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Traité Yevamot

79a

Étude de Yevamot 79a

Étude de la Guémara 79a

Guémara
[La Guemara poursuit l'examen de la famine survenue au temps de David et de son enquête sur sa cause. On ne pouvait l'attribuer au deuil mal accompli de Saül, car les] douze mois de l'année [de deuil étaient passés depuis longtemps] : plusieurs années s'étaient en effet écoulées depuis la période de deuil de douze mois due à Saül, et il n'est pas convenable de prononcer une oraison funèbre après un délai aussi long.
תְּרֵיסַר יַרְחֵי שַׁתָּא, וְלָא דַּרְכֵּיהּ לְמִסְפְּדֵיהּ.
[David comprit que la famine venait du tort fait aux Guivonim, les Gabaonites, que Saül avait fait périr.] « Quant aux Guivonim, appelons-les et apaisons-les. » En conséquence, le verset rapporte : « Le roi appela les Guivonim et leur dit… Que ferai-je pour vous, et avec quoi obtiendrai-je le pardon, afin que vous bénissiez l'héritage de l'Éternel ? Les Guivonim lui répondirent : Il n'est pas question d'argent ni d'or entre nous et Saül ou sa maison ; il ne nous appartient pas non plus de faire mourir quelque homme en Israël… Qu'on nous livre sept hommes parmi ses fils, et nous les pendrons devant l'Éternel… » (II Samuel 21, 1-6). [David] chercha à les apaiser par d'autres moyens, mais ils refusèrent de se laisser apaiser.
נְתִינִים נִיקְרִינְהוּ וּנְפַיְּיסִינְהוּ: ״וַיִּקְרָא הַמֶּלֶךְ לַגִּבְעוֹנִים וַיֹּאמֶר אֲלֵיהֶם. מָה אֶעֱשֶׂה לָכֶם וּבַמָּה אֲכַפֵּר וּבָרְכוּ אֶת נַחֲלַת ה׳. וַיֹּאמְרוּ לוֹ הַגִּבְעוֹנִים אֵין לָנוּ כֶּסֶף וְזָהָב עִם שָׁאוּל וְעִם בֵּיתוֹ וְאֵין לָנוּ אִישׁ וְגוֹ׳ יֻתַּן לָנוּ שִׁבְעָה אֲנָשִׁים מִבָּנָיו וְהוֹקַעֲנוּם לַה׳ וְגוֹ׳״, פַּיְּיסִינְהוּ וְלָא מִיפַּיְיסוּ.
David dit : Il y a trois signes distinctifs en cette nation, le peuple d'Israël : ils sont miséricordieux, ils sont pudiques [empreints de pudeur et de réserve], et ils pratiquent les actes de bonté. Miséricordieux, ainsi qu'il est écrit : « Il te donnera miséricorde, te fera miséricorde et te multipliera » (Devarim 13, 18) — non seulement D.ieu aura pitié de toi, mais Il déposera en toi l'attribut de miséricorde. Pudiques, ainsi qu'il est écrit : « …afin que Sa crainte soit sur vos visages » (Chemot 20, 17) — et la crainte qui se lit sur le visage de l'homme, c'est sa pudeur. Ils pratiquent les actes de bonté, ainsi qu'il est écrit : « Car Je l'ai connu, afin qu'il prescrive à ses enfants et à sa maison après lui de garder la voie de l'Éternel, en pratiquant la justice et le droit » (Béréchit 18, 19) — c'est-à-dire pour accomplir des actes de bonté. Quiconque possède ces trois signes distinctifs est digne de se joindre à cette nation. Ceux qui en sont dépourvus, en revanche, ne sont pas dignes de faire partie du peuple d'Israël. Voyant la cruauté des Guivonim, David décréta qu'ils n'entreraient jamais dans l'assemblée d'Israël.
אָמַר, שְׁלֹשָׁה סִימָנִים יֵשׁ בְּאוּמָּה זוֹ: הָרַחְמָנִים, וְהַבַּיְישָׁנִין, וְגוֹמְלֵי חֲסָדִים. רַחְמָנִים — דִּכְתִיב: ״וְנָתַן לְךָ רַחֲמִים וְרִחַמְךָ וְהִרְבֶּךָ״. בַּיְישָׁנִין — דִּכְתִיב: ״בַּעֲבוּר תִּהְיֶה יִרְאָתוֹ עַל פְּנֵיכֶם״. גּוֹמְלֵי חֲסָדִים — דִּכְתִיב: ״לְמַעַן אֲשֶׁר יְצַוֶּה אֶת בָּנָיו וְאֶת בֵּיתוֹ וְגוֹ׳״. כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁלֹשָׁה סִימָנִים הַלָּלוּ — רָאוּי לְהִדָּבֵק בְּאוּמָּה זוֹ.
