Guémara
[La Guemara continue :] « Fais pour toi » ['asé lekha] — [signifie] de tes propres biens. Mais selon celui qui dit que [ces formules signifient] des biens de la communauté [tsibour], que peut-on dire pour distinguer Yom Kippour des autres jours [comme Chavouot et Roch haChanah] ?
״עֲשֵׂה לְךָ״ — מִשֶּׁלְּךָ, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר מִשֶּׁל צִבּוּר, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?
Car il est enseigné dans une baraïta : Lorsque la Torah dit « prends pour toi » ['ka'h lekha], cela signifie de tes propres biens ; et lorsqu'elle dit « fais pour toi » ['asé lekha], cela signifie de tes propres biens ; mais lorsqu'elle dit « et ils prendront pour toi » [veyikhou élekha], cela signifie des biens de la communauté. Telle est l'opinion de Rabbi Yochiya. Rabbi Yonatan dit : Que la Torah énonce « prends pour toi » ['ka'h lekha] ou « et ils prendront pour toi » [veyikhou élekha], les deux signifient des biens de la communauté. Et dans quel but alors le verset dit-il « prends pour toi » [qui semble désigner les biens propres de Moïse] ? Il faut comprendre, pour ainsi dire [kivyakhol], que Dieu dit à Moïse : Je désire que cela vienne de tes biens plus que de leurs biens. C'est pourquoi la prise fut attribuée à Moïse, même si en réalité elle provenait des biens de la communauté.
דְּתַנְיָא: ״קַח לְךָ״ — מִשֶּׁלְּךָ, וַ״עֲשֵׂה לְךָ״ — מִשֶּׁלְּךָ, ״וְיִקְחוּ אֵלֶיךָ״ — מִשֶּׁל צִבּוּר, דִּבְרֵי רַבִּי יֹאשִׁיָּה. רַבִּי יוֹנָתָן אוֹמֵר: בֵּין ״קַח לְךָ״, בֵּין ״וְיִקְחוּ אֵלֶיךָ״ — מִשֶּׁל צִבּוּר, וּמָה תַּלְמוּד לוֹמַר ״קַח לְךָ״ — כִּבְיָכוֹל מִשֶּׁלְּךָ אֲנִי רוֹצֶה יוֹתֵר מִשֶּׁלָּהֶם.
Abba 'Hanan dit au nom de Rabbi Elazar : [Il y a une autre manière de comprendre la contradiction apparente :] Un verset dit : « Et tu te feras un coffre en bois » [ve'assita lekha 'aron ets] (Devarim 10, 1) [indiquant que Moïse doit faire le coffre de ses propres biens] ; et un autre verset dit à propos du même sujet : « Et ils feront un coffre en bois d'acacia » [ve'assou 'aron atsei chittim] (Chemot 25, 10) [indiquant que c'est le peuple d'Israël qui le fabrique]. Comment résoudre cette contradiction ? Ici [Devarim 10, 1], le verset se réfère à une époque où le peuple d'Israël accomplit la volonté de Dieu [et ils sont alors crédités de la construction de l'Arche de l'Alliance]. Là [Chemot 25, 10], il se réfère à une époque où le peuple d'Israël n'accomplit pas la volonté de Dieu, et la construction de l'Arche est attribuée à Moïse seul. [Selon cette opinion, il n'y a pas de différence de principe entre les offrandes de Yom Kippour et les autres offrandes.]
אַבָּא חָנָן אָמַר מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר, כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״וְעָשִׂיתָ לְּךָ אֲרוֹן עֵץ״, וְכָתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״וְעָשׂוּ אֲרוֹן עֲצֵי שִׁטִּים״, הָא כֵּיצַד? כָּאן בִּזְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם, כָּאן בִּזְמַן שֶׁאֵין עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם!
