Et que signifie [la distinction entre] quatre ou cinq [pains] ? [Autrement dit,] quand le Kohen Gadol prend-il quatre pains et quand en prend-il cinq ? Selon les Sages [qui s'opposent à Rabbi Yehouda], qui disent : la mishmar [équipe sacerdotale] entrante [le Chabbat] reçoit six pains, et la mishmar sortante reçoit six pains, et la mishmar entrante ne reçoit aucune part supplémentaire en récompense de la fermeture des portes — c'est donc à partir de douze pains que le Kohen Gadol doit prélever sa part ; mais il ne peut prendre plus de la moitié moins une [part entière], ce qui lui donne cinq pains. Selon les Sages, le Kohen Gadol reçoit donc moins de la moitié ; mais puisqu'il serait inconvenant de lui donner un morceau de pain, moins de la moitié représente tout de même cinq pains entiers.
וּמַאי אַרְבַּע אוֹ חָמֵשׁ? לְרַבָּנַן דְּאָמְרִי נִכְנָס נוֹטֵל שֵׁשׁ, וְיוֹצֵא נוֹטֵל שֵׁשׁ, וּשְׂכַר הַגָּפַת דְּלָתוֹת לָא, מִשְׁתֵּים עֶשְׂרֵה בָּעֵי מִיפְלַג. בַּצֵּיר חֲדָא מִפַּלְגָא, חָמֵשׁ שָׁקֵיל.
Selon Rabbi Yehouda, qui a dit : la mishmar entrante [le Chabbat] reçoit sept pains, dont deux en récompense de la fermeture des portes [du Parvis] ; et la mishmar sortante reçoit cinq pains — c'est donc à partir de dix [pains] qu'il faut diviser [la part du Kohen Gadol]. Ces deux pains [sur les douze] constituent une récompense distincte et ne sont pas comptabilisés dans la répartition [générale]. On retranche une [part] à la moitié de ce total [de dix] — car retrancher moins d'un pain conduirait à donner au Kohen Gadol un morceau de pain, ce qui serait inconvenant. Et par conséquent le Kohen Gadol prend quatre [pains].
לְרַבִּי יְהוּדָה, דְּאָמַר: נִכְנָס נוֹטֵל שֶׁבַע, שְׁתַּיִם בִּשְׂכַר הַגָּפַת דְּלָתוֹת, וְיוֹצֵא נוֹטֵל חָמֵשׁ, מֵעֶשֶׂר בָּעֵי מִיפְלַג. בַּצֵּיר חֲדָא מִפַּלְגָא, וְשָׁקֵיל אַרְבַּע.
Rava a dit [que la baraïta doit être expliquée différemment] : la baraïta entière est conforme à l'opinion de Rabbi [Yehouda HaNassi], et celui-ci suit l'opinion de Rabbi Yehouda [selon laquelle seulement dix pains sont répartis]. Mais alors, comment interpréter le fait que [la baraïta indique que] le Kohen Gadol prend quatre pains ? Selon Rabbi [Yehouda HaNassi], ne devrait-il pas en prendre cinq ?
רָבָא אָמַר: כּוּלָּהּ רַבִּי הִיא, וְסָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה. וְאֶלָּא מַאי אַרְבַּע? הָא חָמֵשׁ בָּעֵי לְמִשְׁקַל!
[La Guemara répond :] Ce n'est pas difficile [à résoudre]. Telle halakha — [selon laquelle] le Kohen Gadol prend quatre pains — vise le cas où il existe une mishmar retardée [détenue]. [Cela se produit] lorsque le début d'une fête tombe la nuit du dimanche et qu'une des mishmara a été contrainte d'arriver avant le Chabbat pour être présente à temps pour la fête ; ou encore, lorsque la fête s'est achevée un jeudi et qu'une mishmar a été retenue jusqu'à la fin du Chabbat et n'est repartie qu'alors — cette mishmar reçoit deux pains. Telle autre halakha — [selon laquelle] le Kohen Gadol prend cinq pains — vise le cas où il n'existe pas de mishmar retardée, et les pains du le'hem hapanim ne sont partagés qu'entre la mishmar qui achève son service ce Chabbat-là et la mishmar qui commence le sien.
לָא קַשְׁיָא: הָא דְּאִיכָּא מִשְׁמָר הַמִּתְעַכֵּב, הָא דְּלֵיכָּא מִשְׁמָר הַמִּתְעַכֵּב.
S'il existe une mishmar retardée, cette mishmar reçoit deux pains, et la mishmar sortante reçoit deux pains en récompense de la fermeture des portes. Il reste donc huit pains à partir desquels le Kohen Gadol prélève sa part, et il en prend quatre. S'il n'existe pas de mishmar retardée, c'est à partir de dix pains qu'il prélève sa part, et le Kohen Gadol en prend cinq.
אִי אִיכָּא מִשְׁמָר הַמִּתְעַכֵּב — מִשְּׁמֹנֶה בָּעֵי לְמִפְלַג, וְשָׁקֵיל אַרְבַּע. אִי לֵיכָּא מִשְׁמָר הַמִּתְעַכֵּב — מֵעֶשֶׂר בָּעֵי לְמִפְלַג, וְשָׁקֵיל חָמֵשׁ.
