Guémara
et c'est de ce qui t'appartient qu'ils te donneront [car ta portion t'est destinée par Dieu]. Tout le monde a une portion qui lui est assignée par Dieu, et l'individu est assuré de recevoir ce qui lui revient, comme ce fut le cas pour la Maison d'Avtinas. Le principe est : nul ne peut toucher ce qui a été préparé pour autrui par Dieu ; chacun reçoit ce qui lui est destiné. Et un règne ne chevauche pas l'autre et ne prend pas une seule seconde [même l'épaisseur d'un cheveu] du temps qui lui est imparti. Lorsque le moment est venu pour un royaume de tomber, le suivant prend immédiatement le relais, car nul roi ne règne pendant le temps assigné à un autre.
וּמִשֶּׁלְּךָ יִתְּנוּ לְךָ. אֵין אָדָם נוֹגֵעַ בַּמּוּכָן לַחֲבֵירוֹ. וְאֵין מַלְכוּת נוֹגַעַת בַּחֲבֶרְתָּהּ אֲפִילּוּ כִּמְלֹא נִימָא.
§ La michna avait rapporté qu'Hugras ben Lévi connaissait un chapitre dans l'art de la musique et ne voulait pas l'enseigner. Il a été enseigné dans une baraïta : Lorsqu'Hugras ben Lévi projetait sa voix en une douce mélodie, il introduisait son pouce dans sa bouche et posait son doigt entre les cordes d'une cithare [et chantait]. Ce procédé produisait un son si suave que ses frères les Kohanim en étaient brusquement saisis d'un tressaillement [comme frappés de stupeur].
הוּגְרַס בֶּן לֵוִי וְכוּ׳. תַּנְיָא: כְּשֶׁהוּא נוֹתֵן קוֹלוֹ בִּנְעִימָה, מַכְנִיס גּוּדָלוֹ לְתוֹךְ פִּיו, וּמַנִּיחַ אֶצְבָּעוֹ בֵּין הַנִּימִין, עַד שֶׁהָיוּ אֶחָיו הַכֹּהֲנִים נִזְקָרִים בְּבַת רֹאשׁ לַאֲחוֹרֵיהֶם.
Les Sages ont enseigné : Ben Kamtzar ne voulait pas enseigner aux autres sa technique particulière d'écriture. Que lui reprochait-on exactement ? On dit à son sujet qu'il prenait quatre plumes entre ses doigts, et si un mot comportait quatre lettres, il pouvait l'écrire d'un seul coup [simultanément]. On lui dit : « Qu'as-tu vu [comme raison] pour ne pas enseigner ? » Tous les autres [possesseurs de talents particuliers] trouvèrent une réponse à la question sur leur conduite, arguant qu'ils cherchaient à empêcher l'utilisation de leur technique à des fins d'idolâtrie. Mais ben Kamtzar ne trouva pas de réponse à la question sur sa conduite, et il était clair que sa seule motivation à garder le secret était son honneur personnel. À propos des premières personnes [citées favorablement dans la michna], il est dit : « Le souvenir du juste est en bénédiction » (Michlé 10, 7) ; et à propos de ben Kamtzar et de ceux qui lui ressemblent, il est dit : « Mais le nom des méchants pourrit » (Michlé 10, 7).
תָּנוּ רַבָּנַן: בֶּן קַמְצָר לֹא רָצָה לְלַמֵּד עַל מַעֲשֵׂה הַכְּתָב. אָמְרוּ עָלָיו שֶׁהָיָה נוֹטֵל אַרְבָּעָה קוּלְמוֹסִין בֵּין אֶצְבְּעוֹתָיו, וְאִם הָיְתָה תֵּיבָה שֶׁל אַרְבַּע אוֹתִיּוֹת הָיָה כּוֹתְבָהּ בְּבַת אַחַת. אָמְרוּ לוֹ: מָה רָאִיתָ שֶׁלֹּא לְלַמֵּד? כּוּלָּן מָצְאוּ תְּשׁוּבָה לְדִבְרֵיהֶם, בֶּן קַמְצָר לֹא מָצָא תְּשׁוּבָה לִדְבָרָיו. עַל הָרִאשׁוֹנִים נֶאֱמַר: ״זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה״, וְעַל בֶּן קַמְצָר וַחֲבֵירָיו נֶאֱמַר: ״וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב״.
