Guémara
[La Guemara rapporte la source de l'enseignement de Rabbi Yohanan,] comme Rabbi Zakaï enseigna la baraïta suivante devant Rabbi Yohanan : ce qui est écrit au sujet du Cohen Gadol [le grand prêtre] — « Mais c'est une vierge d'entre ses peuples qu'il prendra pour femme » (Vayikra 21, 14) — vient inclure une convertie de souche [guiyoret mikana], c'est-à-dire une convertie de naissance : celle qui est née d'un père et d'une mère qui s'étaient convertis après leur mariage mais avant sa naissance à elle ; et ce verset indique qu'elle est apte à épouser un Cohen. Et Rabbi Yohanan lui répondit : moi, j'enseigne que le mot « ses peuples » et l'expression plus large « d'entre ses peuples » viennent inclure une vierge issue de deux peuples — née de l'union de convertis provenant de deux peuples différents — et toi, tu ne dis qu'une convertie de souche, et rien de plus ?
דְּתָנֵי רַבִּי זַכַּאי קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן: ״כִּי אִם בְּתוּלָה מֵעַמָּיו יִקַּח אִשָּׁה״, לְהָבִיא גִּיּוֹרֶת מִכַּנָּהּ — שֶׁהִיא כְּשֵׁרָה לַכְּהוּנָּה. וַאֲמַר לֵיהּ: אֲנִי שׁוֹנֶה ״עַמָּיו״, ״מֵעַמָּיו״ — לְהָבִיא בְּתוּלָה הַבָּאָה מִשְּׁנֵי עַמְמִין, וְאַתְּ אָמְרַתְּ גִּיּוֹרֶת מִכַּנָּהּ וְתוּ לָא?
La Guemara demande : que sont ces « deux peuples » ? Si l'on dit qu'il s'agit d'un Ammonite ayant épousé une Ammonite — et que le sens de « issue de deux peuples » serait qu'ils comptent légalement comme deux peuples distincts, puisque leurs hommes sont interdits d'entrée dans l'assemblée [d'Israël] tandis que leurs femmes y sont permises — alors c'est exactement le cas de la convertie de souche [et l'enseignement n'apporte rien de neuf, puisque leur fille est une convertie à part entière]. Il faut donc dire plutôt qu'il s'agit d'un Ammonite ayant épousé une fille d'Israël, car ceux-là relèvent bien de deux peuples distincts.
מַאי ״שְׁנֵי עַמְמִין״? אִילֵּימָא עַמּוֹנִי שֶׁנָּשָׂא עַמּוֹנִית, וּמַאי מִשְּׁנֵי עַמְמִין, דִּזְכָרִים אֲסוּרִין וּנְקֵבוֹת מוּתָּרוֹת, הַיְינוּ גִּיּוֹרֶת מִכַּנָּהּ. אֶלָּא בְּעַמּוֹנִי שֶׁנָּשָׂא בַּת יִשְׂרָאֵל.
Et il en est qui rapportent une autre version de cet échange. Rabbi Yohanan dit à Rabbi Zakaï : moi, j'enseigne que le mot « ses peuples » et l'expression plus large « d'entre ses peuples » viennent inclure une vierge issue de deux peuples — c'est-à-dire dont la mère était juive de naissance et dont le père était un converti, ce converti provenant lui-même d'un peuple qui réunit en lui deux peuples : un Ammonite ou un Moabite, peuples dont les hommes sont interdits d'entrée dans l'assemblée tandis qu'il est permis à leurs femmes d'y entrer — et toi, tu ne dis qu'une convertie de souche, et rien de plus ?
וְאִיכָּא דְאָמְרִי, אֲמַר לֵיהּ: אֲנִי שׁוֹנֶה ״עַמָּיו״ ״מֵעַמָּיו״ — לְהָבִיא בְּתוּלָה הַבָּאָה מִשְּׁנֵי עַמְמִין, וּמֵעַם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁנֵי עַמְמִין, וְאַתְּ אָמְרַתְּ גִּיּוֹרֶת מִכַּנָּהּ וְתוּ לָא?
