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Traité Yevamot

64b

Étude de Yevamot 64b

Étude de la Guémara 64b

Guémara
[Suite du verset :] « …d'où vous avez été taillés, et vers le creux de la fosse d'où vous avez été extraits » (Yéchayahou 51, 1), et il est écrit au verset suivant : « Regardez vers Avraham votre père et vers Sarah qui vous a enfantés » (Yéchayahou 51, 2). [De ce rapprochement on déduit] que des organes de la génération furent façonnés pour eux [Avraham et Sarah] au fil du temps — ce que signalent les mots « taillés » et « extraits ».
חֻצַּבְתֶּם וְאֶל מַקֶּבֶת בּוֹר נֻקַּרְתֶּם״, וּכְתִיב, ״הַבִּיטוּ אֶל אַבְרָהָם אֲבִיכֶם וְאֶל שָׂרָה תְּחוֹלֶלְכֶם״.
Rav Nahman dit au nom de Rabba bar Avouh : notre mère Sarah était à l'origine une aylonit, comme il est dit : « Et Saraï était stérile, elle n'avait pas d'enfant » (Béréchit 11, 30). Les mots superflus « elle n'avait pas d'enfant » indiquent qu'elle n'avait même pas de matrice [littéralement : de « maison de l'enfant »] pour porter un enfant.
אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: שָׂרָה אִמֵּנוּ אַיְלוֹנִית הָיְתָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתְּהִי שָׂרַי עֲקָרָה אֵין לָהּ וָלָד״, אֲפִילּוּ בֵּית וָלָד אֵין לָהּ.
Rav Yehouda, fils de Rav Chmouel bar Cheilat, dit au nom de Rav : on n'a enseigné [qu'un homme attend dix ans sans enfant avant de devoir épouser une autre femme] qu'à propos des gens des premières générations, dont les années étaient nombreuses [car ils vivaient longtemps]. Mais pour les gens des dernières générations, dont les années sont peu nombreuses, il n'attend que deux ans et demi, ce qui correspond à la durée de trois grossesses. Rabba dit au nom de Rav Nahman : il attend trois ans, correspondant aux trois « visites » [par lesquelles D.ieu se souvient des femmes stériles], car le Maître a dit : c'est à Roch Hachana que Sarah, Rahel et Hanna furent visitées [et reçurent des enfants]. Puisque c'est à Roch Hachana que D.ieu décrète si une femme stérile concevra cette année-là, on peut rester marié jusqu'à ce que trois telles occasions soient passées.
אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּדוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנִים, שֶׁשְּׁנוֹתֵיהֶן מְרוּבּוֹת. אֲבָל בְּדוֹרוֹת הָאַחֲרוֹנִים, שֶׁשְּׁנוֹתֵיהֶן מוּעָטוֹת — שְׁתֵּי שָׁנִים וּמֶחֱצָה, כְּנֶגֶד שְׁלֹשָׁה עִיבּוּרִים. רַבָּה אָמַר רַב נַחְמָן: שָׁלֹשׁ שָׁנִים, כְּנֶגֶד שָׁלֹשׁ פְּקִידוֹת. דְּאָמַר מָר: בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה נִפְקְדוּ שָׂרָה רָחֵל וְחַנָּה.
Cependant, Rabba dit lui-même : ces principes [de deux ans et demi ou de trois ans] ne sont pas retenus comme halakha. Pourquoi ? Considère donc : qui a fixé le contenu de notre Michna ? Rabbi Yehouda HaNassi [Rabbi]. Or, déjà aux jours du roi David, bien des années avant l'époque de Rabbi, les années d'une vie moyenne étaient amoindries, comme il est écrit : « Les jours de nos années sont de soixante-dix ans, et si l'on a de la vigueur, quatre-vingts ans » (Tehilim 90, 10). Par conséquent, si Rabbi a inscrit dans la Michna que l'on reste marié dix ans, cela s'applique nécessairement même de nos jours.
אָמַר רַבָּה: לֵיתַנְהוּ לְהָנֵי כְּלָלֵי. מִכְּדֵי מַתְנִיתִין מַאן תַּקֵּין — רַבִּי, וְהָא בִּימֵי דָוִד אִימַּעוּט שְׁנֵי, דִּכְתִיב: ״יְמֵי שְׁנוֹתֵינוּ בָהֶם שִׁבְעִים שָׁנָה״.
