[La parabole de l'école de Rabbi Yichmael se poursuit :] Dans le cas de celui qui vient mesurer et acheter du naphte [dont l'odeur est nauséabonde], le marchand lui dit : « Mesure toi-même, car je préfère rester à distance de cette mauvaise odeur. » Dans le cas de celui qui vient mesurer et acheter du baume [au parfum agréable], le marchand lui dit : « Attends-moi jusqu'à ce que je puisse mesurer avec toi, afin que tu sois parfumé et moi aussi. » De même, en matière de transgression Dieu se contente d'ouvrir une porte [sans y aider], tandis qu'en matière de mitsvot Dieu assiste l'individu dans leur accomplissement.
בָּא לִמְדּוֹד נֵפְטְ, אוֹמֵר לוֹ: מְדוֹד אַתָּה לְעַצְמְךָ. בָּא לִמְדּוֹד אֲפַרְסְמוֹן, אוֹמֵר לוֹ: הַמְתֵּן לִי עַד שֶׁאֶמְדּוֹד עִמְּךָ, כְּדֵי שֶׁנִּתְבַּסֵּם אֲנִי וְאַתָּה.
Dans l'école de Rabbi Yichmael il a été enseigné : La transgression engourdit [littéralement : obstrue] le cœur de celui qui la commet, comme il est dit : « Ne vous souillez pas en eux, de peur d'être souillés par eux [venitmétem] » (Vayikra 11, 43). Ne lis pas ce terme comme « et vous serez souillés [venitmétem] » ; lis-le plutôt comme « et vos cœurs seront engourdis [venitamtem]. »
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: עֲבֵירָה מְטַמְטֶמֶת לִבּוֹ שֶׁל אָדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְלֹא תִטַּמְּאוּ בָּהֶם וְנִטְמֵתֶם בָּם״, אַל תִּקְרֵי ״וְנִטְמֵאתֶם״, אֶלָּא: ״וְנִטַּמְטֵם״.
Les Sages ont enseigné en commentant ce verset : « Ne vous souillez pas en eux, de peur d'être souillés par eux » — si un homme se souille un peu [de son propre chef], on le souille beaucoup [du Ciel]. S'il se souille d'en bas, sur terre [de sa propre initiative], on le souille d'en haut, au Ciel [dans une mesure bien plus grande]. S'il se souille dans ce monde, on le souille pour le monde à venir.
תָּנוּ רַבָּנַן: ״(אַל) תִטַּמְּאוּ בָּהֶם וְנִטְמֵתֶם בָּם״, אָדָם מְטַמֵּא עַצְמוֹ מְעַט — מְטַמְּאִין אוֹתוֹ הַרְבֵּה. מִלְּמַטָּה — מְטַמְּאִין אוֹתוֹ מִלְּמַעְלָה. בָּעוֹלָם הַזֶּה — מְטַמְּאִין אוֹתוֹ לָעוֹלָם הַבָּא.
Les Sages ont enseigné en commentant le verset : « Sanctifiez-vous et soyez saints » (Vayikra 11, 44) — si un homme se sanctifie un peu [de son propre chef], on le sanctifie et on l'assiste beaucoup [du Ciel]. S'il se sanctifie d'en bas [sur terre], on le sanctifie d'en haut [au Ciel]. S'il se sanctifie dans ce monde, on le sanctifie pour le monde à venir.
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְהִתְקַדִּשְׁתֶּם וִהְיִיתֶם קְדוֹשִׁים״, אָדָם מְקַדֵּשׁ עַצְמוֹ מְעַט — מְקַדְּשִׁין אוֹתוֹ הַרְבֵּה, מִלְּמַטָּה — מְקַדְּשִׁין אוֹתוֹ מִלְּמַעְלָה, בָּעוֹלָם הַזֶּה — מְקַדְּשִׁין אוֹתוֹ לָעוֹלָם הַבָּא.
[Fin du deuxième chapitre de la massékhet Yoma — clôture liturgique du chapitre : « Hadarane 'alakh Amar lahem haMemouné ».]