[La Guemara poursuit l'analyse du récit :] « Le roi prit les deux fils de Ritspa, fille d'Aya, qu'elle avait enfantés à Saül, Armoni et Mefibocheth, ainsi que les cinq fils de Mikhal, fille de Saül, qu'elle avait enfantés à Adriel, fils de Barzillaï le Meholatite » (II Samuel 21, 8). La Guemara demande : Qu'avaient donc de particulier ces fils-là, pour que David les choisît d'entre tous les descendants de Saül ? Rav Houna dit : Il fit passer tous les descendants de Saül devant l'arche de l'Alliance. Quiconque était retenu par l'arche, au point de ne pouvoir avancer, était voué à la mort ; quiconque n'était pas retenu par l'arche était mis à part pour la vie.
״וַיִּקַּח הַמֶּלֶךְ אֶת שְׁנֵי בְּנֵי רִצְפָּה בַת אַיָּה אֲשֶׁר יָלְדָה לְשָׁאוּל אֶת אַרְמֹנִי וְאֶת מְפִבֹשֶׁת וְאֶת חֲמֵשֶׁת בְּנֵי מִיכַל בַּת שָׁאוּל אֲשֶׁר יָלְדָה לְעַדְרִיאֵל בֶּן בַּרְזִילַּי הַמְּחֹלָתִי״. מַאי שְׁנָא הָנֵי? אָמַר רַב הוּנָא: הֶעֱבִירוּם לִפְנֵי אָרוֹן, כֹּל שֶׁאָרוֹן קוֹלְטוֹ — לְמִיתָה, כֹּל שֶׁאֵין אָרוֹן קוֹלְטוֹ — לְחַיִּים.
Rav Hana bar Ketina souleva une objection : Le verset dit : « Le roi épargna Mefibocheth, fils de Yehonatan, fils de Saül, à cause du serment de l'Éternel qui les liait, David et Yehonatan, fils de Saül » (II Samuel 21, 7). [Si les sept hommes furent condamnés par l'arche, en quoi la compassion du roi pouvait-elle modifier leur sentence ?] La Guemara répond : Cela signifie qu'il ne fit pas du tout passer Mefibocheth devant l'arche, afin qu'il ne courût pas le risque d'être retenu.
מֵתִיב רַב חָנָא בַּר קַטִּינָא: ״וַיַּחְמֹל הַמֶּלֶךְ עַל מְפִבֹשֶׁת בֶּן יְהוֹנָתָן בֶּן שָׁאוּל״ — שֶׁלֹּא הֶעֱבִירוֹ.
La Guemara met en cause ce procédé : Peut-on faire acception de personne en pareille matière ? [Une fois la décision remise entre les mains du Ciel, comment David aurait-il pu intervenir dans une affaire de vie et de mort, en s'abstenant de faire passer Mefibocheth devant l'arche ?] La Guemara répond : En réalité, voici ce qui se produisit : David fit bien passer Mefibocheth devant l'arche, et l'arche le retint ; mais David implora aussitôt miséricorde en sa faveur, et l'arche le relâcha. La Guemara objecte : Mais la difficulté demeure : peut-on faire acception de personne en pareille matière ? [Une fois l'arche ayant condamné Mefibocheth à la mort, comment David aurait-il pu intervenir, en sorte qu'un autre dût mourir à sa place ?] En réalité, David implora miséricorde en sa faveur uniquement pour que l'arche ne le retînt pas [et n'accomplit aucun autre acte].
וְכִי מַשּׂוֹא פָּנִים יֵשׁ בַּדָּבָר? אֶלָּא: שֶׁהֶעֱבִירוֹ וּקְלָטוֹ, וּבִקֵּשׁ עָלָיו רַחֲמִים, וּפְלָטוֹ. וְאַכַּתִּי: מַשּׂוֹא פָּנִים יֵשׁ בַּדָּבָר? אֶלָּא, שֶׁבִּקֵּשׁ רַחֲמִים שֶׁלֹּא יִקְלְטֶנּוּ הָאָרוֹן.
