La Guemara aborde un autre cas où le tribunal contraint un homme à divorcer de sa femme dont il n'a pas eu d'enfant après dix ans de mariage. S'il a dit : « Tu as fait une fausse couche durant nos dix années de mariage » — et comme moins de dix ans se sont écoulés depuis ce moment, il ne devrait pas avoir à divorcer d'elle — et qu'elle a dit : « Je n'ai pas fait de fausse couche », Rabbi Ami a dit : même dans ce cas, elle est crue ; car s'il était vrai qu'elle avait fait une fausse couche, elle ne se présenterait pas elle-même comme stérile [en niant la fausse couche que son mari invoque].
הוּא אָמַר: אַפִּלַת בְּגוֹ עֲשַׂר. וְהִיא אָמְרָה: לָא אַפֵּלִית. אָמַר רַבִּי אַמֵּי: אַף בְּזוֹ הִיא נֶאֱמֶנֶת. דְּאִם אִיתָא דְּאַפִּלָה — נַפְשַׁהּ בְּעַקְרְתָה לָא מַחְזְקָה.
Si elle a fait une fausse couche, puis de nouveau une fausse couche, puis encore une fausse couche, elle est établie comme une femme sujette aux fausses couches, et son mari doit divorcer d'elle afin de pouvoir avoir des enfants avec une autre femme. S'il a dit qu'elle a fait deux fausses couches, et qu'elle a dit que cela s'est produit trois fois, Rabbi Yitshak ben Eléazar a dit : il y eut un cas de ce genre qui fut jugé à la maison d'étude, et l'on déclara qu'elle est crue ; car s'il était vrai qu'elle n'avait pas fait une troisième fausse couche, elle ne se présenterait pas elle-même comme sujette aux fausses couches [puisque cela aussi la dessert].
הִפִּילָה, וְחָזְרָה וְהִפִּילָה, וְחָזְרָה וְהִפִּילָה — הוּחְזְקָה לִנְפָלִים. הוּא אָמַר: אַפִּילָה תְּרֵי, וְהִיא אָמְרָה: תְּלָת, אָמַר רַבִּי יִצְחָק בֶּן אֶלְעָזָר: עוֹבָדָא הֲוָה בֵּי מִדְרְשָׁא, וַאֲמַרוּ: הִיא מְהֵימְנָא, דְּאִם אִיתָא דְּלָא אַפִּלָה — נַפְשַׁהּ בְּנִיפְלֵי לָא מַחְזְקָה.
Mishna 1
MICHNA : L'homme est tenu par la mitsva de fructifier et de multiplier (peria ourévia), mais non la femme. Rabbi Yohanan ben Beroka dit que la femme aussi y est tenue, car le verset dit à propos de l'un et de l'autre : « Et D.ieu les bénit, et D.ieu leur dit : Fructifiez et multipliez » (Béréchit 1, 28).
מַתְנִי׳ הָאִישׁ מְצֻוֶּוה עַל פְּרִיָּה וּרְבִיָּה, אֲבָל לֹא הָאִשָּׁה. רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה אוֹמֵר: עַל שְׁנֵיהֶם הוּא אוֹמֵר: ״וַיְבָרֶךְ אוֹתָם אֱלֹהִים וַיֹּאמֶר לָהֶם [אֱלֹהִים] פְּרוּ וּרְבוּ״.(משנה)
Guémara
GUEMARA : D'où ces choses sont-elles déduites, à savoir que la femme n'est pas tenue par la mitsva de fructifier et de multiplier ? Rabbi Ilea a dit au nom de Rabbi Eléazar fils de Rabbi Chimon : le verset dit : « Fructifiez et multipliez, remplissez la terre et soumettez-la » (Béréchit 1, 28). Or il est dans la manière de l'homme de soumettre [la terre], et il n'est pas dans la manière de la femme de soumettre. Par conséquent, il apparaît que tout le commandement — y compris la mitsva de fructifier et de multiplier — n'a été donné qu'aux hommes et non aux femmes.