La Guemara rejette [l'idée qu'il n'y aurait pas de différence intrinsèque entre ces formules] : [Rabbi Yochiya et Rabbi Yonatan] ne sont en désaccord que sur les formules de « prise » ordinaires ['ki'hot de'alma] et les formules de « faire » ordinaires ['assiyot de'alma]. Les formules de prise ordinaires sont comme dans le verset : « Prends pour toi des aromates » ['ka'h lekha sammim] (Chemot 30, 34) ; et les formules de faire ordinaires sont comme dans le verset : « Fais pour toi deux trompettes en argent » ['asé lekha chté 'hatsotserot kessef] (Bamidbar 10, 2). Mais dans ces cas-là [de la consécration et de Yom Kippour], les versets enseignent explicitement que les offrandes doivent venir des biens propres [du kohen]. En ce qui concerne la consécration : puisqu'il est déjà écrit : « Et aux enfants d'Israël tu parleras en disant : Prenez un cabri pour offrande expiatoire [chatat], et un veau et un bélier d'un an sans défaut pour offrandes d'élévation » (Vayikra 9, 3), pourquoi ai-je besoin du verset [distinct] : « Et il dit à Aharon : Prends pour toi un veau jeune taureau pour offrande expiatoire » (Vayikra 9, 2) ? Apprends de cela que dans ce contexte la formule « prends pour toi » signifie de tes propres biens.
עַד כָּאן לָא פְּלִיגִי אֶלָּא בְּקִיחוֹת דְּעָלְמָא וַעֲשִׂיּוֹת דְּעָלְמָא. קִיחוֹת דְּעָלְמָא — ״קַח לְךָ סַמִּים״. עֲשִׂיּוֹת דְּעָלְמָא — ״עֲשֵׂה לְךָ שְׁתֵּי חֲצוֹצְרוֹת כֶּסֶף״. אֲבָל הָנָךְ פָּרוֹשֵׁי קָא מְפָרֵשׁ דְּמִשֶּׁלְּךָ הוּא. בְּמִלּוּאִים מִכְּדֵי כְּתִיב: ״וְאֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל תְּדַבֵּר לֵאמֹר קְחוּ שְׂעִיר עִזִּים לְחַטָּאת״. ״וַיֹּאמֶר אֶל אַהֲרֹן קַח לְךָ עֵגֶל בֶּן בָּקָר לְחַטָּאת״ לְמָה לִי? שְׁמַע מִינַּהּ: ״קַח לְךָ״ — מִשֶּׁלְּךָ הוּא.
Et en ce qui concerne Yom Kippour : puisqu'il est déjà écrit : « Avec ceci Aharon entrera dans le Sanctuaire : avec un jeune taureau pour offrande expiatoire... » (Vayikra 16, 3), et aussi : « Et de la congrégation des enfants d'Israël il prendra deux boucs pour offrande expiatoire et un bélier pour offrande d'élévation, et Aharon offrira son jeune taureau comme offrande expiatoire » (Vayikra 16, 5-6), pourquoi ai-je besoin de l'insistance que les boucs proviennent des biens des enfants d'Israël [et non du Kohen Gadol] ? Apprends de cela que ce terme « le sien » [lo], écrit à propos du taureau [« son jeune taureau »], signifie que celui-ci provient de ses propres biens [du Kohen Gadol].
בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים מִכְּדֵי כְּתִיב: ״בְּזֹאת יָבֹא אַהֲרֹן אֶל הַקֹּדֶשׁ בְּפַר בֶּן בָּקָר לְחַטָּאת וְגוֹ׳ ... וּמֵאֵת עֲדַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל יִקַּח שְׁנֵי שְׂעִירֵי עִזִּים לְחַטָּאת״. ״וְהִקְרִיב אֶת פַּר הַחַטָּאת אֲשֶׁר לוֹ״ לְמָה לִי? שְׁמַע מִינַּהּ: הַאי ״לוֹ״ — מִשֶּׁלּוֹ הוּא.
Rav Achi déclara une autre raison qui distingue Yom Kippour de Roch haChanah et de Chavouot : On dérive [le service comprenant] un taureau pour offrande expiatoire [chatat] et un bélier pour offrande d'élévation ['olah] [pour Yom Kippour], de [la consécration où l'on sacrifie] un taureau pour offrande expiatoire et un bélier pour offrande d'élévation ; à l'exclusion de Roch haChanah et de Chavouot, lors desquels les deux [le taureau et le bélier] sont des offrandes d'élévation ['olot].