[La Guemara soulève une difficulté :] Si tel est le cas [et que même la clause médiane de la baraïta est attribuée à Rabbi Yehouda HaNassi en référence à une mishmar retardée], que signifie la dernière clause de la baraïta : « Rabbi Yehouda HaNassi dit : le Kohen Gadol prend toujours cinq pains » ? Cette formulation implique que Rabbi Yehouda HaNassi est en désaccord avec la clause médiane, alors que selon l'interprétation de Rava, Rabbi Yehouda HaNassi admet qu'en certaines circonstances le Kohen Gadol ne prend que quatre pains. [La Guemara conclut :] En effet, c'est difficile [à concilier avec le libellé de la baraïta].
אִי הָכִי, מַאי רַבִּי אוֹמֵר: לְעוֹלָם חָמֵשׁ? קַשְׁיָא.
Mishna 1
MICHNA : Les Sages remirent le Kohen Gadol [aux soins de] Anciens choisis parmi les Anciens du tribunal, et ceux-ci lui lisaient devant lui l'ordre du service du jour de Yom Kippour. Et ils lui disaient : « Ichi [Mon Maître], Kohen Gadol ! Lis toi-même à voix haute l'ordre du service, car peut-être l'as-tu oublié ou peut-être ne l'as-tu jamais appris. » La veille de Yom Kippour, au matin, les Anciens le faisaient se tenir à la porte orientale du Parvis et défilaient devant lui des taureaux, des béliers et des agneaux, afin qu'il se familiarisât avec ces animaux et s'habituât au service [du jour] — car ce sont les animaux offerts à Yom Kippour. Durant tous les sept jours [où le Kohen Gadol résidait dans la chambre de Parhedrin], on ne lui refusait aucune nourriture ni aucune boisson qu'il désirait. Cependant, la veille de Yom Kippour, à la tombée de la nuit, on ne lui permettait pas de manger en abondance, car la nourriture provoque le sommeil [et on s'efforçait de l'en préserver, comme cela sera expliqué].
מַתְנִי׳ מָסְרוּ לוֹ זְקֵנִים מִזִּקְנֵי בֵּית דִּין, וְקוֹרִין לְפָנָיו בְּסֵדֶר הַיּוֹם, וְאוֹמְרִים לוֹ: אִישִׁי כֹּהֵן גָּדוֹל! קְרָא אַתָּה בְּפִיךְ, שֶׁמָּא שָׁכַחְתָּ אוֹ שֶׁמָּא לֹא לָמַדְתָּ. עֶרֶב יוֹם כִּפּוּרִים שַׁחֲרִית מַעֲמִידִין אוֹתוֹ בְּשַׁעַר מִזְרָח, וּמַעֲבִירִין לְפָנָיו פָּרִים וְאֵילִים וּכְבָשִׂים כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מַכִּיר וְרָגִיל בַּעֲבוֹדָה. כׇּל שִׁבְעַת הַיָּמִים לֹא הָיוּ מוֹנְעִין מִמֶּנּוּ מַאֲכָל וּמִשְׁתֶּה, עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים עִם חֲשֵׁיכָה לֹא הָיוּ מַנִּיחִין אוֹתוֹ לֶאֱכוֹל הַרְבֵּה, מִפְּנֵי שֶׁהַמַּאֲכָל מֵבִיא אֶת הַשֵּׁינָה.(משנה)
Guémara
GUEMARA : La Guemara s'interroge sur la représentation de la Michna, où les Anciens demandent au Kohen Gadol s'il a oublié cette lecture ou peut-être ne l'a jamais appris. [Premièrement :] certes, peut-être l'a-t-il oubliée — c'est compréhensible, car il est concevable qu'il ne soit pas habitué à lire la Torah et qu'il ait pu oublier ce passage. Mais [la seconde hypothèse :] peut-être ne l'a-t-il jamais appris [à lire] — est-il vraiment possible que nous ayons désigné un Kohen Gadol de cette sorte, qui n'a jamais étudié la Bible ?
גְּמָ׳ בִּשְׁלָמָא שֶׁמָּא שָׁכַח — לְחַיֵּי. אֶלָּא שֶׁמָּא לֹא לָמַד — מִי מוֹקְמִינַן כִּי הַאי גַוְונָא?
N'est-il pas enseigné dans une baraïta : « [Et le Kohen Gadol parmi ses frères] » (Vayikra 21, 10) — cela enseigne qu'il doit être plus grand que ses frères prêtres en force, en beauté, en sagesse et en richesse. Les Aherim [« d'autres »] disent : la richesse n'est pas un prérequis pour choisir un Kohen Gadol, mais d'où dérive-t-on que si le candidat ne possède pas de bien propre, ses frères les prêtres lui en procurent et le rendent riche avec leur propre bien ? Le verset dit : « Et le Kohen qui est plus grand [haggadol] que ses frères » — élevez-le [gaddelehu] avec le bien de ses frères [par un jeu sur la racine guimmel-dalet-lamed]. En tout état de cause, il y a un consensus sur le fait que la sagesse est un prérequis pour sa désignation.