הֲדַרַן עֲלָךְ אָמַר לָהֶם הַמְמוּנֶּה
Mishna 1
MICHNA : [Pour procéder au tirage au sort des deux boucs,] le Kohen Gadol [Grand Prêtre] remuait les sorts dans la boîte [la kalpî, la boîte à tirage au sort] et en sortait les deux sorts, un dans chaque main. Sur l'un était écrit : « Pour Hachem [le Nom divin] » ; et sur l'autre : « Pour Azazel. » Le Seghane [l'adjoint du Grand Prêtre] se tenait à la droite du Kohen Gadol, et le chef de la maison patriarcale [de service ce jour-là] se tenait à sa gauche. Si le sort portant le Nom divin sortit dans sa main droite, le Seghane lui disait : « Adoni [mon seigneur] Kohen Gadol, lève ta main droite afin que tous voient avec quelle main le sort pour Dieu a été tiré. » Et si le sort portant le Nom divin sortit dans sa main gauche, le chef de la maison patriarcale lui disait : « Adoni Kohen Gadol, lève ta main gauche. »
טָרַף בְּקַלְפִּי, וְהֶעֱלָה שְׁנֵי גוֹרָלוֹת, אֶחָד כָּתוּב עָלָיו ״לַשֵּׁם״, וְאֶחָד כָּתוּב עָלָיו ״לַעֲזָאזֵל״. הַסְּגָן בִּימִינוֹ, וְרֹאשׁ בֵּית אָב מִשְּׂמֹאלוֹ. אִם שֶׁל שֵׁם עָלָה בִּימִינוֹ — הַסְּגָן אוֹמֵר לוֹ: אִישִׁי כֹּהֵן גָּדוֹל, הַגְבַּהּ יְמִינְךָ. וְאִם שֶׁל שֵׁם עָלָה בִּשְׂמֹאלוֹ — רֹאשׁ בֵּית אָב אוֹמֵר לוֹ: אִישִׁי כֹּהֵן גָּדוֹל, הַגְבַּהּ שְׂמֹאלְךָ.(משנה)
Ensuite, il posait les deux sorts sur les deux boucs [le sort sorti de la main droite sur le bouc à sa droite, et celui sorti de la main gauche sur le bouc à sa gauche], et en posant le sort pour Dieu sur le bouc approprié, il disait : « Pour l'Éternel, comme offrande expiatoire [ḥattat]. » Rabbi Yichmael dit : Il n'avait pas besoin de dire « comme offrande expiatoire », il suffisait de dire « Pour l'Éternel. » Et à la prononciation du Nom divin, les Kohanim et le peuple répondaient après lui : « Béni soit le nom de la gloire de Son règne pour toujours et à jamais [Baroukh chem kevod malkhoutou le'olam vaed]. »
נְתָנָן עַל שְׁנֵי הַשְּׂעִירִים, וְאוֹמֵר: ״לַה׳ חַטָּאת״. רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: לֹא הָיָה צָרִיךְ לוֹמַר ״חַטָּאת״, אֶלָּא ״לַה׳״. וְהֵן עוֹנִין אַחֲרָיו: ״בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וְעַד״.
Guémara
GUEMARA : Pourquoi est-il nécessaire que le Kohen Gadol ait remué les sorts dans la boîte [avant de les tirer] ? Afin qu'il ne puisse pas orienter intentionnellement sa main pour saisir le sort pour Dieu avec sa main droite [ce qui serait un bon augure]. Puisqu'il est favorable que le sort pour Dieu sorte dans la main droite, on craint qu'il ne manipule le résultat, en violation de l'exigence que la désignation des boucs se fasse par tirage au sort véritable.
גְּמָ׳ לְמָה לִי טָרַף בְּקַלְפִּי? כִּי הֵיכִי דְּלָא נִיכַּוֵּין וְלִישְׁקוֹל.
Rava dit : La boîte [kalpî] était faite de bois et n'avait pas le statut de vase sacré [keli charet]. Elle était non consacrée [ḥol], et elle était suffisamment grande à l'intérieur pour les deux mains du Kohen Gadol seulement.
