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Traité Yevamot

60b

Étude de Yevamot 60b

Étude de la Guémara 60b

Guémara
[La Guemara objecte :] Rabbi Chimon n'a-t-il pas dit : si elle était apte [à épouser] un Cohen gadol [grand prêtre], son frère [Cohen] doit se rendre impur pour elle [à sa mort, afin de s'occuper de son ensevelissement] ; mais si elle n'était pas apte [à épouser] un Cohen gadol, son frère ne se rend pas impur pour elle ? Or une divorcée n'est pas apte [à épouser] un Cohen gadol — même si elle n'avait été que fiancée avant son divorce —, [et pourtant on a enseigné que le frère ne s'occupe pas d'elle uniquement quand elle est mariée, ce qui sous-entend que pour une simple fiancée divorcée il s'en occupe : contradiction]. La Guemara répond : il en va autrement là-bas, car le Miséricordieux [la Torah] l'inclut par le terme « proche » [haqerova] — ce qui englobe toute sœur qui lui est proche, même si elle est inapte [à épouser] un Cohen gadol.
וְהָא אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן: רְאוּיָה לְכֹהֵן גָּדוֹל — מִטַּמֵּא לָהּ, שֶׁאֵין רְאוּיָה לְכֹהֵן גָּדוֹל — אֵין מִטַּמֵּא לָהּ. שָׁאנֵי הָתָם, דְּרַבִּי רַחֲמָנָא ״קְרוֹבָה״.
[La Guemara demande :] s'il en est ainsi [et que le terme « proche » sert à inclure un cas inapte au Cohen gadol], une femme dont l'hymen a été déchiré accidentellement [moukat ets, litt. « blessée par un éclat de bois »] devrait aussi être incluse [puisqu'elle non plus n'est pas apte au Cohen gadol] ! La Guemara répond : le terme « proche », écrit au singulier, n'inclut qu'un seul cas supplémentaire et non deux. La Guemara demande : et qu'as-tu vu [quel motif t'amène] à rendre interdite [donc exclue de l'inclusion] la femme dont l'hymen a été accidentellement déchiré, et à permettre [donc inclure] la divorcée qui n'avait été que fiancée — et non l'inverse ? La Guemara répond : dans ce cas-ci, celui de la femme dont l'hymen a été déchiré, un acte a été accompli sur son corps ; tandis que dans ce cas-là, celui de la divorcée, aucun acte n'a été accompli sur son corps.
אִי הָכִי, מוּכַּת עֵץ נָמֵי! [רַבִּי] ״קְרוֹבָה״ — אַחַת וְלֹא שְׁתַּיִם. וּמָה רָאִיתָ? הָא — אִתְעֲבִיד בַּהּ מַעֲשֶׂה, הָא — לָא אִתְעֲבִיד בַּהּ מַעֲשֵׂה.
[La baraïta cite Rabbi Yossi et Rabbi Chimon comme tenant qu'un Cohen ne se rend pas impur pour sa sœur fiancée puis divorcée, mais elle ne cite que Rabbi Chimon comme tenant qu'il ne se rend pas impur pour sa sœur devenue adulte (bogueret).] Partant de là, la Guemara demande : du fait que Rabbi Yossi a quitté son partenaire [Rabbi Chimon, en ne le suivant pas sur le cas de la bogueret], on déduit par implication que, concernant la femme dont l'hymen a été accidentellement déchiré, il tient comme l'opinion de Rabbi Méir [selon laquelle un Cohen se rend impur pour elle]. D'où Rabbi Yossi tire-t-il cela ? La Guemara explique qu'il le déduit de l'expression « qui n'a pas eu d'homme » [lo hayeta le-ich] — car une femme dont l'hymen a été accidentellement déchiré n'a pas été avec un homme.
וְרַבִּי יוֹסֵי, מִדְּשַׁבְקֵיהּ לְבַר זוּגֵיהּ, מִכְּלָל דִּבְמוּכַּת עֵץ כְּרַבִּי מֵאִיר סְבִירָא לֵיהּ, מְנָא לֵיהּ — מִ״לֹּא הָיְתָה לְאִישׁ״.
La Guemara demande : mais ne l'as-tu pas déjà tirée [cette expression, pour la loi de la fiancée divorcée] ? La Guemara répond : Rabbi Yossi apprend une loi de l'expression « n'a pas eu » [lo hayeta], qui indique qu'elle n'a même pas été fiancée ; et il déduit une autre loi du terme « homme » [le-ich], qui indique que seule une femme ayant été avec un homme n'est plus considérée comme vierge au regard de cette loi — mais non celle dont l'hymen a été accidentellement déchiré.
וְהָא אַפֵּיקְתֵּיהּ! חַד מִ״לֹּא הָיְתָה״, וְחַד מִ״לְּאִישׁ״.
[Il a été dit plus haut que, selon Rabbi Chimon, le terme « à lui » (elav) vient inclure la bogueret (jeune fille adulte) parmi celles que le frère Cohen ensevelit.] La Guemara demande : Rabbi Chimon n'a-t-il pas dit, à propos du Cohen gadol, que le terme « vierge » [betoula] désigne une vierge complète [betoula chelema], ce qui n'inclut pas la bogueret ? La Guemara répond : son raisonnement là-bas [pour le Cohen gadol] se déduit lui aussi d'ici, car il expose ainsi : du fait que l'expression « à lui » est nécessaire pour inclure la bogueret [dans le cas de l'ensevelissement], on infère que le terme « vierge », à lui seul, désigne une vierge complète [et exclut donc la bogueret dans le cas du Cohen gadol].
״אֵלָיו״ — לְרַבּוֹת הַבּוֹגֶרֶת. וְהָא אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן: ״בְּתוּלָה״ — בְּתוּלָה שְׁלֵימָה מַשְׁמַע! טַעְמָא דִּידֵיהּ נָמֵי הָתָם מֵהָכָא, דְּדָרֵישׁ הָכִי מִדְּ״אֵלָיו״ — לְרַבּוֹת הַבּוֹגֶרֶת, מִכְלָל דִּ״בְתוּלָה״ — בְּתוּלָה שְׁלֵימָה מַשְׁמַע.
§ [La Guemara cite une autre décision de Rabbi Chimon ben Yo'haï, elle aussi liée à la définition de la virginité.] Il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Chimon ben Yo'haï dit : une convertie qui s'est convertie alors qu'elle avait moins de trois ans et un jour est apte à épouser un Cohen [autorisée à entrer dans la prêtrise], ainsi qu'il est dit : « Mais toutes les fillettes parmi les femmes, qui n'ont pas connu d'homme par couche masculine, laissez-les en vie pour vous » (Bamidbar 31, 18). Ce verset indique que ces fillettes étaient aptes [à épouser] tous les combattants ; et puisque Pin'has le Cohen était parmi eux (voir Bamidbar 31, 6), il est clair que de jeunes converties sont permises aux Cohanim.
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר: גִּיּוֹרֶת פְּחוּתָה מִבַּת שָׁלֹשׁ שָׁנִים וְיוֹם אֶחָד — כְּשֵׁירָה לַכְּהוּנָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְכֹל הַטַּף בַּנָּשִׁים אֲשֶׁר לֹא יָדְעוּ מִשְׁכַּב זָכָר הַחֲיוּ לָכֶם״, וַהֲרֵי פִּנְחָס עִמָּהֶם.
La Guemara demande : et comment les Sages, qui sont en désaccord avec Rabbi Chimon, interprètent-ils ce verset ? La Guemara répond : ils comprennent l'expression « laissez-les en vie pour vous » comme signifiant qu'on pouvait les garder comme esclaves et comme servantes — mais non nécessairement les épouser. La Guemara demande : s'il en est ainsi [et que la source de la décision de Rabbi Chimon est ce verset], une fillette convertie à l'âge de trois ans et un jour devrait elle aussi être permise à un Cohen, du moment qu'elle n'a jamais eu de rapport, comme l'énonce le verset [qui ne distingue selon « n'ont pas connu d'homme » que l'acte effectif].
וְרַבָּנַן? לַעֲבָדִים וְלִשְׁפָחוֹת. אִי הָכִי, בַּת שָׁלֹשׁ שָׁנִים וְיוֹם אֶחָד נָמֵי?
[La Guemara répond :] son raisonnement est tel que l'a énoncé Rav Houna. Car Rav Houna a soulevé une contradiction : il est écrit dans un verset : « Tuez toute femme qui a connu un homme par couche masculine » (Bamidbar 31, 17) — ce qui indique qu'une femme qui n'a pas connu d'homme de cette manière, tu peux la laisser en vie. On en déduit par implication que les fillettes, qui ne sont pas classées comme « femmes », tu peux les laisser en vie, qu'elles aient connu un homme ou non. Et il est écrit dans un autre verset : « Mais toutes les fillettes parmi les femmes, qui n'ont pas connu d'homme par couche masculine, laissez-les en vie pour vous » (Bamidbar 31, 18) — ce qui indique que, si elles ont connu un homme, tu dois les tuer. Voilà une contradiction apparente.
כִּדְרַב הוּנָא. דְּרַב הוּנָא רָמֵי, כְּתִיב: ״כׇּל אִשָּׁה יֹדַעַת אִישׁ לְמִשְׁכַּב זָכָר הֲרֹגוּ״, הָא אֵינָהּ יוֹדַעַת — קַיֵּימוּ, מִכְּלָל דְּהַטַּף, בֵּין יָדְעוּ בֵּין לֹא יָדְעוּ — קַיֵּימוּ. וּכְתִיב: ״וְכׇל הַטַּף בַּנָּשִׁים אֲשֶׁר לֹא יָדְעוּ מִשְׁכַּב זָכָר הַחֲיוּ לָכֶם״, הָא יָדְעִי — הֲרוֹגוּ!
Rav Houna explique : tu dois dire que le verset parle d'une femme apte au rapport. Le verset ne vise pas à distinguer entre les femmes qui ont effectivement eu un rapport et celles qui n'en ont pas eu ; il distingue plutôt entre une fillette de plus de trois ans, chez qui un acte de rapport est reconnu comme tel, et une fillette de moins de trois ans [chez qui un tel acte est sans portée].
הֱוֵי אוֹמֵר בִּרְאוּיָה לִיבָּעֵל הַכָּתוּב מְדַבֵּר.
Cela est aussi enseigné dans une baraïta : « Toute femme qui a connu un homme » — le verset parle d'une [femme] apte au rapport. La baraïta poursuit la discussion de cette loi : dis-tu qu'il s'agit d'une [femme] apte au rapport, ou bien ne s'agit-il que d'une femme ayant réellement eu un rapport ? Quand le verset dit : « Mais toutes les fillettes parmi les femmes, qui n'ont pas connu d'homme par couche masculine, laissez-les en vie pour vous » [ce qui indique que les femmes adultes doivent être tuées même si elles n'ont pas eu de rapport avec un homme], tu dois dire que le verset parle d'une [femme] apte au rapport.
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: ״וְכׇל אִשָּׁה יוֹדַעַת אִישׁ״ — בִּרְאוּיָה לִיבָּעֵל הַכָּתוּב מְדַבֵּר. אַתָּה אוֹמֵר בִּרְאוּיָה לִיבָּעֵל, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא נִבְעֲלָה מַמָּשׁ? כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר: ״וְכׇל הַטַּף בַּנָּשִׁים אֲשֶׁר לֹא יָדְעוּ מִשְׁכַּב זָכָר״, הֱוֵי אוֹמֵר: בִּרְאוּיָה לִיבָּעֵל הַכָּתוּב מְדַבֵּר.
[La Guemara pose une question pratique au sujet des événements décrits par la Torah :] d'où savaient-ils si telle fillette avait déjà trois ans et était apte au rapport ? Rav Houna bar Bizna dit au nom de Rabbi Chimon Hassida : on les faisait passer devant le tsits [la plaque frontale du Cohen gadol]. Toute fillette dont le visage virait miraculeusement au vert pâle, on savait qu'elle était apte au rapport ; et toute fillette dont le visage ne virait pas au vert pâle, on savait par là qu'elle n'était pas apte au rapport. De même, Rav Na'hman dit : un signe de transgression dans le domaine de la moralité sexuelle est la maladie hidroqan [hydropisie], qui fait virer le visage au vert pâle.
מְנָא יָדְעִי? אָמַר רַב הוּנָא בַּר בִּיזְנָא אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן חֲסִידָא: הֶעֱבִירוּם לִפְנֵי הַצִּיץ. כׇּל שֶׁפָּנֶיהָ מוֹרִיקוֹת — בְּיָדוּעַ שֶׁהִיא רְאוּיָה לִיבָּעֵל, כֹּל שֶׁאֵין פָּנֶיהָ מוֹרִיקוֹת — בְּיָדוּעַ שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לִיבָּעֵל. אָמַר רַב נַחְמָן: סִימָן לַעֲבֵירָה — הִדְרוֹקָן.
De manière semblable, tu peux dire au sujet du verset : « Et ils trouvèrent parmi les habitants de Yavech-Guilad quatre cents jeunes filles vierges, qui n'avaient pas connu d'homme par couche masculine » (Choftim / Juges 21, 12). D'où savaient-ils qu'elles étaient vierges ? Rav Kahana dit : on les faisait asseoir sur l'ouverture d'un tonneau de vin. Si elle n'était pas vierge [be'oula], son haleine sentait le vin ; si elle était vierge, son haleine ne sentait pas le vin.
כַּיּוֹצֵא בַּדָּבָר, אַתָּה אוֹמֵר: ״וַיִּמְצְאוּ מִיּוֹשְׁבֵי יָבֵשׁ גִּלְעָד אַרְבַּע מֵאוֹת נַעֲרָה בְתוּלָה אֲשֶׁר לֹא יָדְעוּ אִישׁ לְמִשְׁכַּב זָכָר״, מְנָא יָדְעִי? אָמַר רַב כָּהֲנָא: הוֹשִׁיבוּם עַל פִּי חָבִית שֶׁל יַיִן, בְּעוּלָה — רֵיחָהּ נוֹדֵף, בְּתוּלָה — אֵין רֵיחָהּ נוֹדֵף.
Yevamot 60b
100%
יבמות ס׳ במַסֶּכֶת יְבָמוֹת