[La Guemara examine] le langage de la baraïta : et que signifie cette expression « peut-être n'a-t-il pas mérité d'être édifié par elle » ? Peut-être est-ce elle qui n'a pas mérité de fonder une famille ! La Guemara répond : elle, du fait qu'elle n'est pas tenue par le commandement « croissez et multipliez » (péria ourévia), n'est pas punie. Leur mérite [le fait d'avoir ou non des enfants] dépend donc de lui, et non d'elle.
וְהַאי ״שֶׁמָּא לֹא זָכָה לְהִבָּנוֹת הֵימֶנָּה״, וְדִלְמָא אִיהִי דְּלָא זָכְיָא? אִיהִי כֵּיוָן דְּלָא מְפַקְּדָא אַפְּרִיָּה וּרְבִיָּה, לָא מִיעַנְשָׁה.
Est-ce bien le cas [que l'homme doive se remarier s'il n'a pas eu d'enfant après dix ans] ? Mais les Sages n'ont-ils pas dit à Rabbi Abba bar Zavda : « Épouse une femme et aie des enfants », et ne leur a-t-il pas répondu : « Si j'avais mérité, j'aurais déjà eu des enfants de ma première femme » ? [Cela laisse entendre qu'il n'y a pas d'obligation de se remarier.] La Guemara répond : là, Rabbi Abba bar Zavda ne faisait qu'écarter les Sages par un prétexte, car la vraie raison pour laquelle il ne voulait pas se remarier est qu'il était devenu impuissant à cause des longues leçons (pirka) de Rav Houna.
אִינִי? וְהָא אֲמַרוּ לֵיהּ רַבָּנַן לְרַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא: נְסֵיב אִיתְּתָא וְאוֹלֵיד בְּנֵי, וַאֲמַר לְהוּ: אִי זְכַאי — הֲווֹ לִי מִקַּמַּיְיתָא. הָתָם דַּחוֹיֵי קָא מְדַחֵי לְהוּ לְרַבָּנַן, דְּרַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא אִיעֲקַר מִפִּרְקֵיהּ דְּרַב הוּנָא.
[La Guemara relate de même que] Rav Guidel devint impuissant à cause de la leçon de Rav Houna, Rabbi Helbo devint impuissant à cause de la leçon de Rav Houna, et Rav Chéchet devint impuissant à cause de la leçon de Rav Houna. La Guemara raconte : Rav Aha bar Yaakov fut atteint du souskhinta [une maladie causée par la rétention d'urine]. On le suspendit à la colonne de cèdre qui soutenait la maison d'étude, et il en sortit une substance aussi verte qu'une feuille de palmier, et il fut guéri. Rav Aha bar Yaakov dit : nous étions soixante anciens présents à l'époque, et tous devinrent impuissants à cause de la leçon de Rav Houna, sauf moi, car j'ai accompli à mon égard le verset : « La sagesse fait vivre celui qui la possède » (Kohélet 7, 12) — j'ai utilisé ce remède pour éviter de devenir impuissant.
רַב גִּידֵּל אִיעֲקַר מִפִּרְקֵיהּ דְּרַב הוּנָא. רַבִּי חֶלְבּוֹ אִיעֲקַר מִפִּרְקֵיהּ דְּרַב הוּנָא. רַב שֵׁשֶׁת אִיעֲקַר מִפִּרְקֵיהּ דְּרַב הוּנָא. רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב אֲחַדְתֵּיהּ סוּסְכִּינְתָּא, תַּלְיוּהּ בְּאַרְזָא דְּבֵי רַב וּנְפַק מִינֵּיהּ כְּהוּצָא יַרְקָא. אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: שִׁיתִּין סָבֵי הֲוֵינָא וְכוּלְּהוּ אִיעֲקוּר מִפִּרְקֵיהּ דְּרַב הוּנָא לְבַר מֵאֲנָא, דְּקַיֵּימִי בְּנַפְשַׁאי ״הַחׇכְמָה תְּחַיֶּה בְעָלֶיהָ״.