§ La guemara s'interroge à propos du verset cité : Que signifie « Mais le nom des méchants pourrit » ? Comment un nom peut-il pourrir ? Rabbi Elazar dit : Cela signifie que la pourriture se répandra sur leurs noms — c'est-à-dire qu'on ne donnera plus le nom de ces méchants à leurs descendants [le nom tombera dans l'oubli]. Ravina objecta à partir d'un incident survenu à l'époque du Second Temple : il y eut un incident impliquant un certain Doeg ben Yossef, dont le père mourut et le laissa, encore enfant en bas âge, à sa mère qui l'aimait tendrement. Chaque jour, sa mère le mesurait en palmes [pour connaître sa croissance quotidienne] et donnait au Temple une offrande de sa valeur en or [correspondant au poids de l'enfant]. Plus tard, lorsque l'ennemi envahit et qu'une terrible famine s'abattit sur la ville, elle l'égorgea et le mangea.
מַאי ״וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב״? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: רַקְבִּיבוּת תַּעֲלֶה בִּשְׁמוֹתָן, דְּלָא מַסְּקִינַן בִּשְׁמַיְיהוּ. מֵתִיב רָבִינָא. מַעֲשֶׂה בְּדוֹאֵג בֶּן יוֹסֵף, שֶׁהִנִּיחוֹ [אָבִיו] בֵּן קָטָן לְאִמּוֹ. בְּכׇל יוֹם הָיְתָה אִמּוֹ מוֹדַדְתּוֹ בִּטְפָחִים וְנוֹתֶנֶת מִשְׁקָלוֹ שֶׁל זָהָב לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ, וּכְשֶׁגָּבַר אוֹיֵב טְבָחַתּוּ וַאֲכָלַתּוּ.
Et c'est sur elle et sur ceux comme elle que Yirmiyahou a pleuré : « Les femmes mangeront-elles leur fruit, leurs nourrissons dorloté [tipouḥim] ? » (Eikha 2, 20). La guemara interprète le terme 'tipouḥim' de manière homilétique comme faisant allusion à cet enfant que l'on mesurait en palmes [tefaḥim]. Même lui fut mangé par sa mère. Et l'Esprit divin répond en disant : Pourquoi cela est-il arrivé ? « Le Kohen et le prophète seront-ils tués dans le Sanctuaire de l'Éternel ? » (Eikha 2, 20). C'est la punition pour le meurtre du Kohen Zekharia ben Yehoyada. [Mais l'enfant avait le nom d'un méchant — Doeg !] La guemara répond : Regarde ce qui lui est arrivé. Il est clair que son nom lui porta malheur [et confirme ainsi le principe que le nom des méchants est funeste].
וְעָלֶיהָ קוֹנֵן יִרְמְיָה: ״אִם תֹּאכַלְנָה נָשִׁים פִּרְיָם עוֹלְלֵי טִפּוּחִים״, מְשִׁיבָה רוּחַ הַקֹּדֶשׁ וְאוֹמֶרֶת: ״אִם יֵהָרֵג בְּמִקְדַּשׁ ה׳ כֹּהֵן וְנָבִיא״, חֲזִי מַאי סְלֵיק בֵּיהּ.
Rabbi Elazar dit : Le juste est loué pour ses propres actes, tandis que le méchant est maudit non seulement pour ses propres actes mais aussi pour les actes de son semblable méchant. Le juste est loué pour ses propres actes, comme il est écrit : « Le souvenir du juste est en bénédiction » — le mot 'juste' est au singulier. Et le méchant est aussi maudit pour les actes de son semblable méchant, comme il est écrit : « Mais le nom des méchants pourrit » — le mot 'méchants' est au pluriel. Dès lors qu'un méchant est mentionné, ses semblables sont également maudits avec lui.
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: צַדִּיק מֵעַצְמוֹ, וְרָשָׁע מֵחֲבֵירוֹ. צַדִּיק מֵעַצְמוֹ, דִּכְתִיב: ״זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה״, וְרָשָׁע מֵחֲבֵירוֹ, דִּכְתִיב: ״וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב״.
