Guémara
La Guemara formule maintenant la preuve : Qui est l'auteur des formulations anonymes [setam] du Sifra [Torat Kohanim] ? C'est Rabbi Yehouda. Et cette baraïta du Sifra enseigne : Le sort [goral] lui confère le statut d'offrande expiatoire ['hatat] ; une désignation verbale ne lui confère pas ce statut. Il est donc manifeste que, selon Rabbi Yehouda, le tirage au sort est indispensable. Cette réfutation [tiouvta] de l'opinion de celui qui dit — à savoir Rabbi Yannai, selon la seconde version de sa controverse — que le tirage au sort n'est pas indispensable, est bien une réfutation définitive [tiouvta].
סְתָם סִיפְרָא מַנִּי — רַבִּי יְהוּדָה, וְקָא תָנֵי: הַגּוֹרָל עוֹשֶׂה חַטָּאת, וְאֵין הַשֵּׁם עוֹשֶׂה חַטָּאת. אַלְמָא הַגְרָלָה מְעַכְּבָא, תְּיוּבְתָּא דְּמַאן דְּאָמַר הַגְרָלָה לָא מְעַכְּבָא. תְּיוּבְתָּא.
§ La Guemara aborde un cas similaire de désignation des offrandes : Rav 'Hisda a dit : Les « nids » [qinin — paires d'oiseaux dont l'un doit être sacrifié en offrande expiatoire et l'autre en holocauste] ne reçoivent leur désignation spécifique [mitparsot] qu'à l'un de deux moments précis : soit au moment où le propriétaire les prend [laquat ba'alim], c'est-à-dire lorsqu'il les achète et les consacre initialement pour son offrande ; soit au moment où le kohen [prêtre] accomplit effectivement le rite sacrificiel sur eux.
אָמַר רַב חִסְדָּא: אֵין הַקִּינִּין מִתְפָּרְשׁוֹת אֶלָּא אוֹ בִּלְקִיחַת בְּעָלִים, אוֹ בַּעֲשִׂיַּית כֹּהֵן.
Rav Chimi bar Achi a dit : Quelle est la raison de Rav 'Hisda ? Comme il est écrit dans un verset : « Elle prendra [velaqlah] deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, l'un pour l'holocauste et l'autre pour l'offrande expiatoire » (Vayikra 12, 8). Et dans un autre verset : « Le kohen en fera [ve'achah] un en offrande expiatoire et l'autre en holocauste » (Vayikra 15, 15). Les versets ne mentionnent comme possibilité de désignation que le moment de la prise [lequi'hah] ou le moment de l'accomplissement du rite [asiyah].
אָמַר רַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי: מַאי טַעְמָא דְּרַב חִסְדָּא, דִּכְתִיב: ״וְלָקְחָה״ ״וְעָשָׂה״. אוֹ בִּלְקִיחָה, אוֹ בַּעֲשִׂיָּיה.
La Guemara soulève une objection à la décision de Rav 'Hisda, tirée de la baraïta citée plus haut : Le verset dit, à propos du bouc de Yom Kippour : « Il l'offrira en offrande expiatoire » [ve'achahu 'hatat] (Vayikra 16, 9). Cela indique que le sort lui confère le statut d'offrande expiatoire ; une désignation verbale ne lui confère pas ce statut.
מֵיתִיבִי: ״וְעָשָׂהוּ חַטָּאת״, הַגּוֹרָל עוֹשֶׂה חַטָּאת, וְאֵין הַשֵּׁם עוֹשֶׂה חַטָּאת.
Un verset est nécessaire pour enseigner cette halakha, car j'aurais pu parvenir à la conclusion inverse : N'y a-t-il pas un raisonnement a fortiori [qal va'homer] ? Tout comme dans un cas où le recours au sort ne consacre pas les animaux avec une désignation spécifique, une désignation verbale les consacre néanmoins ; de même, dans un cas où le sort consacre les animaux, n'est-il pas logique que la désignation verbale les consacre également ?!
שֶׁיָּכוֹל, וַהֲלֹא דִּין הוּא: וּמָה בִּמְקוֹם שֶׁלֹּא קִידֵּשׁ הַגּוֹרָל — קִידֵּשׁ הַשֵּׁם, מְקוֹם שֶׁקִּידֵּשׁ הַגּוֹרָל, אֵינוֹ דִּין שֶׁיְּקַדֵּשׁ הַשֵּׁם?!
En contradiction avec ce raisonnement, le verset dit : « Il l'offrira en offrande expiatoire » [ve'achahu 'hatat] — pour indiquer que le sort [goral] lui confère le statut d'offrande expiatoire ; une désignation verbale ne lui confère pas ce statut.
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְעָשָׂהוּ חַטָּאת״, הַגּוֹרָל עוֹשֶׂה חַטָּאת, וְאֵין הַשֵּׁם עוֹשֶׂה חַטָּאת.
La Guemara explique l'objection à la décision de Rav 'Hisda : Mais ici, dans le cas de la désignation des boucs, la baraïta se concentre sur le moment du tirage au sort [hagralah], qui n'est ni le moment de la prise [she'at leqi'hah] ni le moment de l'accomplissement du rite sacrificiel [she'at asiyah]. Et pourtant la baraïta enseigne que, n'eût été le verset enseignant le contraire, il aurait été possible de fixer définitivement la désignation des animaux par une déclaration verbale à ce moment-là. Cela contredit la décision de Rav 'Hisda.
