AccueilÉtudeTanakhBibliothèqueSujetsParachaDivrei TorahRabbanimSagesHistoireÀ proposMes favorisFaire un don
Retour

Traité Yevamot

62a

Étude de Yevamot 62a

Étude de la Guémara 62a

Guémara
[…on ne peut tirer de leçon] d'un cas où il n'y avait pas d'autre possibilité. L'humanité a certes été créée d'emblée avec un mâle et une femelle — mais c'est parce que, sans cela, la reproduction n'aurait pas été possible. Ce fait ne peut donc servir de source pour établir que la mitsva de « croître et multiplier » n'est accomplie qu'une fois que l'on a un fils et une fille. La Guemara objecte : et Beit Hillel [l'école de Hillel], qu'ils tirent eux aussi une leçon de Moïse [qui s'est séparé de sa femme] ! Beit Hillel pourrait te répondre : Moïse a agi selon sa propre interprétation lorsqu'il s'est séparé de sa femme — mais cela ne signifie pas qu'un homme ait le droit de négliger la mitsva de « croître et multiplier » après avoir engendré deux garçons. Ainsi qu'il est enseigné dans une baraïta : Moïse a fait trois choses de sa propre initiative, et son intention s'est trouvée concorder avec l'intention de l'Omniprésent : il s'est séparé de sa femme, il a brisé les Tables, et il a ajouté un jour [aux jours de séparation avant la Révélation au Sinaï].
מִשֶּׁאִי אֶפְשָׁר. וּבֵית הִלֵּל נָמֵי, לֵילְפוּ מִמֹּשֶׁה! אָמְרִי לָךְ: מֹשֶׁה מִדַּעְתֵּיהּ הוּא דַּעֲבַד. דְּתַנְיָא: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים עָשָׂה מֹשֶׁה מִדַּעְתּוֹ, וְהִסְכִּימָה דַּעְתּוֹ לְדַעַת הַמָּקוֹם: פֵּירַשׁ מִן הָאִשָּׁה, וְשִׁיבֵּר הַלּוּחוֹת, וְהוֹסִיף יוֹם אֶחָד.
La Guemara précise. Lorsque Moïse s'est séparé de sa femme après la Révélation au Sinaï, sur quelle interprétation s'est-il fondé pour agir ainsi ? Il s'est dit : si, à l'égard d'Israël — avec qui la Présence divine (Chekhina) n'a parlé que temporairement, et pour qui D.ieu avait fixé un moment précis de Révélation — la Torah a pourtant déclaré « N'approchez pas une femme » (Chemot 19, 15), alors moi, Moïse, qui suis voué à la parole divine à tout instant et pour qui D.ieu n'a fixé aucun moment précis, à plus forte raison [dois-je me séparer de ma femme]. Et son intention s'est trouvée concorder avec l'intention de l'Omniprésent, car il est dit, après la Révélation au Sinaï : « Va, dis-leur : Retournez à vos tentes ; et toi, tiens-toi ici avec Moi » (Devarim 5, 27). Cela indique que, tandis que les autres pouvaient retourner chez eux et reprendre la vie conjugale après la Révélation, Moïse, lui, devait demeurer auprès de D.ieu et ne pas retourner vers sa femme.
פֵּירַשׁ מִן הָאִשָּׁה, מַאי דְּרַשׁ? אֲמַר: וּמָה יִשְׂרָאֵל, שֶׁלֹּא דִּבְּרָה עִמָּהֶם שְׁכִינָה אֶלָּא לְפִי שָׁעָה, וְקָבַע לָהֶם זְמַן, אָמְרָה תּוֹרָה: ״אַל תִּגְּשׁוּ אֶל אִשָּׁה״ — אֲנִי, שֶׁמְּיוּחָד לְדִבּוּר בְּכׇל שָׁעָה וְשָׁעָה, וְלֹא קָבַע לִי זְמַן — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. וְהִסְכִּימָה דַּעְתּוֹ לְדַעַת הַמָּקוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֵךְ אֱמוֹר לָהֶם שׁוּבוּ לָכֶם לְאׇהֳלֵיכֶם. וְאַתָּה פֹּה עֲמוֹד עִמָּדִי״.