Ravina dit à l'un des Sages qui lui récitait des enseignements de l'Aggada [les récits et enseignements non-halakhiques du Talmud] en sa présence : D'où tire-t-on ce principe que les Sages ont énoncé — « Le souvenir du juste est en bénédiction » ? Il lui répondit : C'est écrit explicitement dans le livre des Proverbes : « Le souvenir du juste est en bénédiction. » [Ravina] lui demanda alors : Mais d'où le déduisons-nous dans la Torah [la Loi écrite elle-même] ? Il lui répondit : Comme il est écrit : « Et l'Éternel dit : Vais-Je cacher à Abraham ce que Je vais faire ? » (Berechit 18, 17). Et dès que le nom d'Abraham est mentionné, il est immédiatement écrit : « Et Abraham deviendra certainement une grande et puissante nation » (Berechit 18, 18), bien qu'il n'y ait pas de lien évident avec le verset précédent. Manifestement, dès que le nom d'un juste est mentionné, il est suivi directement d'un éloge de cette personne. C'est là la source dans la Torah du principe selon lequel la mention du juste est pour la bénédiction.
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְהָהוּא מֵרַבָּנַן דַּהֲוָה מְסַדַּר אַגָּדָתָא קַמֵּיהּ: מְנַָא הָא מִילְּתָא דַאֲמוּר רַבָּנַן ״זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה״? אֲמַר לֵיהּ, דְּהָא כְּתִיב: ״זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה״! מִדְּאוֹרָיְיתָא מְנָא לַן? דִּכְתִיב: ״וַה׳ אָמָר הַמְכַסֶּה אֲנִי מֵאַבְרָהָם אֲשֶׁר אֲנִי עוֹשֶׂה״, וּכְתִיב: ״וְאַבְרָהָם הָיוֹ יִהְיֶה לְגוֹי גָּדוֹל וְעָצוּם״.
Il lui demanda encore : D'où tire-t-on ce principe que les Sages ont énoncé — « Mais le nom des méchants pourrit » ? Il lui répondit : C'est écrit explicitement dans les Proverbes : « Mais le nom des méchants pourrit. » Il lui demanda : Mais d'où le déduisons-nous dans la Torah ? Il lui répondit : Comme il est écrit au sujet de Lot : « Et il dressa sa tente jusqu'à Sodome » (Berechit 13, 12). Et dès que Sodome est mentionnée, il est écrit : « Et les hommes de Sodome étaient fort mauvais et pécheurs envers l'Éternel » (Berechit 13, 13).
מְנַָא הָא מִילְּתָא דַאֲמוּר רַבָּנַן ״שֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב״? אֲמַר לֵיהּ, דְּהָא כְּתִיב: ״וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב״. מִדְּאוֹרָיְיתָא מְנָא לַן? דִּכְתִיב: ״וַיֶּאֱהַל עַד סְדוֹם״, וּכְתִיב: ״וְאַנְשֵׁי סְדוֹם רָעִים וְחַטָּאִים לַה׳ מְאֹד״.
Rabbi Elazar dit : Il y eut un juste qui vécut entre deux méchants et n'apprit pas de leurs agissements ; et il y eut un méchant qui vécut entre deux justes et n'apprit pas de leurs agissements. Comment ? Un juste qui vécut entre deux méchants et n'apprit pas de leurs agissements — c'est Ovadia, qui était ministre d'Akhav et Izévèl et demeura néanmoins craignant-Dieu (voir I Rois, chapitre 18). Un méchant qui vécut entre deux justes et n'apprit pas de leurs agissements — c'est Ésaü, qui naquit et grandit dans la maison d'Yits'hak et Rivka et demeura néanmoins méchant.
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: צַדִּיק דָּר בֵּין שְׁנֵי רְשָׁעִים וְלֹא לָמַד מִמַּעֲשֵׂיהֶם, רָשָׁע דָּר בֵּין שְׁנֵי צַדִּיקִים וְלֹא לָמַד מִמַּעֲשֵׂיהֶם. צַדִּיק דָּר בֵּין שְׁנֵי רְשָׁעִים וְלֹא לָמַד מִמַּעֲשֵׂיהֶם — עוֹבַדְיָה. רָשָׁע דָּר בֵּין שְׁנֵי צַדִּיקִים וְלֹא לָמַד מִמַּעֲשֵׂיהֶם — זֶה עֵשָׂו.
