֹמָא נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַבְיָא בַּר קִיסִי, וְאַנְּחוּ בַּהּ סִימָנָא: רַבְיָא [בַּר] קִיסִי מְכַפֵּר כְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ.
Rabbi Yitz'hak dit : J'ai entendu une tradition portant sur une distinction entre deux schéhitot [abattages rituels] : l'une de la para adouma, et l'autre du par [taureau] du Kohen Gadol [à Yom Kippour]. L'abattage de l'un est valide même s'il est réalisé par un zar [non-prêtre], et l'abattage de l'autre est invalide s'il est réalisé par un zar — mais je ne sais pas lequel est lequel.
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: שְׁתֵּי שְׁחִיטוֹת שָׁמַעְתִּי, אַחַת שֶׁל פָּרָה, וְאַחַת שֶׁל פָּרוֹ. אַחַת כְּשֵׁרָה בְּזָר, וְאַחַת פְּסוּלָה בְּזָר, וְלָא יָדַעְנָא הֵי מִינַּיְיהוּ.
[La controverse] a été énoncée [par les Amoraïm] : Concernant l'abattage de la para adouma et du taureau [par] du Kohen Gadol, Rav et Chmouel [sont en désaccord]. L'un dit : [si] la para adouma [est abattue par un zar, elle est] invalide [pessoula] ; [si] le taureau du Kohen Gadol [est abattu par un zar, il est] valide [kechera]. Et l'autre dit : son taureau [est invalide si abattu par un zar] ; mais la para adouma [est valide dans ce cas].
אִיתְּמַר: שְׁחִיטַת פָּרָה וּפָרוֹ, רַב וּשְׁמוּאֵל. חַד אָמַר: פָּרָה פְּסוּלָה, פָּרוֹ כְּשֵׁרָה. וְחַד אָמַר: פָּרוֹ פְּסוּלָה, פָּרָה כְּשֵׁרָה.
La Guemara conclut : [On peut] déduire que c'est Rav qui dit que si la [para adouma est abattue par un zar, elle est] invalide, car Rabbi Zeira a dit : L'abattage de la para adouma par un zar est invalide — et Rav a déclaré à ce sujet [la raison de Rabbi Zeira] : Nous avons appris [dans la Torah] à son égard à la fois [le nom] « Elazar » [le prêtre] [Nb 19, 3] et [le mot] « 'houkka » [statut, Nb 19, 2]. Puisqu'Elazar est mentionné, cela indique que l'abattage doit être accompli par un prêtre, et l'emploi du terme « 'houkka » enseigne qu'on ne peut déroger à aucun détail du service tel qu'énoncé dans les versets [sous peine d'invalider le rite]. Il est donc clair que Rav estime que l'abattage de la para adouma par un zar est invalide.
תִּסְתַּיֵּים דְּרַב הוּא דְּאָמַר פָּרָה פְּסוּלָה, דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא: שְׁחִיטַת פָּרָה בְּזָר פְּסוּלָה, וְאָמַר רַב עֲלַהּ: ״אֶלְעָזָר״ וְ״חוּקָּה״ שָׁנִינוּ בָּהּ.
La Guemara analyse l'opinion de Rav : Et selon Rav, en quoi la para adouma est-elle différente [des autres offrandes abattues par un zar sans invalider le rite] ? [La raison est] qu'il est écrit à son sujet [à la fois] « Elazar » et « 'houkka ». Mais pour le taureau du Kohen Gadol, il est également écrit « Aaron » [le Kohen Gadol] (Vayikra 16, 11) et « 'houkka » (Vayikra 16, 34) ! [D'après la logique de Rav, cela devrait pareillement indiquer que le prêtre est indispensable pour l'abattage du taureau.]
וְרַב, מַאי שְׁנָא פָּרָה — דִּכְתִיב ״אֶלְעָזָר״ וְ״חוּקָּה״, פָּרוֹ נָמֵי — הָא כְּתִיב ״אַהֲרֹן״ וְ״חוּקָּה״!
La Guemara répond : L'abattage [du taureau par un zar est valide] parce que la ché'hita [abattage] n'est pas classée comme une [véritable] avoda [service sacerdotal] ; [elle n'est donc pas soumise à l'exigence du prêtre]. La Guemara objecte : Si tel est le cas, par la même logique, la para adouma devrait également être valide [si abattue par un zar] ! La Guemara conclut : Cette logique [selon laquelle la ché'hita n'est pas une avoda] ne s'applique pas dans le cas de la para adouma, car la para adouma est différente : elle possède la sainteté [kedouchat] des biens consacrés à l'entretien du Temple [kodchei bedek habayit], et les principes applicables aux autres offrandes ne lui sont donc pas nécessairement applicables.