רַב אָשֵׁי אָמַר: דָּנִין פַּר לְחַטָּאת וְאַיִל לְעוֹלָה מִפַּר לְחַטָּאת וְאַיִל לְעוֹלָה, לְאַפּוֹקֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה וַעֲצֶרֶת — דְּתַרְוַיְיהוּ עוֹלוֹת נִינְהוּ.
Ravina déclara une autre distinction : On dérive un service [avodah] réservé au Kohen Gadol [Yom Kippour], d'un service réservé au Kohen Gadol [la consécration, qui fut accomplie par Aharon], à l'exclusion de toutes les difficultés soulevées depuis le début de la discussion [Fêtes, Roch haChanah, Chavouot] — car lors de ces autres jours évoqués, le service n'est pas réservé au Kohen Gadol ; au contraire, le service de ces jours peut être accompli par n'importe quel kohen.
רָבִינָא אָמַר: דָּנִין עֲבוֹדָה בְּכֹהֵן גָּדוֹל מֵעֲבוֹדָה בְּכֹהֵן גָּדוֹל, לְאַפּוֹקֵי כּוּלְּהוּ קוּשְׁיָיתִין — דְּלָאו עֲבוֹדָה בְּכֹהֵן גָּדוֹל נִינְהוּ.
Et certains disent que Ravina dit [une version légèrement différente] : On dérive un service premier [te'hila — accompli pour la première fois dans un lieu] d'un service premier, à l'exclusion de toutes ces [occasions] qui ne sont pas des services premiers. La Guemara demande : Que signifie « service premier » ? Si l'on dit que cela signifie un service premier accompli par le Kohen Gadol — c'est identique à la première formulation de Ravina. Mais plutôt, on peut l'expliquer ainsi : On dérive le service premier accompli dans ce lieu [le Kodech haKodachim — le Saint des Saints, à Yom Kippour], du service premier accompli dans ce lieu [le Tabernacle, lors du huitième jour de la consécration]. C'est donc uniquement le service de Yom Kippour qui est dérivé de la consécration.
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רָבִינָא: דָּנִין עֲבוֹדָה תְּחִלָּה מֵעֲבוֹדָה תְּחִלָּה, לְאַפּוֹקֵי הָנֵי — דְּלָאו תְּחִלָּה נִינְהוּ. מַאי תְּחִלָּה? אִילֵּימָא תְּחִלָּה בְּכֹהֵן גָּדוֹל — הַיְינוּ קַמַּיְיתָא. אֶלָּא, עֲבוֹדָה תְּחִלָּה בַּמָּקוֹם מֵעֲבוֹדָה תְּחִלָּה בַּמָּקוֹם.
§ Lorsque Rav Dimi vint [d'Eretz Israël en Babylonie], il dit : Rabbi Yo'hanan a enseigné un cas [dérivé de la consécration], tandis que Rabbi Yehochoua ben Lévi en a enseigné deux. La Guemara développe : Rabbi Yo'hanan a enseigné un cas : « Pour faire, pour expier » [la'assot lekhapper] — ce sont les actions accomplies à Yom Kippour qui requièrent une mise à l'écart préalable, comme pour la consécration. Et Rabbi Yehochoua ben Lévi a enseigné deux cas : « Pour faire » [la'assot] — ce sont les actions accomplies lors de la combustion de la vache rousse [para adouma] ; « pour expier » [lekhapper] — ce sont les actions accomplies à Yom Kippour. Les deux requièrent une mise à l'écart [préalable].
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אָמַר: רַבִּי יוֹחָנָן מַתְנֵי חֲדָא, [רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי] מַתְנֵי תַּרְתֵּי. רַבִּי יוֹחָנָן מַתְנֵי חֲדָא: ״לַעֲשׂוֹת לְכַפֵּר״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה יוֹם הַכִּפּוּרִים. [וִיהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי] מַתְנֵי תַּרְתֵּי: ״לַעֲשׂוֹת״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה פָרָה, ״לְכַפֵּר״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה יוֹם הַכִּפּוּרִים.