La Guemara soulève une difficulté à propos du récit tel que la Bible le rapporte : Mais n'est-il pas écrit : « Les pères ne seront pas mis à mort pour les enfants, et les enfants ne seront pas mis à mort pour les pères » (Devarim 24, 16) ? [Les fils de Saül n'ayant pas péché, pourquoi furent-ils mis à mort ?] Rabbi Hiyya bar Abba dit au nom de Rabbi Yohanan : Mieux vaut qu'une seule lettre [et une seule mitsva] soit déracinée de la Torah de cette manière, plutôt que le Nom du Ciel ne soit profané en public [parhessia]. La mise à mort des Guivonim par le peuple d'Israël constituait en effet une profanation du Nom de D.ieu ; pour réparer ce tort, David céda aux exigences des Guivonim, quoiqu'elles contredisent la loi de la Torah.
וְהָא כְּתִיב: ״לֹא יוּמְתוּ אָבוֹת עַל בָּנִים וְגוֹ׳״? אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מוּטָב שֶׁתֵּעָקֵר אוֹת אַחַת מִן הַתּוֹרָה, וְאַל יִתְחַלֵּל שֵׁם שָׁמַיִם בְּפַרְהֶסְיָא.
[La Guemara poursuit l'analyse du récit.] Le verset dit : « Ritspa, fille d'Aya, prit un sac et l'étendit pour elle sur le rocher, depuis le début de la moisson jusqu'à ce que l'eau se déversât sur eux du ciel ; et elle ne laissa ni les oiseaux du ciel se poser sur eux le jour, ni les bêtes des champs la nuit » (II Samuel 21, 10). La Guemara soulève une difficulté : Comment a-t-on pu laisser les fils exécutés de Saül sans sépulture durant tout ce temps ? N'est-il pas écrit : « Son cadavre ne passera pas la nuit sur le bois, mais tu l'enseveliras le jour même » (Devarim 21, 23) ?
״וַתִּקַּח רִצְפָּה בַת אַיָּה אֶת הַשַּׂק וַתַּטֵּהוּ לָהּ אֶל הַצּוּר מִתְּחִלַּת קָצִיר עַד נִתַּךְ מַיִם עֲלֵיהֶם מִן הַשָּׁמָיִם וְלֹא נָתְנָה עוֹף הַשָּׁמַיִם לָנוּחַ עֲלֵיהֶם יוֹמָם וְחַיַּת הַשָּׂדֶה לַיְלָה״. וְהָא כְּתִיב: ״לֹא תָלִין נִבְלָתוֹ עַל הָעֵץ״!
Rabbi Yohanan dit au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadak : Mieux vaut qu'une seule lettre soit déracinée de la Torah, et que par là le Nom du Ciel soit sanctifié en public. Comment cela ? Car les passants [non juifs] disaient : Quelle est la nature de ces gens qu'on a laissés pendus ici si longtemps ? On leur répondait : Ce sont des fils de rois. — Et qu'ont-ils fait pour mériter un tel sort ? — Ils ont porté la main sur des convertis intéressés [guérim guéroulim, des prosélytes qui s'étaient convertis par intérêt personnel] et leur ont causé du tort, alors même que ceux-ci n'avaient jamais été autorisés à entrer dans l'assemblée. Ces passants disaient alors : Il n'est pas de nation à laquelle il soit aussi digne de se joindre que celle-ci. Si les fils de rois qui ont fait du tort à des convertis sont traités de la sorte, combien plus le seraient les fils de gens ordinaires [hédyotot] ! Et si des convertis intéressés sont défendus de cette façon, combien plus le seraient les membres mêmes du peuple d'Israël !
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוֹצָדָק: מוּטָב שֶׁתֵּעָקֵר אוֹת אַחַת מִן הַתּוֹרָה, וְיִתְקַדֵּשׁ שֵׁם שָׁמַיִם בְּפַרְהֶסְיָא. שֶׁהָיוּ עוֹבְרִים וְשָׁבִים אוֹמְרִים: מָה טִיבָן שֶׁל אֵלּוּ? הַלָּלוּ בְּנֵי מְלָכִים הֵם. וּמָה עָשׂוּ? פָּשְׁטוּ יְדֵיהֶם בְּגֵרִים גְּרוּרִים. אָמְרוּ: אֵין לְךָ אוּמָּה שֶׁרְאוּיָה לְהִדָּבֵק בָּהּ כָּזוֹ. וּמָה בְּנֵי מְלָכִים כָּךְ — בְּנֵי הֶדְיוֹטוֹת עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה! וּמָה גֵּרִים גְּרוּרִים כָּךְ — יִשְׂרָאֵל עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה!