שְׁחִיטָה לָאו עֲבוֹדָה הִיא. אִי הָכִי פָּרָה נָמֵי! שָׁאנֵי פָּרָה, דְּקׇדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת הִיא.
[La Guemara demande :] N'y a-t-il pas là un argument a fortiori [kal va'homer] [qui invalide la conclusion] ? [Si l'abattage du taureau du Kohen Gadol, qui est une véritable offrande, est valide lorsqu'il est accompli par un zar, à plus forte raison l'abattage de la para adouma, qui n'est pas une offrande, devrait être valide si accompli de même.] Rav Chisha, fils de Rav Idi, dit : [Ce kal va'homer ne tient pas, car il en va de la para adouma] comme des marôt nega'im [examen des signes de la lèpre], qui ne constituent pas un service [sacerdotal au sens plein] et qui néanmoins requièrent le sacerdoce [seul un prêtre peut déclarer les signes de tsara'at purs ou impurs]. Il est donc manifeste que le raisonnement a fortiori ne s'applique pas [pour dispenser la para adouma de l'exigence du prêtre].
וְלָאו כָּל דְּכֵן הוּא? אָמַר רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: מִידֵּי דְּהָוֵה אַמַּרְאוֹת נְגָעִים, דְּלָאו עֲבוֹדָה הִיא וּבָעֲיָא כְּהוּנָּה.
La Guemara analyse l'opinion de Chmouel : Et selon Chmouel, qui dit que si un zar abat le taureau du Kohen Gadol, c'est invalide — en quoi son taureau est-il différent ? [La raison est] qu'il est écrit à son sujet « Aaron » [indiquant qu'un prêtre est requis] et « 'houkka » [indiquant que les exigences du service de Yom Kippour sont impératives]. Mais pour la para adouma, il est également écrit « Elazar » et « 'houkka » — ce qui, par la même logique, devrait indiquer qu'un prêtre est indispensable ! La Guemara répond : [Pour la para adouma,] c'est différent, car il est écrit : « Et il l'abattra devant lui » (Bamidbar 19, 3), ce qui suggère qu'un zar peut l'abattre [et qu'Elazar se tient simplement] présent [pour superviser].
וְלִשְׁמוּאֵל, דְּאָמַר פָּרוֹ פְּסוּלָה, מַאי שְׁנָא פָּרוֹ — דִּכְתִיב: ״אַהֲרֹן״ וְ״חוּקָּה״, פָּרָה נָמֵי — הָא כְּתִיב: ״אֶלְעָזָר״ וְ״חוּקָּה״? שָׁאנֵי הָתָם, דִּכְתִיב: ״וְשָׁחַט אוֹתָהּ לְפָנָיו״, שֶׁיְּהֵא זָר שׁוֹחֵט וְאֶלְעָזָר רוֹאֶה.
Et Rav — qui interprète que c'est bien Elazar lui-même qui l'abat — comment comprend-il l'expression « devant lui » ? Il [l'interprète comme signifiant] qu'Elazar ne doit pas détourner son attention de [la vache] durant [tout le processus]. [Dans les questions de purification rituelle, toute distraction peut invalider le processus.] Et de quelle source Chmouel — qui a déjà tiré autre chose de ce verset — déduit-il qu'on ne doit pas détourner son attention [de la vache] ? Il le déduit du verset : « Et il brûlera la vache sous ses yeux » (Bamidbar 19, 5).
וְרַב: שֶׁלֹּא יַסִּיחַ דַּעְתּוֹ מִמֶּנָּה. וּשְׁמוּאֵל, שֶׁלֹּא יַסִּיחַ דַּעְתּוֹ מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ: מִ״וְּשָׂרַף אֶת הַפָּרָה לְעֵינָיו״.
Et Rav — comment interprète-t-il ce verset [sur la combustion] ? Il soutient qu'un verset est nécessaire pour enseigner l'obligation de maintenir son attention lors de la ché'hita [abattage], et un autre verset pour enseigner cette même obligation lors de la sréifa [combustion].
וְרַב: חַד בִּשְׁחִיטָה וְחַד בִּשְׂרֵיפָה.