וְהָתַנְיָא: ״וְהַכֹּהֵן הַגָּדוֹל מֵאֶחָיו״, שֶׁיְּהֵא גָּדוֹל מֵאֶחָיו בְּכֹחַ, בְּנוֹי, בְּחָכְמָה, וּבְעוֹשֶׁר. אֲחֵרִים אוֹמְרִים: מִנַּיִן שֶׁאִם אֵין לוֹ, שֶׁאֶחָיו הַכֹּהֲנִים מְגַדְּלִין אוֹתוֹ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהַכֹּהֵן הַגָּדוֹל מֵאֶחָיו״ — גַּדְּלֵהוּ מִשֶּׁל אֶחָיו.
Rav Yossef a dit : Ce n'est pas difficile [à concilier]. Là — la baraïta qui liste la sagesse parmi les attributs du Kohen Gadol — elle se réfère au premier Temple, où cette halakha était observée et où les Kohanim Gedolim possédaient effectivement les attributs énumérés. Ici — la Michna se réfère au second Temple, où cette halakha n'était pas observée, si bien qu'un Kohen Gadol mal instruit dans la Bible était effectivement concevable. Comme l'a dit Rav Assi : la fortunée Marta fille de Baïtos apporta un demi-se'a [mesure] de dinars au roi Yannai afin qu'il nommât Yehoua ben Gamla [comme son fiancé] au rang de grand sacrificateur [Kohen Gadol]. C'est un exemple de nomination de Kohanim Gedolim par voie de pots-de-vin. Puisque telle était la pratique, un Kohen Gadol totalement ignorant pouvait fort bien être désigné.
אָמַר רַב יוֹסֵף: לָא קַשְׁיָא, כָּאן בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן, כָּאן בְּמִקְדָּשׁ שֵׁנִי. דְּאָמַר רַב אַסִּי: תַּרְקַבָּא דְּדִינָרֵי עַיִּילָא לֵיהּ מָרְתָּא בַּת בַּיְיתּוֹס לְיַנַּאי מַלְכָּא עַל דְּאוֹקְמֵיהּ לִיהוֹשֻׁעַ בֶּן גַּמְלָא בְּכָהֲנֵי רַבְרְבֵי.
§ Il a été enseigné dans la MISHNA : La veille de Yom Kippour, au matin, les Anciens font défiler différents animaux devant le Kohen Gadol. Un tanna a enseigné dans la Tossefta : On faisait également passer devant lui des chevres [se'irim]. La Guemara demande : Et le tanna de notre Michna, pour quelle raison n'a-t-il pas enseigné que des chèvres figuraient parmi les animaux présentés au Kohen Gadol ? La Guemara répond : Puisque les chèvres viennent [comme offrande] d'expiation pour les péchés [de l'ensemble d'Israël], les faire défiler devant le Kohen Gadol éveillera le souvenir des transgressions et il sera abattu [dans son esprit].
עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים שַׁחֲרִית וְכוּ׳. תָּנָא: אַף הַשְּׂעִירִים. וְתַנָּא דִּידַן מַאי טַעְמָא לָא תְּנָא שְׂעִירִים? כֵּיוָן דְּעַל חֵטְא קָא אָתוּ — חָלְשָׁא דַּעְתֵּיהּ.
[La Guemara objecte :] Si tel est le cas, on ne devrait pas non plus faire défiler un taureau devant lui, car lui aussi vient expier des péchés ! [La Guemara répond :] Il y a une différence pour le taureau : puisque c'est pour ses propres péchés et pour ceux de ses frères les prêtres qu'il vient — parmi ses frères les prêtres, si quelqu'un a une affaire [fautive], le Kohen Gadol en est informé et peut le ramener dans le droit chemin par la techouva [repentir]. Faire défiler un taureau devant lui ne le perturbera donc pas, car cela lui rappellera simplement sa responsabilité envers ses frères prêtres. En revanche, pour l'ensemble du peuple d'Israël, il ne connaît pas leurs affaires fautives et est incapable de faciliter leur repentir. Faire défiler des chèvres devant lui éveillera leurs péchés ainsi que son incapacité à remédier à la situation, le laissant abattu.
אִי הָכִי, פַּר נָמֵי עַל חֵטְא הוּא דְּאָתֵי! פַּר, כֵּיוָן דְּעָלָיו וְעַל אֶחָיו הַכֹּהֲנִים הוּא דְּאָתֵי, בְּאֶחָיו הַכֹּהֲנִים, אִי אִיכָּא אִינִישׁ דְּאִית בֵּיהּ מִילְּתָא — מִידָּע יָדַע לֵיהּ וּמַהְדַּר לֵיהּ בִּתְשׁוּבָה. בְּכוּלְּהוּ יִשְׂרָאֵל — לָא יָדַע.