Aussitôt, cent cinquante mille convertis se joignirent au peuple d'Israël, ainsi qu'il est dit : « Salomon eut soixante-dix mille porteurs de fardeaux et quatre-vingt mille tailleurs de pierres dans la montagne » (I Rois 5, 29) — tous étant des convertis. La Guemara demande : Mais peut-être ces porteurs et tailleurs étaient-ils des Juifs ? La Guemara répond : Cela ne saurait te venir à l'esprit, car il est écrit : « Mais des enfants d'Israël, Salomon n'employa personne comme esclave » (I Rois 9, 22).
מִיָּד נִתּוֹסְפוּ עַל יִשְׂרָאֵל מֵאָה וַחֲמִשִּׁים אֶלֶף, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי לִשְׁלֹמֹה שִׁבְעִים אֶלֶף נוֹשֵׂא סַבָּל וּשְׁמֹנִים אֶלֶף חוֹצֵב בָּהָר״. וְדִלְמָא יִשְׂרָאֵל הֲווֹ? לָא סָלְקָא דַּעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״וּמִבְּנֵי יִשְׂרָאֵל לֹא נָתַן שְׁלֹמֹה עָבֶד״.
La Guemara soulève une autre difficulté : Mais d'où peut-on déduire que ces hommes étaient des esclaves ? Peut-être étaient-ils seulement des ouvriers engagés [dougzar] au service public, auquel cas ils auraient pu être des Juifs de naissance, et non des convertis. En réalité, le point s'établit d'ici : « Salomon recensa tous les hommes convertis qui se trouvaient en terre d'Israël… et l'on en trouva cent cinquante mille… et il fit de soixante-dix mille d'entre eux des porteurs de fardeaux, et de quatre-vingt mille des tailleurs de pierres dans la montagne » (II Chroniques 2, 16-17). Il en ressort que ces porteurs et tailleurs étaient bien des convertis. [Ces nombreux convertis avaient été touchés par la sanctification du Nom de D.ieu, à la suite du châtiment infligé aux descendants de Saül.]
וְדִלְמָא דּוּגְזַר בְּעָלְמָא. אֶלָּא מֵהָכָא: ״וַיִּסְפֹּר שְׁלֹמֹה כׇּל הָאֲנָשִׁים הַגֵּרִים אֲשֶׁר בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל [וְגוֹ׳] וַיִּמָּצְאוּ מֵאָה וַחֲמִשִּׁים אֶלֶף [וְגוֹ׳] וַיַּעַשׂ מֵהֶם שִׁבְעִים אֶלֶף (נוֹשֵׂא) סַבָּל וּשְׁמוֹנִים אֶלֶף חוֹצֵב בָּהָר״.
La Guemara revient à la question centrale en débat. Quant aux Guivonim, est-ce vraiment David qui édicta contre eux le décret leur interdisant d'entrer dans l'assemblée ? N'est-ce pas Moché qui édicta un décret à leur sujet, ainsi qu'il est écrit : « depuis le fendeur de ton bois jusqu'au puiseur de ton eau » (Devarim 29, 10) — ce qui indique qu'il existait déjà, du temps de Moché, une classe distincte de fendeurs de bois et de puiseurs d'eau ? [Cette classe devait être formée de convertis non sincères, constituant un groupe à part, distinct du reste du peuple d'Israël.] La Guemara répond : Moché ne prononça son décret que pour cette génération-là [qui devait demeurer à part], tandis que David décréta pour toutes les générations.
וּנְתִינִים דָּוִד גָּזַר עֲלֵיהֶם? מֹשֶׁה גָּזַר עֲלֵיהֶם, דִּכְתִיב: ״מֵחוֹטֵב עֵצֶיךָ עַד שׁוֹאֵב מֵימֶיךָ״! מֹשֶׁה גְּזַר לְהָהוּא דָּרָא, דָּוִד גְּזַר לְכוּלֵּי דָּרֵא.
Yevamot 79a
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יבמות ע״ט אמַסֶּכֶת יְבָמוֹת