Guémara
[La Guemara rapporte ce qu'avait dit] Rav : D'où apprend-on que la betrothal [kidouchin, les fiançailles] d'un autre homme ne saisit pas une yevama [la veuve sans enfant qui attend le yiboum] ? De ce qu'il est dit : « L'épouse du défunt ne se mariera pas au-dehors [c'est-à-dire en dehors de la famille] avec un homme étranger » (Devarim 25, 5) — ce qui indique : il n'y aura pas pour elle de saisissement matrimonial [hawaya] au profit d'un étranger. Autrement dit, les fiançailles d'un tel homme sont sans effet.
אָמַר רַב: מִנַּיִן שֶׁאֵין קִדּוּשִׁין תּוֹפְסִין בִּיבָמָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא תִהְיֶה אֵשֶׁת הַמֵּת הַחוּצָה לְאִישׁ זָר״ — לֹא תְּהֵא בָּהּ הֲוָיָה לְזָר.
Et Chemouel dit : Dans notre pauvreté [de compréhension] — car nous ne saisissons pas pleinement le sens du verset —, elle requiert un guett [acte de divorce, pour être déliée de ces fiançailles douteuses]. La Guemara explique : Chemouel était dans le doute au sujet de ce verset « L'épouse du défunt ne se mariera pas au-dehors » : vient-il énoncer une simple interdiction [lav] — la femme est interdite à un autre homme, mais les fiançailles de cet autre prennent malgré tout effet —, ou bien vient-il enseigner que les fiançailles de tout autre homme ne la saisissent pas du tout ?
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: בַּעֲנִיּוּתֵינוּ, צְרִיכָה גֵּט. מְסַפְּקָא לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל הַאי ״לָא תִהְיֶה אֵשֶׁת הַמֵּת״, אִי לְלָאו הוּא דַּאֲתָא, אִי דְּלָא תָּפְסִי בַּהּ קִדּוּשִׁין הוּא דַּאֲתָא.
Rav Mari bar Ra'hel dit à Rav Achi qu'Améimar avait déclaré ceci : La halakha [la règle tranchée] suit l'avis de Chemouel. Rav Achi dit : Maintenant qu'Améimar a dit que la halakha suit Chemouel — pour qui celui qui fiance une yevama avant qu'elle ait fait la halitsa doit lui donner un guett —, alors, si son yavam était un Cohen, il lui fait la halitsa, [car elle lui est devenue interdite après que l'homme qui l'avait fiancée lui a donné un guett,] et elle est ainsi permise à l'homme à qui elle avait été fiancée.
אֲמַר לֵיהּ רַב מָרִי בַּר רָחֵל לְרַב אָשֵׁי, הָכִי אָמַר אַמֵּימָר: הֲלָכָה כְּווֹתֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל. אָמַר רַב אָשֵׁי: הַשְׁתָּא דְּאָמַר אַמֵּימָר הִלְכְתָא כְּווֹתֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל — אִם הָיָה יְבָמָהּ כֹּהֵן, חוֹלֵץ לָהּ, וְשַׁרְיָא לֵיהּ.
La Guemara s'étonne de cette décision : Mais en ce cas, elle se trouve avantagée [par ses fiançailles interdites], puisqu'elle pourra ensuite épouser l'homme qui l'avait fiancée illégalement ! S'il en est ainsi, voici que nous trouvons un pécheur tirant profit de sa faute ! Plutôt, la Guemara corrige l'enseignement : Si son yavam était un simple Israël [non-Cohen], ce second homme qui l'a fiancée doit lui donner un guett, et elle est [alors] permise au yavam, car un non-Cohen peut épouser une divorcée.
אִיתְּגוֹרֵי אִיתְּגַר, אִם כֵּן מָצִינוּ חוֹטֵא נִשְׂכָּר! אֶלָּא, אִם הָיָה יְבָמָהּ יִשְׂרָאֵל, נוֹתֵן לָהּ שֵׁנִי גֵּט, וְהוּתְּרָה לוֹ.
Rav Guiddel dit au nom de Rav 'Hiyya bar Yossef au nom de Rav : À l'égard d'une yevama, les fiançailles [kidouchin] n'ont pas de prise sur elle, mais le mariage [nissouïn, l'entrée effective sous le dais] en a. La Guemara s'en étonne : Si les fiançailles n'ont pas de prise sur elle, le mariage non plus ne devrait pas en avoir — comment le mariage prendrait-il effet alors que l'étape antérieure et moins forte des fiançailles est, elle, sans effet ? Plutôt, corrige l'énoncé ci-dessus et dis : ni les fiançailles ni le mariage n'ont de prise sur elle.
אָמַר רַב גִּידֵּל אָמַר רַב חִיָּיא בַּר יוֹסֵף אָמַר רַב: יְבָמָה — קִדּוּשִׁין אֵין בָּהּ, נִשּׂוּאִין יֵשׁ בָּהּ. אִי קִדּוּשִׁין אֵין בָּהּ — נִשּׂוּאִין נָמֵי אֵין בָּהּ! אֵימָא: קִדּוּשִׁין וְנִשּׂוּאִין אֵין בָּהּ.
Et si tu veux, dis une autre explication. Que signifie la formule « le mariage a prise sur elle » ? Elle vise un cas de relations licencieuses [zenout]. Autrement dit, bien que Rav soutienne que les fiançailles sont sans effet pour elle, si elle est entrée sous le dais avec un autre homme et a eu des relations avec lui, son statut change et elle devient interdite au yavam. Cela est conforme à l'avis de Rav Hamnouna, car Rav Hamnouna a dit qu'une femme en attente de son yavam [chomérèt yavam] qui a commis un acte de débauche est interdite à son yavam.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: מַאי ״נִשּׂוּאִין יֵשׁ בָּהּ״ — בִּזְנוּת, כִּדְרַב הַמְנוּנָא. דְּאָמַר רַב הַמְנוּנָא: שׁוֹמֶרֶת יָבָם שֶׁזִּינְּתָה — אֲסוּרָה לִיבָמָהּ.
Et si tu veux, dis : En réalité, c'est comme nous l'avons dit au départ — les fiançailles n'ont pas de prise sur elle, mais le mariage en a. Cela ne signifie pourtant pas que le mariage soit réellement valide ; la règle est plutôt qu'il doit lui donner un guett, car les gens risqueraient de confondre ce cas avec celui d'une femme dont le mari est parti outre-mer. [En clair :] les Sages ont décrété qu'il doit lui donner un guett, de peur que l'on dise qu'une femme remariée après avoir appris la mort de son mari [sur la foi d'un seul témoin] n'a pas besoin, elle non plus, de guett.
וְאִי בָּעֵית אֵימָא, לְעוֹלָם כְּדַאֲמַרַן מֵעִיקָּרָא: קִדּוּשִׁין אֵין בָּהּ, נִשּׂוּאִין יֵשׁ בָּהּ. דְּמִיחַלְּפָא בְּאִשָּׁה שֶׁהָלַךְ בַּעְלָהּ לִמְדִינַת הַיָּם.
Rabbi Yannaï dit : Dans le cercle [des Sages réunis pour débattre de cette question], ils comptèrent les voix et conclurent : les fiançailles d'un autre homme n'ont pas de prise sur une yevama. Rabbi Yo'hanan lui dit : Mon maître, n'est-ce pas là [déjà] notre Michna ? Car nous avons appris dans une Michna (Baba Metsia 16b) : Celui qui dit à une femme « Te voici fiancée à moi après que je me serai converti », ou « après que tu te seras convertie », ou « après que j'aurai été affranchi », ou « après que tu auras été affranchie », ou « après que ton mari sera mort », ou « après que ta sœur sera morte », ou « après que ton yavam t'aura fait la halitsa » — elle n'est pas fiancée. [La raison en est qu'il cherche à acquérir une chose qui n'existe pas encore, les fiançailles ne pouvant prendre effet à cet instant ; cela montre que les fiançailles sont entièrement sans effet pour une yevama tant qu'elle n'a pas fait la halitsa.] Rabbi Yannaï lui répondit : Si je n'avais pas soulevé pour toi le tesson, aurais-tu trouvé la perle [marganita] qui se cachait dessous ? [Ce n'est qu'après que je t'eus enseigné la règle que tu as pu en citer une preuve depuis une Michna.]