La Guemara demande : et selon cette seconde version, d'où Rabbi Yohanan tient-il que la fille d'un Égyptien de deuxième génération [un converti] qui a contracté un mariage interdit avec une femme juive de naissance est apte à épouser un Cohen — sachant que, pour les convertis égyptiens, il n'y a pas de différence entre les hommes et les femmes ? Et si tu voulais dire qu'il le déduit du cas de l'Ammonite converti ayant épousé une fille d'Israël, voici la difficulté : quelle comparaison établir avec un Ammonite converti ayant épousé une fille d'Israël et en ayant eu une fille — laquelle est permise à l'assemblée bien qu'elle soit fille d'Ammonite, puisque les converties ammonites sont entièrement permises ? [C'est peut-être pour cette raison-là qu'il est permis à cette fille d'épouser aussi un Cohen.] En dirait-on autant de la fille d'un Égyptien de deuxième génération qui a contracté un mariage interdit avec une femme juive de naissance, alors qu'il est interdit aux converties égyptiennes — comme à leurs homologues masculins — d'entrer dans l'assemblée jusqu'à la troisième génération ?
וּלְהָךְ לִישָּׁנָא, בַּת מִצְרִי שֵׁנִי, דִּכְשֵׁרָה לִכְהוּנָּה מְנָא לֵיהּ? וְכִי תֵּימָא דְּיָלֵיף מֵעַמּוֹנִי שֶׁנָּשָׂא בַּת יִשְׂרָאֵל: מָה לְעַמּוֹנִי שֶׁנָּשָׂא בַּת יִשְׂרָאֵל, שֶׁכֵּן נְקֵבוֹת מוּתָּרוֹת.
La Guemara répond : que le cas d'un Égyptien converti de deuxième génération ayant épousé une Égyptienne convertie de deuxième génération le prouve [que la difficulté n'est pas dirimante] — car il est permis à leur fille, Égyptienne de troisième génération, d'entrer dans l'assemblée, bien qu'elle appartienne au peuple égyptien, dont les converties sont interdites au même titre que les convertis.
מִצְרִי שֵׁנִי שֶׁנָּשָׂא מִצְרִית שְׁנִיָּה יוֹכִיחַ!
La Guemara réfute cette preuve : quelle comparaison établir avec un Égyptien converti de deuxième génération ayant épousé une Égyptienne convertie de deuxième génération, vu que son union à lui ne comporte aucune transgression — puisqu'il lui est permis de l'épouser ? En dirait-on autant d'un Égyptien de deuxième génération qui a contracté un mariage interdit avec une fille d'Israël ?
מָה לְמִצְרִי שֵׁנִי שֶׁנָּשָׂא מִצְרִית שְׁנִיָּה, שֶׁכֵּן אֵין בִּיאָתוֹ בַּעֲבֵירָה.
[Cela ramène à la première preuve :] que l'Ammonite ayant épousé une fille d'Israël le prouve, car eux aussi ont contracté une union interdite, et il est pourtant permis à la fille issue de ce mariage d'épouser un Cohen. Et la déduction est revenue à son point de départ, etc. [le débat peut aller et venir]. [Chacun des deux cas — l'Ammonite et l'Égyptien de deuxième génération — a son aspect propre, mais] leur dénominateur commun est qu'il est permis à la fille d'épouser un Cohen ; de même donc, il est permis à la fille d'un Égyptien de deuxième génération qui a épousé une femme née juive d'épouser un Cohen.
עַמּוֹנִי שֶׁנָּשָׂא בַּת יִשְׂרָאֵל יוֹכִיחַ. וְחָזַר הַדִּין וְכוּ׳.
Rav Yossef dit : c'est précisément ce que j'avais entendu Rav Yehouda enseigner, dans son cours, à propos des expressions « ses peuples » et « d'entre ses peuples » — et sur le moment je ne savais pas ce qu'il voulait dire. [Maintenant je comprends qu'il enseignait qu'il est permis à la fille d'un Ammonite converti ayant épousé une femme juive d'épouser un Cohen, comme l'a dit Rabbi Yohanan.]
אָמַר רַב יוֹסֵף: הַיְינוּ דִּשְׁמַעְנָא לֵיהּ לְרַב יְהוּדָה דְּאָמַר ״עַמָּיו״ ״מֵעַמָּיו״, וְלָא יָדַעְנָא מַאי קָאָמַר.
