Guémara
[La Guemara objecte à l'opinion selon laquelle un seul verset suffit à enseigner que la téroumah n'est permise qu'après le coucher du soleil :] Mais n'est-il pas écrit, dans ce même passage qui traite de la femme après l'accouchement : « Elle ne touchera à aucune chose sainte et n'entrera pas au sanctuaire, jusqu'à ce que s'accomplissent les jours de sa purification » (Vayikra 12, 4) — verset qui vient inclure la téroumah [dans l'interdit] ? [Il y a donc bien plusieurs versets traitant de la téroumah.] Plutôt, [répond la Guemara,] la Torah considère séparément plusieurs sujets distincts, et tous les versets ne se rapportent pas à la téroumah.
וְהָכְתִיב: ״בְּכׇל קֹדֶשׁ לֹא תִגָּע״ — לְרַבּוֹת [אֶת] הַתְּרוּמָה! אֶלָּא, קְרָא מִילֵּי מִילֵּי קָא חָשֵׁיב.
La Guemara demande : et pourquoi me faut-il trois versets au sujet de la téroumah ? La Guemara répond : ils sont tous nécessaires. Car si l'on n'avait disposé que du verset « Il ne mangera pas des choses saintes jusqu'à ce qu'il soit pur » (Vayikra 22, 4), je n'aurais pas su par quel moyen la pureté rituelle s'obtient [par la seule immersion ou autrement]. C'est pourquoi le Miséricordieux écrit : « Et le soleil se couchera, et il sera pur, et après il mangera des choses saintes » (Vayikra 22, 7) — pour enseigner qu'il doit aussi attendre le coucher du soleil.
וּתְלָתָא קְרָאֵי בִּתְרוּמָה לְמָה לִי? צְרִיכִי, דְּאִי מֵ״עַד אֲשֶׁר יִטְהָר״, לָא הֲוָה יָדַעְנָא בְּמַאי — כְּתַב רַחֲמָנָא: ״וּבָא הַשֶּׁמֶשׁ וְטָהֵר״.
Et si le Miséricordieux n'avait écrit que « Et le soleil se couchera », j'aurais pu dire que cela ne vaut que pour celui qui n'est pas tenu d'apporter un sacrifice d'expiation ; mais pour celui qui doit apporter un sacrifice d'expiation, on aurait pu dire qu'il ne peut manger la téroumah qu'après avoir apporté son expiation. C'est pourquoi le Miséricordieux écrit : « jusqu'à ce que s'accomplissent les jours de sa purification » (Vayikra 12, 4) — ce qui indique qu'elle peut manger la téroumah dès que ses jours de purification sont accomplis, sans devoir attendre d'avoir apporté son sacrifice d'expiation.
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״וּבָא הַשֶּׁמֶשׁ״, הָנֵי מִילֵּי דְּלָאו בַּר כַּפָּרָה, אֲבָל דְּבַר כַּפָּרָה אֵימָא עַד דְּמַיְיתֵי כַּפָּרָה — כְּתַב רַחֲמָנָא: ״עַד מְלֹאת״.
Et si le Miséricordieux n'avait écrit que « jusqu'à ce que s'accomplissent [les jours de sa purification] », j'aurais dit qu'à l'achèvement de la période de purification elle est aussitôt pure, même sans immersion. C'est pourquoi le Miséricordieux écrit : « jusqu'à ce qu'il soit pur » [pour enseigner que l'immersion reste indispensable].
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״עַד מְלֹאת״ — הֲוָה אָמֵינָא אֲפִילּוּ בְּלֹא טְבִילָה — כְּתַב רַחֲמָנָא: ״עַד אֲשֶׁר יִטְהָר״.