MICHNA [citée] : « S'il l'a répudiée, elle est permise [à un autre], etc. » [La Michna enseigne que si un homme a divorcé après dix ans sans enfant, elle peut épouser un deuxième mari, qui peut rester marié avec elle dix ans.] La Guemara fait observer : un deuxième mari, oui ; mais un troisième, non. Une fois qu'elle a été mariée à deux hommes durant dix ans chacun sans enfant, on présume qu'elle est incapable d'enfanter.
גֵּירְשָׁהּ מוּתֶּרֶת וְכוּ׳. שֵׁנִי — אִין, שְׁלִישִׁי — לָא.
La Guemara demande : de qui est notre Michna [qui présume l'incapacité après deux maris] ? Elle est de Rabbi [Yehouda HaNassi], qui tient qu'une présomption légale (hazaka) s'établit après deux occurrences. Comme il est enseigné dans une baraïta : si une femme a circoncis son premier fils et qu'il est mort [des suites de la circoncision], puis a circoncis son deuxième fils et que lui aussi est mort, elle ne circoncira pas son troisième fils, car la mort des deux premiers crée la présomption que les fils de cette femme meurent de la circoncision. Telle est l'opinion de Rabbi. Rabban Chimon ben Gamliel dit : elle circoncira son troisième fils [car il n'y a pas encore présomption], mais elle ne circoncira pas son quatrième fils [si les trois premiers sont morts de la circoncision].
מַתְנִיתִין מַנִּי? רַבִּי הִיא. דְּתַנְיָא: מָלָה הָרִאשׁוֹן וָמֵת, שֵׁנִי וָמֵת, שְׁלִישִׁי — לֹא תָּמוּל, דִּבְרֵי רַבִּי. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: שְׁלִישִׁי תָּמוּל, רְבִיעִי — לֹא תָּמוּל.
La Guemara demande : mais n'enseigne-t-on pas l'inverse dans une [autre] baraïta — à savoir que, selon Rabbi, le troisième fils de la femme doit être circoncis, et que selon Rabban Chimon ben Gamliel il ne l'est pas ? Laquelle des deux [baraïtot] a été composée en dernier [et est donc tenue pour plus fiable] ?
וְהָתַנְיָא אִיפְּכָא, הֵי מִינַּיְיהוּ (אַחֲרִינִיתָא)?
La Guemara suggère : viens entendre [une preuve], car Rabbi Hiyya bar Abba dit au nom de Rabbi Yohanan : un fait advint à propos de quatre sœurs à Tzippori — la première circoncit son fils et il mourut, la deuxième circoncit son fils et il mourut, la troisième circoncit son fils et lui aussi mourut. La quatrième vint devant Rabban Chimon ben Gamliel, qui lui dit : ne le circoncis pas. [Cela indique que, selon Rabban Chimon ben Gamliel, la présomption ne s'établit qu'après trois occurrences.]
תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַעֲשֶׂה בְּאַרְבַּע אֲחָיוֹת בְּצִפּוֹרִי שֶׁמָּלָה רִאשׁוֹנָה וָמֵת, שְׁנִיָּה וָמֵת, שְׁלִישִׁית וָמֵת, רְבִיעִית בָּאת לִפְנֵי רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל. אָמַר לָהּ: אַל תָּמוּלִי.
La Guemara réfute cette preuve : et peut-être, si la troisième sœur aussi était venue devant lui, lui aurait-il pareillement dit [de ne pas circoncire] ? La Guemara demande : s'il en est ainsi, quel est l'objet du témoignage de Rabbi Hiyya bar Abba ? [Pourquoi rapporter ce fait s'il n'enseigne rien ?] La Guemara répond : peut-être vient-il nous enseigner que des sœurs établissent une présomption [dans un tel cas], alors même que les enfants morts n'étaient pas de la même mère.
וְדִלְמָא אִי אָתְיָא שְׁלִישִׁית נָמֵי הֲוָה אָמַר לָהּ? אִם כֵּן, מַאי אַסְהָדוּתֵיהּ דְּרַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא? וְדִלְמָא הָא קָא מַשְׁמַע לַן דַּאֲחָיוֹת מְחַזְּקוֹת.
Yevamot 64b
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