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Traité Yevamot

4b

Étude de Yevamot 4b

Étude de la Guémara 4b

Guémara
Déduis-en que cette expression est « libre » [disponible] pour enseigner une halakha supplémentaire [par la juxtaposition des versets]. Et au sujet des tsitsit [les franges rituelles] également, il y a une raison particulière de tirer une interprétation homilétique de la juxtaposition des versets. Si tu le veux, dis que c'est parce que [l'enseignement] ressort manifestement du contexte ; et si tu le veux, dis plutôt que c'est parce que ce verset est « libre » pour cette déduction.
שְׁמַע מִינַּהּ לְאַפְנוֹיֵי. וְגַבֵּי צִיצִית נָמֵי, אִיבָּעֵית אֵימָא — מִשּׁוּם דְּמוֹכַח, וְאִיבָּעֵית אֵימָא — מִשּׁוּם דְּמוּפְנֶה.
La Guemara développe : si tu le veux, dis que c'est parce que [l'enseignement] ressort manifestement du contexte. En effet, s'il était vrai qu'on ne doit tirer aucune déduction des versets voisins, que le Miséricordieux [la Torah] écrive donc ce verset dans le passage des tsitsit [Bamidbar, chapitre 15] ! Au sujet de quelle halakha la Torah l'a-t-elle écrit ici [parmi d'autres lois] ? Manifestement, la Torah enseigne une halakha à partir des versets voisins. Et si tu le veux, dis que c'est parce que ce verset est « libre » : car la Torah a déjà écrit « Tu ne mettras pas sur toi un vêtement d'espèces mêlées, du chaatnez » (Vayikra 19, 19) ; pourquoi alors ai-je besoin du verset « Tu ne porteras pas du chaatnez, laine et lin ensemble » (Devarim 22, 11) ? Déduis-en que ce verset est « libre » pour servir à l'interprétation homilétique tirée des versets voisins.
אִיבָּעֵית אֵימָא מִשּׁוּם דְּמוֹכַח — דְּאִם כֵּן לִכְתְּבֵיהּ רַחֲמָנָא גַּבֵּי פָּרָשַׁת צִיצִית, לְמַאי הִלְכְתָא כַּתְבֵיהּ הָכָא? וְאִיבָּעֵית אֵימָא מִשּׁוּם דְּמוּפְנֶה — מִכְּדִי כְּתַב: ״וּבֶגֶד כִּלְאַיִם שַׁעַטְנֵז לֹא יַעֲלֶה עָלֶיךָ״, ״לֹא תִלְבַּשׁ שַׁעַטְנֵז״ לְמָה לִי? שְׁמַע מִינַּהּ לְאַפְנוֹיֵי.
La Guemara rejette cette explication : ces deux versets sont l'un et l'autre nécessaires. Car si le Miséricordieux n'avait écrit que « il ne montera pas sur toi », j'aurais dit que le Miséricordieux interdit toute manière dont un vêtement d'espèces mêlées vient sur toi — et cela s'appliquerait même aux marchands d'étoffes, qui ne portent pas les vêtements mais se contentent de les poser sur leurs épaules. C'est pourquoi le Miséricordieux écrit « tu ne porteras pas du chaatnez », pour enseigner que l'interdit ne vise que les cas semblables au port d'un vêtement, lequel procure un bénéfice, et non le simple fait de poser l'étoffe sur soi.
הָנֵי מִצְרָךְ צְרִיכִי, דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״לֹא יַעֲלֶה עָלֶיךָ״, הָוֵה אָמֵינָא: כׇּל דֶּרֶךְ הַעֲלָאָה אֲסַר רַחֲמָנָא, וַאֲפִילּוּ מוֹכְרֵי כְסוּת, כְּתַב רַחֲמָנָא ״לֹא תִלְבַּשׁ שַׁעַטְנֵז״, דּוּמְיָא דִלְבִישָׁה, דְּאִית בֵּיהּ הֲנָאָה.
Et si le Miséricordieux n'avait écrit que « tu ne porteras pas », j'aurais dit : précisément le port [du vêtement], qui procure un bénéfice considérable — à la fois la chaleur et la parure —, est interdit ; mais le simple fait de poser sur soi un vêtement d'espèces mêlées n'est pas interdit, même si l'on est réchauffé par cet habit. C'est pourquoi le Miséricordieux écrit « il ne montera pas sur toi ».
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״לֹא תִלְבַּשׁ״, הֲוָה אָמֵינָא: דַּוְקָא לְבִישָׁה, דִּנְפִישׁ הֲנָיָיתַהּ, אֲבָל הַעֲלָאָה — לָא, כְּתַב רַחֲמָנָא ״לֹא יַעֲלֶה עָלֶיךָ״.
La Guemara objecte : quoi qu'il en soit, une partie du verset est superflue. Car s'il en est ainsi [si les deux verbes sont nécessaires], que le Miséricordieux écrive seulement « tu ne porteras pas du chaatnez » ; pourquoi ai-je besoin de l'ajout « laine et lin » ? La définition du kilayim dans le vêtement est déjà connue par ailleurs.
אִם כֵּן, לִכְתּוֹב רַחֲמָנָא ״לֹא תִלְבַּשׁ שַׁעַטְנֵז״, ״צֶמֶר וּפִשְׁתִּים״ לְמָה לִי?
Comment cela ? Puisqu'il est écrit « Tu ne mettras pas sur toi un vêtement d'espèces mêlées, du chaatnez » (Vayikra 19, 19), et que l'école de Rabbi Yichmaël a enseigné : puisque le mot « vêtements » est employé dans la Torah sans précision — sans dire de quelle matière ces vêtements étaient faits — et que le verset a spécifié, dans l'une de ses mentions d'un vêtement, en contexte des lois d'impureté de la lèpre, « un vêtement de laine ou un vêtement de lin » (Vayikra 13, 47), on peut en tirer la conclusion suivante : de même que, lorsque la Torah mentionne un vêtement à propos de la lèpre, il s'agit d'un vêtement de laine ou de lin, de même tous les vêtements mentionnés dans la Torah sont faits de laine ou de lin [les autres étoffes n'entrent pas dans la catégorie « vêtement »]. S'il en est ainsi, pourquoi ai-je besoin de l'expression « laine et lin » que le Miséricordieux a écrite au sujet du kilayim ? Déduis-en que ce passage superflu est « libre ».
מִכְּדִי כְּתַב ״וּבֶגֶד כִּלְאַיִם שַׁעַטְנֵז לֹא יַעֲלֶה עָלֶיךָ״, וְתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: הוֹאִיל וְנֶאֶמְרוּ בַּתּוֹרָה סְתָם ״בְּגָדִים״, וּפָרַט לְךָ הַכָּתוּב בְּאֶחָד מֵהֶן צֶמֶר וּפִשְׁתִּים — אַף כֹּל צֶמֶר וּפִשְׁתִּים, ״צֶמֶר וּפִשְׁתִּים״ דִּכְתַב רַחֲמָנָא לְמָה לִי? שְׁמַע מִינַּהּ לְאַפְנוֹיֵי.
La Guemara soulève une difficulté : mais le verset est encore nécessaire ! Car il pourrait te venir à l'esprit de dire qu'il ne s'agit là que de poser un vêtement sur soi, ce qui ne procure pas un grand bénéfice ; en revanche, pour le port effectif d'un vêtement, qui entraîne un grand bénéfice, le Miséricordieux interdirait de porter ensemble deux espèces quelconques [et pas seulement laine et lin]. C'est pourquoi le Miséricordieux écrit « laine et lin » aussi pour le port d'un vêtement de kilayim.
וְאַכַּתִּי אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא: הַעֲלָאָה הִיא דְּלָא נְפִישׁ הֲנָאָתַהּ, אֲבָל לְבִישָׁה דִּנְפִישׁ הֲנָיָיתַהּ — כֹּל תְּרֵי מִינֵי אֲסַר רַחֲמָנָא, כְּתַב רַחֲמָנָא ״צֶמֶר וּפִשְׁתִּים״!
La Guemara répond : s'il en est ainsi, que le verset se taise à ce sujet et s'abstienne de mentionner « laine et lin », et la halakha — selon laquelle seul le port de laine et lin ensemble est interdit — pourra se déduire par une analogie verbale [guezera chava] entre le terme « chaatnez » [de Devarim 22, 11] et le terme « chaatnez » [de Vayikra 19, 19], qui concerne le fait de poser sur soi un revêtement d'espèces mêlées. La répétition de « laine et lin » doit donc venir enseigner que l'on tire une interprétation homilétique de ces versets voisins.
אִם כֵּן, לִשְׁתּוֹק קְרָא מִינֵּיהּ, וְתֵיתֵי ״שַׁעַטְנֵז״ ״שַׁעַטְנֵז״ מֵהַעֲלָאָה.
La Guemara interroge : et selon ce qu'a enseigné l'école de Rabbi Yichmaël — à savoir que la mention « laine et lin » est superflue et enseigne que ce mélange n'est pas interdit dans les tsitsit —, le raisonnement repose sur le fait que le Miséricordieux écrit précisément « laine et lin ». On en infère que, n'était cette précision, j'aurais dit que le Miséricordieux interdit un mélange de kilayim dans les tsitsit. Cela peut-il être ? Mais n'est-il pas écrit « Qu'ils se fassent des franges aux coins de leurs vêtements » (Bamidbar 15, 38) ?
וְתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: טַעְמָא דִּכְתַב רַחֲמָנָא ״צֶמֶר וּפִשְׁתִּים״, הָא לָאו הָכִי, כִּלְאַיִם בְּצִיצִית הֲוָה אָמֵינָא דַּאֲסַר רַחֲמָנָא? וְהָכְתִיב: ״וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִית עַל כַּנְפֵי בִגְדֵיהֶם״,
Et l'école de Rabbi Yichmaël a enseigné : tous les vêtements mentionnés dans la Torah sont de laine ou de lin, et le Miséricordieux dit, au sujet des tsitsit : confectionne-lui [un fil] de tekhelet [teinture bleu ciel] — or le fil teint en tekhelet est de laine. La Torah ordonne donc explicitement qu'au moins un fil de laine teint en tekhelet soit attaché même à une étoffe de lin, ce qui prouve que le kilayim est permis dans le cadre des tsitsit. La Guemara étaye l'affirmation précédente : et d'où sait-on que le fil de tekhelet est de laine ? Du fait que la Torah précise que l'un des fils des vêtements sacerdotaux était de chéch, ce qui signifie « lin » — ce qui indique que les autres fils, y compris le fil de tekhelet, sont de laine.
וְתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: כָּל בְּגָדִים צֶמֶר וּפִשְׁתִּים הֵם, וְאָמַר רַחֲמָנָא עֲבֵיד לֵיהּ תְּכֵלֶת, וּתְכֵלֶת עַמְרָא הוּא. וּמִמַּאי דִּתְכֵלֶת עַמְרָא הוּא? מִדְּשֵׁשׁ — כִּיתָּנָא, תְּכֵלֶת — עַמְרָא הוּא.
§ Revenant à la question, la Guemara explique que la mention « laine et lin » est nécessaire, car il pourrait te venir à l'esprit d'avancer un argument conforme à l'opinion de Rava. Car Rava a relevé une contradiction entre deux versets : il est écrit « Qu'ils se fassent des franges aux coins [kanaf] de leurs vêtements » (Bamidbar 15, 38) — et l'expression « le coin » indique que [les franges] doivent être de la même espèce de fil que le coin, c'est-à-dire que les fils des tsitsit doivent être de la même matière que le coin du vêtement. Et pourtant il est écrit « laine et lin » (Devarim 22, 11), ce qui indique que les tsitsit ne peuvent être confectionnés que de ces matières-là et d'aucune autre.
אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא כִּדְרָבָא, דְּרָבָא רָמֵי: כְּתִיב ״הַכָּנָף״ — מִין כָּנָף, וּכְתִיב ״צֶמֶר וּפִשְׁתִּים״!
Comment cela ? Comment résoudre cette contradiction ? Les franges faites de laine et de lin acquittent l'obligation des tsitsit, que le vêtement soit de la même matière qu'elles — c'est-à-dire de laine ou de lin — ou qu'il ne le soit pas. En revanche, pour toutes les autres matières, si les tsitsit sont de la même espèce — par exemple des franges de soie sur un vêtement de soie —, elles acquittent l'obligation ; mais si l'étoffe n'est pas de la même espèce, elles n'acquittent pas l'obligation des tsitsit. Par conséquent, sans l'expression « laine et lin », il aurait fallu confectionner les tsitsit de la même matière que le vêtement lui-même, même en cas d'usage de laine ou de lin.
הָא כֵּיצַד? צֶמֶר וּפִשְׁתִּים פּוֹטְרִין בֵּין בְּמִינָן, בֵּין שֶׁלֹּא בְּמִינָן. שְׁאָר מִינִין, בְּמִינָן פּוֹטְרִין, שֶׁלֹּא בְּמִינָן אֵין פּוֹטְרִין.
Yevamot 4b
100%
יבמות ד׳ במַסֶּכֶת יְבָמוֹת