Mishna 1
MICHNA : À l'origine, la pratique parmi les kohanim [prêtres] était que quiconque souhaitait enlever les cendres [terumat ha-déchèn] de l'autel pouvait le faire. Lorsqu'il y avait de nombreux kohanim désireux d'accomplir cette tâche, le privilège en était décidé par une course : les kohanim couraient et montaient sur la rampe [kevech] menant au sommet de l'autel. Le kohen qui précédait l'autre et atteignait en premier les quatre coudées [arbah amot] depuis le sommet de l'autel avait le privilège d'enlever les cendres. Et si tous deux arrivaient en même temps et qu'aucun n'avait précédé l'autre, le responsable [ha-memuné] leur disait : « Étendez vos doigts [hatzbi'ou] », et un tirage au sort [payis] était effectué, comme cela sera expliqué.
בָּרִאשׁוֹנָה כׇּל מִי שֶׁרוֹצֶה לִתְרוֹם אֶת הַמִּזְבֵּחַ — תּוֹרֵם. וּבִזְמַן שֶׁהֵן מְרוּבִּין רָצִין וְעוֹלִין בַּכֶּבֶשׁ, כׇּל הַקּוֹדֵם אֶת חֲבֵירוֹ בְּאַרְבַּע אַמּוֹת — זָכָה. וְאִם הָיוּ שְׁנֵיהֶן שָׁוִין, הַמְמוּנֶּה אוֹמֵר לָהֶן: הַצְבִּיעוּ.(משנה)
Et quels doigts étendent-ils pour le tirage au sort ? Ils peuvent étendre un ou deux doigts [pour être comptés], et les kohanim n'étendent pas le pouce [agoudal] dans le Temple [au cours de ce tirage au sort]. [La raison en sera expliquée dans la GUEMARA : le pouce peut être écarté de l'index de façon à paraître appartenir à deux personnes différentes, permettant ainsi la tromperie.]
וּמָה הֵן מוֹצִיאִין — אַחַת אוֹ שְׁתַּיִם, וְאֵין מוֹצִיאִין אֲגוּדָל בַּמִּקְדָּשׁ.
Il arriva [en pratique] que tous deux étaient à égalité, couraient et montaient sur la rampe, et l'un d'eux bouscula l'autre qui tomba et se cassa la jambe. Lorsque le tribunal [beit din] vit que des situations dangereuses pouvaient surgir, il institua que les cendres de l'autel ne seraient désormais enlevées que par tirage au sort [payis]. Il y avait là, au Temple, quatre tirages au sort quotidiens pour désigner les kohanim privilégiés d'accomplir les divers services, et celui-ci — la désignation du kohen pour enlever les cendres — était le premier tirage au sort.
מַעֲשֶׂה שֶׁהָיוּ שְׁנֵיהֶם שָׁוִין, וְרָצִין וְעוֹלִין בַּכֶּבֶשׁ, וְדָחַף אֶחָד מֵהֶן אֶת חֲבֵירוֹ וְנָפַל וְנִשְׁבְּרָה רַגְלוֹ. וְכֵיוָן שֶׁרָאוּ בֵּית דִּין שֶׁבָּאִין לִידֵי סַכָּנָה, הִתְקִינוּ שֶׁלֹּא יְהוּ תּוֹרְמִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ אֶלָּא בְּפַיִיס. אַרְבַּע פְּיָיסוֹת הָיוּ שָׁם, וְזֶה הַפַּיִיס הָרִאשׁוֹן.
Guémara
GUEMARA : La Guemara interroge la pratique originelle de recourir à une course pour désigner le kohen : Et quelle est la raison pour laquelle les Sages n'avaient pas institué dès l'origine un tirage au sort pour l'enlèvement des cendres, comme ils l'avaient fait pour les autres parties du service ? La Guemara répond : À l'origine, ils pensaient : « Puisque c'est un service [accompli] de nuit [avodat layla], il n'aura pas grande importance aux yeux des kohanim et ils ne viendront pas [en grand nombre] ; un tirage au sort sera donc inutile. » Puis, lorsqu'ils virent que de nombreux kohanim venaient effectivement et qu'ils se mettaient en danger [lors de la course], ils instituèrent un tirage au sort.
גְּמָ׳ וְהָא מֵעִיקָּרָא מַאי טַעְמָא לָא תַּקִּינוּ לַהּ רַבָּנַן פַּיְיסָא? מֵעִיקָּרָא סְבוּר: כֵּיוָן דַּעֲבוֹדַת לַיְלָה הִיא — לָא חֲשִׁיבָא לְהוּ וְלָא אָתוּ. כֵּיוָן דְּחָזוּ דְּקָאָתוּ, וְאָתוּ לִידֵי סַכָּנָה — תַּקִּינוּ לַהּ פַּיְיסָא.
La Guemara soulève une objection contre l'affirmation que les services nocturnes au Temple ne nécessitaient normalement pas de tirage au sort : Mais il y a [la question de] l'incinération des membres [des holocaustes] et des graisses [d'autres offrandes, l'evarim oufdarim], qui est un service accompli de nuit, et pourtant les Sages avaient institué dès le départ un tirage au sort pour cela ! La Guemara répond : L'incinération de ces parties n'est pas considérée comme un service nocturne, mais comme la fin d'un service diurne [sof avodat yemama], car la partie principale du sacrifice — l'abattage et l'aspersion du sang — avait eu lieu pendant le jour.
וַהֲרֵי אֵיבָרִים וּפְדָרִים, דַּעֲבוֹדַת לַיְלָה הִיא, וְתַקִּינוּ לַהּ רַבָּנַן פַּיְיסָא! סוֹף עֲבוֹדָה דִימָמָא הִיא.
La Guemara objecte : Si tel est le raisonnement, on pourrait tout aussi bien dire que ce service d'enlèvement des cendres n'est pas non plus un service nocturne, mais le début d'un service diurne [tehilat avodat yemama]. En effet, Rabbi Yo'hanan a dit : « Si un kohen a sanctifié ses mains [le soir] pour l'enlèvement des cendres, le lendemain matin — à condition qu'il soit resté dans l'enceinte du Temple — il n'a pas besoin de sanctifier à nouveau ses mains, car il les a déjà sanctifiées au début du service. » Apparemment, l'enlèvement des cendres, bien qu'accompli de nuit, est considéré comme le début du service du jour suivant.
הַאי נָמֵי תְּחִלַּת עֲבוֹדָה דִימָמָא הִיא, דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: קִידֵּשׁ יָדָיו לִתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן, לְמָחָר אֵין צָרִיךְ לְקַדֵּשׁ, שֶׁכְּבָר קִידֵּשׁ מִתְּחִילַּת עֲבוֹדָה!
La Guemara répond en corrigeant la formulation de Rabbi Yo'hanan : Dis plutôt la version suivante de la fin de l'enseignement de Rabbi Yo'hanan : « Car il avait déjà sanctifié ses mains au départ pour [accomplir] le service [chevavar kiddech mi-tehila la-avoda]. » Selon cette formulation, Rabbi Yo'hanan ne dit pas que l'enlèvement des cendres est considéré comme le début du service du jour suivant. Il dit plutôt que, bien que ce service soit nocturne, puisque le kohen a sanctifié ses mains avant de l'accomplir, cette sanctification reste valide pour les services accomplis après l'aube, car il n'y a pas d'interruption entre les deux activités.
אֵימָא: שֶׁכְּבָר קִידֵּשׁ מִתְּחִילָּה לָעֲבוֹדָה.
Certains formulent l'explication originelle différemment : À l'origine, les Sages pensaient : « Puisqu'il y a une contrainte [ones] due au sommeil [à cette heure de la nuit], peu de kohanim viendraient. » Lorsqu'ils virent que, en fait, des kohanim venaient bel et bien et qu'ils se mettaient en danger, les Sages instituèrent un tirage au sort pour cette tâche. La Guemara pose la même objection : Mais il y a l'incinération des membres et des graisses, pour laquelle il existe le même risque d'être vaincu par le sommeil, et pourtant les Sages avaient institué dès le départ un tirage au sort ! La Guemara répond : Rester éveillé tard [ligna] est différent de se lever au milieu de la nuit [leikam]. Il n'est pas aussi difficile de veiller tard pour incinérer des membres sur l'autel que de se lever avant l'aube pour enlever les cendres.
אִיכָּא דְּאָמְרִי: מֵעִיקָּרָא סְבוּר כֵּיוָן דְּאִיכָּא אוֹנֶס שֵׁינָה, לָא אָתוּ. כֵּיוָן דַּחֲזוֹ דְּאָתוּ, וְקָאָתוּ נָמֵי לִידֵי סַכָּנָה — תַּקִּינוּ לַהּ רַבָּנַן פַּיְיסָא. וַהֲרֵי אֵיבָרִים וּפְדָרִים, דְּאִיכָּא אוֹנֶס שֵׁינָה, וְתַקִּינוּ לַהּ רַבָּנַן פַּיְיסָא! שָׁאנֵי מִיגְנֵא מִמֵּיקַם.
La Guemara s'interroge sur la justification avancée par la michna pour l'institution du tirage au sort : Mais cette institution était-elle vraiment due à la raison citée dans la michna — à savoir l'incident dangereux ? En réalité, l'institution était due à cette autre raison : d'autres tâches importantes étaient liées à l'enlèvement des cendres et nécessitaient elles-mêmes un tirage au sort, comme il est enseigné dans une baraïta : « Le kohen qui avait obtenu par le sort l'enlèvement des cendres avait également le privilège de disposer le bûcher sur l'autel [sidour maarakha] et de placer les deux bûches de bois [chénei guizrei etsim] que l'on posait chaque matin sur l'autel. » Puisque ces tâches étaient en elles-mêmes importantes, il fallait les attribuer par tirage au sort, ce qui déterminait également qui enlèverait les cendres.
וְתַקַּנְתָּא לְהָךְ גִּיסָא הֲוַאי? תַּקַּנְתָּא לְהַאי גִּיסָא הֲוַאי! דְּתַנְיָא: מִי שֶׁזָּכָה בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן (יִזְכֶּה) בְּסִידּוּר מַעֲרָכָה וּבִשְׁנֵי גְּזִירִי עֵצִים!
Rav Achi dit : Il y eut deux ordonnances distinctes. À l'origine, les Sages pensaient que les kohanim ne viendraient pas accomplir la tâche d'enlèvement des cendres. Lorsqu'ils virent que de nombreux kohanim venaient et qu'ils se mettaient également en danger, les Sages instituèrent un tirage au sort pour cette tâche. Une fois qu'ils eurent établi un tirage au sort pour l'enlèvement des cendres, les kohanim ne vinrent plus. Ils dirent : « Qui dit que le sort tombera sur nous ? » — ils ne se donnaient donc plus la peine de venir. Ensuite, les Sages instituèrent que celui qui obtiendrait par tirage au sort le privilège d'enlever les cendres aurait également le privilège de disposer le bûcher et de placer les deux bûches, afin que l'importance cumulée de toutes ces tâches encourageât les kohanim à venir et à participer au tirage au sort.
אָמַר רַב אָשֵׁי: שְׁתֵּי תַּקָּנוֹת הֲווֹ. מֵעִיקָּרָא סְבוּר לָא אָתוּ. כֵּיוָן דַּחֲזוּ דְּקָאָתוּ וְאָתוּ נָמֵי לִידֵי סַכָּנָה — תַּקִּינוּ לַהּ פַּיְיסָא, כֵּיוָן דְּתַקִּינוּ לַהּ פַּיְיסָא — לָא אֲתוֹ, אָמְרִי: מִי יֵימַר דְּמִתְרְמֵי לַן? הֲדַר תַּקִּינוּ לְהוּ מִי שֶׁזָּכָה בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן יִזְכֶּה בְּסִידּוּר מַעֲרָכָה וּבִשְׁנֵי גְּזִירֵי עֵצִים, כִּי הֵיכִי דְּנֵיתוֹ וְנִיפַיְּיסוֹ.
[Il est enseigné dans la michna :] Et lorsqu'il y avait de nombreux [kohanim qui souhaitaient accomplir le service, etc.]. Rav Papa dit : Il m'est évident que les quatre coudées [mentionnées dans la michna] ne sont pas les quatre coudées adjacentes à la rampe au sol [argua], car nous avons appris dans la michna que « les kohanim couraient et montaient sur la rampe », et non pas à côté de la rampe. Ce n'est pas non plus une référence aux quatre premières coudées depuis le bas de la rampe, car nous avons appris que « les kohanim couraient et montaient sur la rampe », et ce n'est qu'ensuite qu'il est dit : « Tout kohen qui précède l'autre » — indiquant que la compétition ne commençait qu'une fois qu'ils avaient gravi la rampe dans une certaine mesure.
וּבִזְמַן שֶׁהֵן מְרוּבִּין וְכוּ׳. אָמַר רַב פָּפָּא: פְּשִׁיטָא לִי אַרְבַּע אַמּוֹת דְּאַרְעָא לָא, ״רָצִין וְעוֹלִין בַּכֶּבֶשׁ״ תְּנַן. קַמָּיָיתָא נָמֵי לָא, ״רָצִין וְעוֹלִין בַּכֶּבֶשׁ״ תְּנַן, וַהֲדַר ״כׇּל הַקּוֹדֵם אֶת חֲבֵירוֹ״.
Ce n'est pas non plus une référence à quatre coudées situées quelque part au milieu [entre les quatre du bas et le sommet de l'autel], car la chose ne serait pas définie et aucune indication claire ne désignerait quelles quatre coudées de la rampe seraient déterminantes. À la lumière de tout cela, il m'est évident que les quatre coudées mentionnées dans la michna sont les quatre coudées adjacentes à l'autel lui-même. Le kohen qui atteint ces quatre coudées en premier est celui qui a le privilège d'enlever les cendres.
דְּבֵינֵי בֵּינֵי נָמֵי לָא, דְּלָא מְסַיְּימָא מִילְּתָא. פְּשִׁיטָא לִי דְּגַבֵּי מִזְבֵּחַ תְּנַן.