Et d'où déduit-on que le viddouï [la confession] doit commencer par le mot « Ana » [je vous en supplie / de grâce] ? « Expiation » est dit ici [à propos du taureau], et « expiation » est dit là-bas, juste avant la supplication de Moché à la suite du péché du Veau d'or à 'Horev [Sinaï] : « Peut-être parviendrai-je à obtenir l'expiation pour votre péché » (Chemot 32, 30). De même que là-bas la prière comprend : « Ana — Je vous en supplie, ce peuple a commis un grand péché » (Chemot 32, 31), de même ici, on doit utiliser le terme « Ana ». Et d'où déduit-on que le viddouï de Yom Kippour inclut le Nom [divin — HaChem] ? « Expiation » est dit ici [à propos du taureau], et « expiation » est dit à propos de l'egla aroufa [la génisse dont on brise la nuque] : « Pardonne à Ton peuple Israël que Tu as racheté, ô Éternel [HaChem], et ne laisse pas la culpabilité pour le sang innocent demeurer parmi Ton peuple Israël, et ils seront expiés du sang versé » (Devarim 21, 8). De même que là-bas, pour la génisse, le Nom [de Dieu] est mentionné, de même ici, le Nom est mentionné [dans le viddouï].
וּמִנַּיִן שֶׁבְּ״אָנָּא״? נֶאֱמַר כָּאן ״כַּפָּרָה״, וְנֶאֱמַר לְהַלָּן בְּחוֹרֵב ״כַּפָּרָה״. מָה לְהַלָּן בְּ״אָנָּא״, אַף כָּאן בְּ״אָנָּא״. וּמִנַּיִן שֶׁבַּ״שֵּׁם״? נֶאֱמַר כָּאן ״כַּפָּרָה״, וְנֶאֶמְרָה בְּעֶגְלָה עֲרוּפָה ״כַּפָּרָה״. מָה לְהַלָּן בַּ״שֵּׁם״, אַף כָּאן בַּ״שֵּׁם״.
Abayé a dit : certes, l'obligation de mentionner le Nom dans le viddouï de 'Horev [lors du péché du Veau d'or] ne peut pas être déduite de l'egla aroufa, car ce qui a été a été [le péché du Veau d'or a précédé la mitsva de l'egla aroufa, et l'on ne peut donc pas dériver rétrospectivement une règle d'une mitsva qui n'existait pas encore]. Cependant, vous devriez déduire que la confession lors du rite de l'egla aroufa requiert le terme « Ana », de la situation de 'Horev, où Moché a utilisé ce terme. Et si vous dites qu'il en est bien ainsi, et que « Ana » devrait être utilisé [pour l'egla aroufa], n'avons-nous pas appris dans une michna que les kohanim disent : « Pardonne à Ton peuple Israël » (Devarim 21, 8) — tandis que la michna ne mentionne pas le terme « Ana » ? Apparemment, la formule de la confession lors du rite de l'egla aroufa n'est pas dérivée de 'Horev. La Guemara dit : cette question est effectivement difficile [et sans résolution claire].
אָמַר אַבָּיֵי: בִּשְׁלָמָא חוֹרֵב מֵעֶגְלָה עֲרוּפָה לָא יָלֵיף — מַאי דַהֲוָה הֲוָה. אֶלָּא עֶגְלָה עֲרוּפָה תֵּילַיף מֵחוֹרֵב? וְכִי תֵּימָא הָכִי נָמֵי, וְהָתְנַן: ״הַכֹּהֲנִים אוֹמְרִים: כַּפֵּר לְעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל״, וְאִילּוּ בְּ״אָנָּא״ לָא קָא אָמַר. קַשְׁיָא.
§ La michna continue : et ils [les kohanim et le peuple se trouvant dans la cour] lui répondent après qu'il a prononcé le Nom [divin]. Il a été enseigné dans une baraïta que Rabbi Yehouda HaNassi dit ce qui suit à propos du verset : « Quand je proclame le Nom de l'Éternel, rendez gloire à notre Dieu » (Devarim 32, 3). Moché a dit au peuple juif : lorsque je mentionne le Nom du Saint, béni soit-Il, vous Lui rendez gloire et vous proclamez Ses louanges en Son honneur. 'Hananya, fils du frère de Rabbi Yehochoua', dit que la preuve de cette pratique provient d'une source différente : « Le souvenir du juste est pour la bénédiction » (Michlei 10, 7). Le prophète [Chelomo/Salomon] a dit au peuple juif : lorsque je mentionne le Juste [le Juste éternel des mondes], accordez-Lui une bénédiction.
וְהֵן עוֹנִין אַחֲרָיו. תַּנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: ״כִּי שֵׁם ה׳ אֶקְרָא הָבוּ גוֹדֶל לֵאלֹהֵינוּ״, אָמַר לָהֶם מֹשֶׁה לְיִשְׂרָאֵל: בְּשָׁעָה שֶׁאֲנִי מַזְכִּיר שְׁמוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, אַתֶּם הָבוּ גּוֹדֶל. חֲנַנְיָה בֶּן אֲחִי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: ״זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה״, אָמַר לָהֶם נָבִיא לְיִשְׂרָאֵל: בְּשָׁעָה שֶׁאֲנִי מַזְכִּיר צַדִּיק עוֹלָמִים, אַתֶּם תְּנוּ בְּרָכָה.
Mishna 1
MICHNA : [Après le premier viddouï sur le taureau,] le Kohen Gadol vint du côté est de la cour du Temple [la 'Azara], le plus éloigné du kodech hakodachim [Saint des Saints], au nord du mizbéa'h [autel]. Le ségan [le Grand Prêtre adjoint] se tenait à sa droite, et le chef de la maison patriarcale [de la division sacerdotale en service ce jour-là] se tenait à sa gauche. Et les deux se'irim [boucs] étaient disposés là, ainsi qu'une kalpi [urne à tirage au sort], dans laquelle se trouvaient deux goralot [sorts]. Ces sorts étaient à l'origine fabriqués en bois d'eshkarou'a [buis], et le Kohen Gadol Yehochoua ben Gamla les fit fabriquer en or — et le peuple lui en gardait un souvenir élogieux.
מַתְנִי׳ בָּא לוֹ לְמִזְרַח הָעֲזָרָה לִצְפוֹן הַמִּזְבֵּחַ, הַסְּגָן מִימִינוֹ וְרֹאשׁ בֵּית אָב מִשְּׂמֹאלוֹ. וְשָׁם שְׁנֵי שְׂעִירִים, וְקַלְפִּי הָיְתָה שָׁם, וּבָהּ שְׁנֵי גוֹרָלוֹת, שֶׁל אֶשְׁכְּרוֹעַ הָיוּ, וַעֲשָׂאָן בֶּן גַּמְלָא שֶׁל זָהָב, וְהָיוּ מַזְכִּירִים אוֹתוֹ לְשֶׁבַח.(משנה)
Ben Katin [un Kohen Gadol] fit douze tuyaux pour le kiyor [le bassin d'ablutions], alors qu'il n'en avait auparavant que deux [ce qui permettait à plusieurs kohanim de sanctifier mains et pieds simultanément]. Et il conçut également un moukheni [un mécanisme] pour immerger le kiyor dans l'eau courante [d'un puits] la nuit, afin que ses eaux ne soient pas invalidées par le fait de rester la nuit [sans usage]. Si l'eau était restée dans le kiyor toute la nuit, il aurait fallu la vider le lendemain matin. En immergeant le kiyor dans l'eau courante [d'un puits], l'eau qu'il contenait restait valide pour le lendemain matin.
בֶּן קָטִין עָשָׂה שְׁנֵים עָשָׂר דַּד לַכִּיּוֹר, שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ אֶלָּא שְׁנַיִם. וְאַף הוּא עָשָׂה מוּכְנִי לַכִּיּוֹר, שֶׁלֹּא יִהְיוּ מֵימָיו נִפְסָלִין בְּלִינָה.
Le roi Mounbaz faisait contribuer les fonds nécessaires pour fabriquer en or les manches de tous les ustensiles de Yom Kippour. La reine Helene, sa mère, fit réaliser un candélabre [nivréchet] en or au-dessus de l'entrée du Heikhal [Sanctuaire]. Elle fit aussi réaliser une tablette [tavla] en or sur laquelle était écrite la paracha [section de la Torah] relative à la sota [femme soupçonnée d'adultère]. Grâce à cette tablette, il n'était pas nécessaire de sortir un rouleau de Torah pour copier cette section. Quant à Nikanor, des miracles furent accomplis pour ses portes [les portes de la porte du Temple qui porte son nom, la Porte de Nikanor]. Et le peuple mentionnait en termes élogieux tous ceux dont les contributions sont ainsi énumérées.
מוֹנְבַּז הַמֶּלֶךְ הָיָה עוֹשֶׂה כָּל יְדוֹת הַכֵּלִים שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁל זָהָב. הֵילֶנִי אִמּוֹ עָשְׂתָה נִבְרֶשֶׁת שֶׁל זָהָב עַל פֶּתַח הֵיכָל, וְאַף הִיא עָשְׂתָה טַבְלָא שֶׁל זָהָב שֶׁפָּרָשַׁת סוֹטָה כְּתוּבָה עָלֶיהָ. נִקָנוֹר נַעֲשׂוּ נִסִּים לְדַלְתוֹתָיו, וְהָיוּ מַזְכִּירִין אוֹתָן לְשֶׁבַח.
Guémara
GUEMARA : Du fait que la michna dit que le Kohen Gadol vient « au nord du mizbéa'h », on peut déduire par inférence que le mizbéa'h lui-même ne se trouve pas dans le nord [de la cour], mais dans le sud. La Guemara demande : conforme à quelle opinion est cette michna ? La Guemara répond : c'est l'opinion de Rabbi Eliézer ben Ya'aqov, comme il a été enseigné dans une baraïta : du verset « Il l'abattra sur le flanc du mizbéa'h, au nord, devant l'Éternel » (Vayikra 1, 11), on déduit que tout le côté nord doit être dégagé [et libre pour l'abattage]. Le mizbéa'h est donc au sud, et le nord est dégagé. Telle est l'opinion de Rabbi Eliézer ben Ya'aqov.
גְּמָ׳ מִדְּקָאָמַר לִצְפוֹן הַמִּזְבֵּחַ, מִכְּלָל דְּמִזְבֵּחַ לָאו בְּצָפוֹן קָאֵי. מַנִּי? רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב הִיא. דְּתַנְיָא: ״צָפוֹנָה לִפְנֵי ה׳״, שֶׁיְּהֵא צָפוֹן כּוּלּוֹ פָּנוּי, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב
La Guemara demande : mais la première clause de la michna [précédente, 36a] n'est-elle pas conforme à l'opinion de Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon — qui soutient que l'autel est en partie dans le nord ? La Guemara rejette cette affirmation : la michna dans son ensemble, y compris la première clause, est conforme à l'opinion de Rabbi Eliézer ben Ya'aqov. Il faut alors amender la michna précédente et l'interpréter comme référant à l'espace adjacent à la zone entre l'Oulam et le mizbéa'h — non pas l'espace entre les deux stricto sensu, mais la zone au nord du mizbéa'h, là où tous s'accordent à dire qu'il s'agit du « nord ».
וְהָא רֵישָׁא אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא! כּוּלַּהּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב הִיא, וּתְנִי בְּבֵין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ.
§ La michna enseigne que le ségan se tenait à la droite [du Kohen Gadol] et le chef de la maison patriarcale à sa gauche. Rav Yehouda a dit, concernant les règles de bienséance : celui qui marche à la droite de son maître est un golem [un rustre, quelqu'un qui ne connaît pas les règles de savoir-vivre élémentaires]. La Guemara demande : n'avons-nous pas appris dans la michna que le ségan — qui est comme un disciple vis-à-vis du Kohen Gadol — se tient à la droite du Kohen Gadol, et le chef de la maison patriarcale à sa gauche ?
הַסְּגָן בִּימִינוֹ, וְרֹאשׁ בֵּית אָב בִּשְׂמֹאלוֹ. אָמַר רַב יְהוּדָה: הַמְהַלֵּךְ לִימִין רַבּוֹ הֲרֵי זֶה בּוּר. תְּנַן: הַסְּגָן בִּימִינוֹ, וְרֹאשׁ בֵּית אָב בִּשְׂמֹאלוֹ!
Et de plus, il a été enseigné dans une baraïta : trois personnes qui marchent ensemble sur la route ne doivent pas marcher en file indienne, mais le maître doit marcher au milieu, le plus grand des disciples à sa droite, et le moins grand à sa gauche. Et c'est ainsi que nous trouvons [illustré par] les trois anges ministrants qui vinrent chez Avraham : Mikhaël, le plus grand des trois, était au milieu, Gavriel était à sa droite, et Refaël à sa gauche. Il semblerait donc qu'un disciple marche à la droite de son maître.
וְעוֹד, תַּנְיָא: שְׁלֹשָׁה שֶׁהָיוּ מְהַלְּכִין בַּדֶּרֶךְ — הָרַב בָּאֶמְצַע, גָּדוֹל בִּימִינוֹ, וְקָטָן מִשְּׂמֹאלוֹ. וְכֵן מָצִינוּ בִּשְׁלֹשָׁה מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת שֶׁבָּאוּ אֵצֶל אַבְרָהָם, מִיכָאֵל בָּאֶמְצַע, גַּבְרִיאֵל בִּימִינוֹ, וּרְפָאֵל בִּשְׂמֹאלוֹ.
Rav Chemuël bar Pappa interpréta la question devant Rav Adda : [le disciple] ne marche pas à côté de son maître comme son égal, mais se place légèrement derrière lui, de sorte qu'il est en partie dissimulé par son maître. La Guemara demande : mais n'a-t-on pas enseigné dans une baraïta : celui qui marche à côté de son maître [exactement à la même hauteur] est un golem [un rustre] ; celui qui marche derrière son maître [lui permettant de marcher devant] est parmi les arrogants ! La Guemara répond : il ne marche pas directement à côté de lui, mais légèrement de côté et légèrement derrière son maître [trouvant ainsi un équilibre entre les deux extrêmes].
תַּרְגְּמַהּ רַב שְׁמוּאֵל בַּר פָּפָּא קַמֵּיהּ דְּרַב אַדָּא: כְּדֵי שֶׁיִּתְכַּסֶּה בּוֹ רַבּוֹ. וְהָתַנְיָא: הַמְהַלֵּךְ כְּנֶגֶד רַבּוֹ — הֲרֵי זֶה בּוּר, אֲחוֹרֵי רַבּוֹ — הֲרֵי זֶה מִגַּסֵּי הָרוּחַ! דְּמַצְדֵּד אַצְדּוֹדֵי.
§ La michna continue : et il y avait une kalpi [urne à tirage au sort] là-bas, dans laquelle se trouvaient deux goralot [sorts]. Les Sages ont enseigné dans la baraïta suivante, à propos du verset : « Aharon placera des sorts sur les deux boucs — un sort pour l'Éternel et un sort pour Azazel » (Vayikra 16, 8). « Goralot » [sorts] est un terme général ; ils peuvent être fabriqués à partir de n'importe quel matériau, car la Torah ne précise pas la matière dont ils doivent être faits.
וְקַלְפִּי הָיְתָה שָׁם וּבָהּ שְׁנֵי גוֹרָלוֹת. תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְנָתַן אַהֲרֹן עַל שְׁנֵי הַשְּׂעִירִם גּוֹרָלוֹת״, [גּוֹרָלוֹת] שֶׁל כׇּל דָּבָר.