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Traité Yevamot

47a

Étude de Yevamot 47a

Étude de la Guémara 47a

Guémara
Je n'ai déduit jusqu'ici qu'une chose : qu'un converti est accepté en Terre d'Israël ; d'où sais-je que, hors de la Terre d'Israël aussi, on doit l'accepter ? Le verset dit « avec toi » (Vayikra 19, 33), ce qui indique qu'en tout lieu où il est avec toi, tu dois l'accepter. Si tel est le cas, que vient enseigner le verset lorsqu'il dit « dans le pays » ? Cela enseigne qu'en Terre d'Israël, [celui qui se présente comme converti] doit apporter une preuve qu'il est bien guer [converti], tandis que hors de la Terre d'Israël il n'a pas besoin d'apporter de preuve : sa déclaration est crue. Telle est l'opinion de Rabbi Yehouda. Et les Sages disent : qu'il soit en Terre d'Israël ou hors de la Terre d'Israël, il doit apporter une preuve.
אֵין לִי אֶלָּא בָּאָרֶץ, בְּחוּץ לָאָרֶץ מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אִתְּךָ״ — בְּכׇל מָקוֹם שֶׁאִתְּךָ. אִם כֵּן, מָה תַּלְמוּד לוֹמַר ״בָּאָרֶץ״? בָּאָרֶץ — צָרִיךְ לְהָבִיא רְאָיָה, בְּחוּץ לָאָרֶץ — אֵין צָרִיךְ לְהָבִיא רְאָיָה, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בֵּין בָּאָרֶץ בֵּין בְּחוּצָה לָאָרֶץ — צָרִיךְ לְהָבִיא רְאָיָה.
La Guemara analyse la baraïta : dans le cas où il est venu et a amené avec lui ses témoins de sa conversion, pourquoi ai-je besoin d'un verset pour enseigner qu'il est accepté ? Dans tous les cas, le témoignage de témoins fait pleinement foi ! Rav Chéchet a dit : il s'agit du cas où ils déclarent : « Nous avons entendu dire qu'il s'est converti au tribunal d'un tel », mais sans avoir assisté eux-mêmes à la conversion. Et il était nécessaire d'enseigner cela, car il aurait pu te venir à l'esprit de dire qu'on ne se fie pas à eux [un tel témoignage par ouï-dire] ; c'est pourquoi le verset nous apprend qu'on se fie à eux.
בָּא הוּא וְעֵדָיו עִמּוֹ, קְרָא לְמָה לִי? אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: דְּאָמְרִי: שָׁמַעְנוּ שֶׁנִּתְגַּיֵּיר בְּבֵית דִּין שֶׁל פְּלוֹנִי. סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא לָא לְיהֵמְנִייהוּ, קָא מַשְׁמַע לַן.
Comme cité plus haut, la dernière partie de la baraïta dit : « avec toi dans ton pays » (Vayikra 19, 33). Je n'ai déduit qu'une chose : qu'un converti est accepté en Terre d'Israël ; d'où sais-je que, hors de la Terre d'Israël aussi, on doit l'accepter ? Le verset dit « avec toi », ce qui indique qu'en tout lieu où il est avec toi, tu dois l'accepter. La Guemara objecte : mais n'as-tu pas déjà tiré cette expression dans la première partie de la baraïta, pour enseigner qu'on n'accepte pas la déclaration d'un particulier affirmant être un converti valide ? La Guemara répond : l'une de ces lois se déduit de l'expression « avec toi » du verset déjà cité, et l'autre se déduit de l'expression « avec toi » d'un verset ultérieur (Vayikra 25, 35).
״בָּאָרֶץ״ — אֵין לִי אֶלָּא בָּאָרֶץ. בְּחוּצָה לָאָרֶץ מִנַּיִן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אִתְּךָ״, בְּכׇל מָקוֹם שֶׁאִתְּךָ. וְהָא אַפֵּיקְתֵּיהּ? חֲדָא מֵ״אִתְּךָ״ וַחֲדָא מֵ״עִמָּךְ״.
La baraïta dit : et les Sages disent : qu'il soit en Terre d'Israël ou hors de la Terre d'Israël, il doit apporter une preuve. La Guemara objecte : mais « dans ton pays » n'est-il pas écrit dans le verset ? Comment les Sages peuvent-ils nier toute distinction entre la loi à l'intérieur et à l'extérieur de la Terre d'Israël ?
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בֵּין בָּאָרֶץ בֵּין בְּחוּצָה לָאָרֶץ צָרִיךְ לְהָבִיא רְאָיָה. וְאֶלָּא הָא כְּתִיב ״בָּאָרֶץ״!
La Guemara répond : cette expression [« dans ton pays »] est nécessaire pour enseigner que, même en Terre d'Israël, le peuple juif doit accepter les convertis. Car il aurait pu te venir à l'esprit de dire que c'est seulement pour profiter de l'abondance de la Terre d'Israël, et non pour le Ciel, qu'ils se convertissent, et qu'on ne devrait donc pas les accepter. Et il aurait même pu te venir à l'esprit de dire que, de nos jours aussi — alors que la bénédiction divine a cessé et qu'il n'y a plus l'abondance d'antan dont profiter —, on devrait encore suspecter la pureté de leurs intentions, car il reste le léket [les épis tombés à la moisson], la chikhha [la gerbe oubliée], la péa [le coin du champ laissé aux pauvres] et le maaser ani [la dîme du pauvre], dont ils tireraient profit en se convertissant. C'est pourquoi le verset nous apprend qu'on les accepte même en Terre d'Israël.