אָמַר רָבָא: קַלְפִּי שֶׁל עֵץ הָיְתָה, וְשֶׁל חוֹל הָיְתָה, וְאֵינָהּ מַחְזֶקֶת אֶלָּא שְׁתֵּי יָדַיִם.
Ravina objecta vigoureusement : Certes, on la construisit assez petite pour que seules les deux mains du Kohen Gadol puissent y entrer — afin qu'il ne pût pas manœuvrer ses mains à l'intérieur pour tâter et examiner les sorts et ainsi saisir intentionnellement le sort pour Dieu avec sa main droite. Mais pourquoi la boîte était-elle non consacrée ? Qu'on la consacre comme vase sacré ! [Rava répond :] Si on la consacrait, ce serait un vase sacré [keli charet] en bois, et la halakha est qu'on ne fabrique pas de vase sacré en bois [car le bois est susceptible d'impureté]. — Mais dans ce cas, qu'on la fabrique en argent, ou qu'on la fabrique en or ! [Réponse :] La Torah a ménagé l'argent du peuple d'Israël [littéralement : la Torah a eu pitié de leur argent] et n'a pas voulu leur imposer la dépense de fabriquer la boîte en matériaux précieux. C'est pourquoi elle est faite de bois — et de ce fait, elle ne peut être un vase sacré.
מַתְקֵיף לַהּ רָבִינָא: בִּשְׁלָמָא אֵינָהּ מַחְזֶקֶת אֶלָּא שְׁתֵּי יָדַיִם — כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיכַּוֵּין וְלִישְׁקוֹל. אֶלָּא שֶׁל חוֹל? נַקְדְּשַׁהּ! אִם כֵּן הָוֵה לֵהּ כְּלִי שָׁרֵת שֶׁל עֵץ, וּכְלִי שָׁרֵת דְּעֵץ לָא עָבְדִינַן. וְנֶעְבְּדַהּ דְּכֶסֶף, וְנֶעְבְּדַהּ דְּזָהָב? הַתּוֹרָה חָסָה עַל מָמוֹנָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל.
La guemara précise : La michna n'est pas conforme à l'opinion de ce tanna dont l'opinion fut enseignée dans une baraïta : Rabbi Yéhouda dit au nom de Rabbi Éliézer : [Selon cette opinion,] le Seghane et le Kohen Gadol introduisaient tous deux leurs mains dans la boîte [simultanément]. Si le sort pour Dieu sortit dans la main droite du Kohen Gadol, le Seghane lui disait : « Adoni Kohen Gadol, lève ta main droite. » Et si le sort pour Dieu sortit dans la main droite du Seghane [et non dans celle du Kohen Gadol], le chef de la maison patriarcale disait au Kohen Gadol : « Prononce ta parole [et désigne le bouc pour Dieu]. »
מַתְנִיתִין דְּלָא כִּי הַאי תַּנָּא דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: הַסְּגָן וְכֹהֵן גָּדוֹל מַכְנִיסִין יָדָן בַּקַּלְפִּי, אִם בִּימִינוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל עוֹלֶה — הַסְּגָן אוֹמֵר לוֹ: אִישִׁי כֹּהֵן גָּדוֹל, הַגְבַּהּ יְמִינֶךָ. וְאִם בִּימִינוֹ שֶׁל סְגָן עוֹלֶה — רֹאשׁ בֵּית אָב אוֹמֵר לוֹ לְכֹהֵן גָּדוֹל: דַּבֵּר מִילָּךְ.
La guemara demande : Pourquoi le chef de la maison patriarcale devrait-il informer le Kohen Gadol ? Que ce soit le Seghane lui-même qui le lui dise ! La guemara répond : Puisque le sort pour Dieu n'est pas sorti dans la main du Kohen Gadol mais dans celle du Seghane, le Kohen Gadol pourrait être découragé si le Seghane lui-même lui ordonnait de parler, car cela pourrait paraître comme une moquerie à son égard.
וְנֵימָא לֵיהּ סְגָן? כֵּיוָן דְּלָא סָלֵיק בִּידֵיהּ חָלְשָׁא דַּעְתֵּיהּ.