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי אִילְעָא מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן: אָמַר קְרָא: ״וּמִלְאוּ אֶת הָאָרֶץ וְכִבְשׁוּהָ״. אִישׁ דַּרְכּוֹ לְכַבֵּשׁ, וְאֵין אִשָּׁה דַּרְכָּהּ לְכַבֵּשׁ.
La Guemara soulève une difficulté. Au contraire : le terme au pluriel « et soumettez-la » (vekhivchouha) indique que les deux y sont inclus ! Rav Nahman bar Yitshak a dit : il est écrit dans la Torah sans la lettre vav, de sorte qu'on peut le lire « et soumets-la » (vekhivcha), au singulier [masculin]. Rav Yossef a dit : la preuve vient d'ici — « Et D.ieu lui dit : Je suis le D.ieu Tout-Puissant, fructifie et multiplie (peré ourvé) » (Béréchit 35, 11) — formule au singulier, et il n'est pas dit « fructifiez et multipliez » (perou ourvou) au pluriel.
אַדְּרַבָּה: ״וְכִבְשׁוּהָ״ תַּרְתֵּי מַשְׁמַע! אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: ״וְכׇבְשֶׁהָ״ כְּתִיב. רַב יוֹסֵף אָמַר, מֵהָכָא: ״אֲנִי אֵל שַׁדַּי פְּרֵה וּרְבֵה״, וְלָא קָאָמַר ״פְּרוּ וּרְבוּ״.
La Guemara rapporte d'autres énoncés transmis par Rabbi Ilea au nom de Rabbi Eléazar fils de Rabbi Chimon. Et Rabbi Ilea a dit au nom de Rabbi Eléazar fils de Rabbi Chimon : de même qu'il est une mitsva, pour une personne, de dire ce qui sera écouté, de même est-ce une mitsva, pour une personne, de ne pas dire ce qui ne sera pas écouté. [On ne doit pas réprimander celui qui restera fermé à son message.] Rabbi Abba dit : il lui est même obligatoire de s'abstenir de parler, ainsi qu'il est dit : « Ne réprimande pas le moqueur, de peur qu'il ne te haïsse ; réprimande le sage, et il t'aimera » (Michlé 9, 8).
וְאָמַר רַבִּי אִילְעָא מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן: כְּשֵׁם שֶׁמִּצְוָה עַל אָדָם לוֹמַר דָּבָר הַנִּשְׁמָע — כָּךְ מִצְוָה עַל אָדָם שֶׁלֹּא לוֹמַר דָּבָר שֶׁאֵינוֹ נִשְׁמָע. רַבִּי אַבָּא אוֹמֵר: חוֹבָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַל תּוֹכַח לֵץ פֶּן יִשְׂנָאֶךָּ הוֹכַח לְחָכָם וְיֶאֱהָבֶךָּ״.
Et Rabbi Ilea dit encore au nom de Rabbi Eléazar fils de Rabbi Chimon : il est permis à une personne de s'écarter de la vérité dans une affaire qui apportera la paix, ainsi qu'il est dit : « Ton père a ordonné avant de mourir, en disant : Ainsi direz-vous à Yossef : De grâce, pardonne le crime de tes frères, etc. » (Béréchit 50, 16-17). [En réalité Yaakov n'avait jamais donné cet ordre ; ses fils le lui attribuèrent faussement afin de préserver la paix entre eux et Yossef.]
וְאָמַר רַבִּי אִילְעָא מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן: מוּתָּר לוֹ לָאָדָם לְשַׁנּוֹת בִּדְבַר הַשָּׁלוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אָבִיךְ צִוָּה וְגוֹ׳ כֹּה תֹאמְרוּ לְיוֹסֵף אָנָּא שָׂא נָא וְגוֹ׳״.
Rabbi Natan dit : c'est une mitsva [de s'écarter de la vérité pour préserver la paix], ainsi qu'il est dit : « Et Chmouel dit : Comment irais-je ? Chaoul l'entendra et me tuera, etc. » (I Chmouel 16, 2). [D.ieu répondit au verset suivant que Chmouel devait dire qu'il se rendait là pour offrir un sacrifice — ce qui montre que D.ieu Lui-même ordonne de dissimuler la vérité afin de préserver la paix.]
רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: מִצְוָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר שְׁמוּאֵל אֵיךְ אֵלֵךְ וְשָׁמַע שָׁאוּל וַהֲרָגָנִי וְגוֹ׳״.
On a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmaël : grande est la paix, car le Saint, béni soit-Il, Lui-même s'est écarté de la vérité pour elle. En effet, au début il est écrit que Sara dit à propos d'Avraham : « et mon maître est vieux » (Béréchit 18, 12) ; mais à la fin il est écrit que D.ieu rapporta à Avraham que Sara avait dit : « et moi je suis vieille » (Béréchit 18, 13). [D.ieu modifia les paroles de Sara afin d'épargner à Avraham une peine qui aurait pu mener le couple à se quereller.]
דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל תָּנָא: גָּדוֹל הַשָּׁלוֹם, שֶׁאַף הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שִׁינָּה בּוֹ, דְּמֵעִיקָּרָא כְּתִיב: ״וַאֲדוֹנִי זָקֵן״, וּלְבַסּוֹף, כְּתִיב: ״וַאֲנִי זָקַנְתִּי״.
« Rabbi Yohanan ben Beroka dit… » [La Guemara revient sur l'opinion de la Michna selon laquelle la femme aussi est incluse dans la mitsva de fructifier et de multiplier.] Il a été énoncé que deux amoraïm, Rabbi Yohanan et Rabbi Yehochoua ben Lévi, divergèrent à ce sujet. L'un a dit que la halakha est conforme à l'opinion de Rabbi Yohanan ben Beroka, et l'autre a dit que la halakha n'est pas conforme à l'opinion de Rabbi Yohanan ben Beroka.
רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה אוֹמֵר. אִתְּמַר, רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, חַד אָמַר: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה, וְחַד אָמַר: אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה.
La Guemara observe : conclus-en que c'est bien Rabbi Yohanan qui a dit que la halakha n'est pas conforme à l'opinion de Rabbi Yohanan ben Beroka. Car Rabbi Abahou siégeait et disait, au nom de Rabbi Yohanan, que la halakha est conforme à l'opinion de Rabbi Yohanan ben Beroka ; et Rabbi Ami et Rabbi Assi, qui siégeaient en face de lui, détournèrent leur visage [en signe de désaccord avec ce rapport de l'opinion de Rabbi Yohanan, sans vouloir contredire ouvertement Rabbi Abahou, par égard pour lui].
תִּסְתַּיַּים דְּרַבִּי יוֹחָנָן הוּא דְּאָמַר אֵין הֲלָכָה: דִּיתֵיב רַבִּי אֲבָהוּ וְקָאָמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה, וְאַהְדְּרִינְהוּ רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי לְאַפַּיְיהוּ.
Et certains rapportent une autre version de l'incident : c'est Rabbi Hiyya bar Abba qui énonça cet énoncé, et Rabbi Ami et Rabbi Assi détournèrent leur visage. Rav Papa a dit : d'accord, selon celui qui dit que c'est Rabbi Abahou qui l'énonça, on comprend qu'en raison de l'honneur de la cour de César — où Rabbi Abahou avait ses entrées — Rabbi Ami et Rabbi Assi ne lui dirent rien et se contentèrent de laisser entendre leur désaccord. Mais selon celui qui dit que c'est Rabbi Hiyya bar Abba qui l'énonça, qu'ils le lui disent donc explicitement : « Rabbi Yohanan n'a pas dit cela ! » [En tout état de cause, il ressort que, pour Rabbi Ami et Rabbi Assi, Rabbi Yohanan était en désaccord avec l'opinion de Rabbi Yohanan ben Beroka.]
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר, וְאַהְדְּרִינְהוּ רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי לְאַפַּיְיהוּ. אָמַר רַב פָּפָּא: בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אַמְרַהּ, מִשּׁוּם כְּבוֹד בֵּי קֵיסָר לָא אָמְרוּ לֵיהּ וְלָא מִידֵּי. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אַמְרַהּ — לֵימְרוּ לֵיהּ: לָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי.