AccueilÉtudeTanakhBibliothèqueSujetsParachaDivrei TorahRabbanimSagesHistoireÀ proposMes favorisFaire un don
Retour

Traité Yevamot

61b

Étude de Yevamot 61b

Étude de la Mishna & Guémara 61b

[la fin de la baraïta : un homme qui n'a pas encore accompli la mitsva de procréation ne doit pas épouser une femme stérile, mais s'il a déjà accompli cette mitsva et] qu'il a des enfants, il ne doit pas épouser une aylonit [une femme stérile par nature, restée à un stade physique infantile], car elle est la zona dont parle la Torah [et qu'un Cohen ne peut épouser]. Or ce sont les Cohanim qui ont reçu l'ordre de ne pas épouser une zona, tandis que les simples Israélites n'ont pas reçu un tel ordre. C'est pour cette raison que le Tana a énoncé la première clause de la michna à propos d'un Cohen [« un Cohen ne doit pas épouser une aylonit »], bien que cette halakha s'applique aussi bien aux Israélites.
וְיֵשׁ לוֹ בָּנִים — לֹא יִשָּׂא אַיְלוֹנִית, שֶׁהִיא זוֹנָה הָאֲמוּרָה בַּתּוֹרָה. דְּאַזּוֹנָה כֹּהֲנִים הוּא דְּמִפַּקְדִי וְיִשְׂרָאֵל לָא מִפַּקְּדִי, מִשּׁוּם הָכִי קָתָנֵי כֹּהֵן.
Rav Houna a dit : quel est le motif de l'avis de Rabbi Yehouda [qui tient l'aylonit pour une zona] ? Ainsi qu'il est écrit : « Ils mangeront sans se rassasier, ils se débaucheront [hizenou, de la racine zona] sans se multiplier » (Hochéa 4, 10). Il interprète le verset comme suit : tout rapport qui ne comporte pas la possibilité d'accroître la population — parce que la femme est incapable d'avoir des enfants — n'est rien d'autre qu'un rapport de débauche [beïlat zenout].
אָמַר רַב הוּנָא: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה, דִּכְתִיב: ״אָכְלוּ וְלֹא יִשְׂבָּעוּ הִזְנוּ וְלֹא יִפְרֹצוּ״, כׇּל בִּיאָה שֶׁאֵין בָּהּ פִּירְצָה — אֵינָהּ אֶלָּא בְּעִילַת זְנוּת.
Il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Éliézer dit : un Cohen ne doit pas épouser une fillette mineure [ketana]. Rav Hisda dit à Rabba : va donc étudier cette halakha à fond, car ce soir Rav Houna te demandera la raison de la décision de Rabbi Éliézer. Il alla l'examiner et parvint à la conclusion suivante : Rabbi Éliézer tient l'avis de Rabbi Méïr [sur un point] et tient aussi l'avis de Rabbi Yehouda [sur un autre].
תַּנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: כֹּהֵן לֹא יִשָּׂא אֶת הַקְּטַנָּה. אֲמַר לֵיהּ רַב חִסְדָּא לְרַבָּה: פּוֹק עַיֵּין בָּהּ, דִּלְאוּרְתָּא בָּעֵי לַהּ רַב הוּנָא מִינָּךְ. נְפַק עַיֵּין בָּהּ: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר לַהּ כְּרַבִּי מֵאִיר, וְסָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה.
Rabba explique : [Rabbi Éliézer] tient l'avis de Rabbi Méïr, qui dit que l'on doit se soucier de la minorité [des cas]. Rabbi Méïr ne permet pas de présumer qu'un cas inconnu est semblable à la majorité des cas ; par conséquent, on doit tenir compte de la possibilité qu'une fillette se révèle être une aylonit, même si tel ne sera pas le cas pour la plupart. Et il tient aussi l'avis de Rabbi Yehouda, qui a dit qu'une aylonit est une zona et qu'elle est donc interdite à un Cohen.
סָבַר לַהּ כְּרַבִּי מֵאִיר, דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּטָא. וְסָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה, דְּאָמַר: אַיְלוֹנִית זוֹנָה הָוְיָא.
[La Guemara conteste l'explication de Rabba :] mais Rabbi Éliézer tient-il vraiment l'avis de Rabbi Méïr ? N'est-il pas enseigné dans une baraïta : un garçon mineur et une fillette mineure ne font ni la halitsa ni le yiboum [le lévirat] ; telle est l'opinion de Rabbi Méïr. Les Sages dirent à Rabbi Méïr : tu as bien dit qu'ils ne font pas la halitsa, car le terme « homme » est écrit dans le passage de la halitsa (Devarim 25, 7-10), ce qui limite cette halakha à un homme adulte ; et nous comparons la femme à l'homme, ce qui limite de même la halitsa à une femme adulte. Mais quelle est la raison pour laquelle ils ne font pas le yiboum [eux non plus] ?
וּכְרַבִּי מֵאִיר מִי סָבַר לַהּ? וְהָתַנְיָא: קָטָן וּקְטַנָּה לֹא חוֹלְצִין וְלֹא מְיַבְּמִין, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. אָמְרוּ לוֹ לְרַבִּי מֵאִיר: יָפֶה אָמַרְתָּ שֶׁאֵין חוֹלְצִין. ״אִישׁ״ כְּתִיב בַּפָּרָשָׁה, וּמַקְּשִׁינַן אִשָּׁה לְאִישׁ. אֶלָּא מַאי טַעְמָא אֵין מְיַבְּמִין?
Rabbi Méïr leur répondit : un garçon mineur ne fait pas le yiboum de peur qu'il ne se révèle être un saris [un eunuque, incapable d'engendrer pour son défunt frère] ; de même, une fillette mineure ne fait pas le yiboum de peur qu'elle ne se révèle être une aylonit en grandissant. Dans l'un et l'autre cas, la mitsva du lévirat ne s'applique pas [car le saris et l'aylonit ne peuvent « perpétuer le nom »], et il se trouve qu'ils auraient eu commerce avec une érva [une proche parente interdite — ici la femme du frère, hors du cadre permis du lévirat]. Or il est enseigné dans une autre baraïta : une fillette mineure entre dans le lévirat [par le yiboum] mais ne fait pas la halitsa ; telle est l'opinion de Rabbi Éliézer. [Cela prouve que Rabbi Éliézer est en désaccord avec Rabbi Méïr et ne craint pas qu'une fillette se révèle être une aylonit.]
[אָמַר לָהֶם:] קָטָן — שֶׁמָּא יִמָּצֵא סָרִיס, קְטַנָּה — שֶׁמָּא תִּמָּצֵא אַיְלוֹנִית, וְנִמְצְאוּ פּוֹגְעִין בְּעֶרְוָה. וְתַנְיָא: קְטַנָּה מִתְיַיבֶּמֶת וְאֵינָהּ חוֹלֶצֶת, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר.
[La Guemara poursuit sa contestation de l'explication de Rabba.] Et Rabbi Éliézer tient-il vraiment l'avis de Rabbi Yehouda ? N'est-il pas enseigné dans une baraïta : la zona [interdite au Cohen] est conforme à son nom [zona, de la racine « s'égarer »], c'est-à-dire une femme mariée qui a commis l'adultère ; telle est l'opinion de Rabbi Éliézer. Rabbi Akiva dit : une zona est une femme, même non mariée, qui se rend disponible à tous, c'est-à-dire qui a commerce avec quiconque le souhaite. Rabbi Matya ben Harach dit : même si son mari l'a emmenée faire boire [les eaux amères de la sota, après qu'elle se fut isolée malgré son avertissement] et qu'il a eu commerce avec elle en chemin, il en a fait par là même une zona [car elle lui était alors interdite, bien qu'elle soit son épouse].
וּכְרַבִּי יְהוּדָה מִי סָבַר לַהּ? וְהָתַנְיָא: ״זוֹנָה״ — זוֹנָה כִּשְׁמָהּ, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: ״זוֹנָה״ זוֹ מוּפְקֶרֶת. רַבִּי מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ אוֹמֵר: אֲפִילּוּ הָלַךְ בַּעְלָהּ לְהַשְׁקוֹתָהּ, וּבָא עָלֶיהָ בַּדֶּרֶךְ — עֲשָׂאָהּ זוֹנָה.
Rabbi Yehouda dit : une zona, c'est une aylonit. Et les Sages disent : le terme zona ne s'applique qu'à une convertie [guiyoret], à une affranchie [d'origine non juive] et à une femme qui a eu un rapport de débauche [beïlat zenout, avec un homme qui lui est interdit]. Rabbi Elazar dit : même dans le cas d'un célibataire qui a eu commerce avec une célibataire sans intention de mariage, il en a fait par là même une zona. [Cette baraïta prouve que Rabbi Éliézer n'est pas d'accord avec Rabbi Yehouda — puisque Rabbi Éliézer définit la zona comme une femme mariée adultère, et non comme une aylonit.]
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: זוֹנָה — זוֹ אַיְלוֹנִית. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין זוֹנָה אֶלָּא גִּיּוֹרֶת וּמְשׁוּחְרֶרֶת וְשֶׁנִּבְעֲלָה בְּעִילַת זְנוּת. רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: פָּנוּי הַבָּא עַל הַפְּנוּיָה שֶׁלֹּא לְשֵׁם אִישׁוּת — עֲשָׂאָהּ זוֹנָה.