[Moïse] a brisé les Tables [à la suite de la faute du Veau d'or]. Sur quelle interprétation s'est-il fondé pour agir ainsi ? Moïse s'est dit : si, à l'égard de l'agneau pascal — qui n'est pourtant qu'une seule des six cent treize mitsvot — la Torah déclare « Aucun fils d'étranger n'en mangera » (Chemot 12, 43), excluant non seulement les non-Juifs mais aussi les Juifs apostats, alors ici, dans le cas du Veau d'or — où les Tables représentent la Torah tout entière et où le peuple d'Israël se conduit en apostat, puisqu'il adore le Veau — à plus forte raison [les Israélites] doivent-ils être exclus de les recevoir.
שִׁיבֵּר אֶת הַלּוּחוֹת, מַאי דְּרַשׁ? אָמַר: וּמָה פֶּסַח, שֶׁהוּא אֶחָד מִשֵּׁשׁ מֵאוֹת וּשְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה מִצְוֹת, אָמְרָה תּוֹרָה ״כׇּל בֶּן נֵכָר לֹא יֹאכַל בּוֹ״. הַתּוֹרָה כּוּלָּהּ, וְיִשְׂרָאֵל מְשׁוּמָּדִים — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.
Et son intention s'est trouvée concorder avec l'intention de l'Omniprésent, car il est écrit : « [les premières Tables] que tu as brisées [acher chibarta] » (Chemot 34, 1). Et Réch Lakich a dit : le mot acher est une allusion au fait que le Saint, béni soit-Il, a dit à Moïse : « Que ta force soit affermie [yiyachar koHakha] d'avoir brisé les Tables. »
וְהִסְכִּימָה דַּעְתּוֹ לְדַעַת הַמָּקוֹם, דִּכְתִיב: ״אֲשֶׁר שִׁבַּרְתָּ״, וְאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: יִישַׁר כֹּחֲךָ שֶׁשִּׁבַּרְתָּ.
Lorsque Moïse a ajouté un jour aux jours de séparation avant la Révélation au Sinaï, de sa propre initiative, sur quelle interprétation s'est-il fondé ? Il a raisonné ainsi : puisqu'il est écrit « Sanctifie-les aujourd'hui et demain » (Chemot 19, 10), la juxtaposition des mots « aujourd'hui » et « demain » enseigne qu'aujourd'hui est comparable à demain : de même que pour demain les hommes et les femmes se sépareront pour ce jour-là et la nuit qui le précède, de même aujourd'hui requiert une séparation pour le jour et la nuit qui le précède. Or, comme D.ieu lui a parlé le matin et que la nuit de ce jour-là était déjà passée, Moïse s'est dit : conclus-en que la séparation doit s'appliquer durant deux jours en plus du moment présent — c'est-à-dire sans compter le jour de l'ordre. Il a donc prolongé la mitsva de séparation d'un jour. Et son intention s'est trouvée concorder avec l'intention de l'Omniprésent, car la Présence divine ne s'est posée sur le mont Sinaï que le matin du Chabbat, ainsi que Moïse l'avait déterminé.
הוֹסִיף יוֹם אֶחָד מִדַּעְתּוֹ, מַאי דְּרַשׁ? דִּכְתִיב: ״וְקִדַּשְׁתָּם הַיּוֹם וּמָחָר״. הַיּוֹם כְּמָחָר: מָה מָחָר לֵילוֹ עִמּוֹ, אַף הַיּוֹם לֵילוֹ עִמּוֹ. וְלַיְלָה דְּהָאִידָּנָא נְפַק לֵיהּ, שְׁמַע מִינַּהּ תְּרֵי יוֹמֵי לְבַר מֵהָאִידָּנָא. וְהִסְכִּימָה דַּעְתּוֹ לְדַעַת הַמָּקוֹם — דְּלָא שָׁרְיָא שְׁכִינָה עַד שַׁבְּתָא.
Il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Natan dit que Beit Shammai disent : la mitsva de « croître et multiplier » est accomplie avec deux garçons et deux filles. Et Beit Hillel disent : avec un garçon et une fille.
תַּנְיָא, רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: שְׁנֵי זְכָרִים וּשְׁתֵּי נְקֵבוֹת, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: זָכָר וּנְקֵבָה.
Rav Houna a dit : quel est le raisonnement de Rabbi Natan selon l'opinion de Beit Shammai ? C'est qu'il est écrit : « Et de nouveau elle enfanta son frère [et aHiv], Abel [et Hével] » (Bereshit 4, 2). L'emploi du mot superflu « et » (et) indique qu'elle donna naissance à Abel et à sa sœur, en plus de Caïn et de sa sœur. Et il est dit : « Car D.ieu m'a accordé une autre descendance à la place d'Abel, puisque Caïn l'a tué » (Bereshit 4, 25) — ce qui indique qu'il faut avoir au moins quatre enfants. Et les Rabbanan [les Sages, qui ne l'exigent pas], comment comprennent-ils ce verset ? Selon eux, Ève rendait grâce à D.ieu de lui avoir accordé un autre enfant, mais on n'est nullement obligé d'en avoir quatre.
אָמַר רַב הוּנָא: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי נָתָן אַלִּיבָּא דְּבֵית שַׁמַּאי? דִּכְתִיב: ״וַתּוֹסֶף לָלֶדֶת אֶת אָחִיו אֶת הָבֶל״: הֶבֶל וַאֲחוֹתוֹ, קַיִן וַאֲחוֹתוֹ, וּכְתִיב: ״כִּי שָׁת לִי אֱלֹהִים זֶרַע אַחֵר תַּחַת הֶבֶל כִּי הֲרָגוֹ קָיִן״. וְרַבָּנַן? אוֹדוֹיֵי הוּא דְּקָא מוֹדְיָא.
Il est enseigné dans une autre baraïta que Rabbi Natan dit que Beit Shammai disent : la mitsva de « croître et multiplier » est accomplie avec un garçon et une fille. Et Beit Hillel disent : soit un garçon, soit une fille. Rava a dit : quel est le raisonnement de Rabbi Natan selon l'opinion de Beit Hillel ? C'est qu'il est dit : « Il ne l'a pas créée [la terre] pour le chaos, Il l'a formée pour être habitée » (Yéchayahou 45, 18) — et l'on a rendu la terre habitée à un plus haut degré en y ajoutant ne serait-ce qu'un seul enfant au monde.
תַּנְיָא אִידַּךְ, רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: זָכָר וּנְקֵבָה, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אוֹ זָכָר אוֹ נְקֵבָה. אָמַר רָבָא: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי נָתָן אַלִּיבָּא דְּבֵית הִלֵּל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא תֹהוּ בְרָאָהּ לָשֶׁבֶת יְצָרָהּ״, וְהָא עֲבַד לַהּ שֶׁבֶת.
Il a été énoncé que des Amoraïm divergeaient sur le point suivant : si un homme avait des enfants alors qu'il était non-Juif, puis s'est converti — Rabbi YoHanan dit : il a déjà accompli la mitsva de « croître et multiplier » ; et Réch Lakich dit : il n'a pas accompli la mitsva de « croître et multiplier ». Rabbi YoHanan dit qu'il l'a accomplie, puisqu'il avait déjà des enfants. Et Réch Lakich dit qu'il ne l'a pas accomplie, car le statut légal d'un converti qui vient de se convertir est comparable à celui d'un enfant qui vient de naître ; il est donc considéré comme s'il n'avait pas eu d'enfants.