§ Rabbi Elazar dit : De la bénédiction accordée aux justes, tu peux déduire la malédiction pour les méchants ; et inversement, de la malédiction des méchants, tu peux déduire la bénédiction pour les justes. De la bénédiction accordée aux justes, tu peux déduire la malédiction pour les méchants — comme il est écrit au sujet d'Abraham : « Car Je le connais, afin qu'il commande à ses enfants et à sa maison après lui... » (Berechit 18, 19), et il est écrit immédiatement après : « Le cri de Sodome et Gomorrhe est bien grand » (Berechit 18, 20). La justice d'Abraham souligne la méchanceté relative de Sodome et Gomorrhe, aggravant leur punition.
(אָמַר) רַבִּי אֶלְעָזָר: מִבִּרְכָתָן שֶׁל צַדִּיקִים אַתָּה לָמֵד קְלָלָה לָרְשָׁעִים, וּמִקִּלְלָתָן שֶׁל רְשָׁעִים אַתָּה לָמֵד בְּרָכָה לַצַּדִּיקִים. מִבִּרְכָתָן שֶׁל צַדִּיקִים אַתָּה לָמֵד קְלָלָה לָרְשָׁעִים, דִּכְתִיב: ״כִּי יְדַעְתִּיו לְמַעַן אֲשֶׁר יְצַוֶּה וְגוֹ׳״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״וַיֹּאמֶר ה׳ זַעֲקַת סְדוֹם וַעֲמוֹרָה כִּי רָבָּה״.
Et inversement, de la malédiction des méchants, tu peux déduire la bénédiction pour les justes — comme il est écrit : « Et les hommes de Sodome étaient fort mauvais et pécheurs envers l'Éternel » (Berechit 13, 13), après quoi il est écrit : « Et l'Éternel dit à Avram, après que Lot se fut séparé de lui... » (Berechit 13, 14) ; Dieu enchaîne aussitôt pour le bénir. Et Rabbi Elazar dit encore : Même pour un seul juste, un monde entier est créé, comme il est dit : « Et Dieu vit la lumière, qu'elle était bonne [ki tov] » (Berechit 1, 4), et « bonne [tov] » ne désigne rien d'autre que le juste, comme il est dit : « Dites du juste qu'il est bon » (Yéchayahou 3, 10).
וּמִקִּלְלָתָן שֶׁל רְשָׁעִים אַתָּה לָמֵד בְּרָכָה לַצַּדִּיקִים, דִּכְתִיב: ״וְאַנְשֵׁי סְדוֹם רָעִים וְחַטָּאִים לַה׳. וַה׳ אָמַר אֶל אַבְרָם אַחֲרֵי הִפָּרֶד לוֹט מֵעִמּוֹ״. (אָמַר) רַבִּי אֶלְעָזָר: אֲפִילּוּ בִּשְׁבִיל צַדִּיק אֶחָד עוֹלָם נִבְרָא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּרְא אֱלֹהִים אֶת הָאוֹר כִּי טוֹב״, וְאֵין טוֹב אֶלָּא צַדִּיק, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִמְרוּ צַדִּיק כִּי טוֹב״.
Rabbi Elazar dit encore : Celui qui se fait oublier une matière de ses études finit par causer l'exil de ses enfants, comme il est dit : « Parce que tu as oublié la Torah de ton Dieu, J'oublierai aussi tes enfants » (Hochéa 4, 6). Rabbi Abbahu dit : Quant à celui qui se fait oublier ses études, on le fait descendre de sa grandeur, comme il est dit : « Parce que tu as rejeté la connaissance, Je te rejetterai aussi ; tu ne Me serviras plus » (Hochéa 4, 6).
(אָמַר) רַבִּי אֶלְעָזָר: כׇּל הַמְשַׁכֵּחַ דָּבָר מִתַּלְמוּדוֹ — גּוֹרֵם גָּלוּת לְבָנָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתִּשְׁכַּח תּוֹרַת אֱלֹהֶיךָ אֶשְׁכַּח בָּנֶיךָ גַּם אָנִי״. רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר: מוֹרִידִין אוֹתוֹ מִגְּדוּלָּתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי אַתָּה הַדַּעַת מָאַסְתָּ וְאֶמְאָסְךָ מִכַּהֵן לִי״.