Plutôt, Rav Adda bar Ahava a dit [que la décision de Rabbi Éliézer interdisant à un Cohen d'épouser une mineure doit s'expliquer autrement] : ici, nous traitons d'un Cohen Gadol [un grand prêtre], et la difficulté est la suivante. Quand peut-il l'acquérir comme épouse [par un acte de mariage pleinement valide] ? Seulement lorsqu'elle aura grandi. Or [s'ils avaient commencé à vivre ensemble comme mari et femme alors qu'elle était mineure], au moment où elle grandit et où le mariage peut prendre effet en droit, elle est déjà une non-vierge [beoula] — et un Cohen Gadol a reçu l'ordre d'épouser une vierge [betoula].
אֶלָּא אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: הָכָא בְּכֹהֵן גָּדוֹל עָסְקִינַן. לְאֵימַת קָנֵי לַה, לְכִי גָדְלָה [לְכִי גָדְלָה] — בְּעוּלָה הִיא.
Rava dit : cette explication est sans fondement [mekhalé lev, litt. « qui consume le cœur », c'est-à-dire dénuée de raison]. Si son père l'a fiancée [betrothée] à son mari, le mari l'a acquise dès ce moment-là, car les fiançailles que le père contracte pour sa fille mineure sont valides selon la loi de la Torah [et le mariage prend donc effet du vivant de sa minorité, sans attendre]. Et si la mineure s'est fiancée elle-même, est-ce là l'avis de Rabbi Éliézer et non celui des Sages ? [Les Sages conviendraient assurément qu'un Cohen Gadol ne peut épouser une mineure dans ces conditions ; or la baraïta présente cette interdiction comme propre à Rabbi Éliézer.]
אָמַר רָבָא: מְכַלֵּי לֵב, אִי דְּקַדְּשַׁהּ אֲבוּהּ — מֵהַהִיא שַׁעְתָּא הוּא דְּקָנֵי לַהּ. וְאִי דְּקַדִּשָׁה נַפְשַׁהּ — הָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הִיא וְלָא רַבָּנַן?
Plutôt, Rava dit : en réalité, [la décision de Rabbi Éliézer] vise aussi un simple Cohen [Cohen hédiot], et la raison pour laquelle il ne peut épouser une mineure est que l'on craint qu'elle ne se laisse séduire par un autre homme [tant qu'elle lui est mariée], en raison de son jeune âge et de sa naïveté. La Guemara demande : s'il en est ainsi, la même crainte devrait valoir pour un Israélite aussi. La Guemara répond : la séduction d'une mineure est tenue pour un viol [oness], et une victime de viol demeure permise à son mari lorsqu'elle est mariée à un Israélite — mais non lorsqu'elle est mariée à un Cohen.
אֶלָּא אָמַר רָבָא: לְעוֹלָם בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט — וְחָיְישִׁינַן שֶׁמָּא תִּתְפַּתֶּה עָלָיו. אִי הָכִי יִשְׂרָאֵל נָמֵי! פִּתּוּיי קְטַנָּה אוֹנֶס הוּא, וְאוֹנֶס בְּיִשְׂרָאֵל מִישְׁרָא שְׁרֵי.
Rav Papa dit : [la décision de Rabbi Éliézer] s'applique spécifiquement à un Cohen Gadol, et c'est l'opinion de ce Tana, ainsi qu'il est enseigné dans une baraïta. Lorsque le verset dit : « Une vierge d'entre son peuple, il la prendra pour épouse [icha] » (Vayikra 21, 14), on aurait pu penser qu'un Cohen Gadol peut épouser une mineure ; c'est pourquoi le verset dit « une femme [icha] », c'est-à-dire une adulte. S'il doit épouser une femme [icha], on aurait pu penser qu'il s'agit d'une femme déjà mûre [bogueret] ; c'est pourquoi le verset dit « une vierge », ce qui exclut la bogueret, considérée comme partiellement vierge seulement, car son hymen n'est plus pleinement intact. Comment cela ? Il doit épouser une femme qui a quitté la catégorie de la minorité mais qui n'est pas encore parvenue à la catégorie de la maturité [bagrout], c'est-à-dire une naara [jeune fille nubile].
רַב פָּפָּא אָמַר: בְּכֹהֵן גָּדוֹל, וְהַאי תַּנָּא הוּא דְּתַנְיָא: ״בְּתוּלָה״, יָכוֹל קְטַנָּה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אִשָּׁה״. אִי אִשָּׁה, יָכוֹל בּוֹגֶרֶת — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּתוּלָה״. הָא כֵּיצַד? יָצְתָה מִכְּלַל קַטְנוּת, וְלִכְלַל בַּגְרוּת לֹא בָּאתָה.
Yevamot 61b
100%
יבמות ס״א במַסֶּכֶת יְבָמוֹת