וְהָא הָכָא, דְּלָאו שְׁעַת לְקִיחָה וְלָאו שְׁעַת עֲשִׂיָּיה הִיא, וְקָתָנֵי דְּקָבַע!
La Guemara rejette l'objection : Rava a dit : La baraïta ne contredit pas la décision de Rav 'Hisda. Voici ce que dit la baraïta : Tout comme dans un cas où le sort ne consacre pas les animaux avec une désignation spécifique — même lorsqu'il est utilisé au moment de la prise ou au moment de l'accomplissement du rite — une désignation verbale les consacre néanmoins si elle est faite au moment de la prise ou au moment de l'accomplissement du rite ; de même, dans un cas où le sort consacre les animaux, bien qu'il ne soit utilisé ni au moment de la prise ni au moment de l'accomplissement du rite — n'est-il pas logique que la désignation verbale les consacre si elle est faite au moment de la prise ou au moment de l'accomplissement du rite ?
אָמַר רָבָא, הָכִי קָאָמַר: מָה בִּמְקוֹם שֶׁלֹּא קִידֵּשׁ הַגּוֹרָל וַאֲפִילּוּ בִּשְׁעַת לְקִיחָה, וַאֲפִילּוּ בִּשְׁעַת עֲשִׂיָּיה — קִידֵּשׁ הַשֵּׁם בִּשְׁעַת לְקִיחָה וּבִשְׁעַת עֲשִׂיָּיה, מְקוֹם שֶׁקִּידֵּשׁ הַגּוֹרָל שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת לְקִיחָה וְשֶׁלֹּא בִּשְׁעַת עֲשִׂיָּיה, אֵינוֹ דִּין שֶׁיְּקַדֵּשׁ הַשֵּׁם בִּשְׁעַת לְקִיחָה וּבִשְׁעַת עֲשִׂיָּיה?
En contradiction avec ce raisonnement, le verset dit : « Il l'offrira en offrande expiatoire » [ve'achahu 'hatat] — pour indiquer que le sort lui confère le statut d'offrande expiatoire ; une désignation verbale ne lui confère pas ce statut. Rava a ainsi expliqué le raisonnement de la baraïta en accord avec la décision de Rav 'Hisda.
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְעָשָׂהוּ חַטָּאת״, הַגּוֹרָל עוֹשֶׂה חַטָּאת, וְאֵין הַשֵּׁם עוֹשֶׂה חַטָּאת.
Viens et entends [ta shma'] une autre objection à la décision de Rav 'Hisda : Une baraïta traite le cas suivant — une personne pauvre qui a profané le Temple de manière involontaire [meta'mé Miqdach 'ani], c'est-à-dire qui est entrée dans le Temple en état d'impureté rituelle, et est tenue d'apporter une offrande graduée [qorban 'oleh veyored — dont la nature dépend du niveau de fortune] ; et qui a mis de côté [hifriche] des pièces de monnaie pour son « nid » [qino] d'oiseaux, tel que requis pour une personne pauvre [laquelle doit apporter un oiseau en 'hatat et un en 'olah] ; et qui est ensuite devenue riche [he'echir], étant désormais tenue d'apporter une offrande animale expiatoire ; et qui, ignorant la halakha selon laquelle elle n'est plus tenue d'apporter la paire d'oiseaux, répartit ses pièces en deux parts et déclare que ces pièces-ci sont pour son offrande expiatoire et ces pièces-là pour son holocauste.
תָּא שְׁמַע: מְטַמֵּא מִקְדָּשׁ עָנִי, וְהִפְרִישׁ מָעוֹת לְקִינּוֹ וְהֶעֱשִׁיר, וְאַחַר כָּךְ אָמַר: אֵלּוּ לְחַטָּאתוֹ, וְאֵלּוּ לְעוֹלָתוֹ —
Alors, dans un tel cas, il ajoute de l'argent et apporte son obligation [d'une offrande expiatoire animale] avec les pièces mises de côté pour son offrande expiatoire ; mais il ne peut ajouter de l'argent et apporter son obligation avec les pièces mises de côté pour son holocauste.
מוֹסִיף וּמֵבִיא חוֹבָתוֹ מִדְּמֵי חַטָּאתוֹ, וְאֵין מוֹסִיף וּמֵבִיא חוֹבָתוֹ מִדְּמֵי עוֹלָתוֹ.
La Guemara explique l'objection à la décision de Rav 'Hisda : Mais ici, dans le cas de la désignation de l'argent, la baraïta se concentre sur un moment qui n'est ni celui de la prise ni celui de l'accomplissement du rite avec les oiseaux. Et pourtant la baraïta enseigne que, par une désignation verbale, on peut fixer définitivement le statut des pièces — ce qui est apparent du fait que les pièces mises de côté pour l'holocauste ne peuvent être affectées à l'offrande expiatoire. Cela contredit la décision de Rav 'Hisda.
וְהָא הָכָא, דְּלָאו שְׁעַת לְקִיחָה וְלָאו שְׁעַת עֲשִׂיָּיה הִיא, וְקָתָנֵי דְּקָבַע!