Lorsque Rav Chmouel bar Yehouda vint [d'Erets Israël à Babylone], il rapporta que Rabbi Zakaï avait enseigné ce qui suit devant Rabbi Yohanan : une femme ammonite [convertie] est apte [à l'assemblée] ; son fils issu d'un Ammonite est inapte ; et sa fille issue d'un Ammonite est apte. Dans quel cas cela est-il dit ? À propos d'un Ammonite et d'une Ammonite qui se sont convertis ; mais sa fille à elle issue d'un Ammonite [non converti] est inapte.
כִּי אֲתָא רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה, אָמַר: הָכִי תַּנָּא קַמֵּיהּ: אִשָּׁה עַמּוֹנִית — כְּשֵׁרָה, בְּנָהּ מֵעַמּוֹנִי — פָּסוּל, וּבִתָּהּ מֵעַמּוֹנִי — כְּשֵׁרָה. בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים: בְּעַמּוֹנִי וְעַמּוֹנִית שֶׁנִּתְגַּיְּירוּ, אֲבָל בִּתָּהּ מֵעַמּוֹנִי — פְּסוּלָה.
Rabbi Yohanan lui répondit : sors enseigner cela dehors — c'est-à-dire : cette baraïta n'est pas conforme à la halakha admise, on ne doit donc pas l'intégrer à l'étude régulière de la maison d'étude. Ce que tu as dit, qu'une femme ammonite est apte, est notoire et n'a pas besoin d'être enseigné, car ce n'est qu'une autre manière de dire qu'un Ammonite [homme] est barré de l'assemblée, mais non une Ammonite [femme]. Quant à l'enseignement selon lequel son fils issu d'un Ammonite est inapte, lui aussi est superflu, puisqu'il est lui-même un Ammonite.
אֲמַר לֵיהּ: פּוֹק תְּנִי לְבָרָא. מַאי דַּאֲמַרְתְּ אִשָּׁה עַמּוֹנִית כְּשֵׁרָה — ״עַמּוֹנִי״ וְלֹא עַמּוֹנִית. בְּנָהּ מֵעַמּוֹנִי פָּסוּל — דְּהָא עַמּוֹנִי הוּא.
Mais ce que tu as dit — « sa fille issue d'un Ammonite est apte » — au regard de quoi l'as-tu enseigné ? Si l'on dit qu'elle est apte à entrer dans l'assemblée, c'est là encore redondant : dès lors qu'il a été enseigné que même sa mère est apte à entrer dans l'assemblée, est-il besoin de dire qu'elle-même, la fille, y est apte ? Il faut donc dire plutôt qu'elle est apte à épouser un Cohen.
וּבִתָּהּ מֵעַמּוֹנִי כְּשֵׁרָה, לְמַאי? אִילֵימָא לָבֹא בַּקָּהָל — הַשְׁתָּא אִמָּהּ כְּשֵׁרָה, הִיא מִיבַּעְיָא? אֶלָּא לִכְהוּנָּה.
[La baraïta poursuit :] dans quel cas cela est-il dit ? À propos d'un Ammonite et d'une Ammonite qui se sont convertis ; mais sa fille issue d'un Ammonite est inapte. Que désigne ici « sa fille issue d'un Ammonite » ? Si l'on dit que c'est un Ammonite ayant épousé une Ammonite [tous deux convertis avant la naissance de la fille], c'est la convertie de souche, qui a déjà été déclarée apte à épouser un Cohen ! Il faut donc dire plutôt un Ammonite converti ayant illicitement épousé une fille d'Israël — et selon ce qui est dit ici, leur fille serait inapte à épouser un Cohen. Or [Rabbi Yohanan a statué qu'une telle femme est apte ; c'est pourquoi] il lui dit : sors enseigner cela dehors [car cette baraïta n'est pas fiable].
בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים: בְּעַמּוֹנִי וְעַמּוֹנִית שֶׁנִּתְגַּיְּירוּ, אֲבָל בִּתָּהּ מֵעַמּוֹנִי פְּסוּלָה. מַאי בִּתָּהּ מֵעַמּוֹנִי? אִילֵּימָא עַמּוֹנִי שֶׁנָּשָׂא עַמּוֹנִית — הַיְינוּ גִּיּוֹרֶת מִכַּנָּהּ! אֶלָּא עַמּוֹנִי שֶׁנָּשָׂא בַּת יִשְׂרָאֵל, אֲמַר לֵיהּ: פּוֹק תְּנִי לְבָרָא.