אִיתְּמַר: הָיוּ לוֹ בָּנִים בְּגַיּוּתוֹ וְנִתְגַּיֵּיר, רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: קִיֵּים פְּרִיָּה וּרְבִיָּה. וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: לֹא קִיֵּים פְּרִיָּה וּרְבִיָּה. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: קִיֵּים פְּרִיָּה וּרְבִיָּה — דְּהָא הֲווֹ לֵיהּ. וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: לֹא קִיֵּים פְּרִיָּה וּרְבִיָּה — גֵּר שֶׁנִּתְגַּיֵּיר כְּקָטָן שֶׁנּוֹלַד דָּמֵי.
La Guemara fait remarquer : et ils suivent chacun leur ligne de raisonnement habituelle, car il a été énoncé : si un homme avait des enfants alors qu'il était non-Juif, puis s'est converti — Rabbi YoHanan dit : il n'a pas de premier-né pour ce qui est de l'héritage, c'est-à-dire que le premier fils qui lui naît après sa conversion n'hérite pas d'une double part, car cet homme avait déjà eu « les prémices de sa vigueur » (Devarim 21, 17) — la désignation que la Torah donne au premier-né dans ce contexte — avant sa conversion. Et Réch Lakich dit : il a bien un premier-né pour ce qui est de l'héritage, car le statut d'un converti qui vient de se convertir est comparable à celui d'un enfant qui vient de naître.
וְאָזְדוּ לְטַעְמַיְיהוּ, דְּאִיתְּמַר: הָיוּ לוֹ בָּנִים בְּגַיּוּתוֹ וְנִתְגַּיֵּיר, רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֵין לוֹ בְּכוֹר לְנַחֲלָה, דְּהָא הֲוָה לֵיהּ ״רֵאשִׁית אוֹנוֹ״. וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: יֵשׁ לוֹ בְּכוֹר לְנַחֲלָה, גֵּר שֶׁנִּתְגַּיֵּיר כְּקָטָן שֶׁנּוֹלַד דָּמֵי.
La Guemara ajoute : et il était nécessaire d'énoncer leurs opinions dans les deux cas. Car, si on ne nous avait enseigné que ce premier cas — celui de la mitsva de « croître et multiplier » — on aurait pu dire que ce n'est que dans ce cas que Rabbi YoHanan affirme son opinion [que la mitsva est accomplie], parce que dès l'origine les non-Juifs sont eux aussi astreints à la mitsva de « croître et multiplier ». Mais pour ce qui est de l'héritage — puisqu'ils ne sont pas soumis aux lois de l'héritage [de la Torah à cet égard] — on aurait pu dire que Rabbi YoHanan concède à Réch Lakich.
וּצְרִיכָא: דְּאִי אַשְׁמְעִינַן בְּהָהִיא קַמַּיְיתָא, בְּהַהִיא קָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן — מִשּׁוּם דְּמֵעִיקָּרָא נָמֵי בְּנֵי פְּרִיָּה וּרְבִיָּה נִינְהוּ, אֲבָל לְעִנְיַן נַחֲלָה, דְּלָאו בְּנֵי נַחֲלָה נִינְהוּ — אֵימָא מוֹדֵי לֵיהּ לְרֵישׁ לָקִישׁ.
Et inversement, si leur différend n'avait été énoncé qu'à propos de cette question de l'héritage, on aurait pu dire que ce n'est que dans ce cas que Réch Lakich affirme son opinion, puisque les lois de l'héritage ne s'appliquent pas aux non-Juifs ; mais pour ce qui est de l'autre cas — la mitsva de « croître et multiplier » — on aurait pu dire qu'il concède à Rabbi YoHanan. C'est pourquoi il était nécessaire que les deux différends soient rapportés.
וְאִי אִיתְּמַר בְּהָא — בְּהָא קָאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ, אֲבָל בְּהַהִיא — אֵימָא מוֹדֶה לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן, צְרִיכָא.
Yevamot 62a
100%
יבמות ס״ב אמַסֶּכֶת יְבָמוֹת