Guémara
Jérusalem n'apporte pas de génisse [egla arufa] dont on brise la nuque. [La raison est que] la halakha de l'egla arufa ne s'applique qu'à des terres réparties entre des tribus spécifiques du peuple juif. Jérusalem, elle, n'a pas été partagée entre les tribus mais appartient à l'ensemble de la nation. Et de plus, il est écrit que l'egla arufa est apportée quand « on ne sait pas qui l'a frappé » — et ici, dans le cas du kohen tué, on savait très bien qui l'avait frappé. Il faut donc conclure que Rabbi Tsadok n'a invoqué la halakha de l'egla arufa non pas parce qu'elle s'appliquait réellement dans ce cas, mais uniquement afin d'émouvoir la foule et d'augmenter [le volume de] ses pleurs.
אֵינָהּ מְבִיאָה עֶגְלָה עֲרוּפָה: וְעוֹד: ״לֹא נוֹדַע מִי הִכָּהוּ״ כְּתִיב, וְהָא נוֹדַע מִי הִכָּהוּ! אֶלָּא, כְּדֵי לְהַרְבּוֹת בִּבְכִיָּה.
En relatant l'incident ci-dessus, la Tosefta dit : Le père du jeune [kohen] vint et le trouva encore en train de se convulser. Il dit : « Que ma mort de mon fils soit votre expiation. Mais mon fils est encore en vie, etc. » Cet incident vient vous apprendre que la pureté rituelle des ustensiles leur tenait plus à cœur que l'effusion du sang. Un dilemme fut soumis aux Sages : Doit-on en conclure que l'effusion du sang s'était banalisée à leurs yeux mais que leur souci de la pureté des ustensiles était resté à sa place d'origine — ce qui signifie que si leur préoccupation pour le meurtre était moindre qu'elle n'aurait dû être, ils n'exagéraient pas l'importance de la pureté des ustensiles — ou peut-être leur souci de l'effusion du sang était-il resté à sa place d'origine, mais leur préoccupation pour la pureté des ustensiles était devenue excessive au point d'en faire passer l'importance avant celle de la vie humaine ?
בָּא אָבִיו שֶׁל תִּינוֹק וּמְצָאוֹ כְּשֶׁהוּא מְפַרְפֵּר, אָמַר: הֲרֵי הוּא כַּפָּרַתְכֶם וַעֲדַיִין בְּנִי קַיָּים [כּוּ׳]. לְלַמֶּדְךָ שֶׁקָּשָׁה עֲלֵיהֶם טׇהֳרַת כֵּלִים יוֹתֵר מִשְּׁפִיכוּת דָּמִים. אִיבַּעְיָא לְהוּ: שְׁפִיכוּת דָּמִים הוּא דְּזָל, אֲבָל טׇהֳרַת כֵּלִים — כִּדְקָיְימָא קָיְימָא. אוֹ דִילְמָא: שְׁפִיכוּת דָּמִים — כִּדְקָיְימָא קָיְימָא, אֲבָל טׇהֳרַת כֵּלִים הִיא דַּחֲמִירָא?
La Guemara répond : Viens entendre la réponse au dilemme — puisque la Tosefta cite un enseignement tiré du verset « Et Manassé répandit aussi du sang innocent », on peut en conclure que c'est l'effusion du sang qui s'était banalisée, et que le souci de la pureté des ustensiles était resté là où il était.
תָּא שְׁמַע, מִדְּקָא נָסֵיב לַהּ תַּלְמוּדָא: ״וְגַם דָּם נָקִי שָׁפַךְ מְנַשֶּׁה״, שְׁמַע מִינַּהּ שְׁפִיכוּת דָּמִים הוּא דְּזָל, וְטַהֲרַת כֵּלִים — כִּדְקָיְימָא קָיְימָא.
§ [La Guemara revient à la mitsva d'enlèvement des cendres de l'autel et aux questions associées.] Les Sages enseignèrent dans une baraïta : La Torah dit, après avoir décrit l'enlèvement des cendres : « Et il ôtera ses vêtements, et il mettra d'autres vêtements, et il portera les cendres hors du camp en un lieu pur » (Vayikra 6, 4). J'aurais pu comprendre de là que ce changement de vêtements est une mitsva de revêtir un autre type de vêtement, de la même façon que le changement de vêtements effectué à Yom Kippour, lorsque le Kohen Gadol [Grand Prêtre] alterne entre les vêtements d'or et les vêtements blancs. Ici également, la Torah exigerait qu'il ôte ses vêtements sacrés [bigdei kodech] et revête des vêtements non sacrés [bigdei 'hol].
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וּפָשַׁט ... וְלָבַשׁ בְּגָדִים אֲחֵרִים וְהוֹצִיא אֶת הַדֶּשֶׁן״, שׁוֹמְעַנִי כְּדֶרֶךְ יוֹם הַכִּפּוּרִים, שֶׁפּוֹשֵׁט בִּגְדֵי קוֹדֶשׁ וְלוֹבֵשׁ בִּגְדֵי חוֹל,
La baraïta continue : Pour nous enseigner autre chose, le verset dit : « Et il ôtera ses vêtements, et il mettra d'autres vêtements » — juxtaposant ainsi les vêtements qu'il revêt aux vêtements qu'il ôte. Cela indique que de même que là [les vêtements qu'il ôte, c'est-à-dire ceux dans lesquels il avait accompli la mitsva de l'enlèvement des cendres] sont des vêtements sacrés, de même ici [les vêtements qu'il revêt pour emporter les cendres hors du camp] sont des vêtements sacrés.
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּפָשַׁט אֶת בְּגָדָיו וְלָבַשׁ בְּגָדִים אֲחֵרִים״, מַקִּישׁ בְּגָדִים שֶׁלּוֹבֵשׁ לִבְגָדִים שֶׁפּוֹשֵׁט, מָה לְהַלָּן בִּגְדֵי קוֹדֶשׁ, אַף כָּאן בִּגְדֵי קוֹדֶשׁ.
Si tel est le cas, que nous apprend le verset en disant « autres [a'hérim] » vêtements, ce qui implique que le second ensemble est différent du premier ? Cela signifie qu'ils sont de moins bonne qualité [pe'hotim] que le premier ensemble. Rabbi Eliézer dit une interprétation différente du mot « autres » : Le verset dit « Et il mettra d'autres vêtements, et il portera les cendres hors du camp » — en juxtaposant les mots « autres » et « porter hors ». Cela enseigne que les kohanim porteurs de défauts corporels [baalé moum], qui sont considérés comme « autres » en ce qu'ils ne sont pas éligibles à l'accomplissement des services sacrés, sont néanmoins éligibles pour emporter les cendres hors du camp.
אִם כֵּן, מָה תַּלְמוּד לוֹמַר ״אֲחֵרִים״? פְּחוּתִין מֵהֶן. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: ״אֲחֵרִים וְהוֹצִיא״, לִימֵּד עַל הַכֹּהֲנִים בַּעֲלֵי מוּמִין שֶׁכְּשֵׁרִין לְהוֹצִיא הַדֶּשֶׁן.
La Guemara explique maintenant la baraïta en détail. Le Maître [le tanna de la baraïta] a dit : Les mots « autres vêtements » enseignent qu'ils doivent être de moins bonne qualité que les vêtements portés lors de l'enlèvement des cendres. C'est conformément à ce qu'on enseigna dans l'école de Rabbi Yichmaël, comme il fut enseigné dans l'école de Rabbi Yichmaël : Les vêtements que portait un serviteur lorsqu'il faisait cuire des aliments pour son maître [et qui se sont salis dans ce processus] ne doivent pas être portés par lui pour verser une coupe [de vin] pour son maître, ce qui est une tâche qui exige que le serviteur présente une apparence soignée. De même, celui qui accomplit la tâche salissante d'emporter les cendres ne devrait pas porter les mêmes habits fins portés lors des autres services.
אָמַר מָר: ״אֲחֵרִים״ — פְּחוּתִין מֵהֶן, כִּדְתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל. דְּתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: בְּגָדִים שֶׁבִּשֵּׁל בָּהֶן קְדֵרָה לְרַבּוֹ — לֹא יִמְזוֹג בָּהֶן כּוֹס לְרַבּוֹ.
Reïch Lakich dit : De même qu'il y a un débat [entre le premier tanna et Rabbi Eliézer] concernant l'action d'emporter les cendres hors du camp, de même ce débat s'applique à l'enlèvement des cendres [de l'autel lui-même]. Rabbi Yohanan dit : Le débat ne porte que sur l'action d'emporter les cendres hors du camp, mais tous s'accordent à dire que l'enlèvement des cendres [de l'autel] est un véritable service du Temple [avoda] qui ne peut être accompli par des kohanim présentant des défauts corporels.
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: כְּמַחְלוֹקֶת בְּהוֹצָאָה, כָּךְ מַחְלוֹקֶת בַּהֲרָמָה. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: מַחְלוֹקֶת בְּהוֹצָאָה, אֲבָל בַּהֲרָמָה — דִּבְרֵי הַכֹּל עֲבוֹדָה הִיא.
La Guemara explique : Quelle est la raison qui sous-tend l'opinion de Reïch Lakich ? Reïch Lakich pourrait vous dire : Si vous pensez que l'enlèvement des cendres est un véritable service du Temple, vous vous heurtez à la difficulté suivante : Avez-vous un seul service du Temple qui peut être accompli avec seulement deux vêtements [plutôt que le jeu complet de quatre habits que les prêtres portent habituellement] ? [Or la description de la Torah des habits portés pour enlever les cendres mentionne seulement : « Et le kohen revêtira son vêtement de lin, et il mettra sur sa chair ses pantalons de lin » (Vayikra 6, 3) — soit seulement deux habits.]
מַאי טַעְמָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ? אָמַר לָךְ: אִי סָלְקָא דַעְתָּךְ עֲבוֹדָה הִיא, יֵשׁ לְךָ עֲבוֹדָה שֶׁכְּשֵׁירָה בִּשְׁנֵי כֵלִים?
Et selon Rabbi Yohanan : Le Dieu Miséricordieux [ha-Ra'haman] révèle dans la Torah que le kohen doit porter la tunique et les pantalons [comme pour tout autre service], afin qu'on ne pense pas que l'enlèvement des cendres peut être accompli en vêtements ordinaires non sacrés. Une fois que la Torah a établi ce point en mentionnant ces deux vêtements spécifiques, il en va de même pour les deux autres — la coiffe [mitsnefet] et la ceinture [avnet].
וְרַבִּי יוֹחָנָן: גַּלִּי רַחֲמָנָא בְּכֻתּוֹנֶת וּמִכְנָסַיִם, וְהוּא הַדִּין לְמִצְנֶפֶת וְאַבְנֵט.
Et qu'est-ce qui distingue ces deux vêtements [la tunique et les pantalons] que la Torah les ait mentionnés en particulier ? La Guemara répond que ces deux vêtements particuliers ont été mentionnés pour enseigner certaines halakhot. La Torah désigne la tunique par les mots « son vêtement de lin » [middo vad], avec les mots « son vêtement » [middo] — indiquant que la tunique doit être [taillée] à sa mesure exacte [middato], c'est-à-dire qu'elle doit bien s'ajuster au kohen. Quant aux mots « pantalons de lin [mikhnessé vad] », ils viennent enseigner ce qui fut enseigné dans une baraïta : D'où est-il déduit que, lorsque le kohen s'habille, aucun vêtement ne doit précéder les pantalons ? Car il est dit : « Et ses pantalons de lin, il les mettra sur sa chair [al bessaro] » — ce qui implique que les pantalons doivent être enfilés quand le kohen n'a que sa chair, c'est-à-dire qu'il n'a encore aucun autre vêtement sur lui.
וּמַאי שְׁנָא הָנֵי? ״מִדּוֹ בַּד״, מִדּוֹ — כְּמִדָּתוֹ. ״מִכְנְסֵי בַד״, לְכִדְתַנְיָא: מִנַּיִן שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר קוֹדֶם לַמִּכְנָסַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמִכְנְסֵי בַד יִלְבַּשׁ עַל בְּשָׂרוֹ״.
La Guemara demande : Et selon Reïch Lakich, qui soutient que ces deux vêtements sont mentionnés précisément parce qu'ils sont les seuls deux que porte le kohen lors de l'enlèvement des cendres — d'où déduit-il ces deux halakhot ? La Guemara répond : La halakha selon laquelle son vêtement de lin [la tunique] doit être selon sa mesure est déduite du fait que le Dieu Miséricordieux utilise l'expression « son vêtement » [middo] dans la Torah, plutôt que de désigner la tunique par son nom habituel. Et la halakha selon laquelle aucun vêtement ne doit précéder les pantalons lorsque le kohen s'habille est déduite du fait que la Torah ajoute l'expression « sur sa chair ».
וְרֵישׁ לָקִישׁ? מִדּוֹ כְּמִדָּתוֹ — מִדְּאַפְּקֵיהּ רַחֲמָנָא בִּלְשׁוֹן ״מִדּוֹ״. שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר קוֹדֶם לַמִּכְנָסַיִם — מֵ״עַל בְּשָׂרוֹ״ נָפְקָא.