אָמַר רַבִּי יַנַּאי: בַּחֲבוּרָה, נִמְנוּ וְגָמְרוּ: אֵין קִדּוּשִׁין תּוֹפְסִין בִּיבָמָה. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן: רַבִּי, לֹא מִשְׁנָתֵנוּ הִיא זוֹ? דִּתְנַן, הָאוֹמֵר לָאִשָּׁה: ״הֲרֵי אַתְּ מְקוּדֶּשֶׁת לִי לְאַחַר שֶׁאֶתְגַּיֵּיר״, ״לְאַחַר שֶׁתִּתְגַּיְּירִי״, ״לְאַחַר שֶׁאֶשְׁתַּחְרֵר״, ״לְאַחַר שֶׁתִּשְׁתַּחְרְרִי״, ״לְאַחַר שֶׁיָּמוּת בַּעְלִיךְ״, ״לְאַחַר שֶׁתָּמוּת אֲחוֹתִיךְ״, אוֹ ״לְאַחַר שֶׁיַּחְלוֹץ לִיךְ יְבָמִיךְ״ — אֵינָהּ מְקוּדֶּשֶׁת. אֲמַר לֵיהּ: אִי לָאו דְּדַלַּאי לָךְ חַסְפָּא, מִי מַשְׁכַּחַתְּ מַרְגָּנִיתָא תּוּתֵיהּ?
Plus tard, Rech Lakich dit à Rabbi Yo'hanan : Si ce n'était qu'un grand homme — Rabbi Yannaï — t'a loué, je te dirais que ceci n'est pas une preuve. Car il est possible que cette Michna soit selon l'avis de Rabbi Akiva, qui a dit que les fiançailles ne prennent pas effet pour ceux qui sont passibles d'interdits ordinaires [hayavé lavin] — et c'est pourquoi elles seraient sans effet avec une yevama. Mais selon l'avis des [autres] Sages, les fiançailles seraient bel et bien effectives pour cette femme, comme c'est le cas pour tous les interdits ordinaires.
אֲמַר לֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ: אִי לָאו דְּקַלְּסָךְ גַּבְרָא רַבָּה, הֲוָה אָמֵינָא לָךְ אֲנָא: מַתְנִיתִין רַבִּי עֲקִיבָא הִיא, דְּאָמַר: אֵין קִידּוּשִׁין תּוֹפְסִין בְּחַיָּיבֵי לָאוִין.
La Guemara objecte : Et si c'est l'avis de Rabbi Akiva, lorsqu'il lui dit « après que ton yavam t'aura fait la halitsa », que les fiançailles prennent donc effet pour elle [une fois la halitsa accomplie] ! Car nous avons entendu Rabbi Akiva dire qu'un homme peut transférer une chose qui n'est pas encore venue au monde. [Autrement dit, Rabbi Akiva tient qu'une acquisition peut porter sur ce qui n'existe pas encore ; dès lors, même si les fiançailles ne peuvent prendre effet à présent, elles devraient être valides après qu'elle a fait la halitsa. La preuve que telle est bien l'opinion de Rabbi Akiva est] comme nous l'avons appris dans une Michna (Ketoubot 59a) :
וְאִי רַבִּי עֲקִיבָא, כִּי אָמַר לַהּ ״לְאַחַר שֶׁיַּחֲלוֹץ לִיךְ יְבָמִיךְ״ לִיתְפְּסוּ בָּהּ קִידּוּשֵׁי! דְּהָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי עֲקִיבָא דְּאָמַר: אָדָם מַקְנֶה דָּבָר שֶׁלֹּא בָּא לָעוֹלָם. דִּתְנַן:
Rachi
בעניותינו - מתוך עניות דעתנו שאין אנו יודעים פי' המקרא:,אי ללאו הוא דאתא - הרי היא כשאר חייבי לאוין ותפסי בה קדושין:
אם היה יבמה כהן - וזו נישאת לשוק בעד אחד או בשני עדים שאמרו לה מת בעליך ואחר כך מת בנך ואמר שמואל בעיא גט וכיון דיהיב לה גיטא מיפסלא על היבם שהוא כהן משום גרושה:,חולץ לה - יבם ושריא לבעלה:
והותרה לו - ליבם:
נשואין יש בה - קס"ד לענין גט דאם ניסת לזר שאמרו לה מת בעליך ואח"כ בנך צריכה גט:
בזנות - דהוי כזנות ומיתסרא איבם כרב המנונא. ורב אשי דאמר לעיל נותן לה שני גט והותרה לו לית ליה דרב המנונא:
כדאמר מעיקרא - נשואין יש בה לענין גט ולאו משום דקדושי נינהו אלא משום דאי מפקעת לה בלא גט אתי למימר נמי באשה שהלך בעלה למדינת הים וניסת ע"פ ב"ד בעד אחד תצא בלא גט אבל נתקדשה לא בעיא גיטא דהא אשת איש גופה שנתקדשה על פי ב"ד בעד אחד תצא בלא גט כדתנן אע"פ שנתן לה האחרון גט לא פסלה מן הכהונה:
נמנו וגמרו כו' - דדרשינן לא תהיה לא תהא בה הויה:,אינה מקודשת - כיון דהשתא לא תפסי בה קדושי לקמיה נמי לא תפסי דאין אדם מקנה דבר שלא בא לעולם:,מי משכחת מרגניתא - אי לאו דאמרי לך לא הוית מסיק אדעתיך דטעמא משום דלא תפסי בה קדושי השתא הוא אלא דאין מקנה דבר שלא בא לעולם ואפילו יש בידו לעשות עכשיו:
אמר ליה ריש לקיש - לרבי יוחנן:
Tossafot
אמר רב מנין שאין קדושין תופסין ביבמה - אפילו לרבנן דרבי עקיבא דכרבנן סבירא ליה לרב מדמכשיר עובד כוכבים ועבד הבא על בת ישראל בהחולץ (לעיל יבמות דף מה. ושם) ולרבי עקיבא הוי ממזר כדאמרינן בפ' עשרה יוחסין (קדושין עה:) ולקמן נמי בשמעתין דאמר ר' ינאי נמנו וגמרו שאין קדושין תופסין ביבמה אמר ליה רבי יוחנן רבי לא משנתינו היא זו כו' ודחי הא מני ר"ע היא מכלל דאיהו אמר אפילו אליבא דרבנן והא דקתני לעיל זו דברי רבי עקיבא דאמר אין קדושין תופסין בחייבי לאוין משמע דבהכי תלוי מה שהוא ממזר ביבמה פירשתי בסוף החולץ (לעיל יבמות מט. ד"ה הכל):
אי ללאו הוא דאתא - פר"ת אי ללאו גרידא הוא דאתא אי לקדושין דלא תפסי נמי הוא דאתא ולעיל פירשתי (שם):
נותן לה שני גט והותרה - אר"ת דאיירי שנתקדשה ולא נישאת ודוקא היכא דבעי יבם לייבומי הוא דאסירא לשני אבל אי לא בעי לייבומי חולץ לה ושריא ליה להאי שקידשה דבקדושין לא קנסינן אפי' באשת איש אלא דוקא כשניסת דעבדה איסורא וכי היכי דמותרת לחזור לו מותרת נמי למקדש אם מת הבעל או גירש וכ"ש הכא ביבמה דשריא למקדש וכן הורה ר"ת הלכה למעשה באשה שלא ידעה שהיה לה יבם ונתקדשה והתירה למקדש אחר חליצת היבם והא דפריך הכא איתגורי איתגור היינו משום דקאמר חולץ לה יבם ושריא לבעלה דמשמע חולץ בעל כרחו שכופין אותו אע"פ שברצונו היה מייבם אילו לא קדשה ומש"ה פריך איתגורי איתגור אבל אם מדעתו היה חולץ היתה מותרת לו ואין זה איתגורי איתגור והא לא איצטריך ליה לרב אשי לאשמועינן וא"ת והשתא נמי מאי קמ"ל דקאמר נותן שני גט דלאשמועינן דבעיא גט לא איצטריך דכבר פסק אמימר בהדיא הלכתא כשמואל ואר"ת דקמ"ל שכופין אותו ליתן גט כדי שלא יהיה חוטא נשכר אבל אם נשאת אפילו רצה היבם לחלוץ אסורה לבעלה ותצא מזה ומזה כדמסיק בירושלמי דיבמה שנשאת בלא חליצה תצא ולא אמרי' זה חולץ וזה מקיים ומתני' דהזורק (גיטין דף פ.) קתני ביבמה לשוק תצא מזה ומזה אפילו בנשואי טעות וכ"ש בנשואי מזיד דקנסינן לה טפי ואפילו את"ל בכשנשאה במזיד לא שייך למגזר ולמיקנסיה כי היכי דלא קנסינן ליה בזינו משום דנשואי מזיד לא שכיחי כמו זנות מ"מ לא מיסתבר לאוקמי הך מילתא בנשואי מזיד דלא איירי הגמרא בהכי ומיהו מצינו חוטא נשכר משמע קצת דבמזיד איירי ומתוך פירוש הקונטרס משמע דאיירי בניסת דפירש בסמוך דרב אשי דהכא לית ליה דרב המנונא ור"ח פסק כהלכות גדולות דאפי' נתקדשה תצא מן המקדש וכדברי ר"ת נראה לר"י עיקר:
Texte : Sefaria — William Davidson Edition - Vocalized Aramaic · traduction française de travail, à valider.