La Guemara demande : et selon ce Tana qui est en désaccord avec le Tana de l'école de Rabbi Yichmaël, et qui dit que le verset « Tout homme de la descendance d'Aaron qui est lépreux ou atteint d'un écoulement (zav) ne mangera pas des choses saintes jusqu'à ce qu'il soit pur » (Vayikra 22, 4) parle d'un zav qui a déjà connu trois manifestations d'écoulement et d'un lépreux confirmé — l'un et l'autre devant apporter un sacrifice dans le cadre de leur purification, de sorte que cette expression « jusqu'à ce qu'il soit pur » signifie « jusqu'à ce qu'il apporte son sacrifice d'expiation » — selon ce Tana, pourquoi me faut-il deux versets au sujet des aliments consacrés [du sacrifice] : celui-ci et le verset concernant la femme après l'accouchement, « Et le Cohen fera sur elle l'expiation, et elle sera pure » (Vayikra 12, 8), pour enseigner qu'on ne peut manger les aliments consacrés qu'après que le sacrifice d'expiation a été apporté ?
וּלְהָךְ תַּנָּא דִּפְלִיג עֲלֵיהּ דְּתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, דְּאָמַר בְּזָב בַּעַל שָׁלֹשׁ רְאִיּוֹת וּבִמְצוֹרָע מוּחְלָט הַכָּתוּב מְדַבֵּר, וְהַאי ״עַד אֲשֶׁר יִטְהָר״ — עַד דְּמַיְיתֵי כַּפָּרָה, תְּרֵי קְרָאֵי בְּקָדָשִׁים לְמָה לִי?
La Guemara répond : les deux sont nécessaires. Car si le Miséricordieux n'avait écrit cette loi qu'au sujet de la femme après l'accouchement, on aurait pu dire qu'elle ne s'applique qu'à elle, parce que sa période d'impureté est longue — elle ne peut revenir à la téroumah et aux aliments consacrés qu'au bout de quarante jours pour un garçon ou de quatre-vingts jours pour une fille ; mais pour un zav, on aurait dit que non. Et si le Miséricordieux n'avait écrit cette loi qu'au sujet du zav, on aurait pu dire qu'elle ne s'applique qu'à lui, parce qu'aucune exception n'est jamais faite à son interdit général [il demeure impur tant que dure son écoulement] ; mais pour la femme après l'accouchement — qui, elle, est permise à son mari durant trente-trois ou soixante-six jours de cette période — on aurait dit que non. Les deux versets sont donc nécessaires.
צְרִיכִי, דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא בְּיוֹלֶדֶת — מִשּׁוּם דִּמְרוּבָּה טוּמְאָתָהּ, אֲבָל בְּזָב — אֵימָא לָא. וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא בְּזָב — דְּלֹא הוּתַּר מִכְּלָלוֹ, אֲבָל יוֹלֶדֶת — אֵימָא לָא, צְרִיכָא.
La Guemara demande : à quoi me sert le verset énoncé au sujet d'un ustensile devenu impur par contact avec un reptile — « Il sera mis dans l'eau, et il sera impur jusqu'au soir, puis il sera pur » (Vayikra 11, 32) ? Rabbi Zéira a dit : il est nécessaire pour enseigner [la loi du] contact. Un ustensile impur, même après avoir été immergé, transmet encore l'impureté à la téroumah qu'il touche jusqu'à la tombée de la nuit. Il en va de même de la personne impure qui s'est déjà immergée : non seulement il lui est interdit de manger la téroumah, mais elle la rend impure si elle la touche.
״בַּמַּיִם יוּבָא וְטָמֵא עַד הָעֶרֶב״ לְמָה לִי? אָמַר רַבִּי זֵירָא: לִנְגִיעָה.
Ainsi qu'il est enseigné dans une baraïta : si le verset n'avait dit que « Il sera mis dans l'eau, et il sera impur jusqu'au soir », on aurait pu penser qu'il reste impur jusqu'au soir à tous égards. C'est pourquoi le verset précise : « puis il sera pur » — indiquant qu'il est pur après l'immersion, avant même le coucher du soleil. Et s'il n'avait dit que « puis il sera pur », on aurait pu penser qu'il est pur après l'immersion à tous égards. C'est pourquoi le verset précise : « et il sera impur jusqu'au soir ». Comment cela ? Comment lever la contradiction apparente entre les deux membres du verset ? Ici, le verset parle de la seconde dîme (maasser), pour laquelle la seule immersion suffit ; là, il parle de la téroumah, pour laquelle le coucher du soleil est requis.