La Guemara demande : Rabbi Yo'hanan n'aurait-il enseigné qu'un seul cas dérivé de la consécration, c'est-à-dire Yom Kippour ? N'avons-nous pas appris explicitement dans la michna : « Sept jours avant Yom Kippour » — et dans une autre michna : « Sept jours avant la combustion de la vache rousse, les Sages éloignaient le kohen de sa maison » ? Il y a apparemment deux cas où le kohen est mis à l'écart. La Guemara répond : [Pour ce qui est de la mise à l'écart du kohen avant la combustion de la vache rousse,] les Sages ont simplement établi un niveau d'excellence plus élevé [ma'ala be'alma]. Ils ont émis un décret pour renforcer la sainteté du rituel après avoir permis son accomplissement par un tevoul yom [un kohen ayant immergé le jour même mais avant le coucher du soleil]. Il n'y a pas de source dans la Torah [d'Ecriture] pour la mise à l'écart du kohen dans ce cas-là.
רַבִּי יוֹחָנָן מַתְנֵי חֲדָא? וְהָא אֲנַן תְּנַן: שִׁבְעַת יָמִים קוֹדֶם יוֹם הַכִּפּוּרִים, וְשִׁבְעַת יָמִים קוֹדֶם שְׂרֵיפַת הַפָּרָה! מַעֲלָה בְּעָלְמָא.
La Guemara demande : Mais Rabbi Minyomi bar 'Hilkiya n'a-t-il pas dit que Rabbi Ma'hseya bar Idi a dit que Rabbi Yo'hanan a dit : Le verset « Comme on a fait en ce jour, ainsi le Seigneur a ordonné de faire, pour vous expier » (Vayikra 8, 34) — d'où l'on dérive : « pour faire » [la'assot] — ce sont les actions accomplies lors de la combustion de la vache rousse ; « pour expier » [lekhapper] — ce sont les actions accomplies à Yom Kippour ? Il semble donc que même Rabbi Yo'hanan ait enseigné deux cas dérivés de la consécration. La Guemara résout la difficulté : Cela, c'est l'opinion de son maître [Rabbi Yichmael] ; mais Rabbi Yo'hanan lui-même est en désaccord. Car lorsque Ravin vint [d'Eretz Israël], il dit que Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yichmael : « Pour faire » [la'assot] — ce sont les actions accomplies lors de la combustion de la vache rousse ; « pour expier » [lekhapper] — ce sont les actions accomplies à Yom Kippour. Ce que Rabbi Manyoumi a cité au nom de Rabbi Yo'hanan était l'opinion de son maître, Rabbi Yichmael.
וְהָא אָמַר רַבִּי מִנְיוֹמֵי בַּר חִלְקִיָּה אָמַר רַבִּי מַחְסֵיָא בַּר אִידֵּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: ״כַּאֲשֶׁר עָשָׂה בַּיּוֹם הַזֶּה צִוָּה ה׳ לַעֲשׂוֹת לְכַפֵּר עֲלֵיכֶם״, ״לַעֲשׂוֹת״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה פָרָה, ״לְכַפֵּר״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה יוֹם הַכִּפּוּרִים! הָהוּא דְּרַבֵּיהּ. דְּכִי אֲתָא רָבִין, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״לַעֲשׂוֹת״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה פָרָה, ״לְכַפֵּר״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה יוֹם הַכִּפּוּרִים.
Traduction française en préparation — version anglaise (Steinsaltz) : § With regard to the sequestering of the priest, Reish Lakish said to Rabbi Yoḥanan: From where did you derive this principle of sequestering? You derived it from the inauguration. If so, just as with regard to the inauguration, failure to perform all the details that are written in its regard invalidates it, so too here, with regard to Yom Kippur, failure to perform all the details that are written in its regard invalidates the Yom Kippur service. All the halakhot of sequestering must be precisely observed.
אֲמַר לֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ לְרַבִּי יוֹחָנָן: מֵהֵיכָא קָא יָלְפַתְּ לַהּ — מִמִּלּוּאִים, אִי מָה מִלּוּאִים כׇּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכֵּב בָּהֶן, אַף הָכָא נָמֵי — כׇּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכֵּב בָּהֶן.