דְּתַנְיָא: ״וְטָמֵא״ — יָכוֹל לַכֹּל, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְטָהֵר״. אִי ״וְטָהֵר״ — יָכוֹל לַכֹּל, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְטָמֵא״. הָא כֵּיצַד? כָּאן לְמַעֲשֵׂר, כָּאן לִתְרוּמָה.
La Guemara demande : mais je peux inverser le raisonnement et dire que c'est à la seconde dîme qu'il faut appliquer la plus grande rigueur [exiger pour elle le coucher du soleil] ! La Guemara répond : il est logique de soumettre la téroumah à la plus grande rigueur — de même que la consommation de la téroumah est soumise à plus de rigueur que la consommation de la seconde dîme, de même le contact de la téroumah doit-il être soumis à plus de rigueur que le contact de la seconde dîme.
וְאֵיפוֹךְ אֲנָא! מִסְתַּבְּרָא כִּי הֵיכִי דַּחֲמִירָא אֲכִילָה דִתְרוּמָה מֵאֲכִילָה דְמַעֲשֵׂר — הָכִי נָמֵי חֲמִירָא נְגִיעָה דִתְרוּמָה מִנְּגִיעָה דְמַעֲשֵׂר.
Et si tu veux, dis [que la source est ailleurs] : l'interdit du contact de la téroumah se déduit d'ici — « Elle ne touchera à aucune chose sainte et n'entrera pas au sanctuaire, jusqu'à ce que s'accomplissent les jours de sa purification » (Vayikra 12, 4) ; c'est là un avertissement [un interdit] visant celui qui mange la téroumah après s'être immergé mais avant le coucher du soleil. Ou bien ne serait-ce pas plutôt un avertissement visant celui qui touche la téroumah avant le coucher du soleil, comme le suggère le sens littéral du verset ?
וְאִיבָּעֵית אֵימָא נְגִיעָה דִתְרוּמָה מֵהָכָא נָפְקָא: ״בְּכׇל קֹדֶשׁ לֹא תִגָּע״ — אַזְהָרָה לָאוֹכֵל. אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא לַנּוֹגֵעַ?
C'est pourquoi le verset précise : « Elle ne touchera à aucune chose sainte et n'entrera pas au sanctuaire » (Vayikra 12, 4) — rapprochant ainsi [par analogie] la chose sainte du sanctuaire. De même que [l'interdit d'entrer dans] le sanctuaire est une affaire qui comporte la perte de la vie — car celui qui entre impur dans le sanctuaire encourt le karet — de même [l'interdit touchant] la chose sainte doit être une affaire qui comporte la perte de la vie, à savoir manger la téroumah en état d'impureté ; or l'interdit de toucher la téroumah en état d'impureté ne comporte aucune perte de vie, puisque le simple contact n'entraîne pas de karet.
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּכׇל קֹדֶשׁ לֹא תִגָּע וְאֶל הַמִּקְדָּשׁ לֹא תָבֹא״, מַקִּישׁ קֹדֶשׁ לַמִּקְדָּשׁ: מָה מִקְדָּשׁ — דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ נְטִילַת נְשָׁמָה, אַף קֹדֶשׁ — דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ נְטִילַת נְשָׁמָה. וּבִנְגִיעָה, נְטִילַת נְשָׁמָה לֵיכָּא,
Et quant au fait que le verset a exprimé cette loi en termes de « toucher », voici ce qu'il veut dire : la loi du contact est comme celle de la consommation [l'une et l'autre étant interdites à la personne impure, même après immersion, jusqu'au coucher du soleil] ; mais le verset parle en réalité de l'interdit de manger la téroumah en état d'impureté.
וְהַאי דְּאַפְּקֵיהּ בִּלְשׁוֹן נְגִיעָה, הָכִי קָאָמַר: נְגִיעָה כַּאֲכִילָה.