הַהוּא מִיבְּעֵי לֵיהּ, דַּאֲפִילּוּ בָּאָרֶץ מְקַבְּלִים גֵּרִים. דְּסָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא: מִשּׁוּם טֵיבוּתָא דְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל קָמִגַּיְּירִי, וְהַשְׁתָּא נָמֵי דְּלֵיכָּא טֵיבוּתָא, אִיכָּא לֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה וּמַעְשַׂר עָנִי, קָא מַשְׁמַע לַן.
Rabbi Hiyya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yohanan : la halakha est que, qu'un converti soit en Terre d'Israël ou hors de la Terre d'Israël, il doit apporter une preuve. La Guemara demande : n'est-ce pas évident ? Dans toute controverse entre un Sage isolé et plusieurs Sages, la halakha suit l'opinion du plus grand nombre [ici, les Sages contre Rabbi Yehouda]. La Guemara répond : il était nécessaire de le préciser, de peur que tu ne dises que le raisonnement de Rabbi Yehouda est plus solide, le verset venant à son appui lorsqu'il dit « dans ton pays ». C'est pourquoi Rabbi Yohanan devait nous enseigner que la halakha ne suit pas son opinion.
אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה, בֵּין בָּאָרֶץ בֵּין בְּחוּץ לָאָרֶץ צָרִיךְ לְהָבִיא רְאָיָה. פְּשִׁיטָא, יָחִיד וְרַבִּים הֲלָכָה כְּרַבִּים! מַהוּ דְּתֵימָא: מִסְתַּבַּר טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה, דְּקָמְסַיְּיעִי לֵיהּ קְרָאֵי, קָא מַשְׁמַע לַן.
Les Sages ont enseigné : le verset rapporte que Moché chargea les juges du tribunal : « Et vous jugerez avec justice entre un homme et son frère, et son guer [le converti qui est] avec lui » (Devarim 1, 16). De là — du fait que le converti est mentionné dans le contexte d'un jugement au tribunal — Rabbi Yehouda a dit : un candidat qui se convertit devant un tribunal est un converti valide ; mais s'il se convertit en privé, il n'est pas un converti.
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וּשְׁפַטְתֶּם צֶדֶק בֵּין אִישׁ וּבֵין אָחִיו וּבֵין גֵּרוֹ״, מִכָּאן אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: גֵּר שֶׁנִּתְגַּיֵּיר בְּבֵית דִּין — הֲרֵי זֶה גֵּר, בֵּינוֹ לְבֵין עַצְמוֹ — אֵינוֹ גֵּר.
La Guemara rapporte : il advint qu'un homme — tenu pour juif — se présenta devant Rabbi Yehouda et lui dit : « Je me suis converti en privé [seul, sans tribunal], et je ne suis donc pas réellement juif. » Rabbi Yehouda lui dit : « As-tu des témoins à l'appui de ta déclaration ? » Il lui répondit : « Non. » Rabbi Yehouda lui demanda : « As-tu des enfants ? » Il lui répondit : « Oui. » Rabbi Yehouda lui dit : « Tu es cru pour te rendre toi-même inapte [à épouser une femme juive, en te déclarant non-juif], mais tu n'es pas cru pour rendre tes enfants inaptes. »
מַעֲשֶׂה בְּאֶחָד שֶׁבָּא לִפְנֵי רַבִּי יְהוּדָה, וְאָמַר לוֹ: נִתְגַּיַּירְתִּי בֵּינִי לְבֵין עַצְמִי. אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוּדָה: יֵשׁ לְךָ עֵדִים? אָמַר לוֹ: לָאו. יֵשׁ לְךָ בָּנִים? אָמַר לוֹ: הֵן. אָמַר לוֹ: נֶאֱמָן אַתָּה לִפְסוֹל אֶת עַצְמְךָ, וְאִי אַתָּה נֶאֱמָן לִפְסוֹל אֶת בָּנֶיךָ.
La Guemara demande : mais Rabbi Yehouda a-t-il réellement dit qu'à l'égard de ses enfants il n'est pas cru ? N'est-il pas enseigné dans une baraïta : le verset dit « il reconnaîtra [yakir] le premier-né, le fils de la femme haïe, en lui donnant une double part de tout ce qu'il possède » (Devarim 21, 17). L'expression « il reconnaîtra » paraît superflue ; on l'interprète donc ainsi : le père est cru pour le faire reconnaître [yakirénou] d'autrui [comme premier-né]. De là Rabbi Yehouda a dit : un homme est cru de dire « celui-ci est mon fils premier-né » ; et de même qu'il est cru de dire « celui-ci est mon fils premier-né », de même un Cohen est cru de dire « ce fils que voici est, de moi, le fils d'une femme divorcée », ou de dire « il est, de moi, le fils d'une haloutsa » — et l'enfant est alors disqualifié en raison d'une lignée entachée [il est halal]. Et les Sages disent : il n'est pas cru. Or, si Rabbi Yehouda tient qu'un père est cru pour rendre ses enfants inaptes, pourquoi a-t-il tranché autrement dans le cas du converti ?
[וּמִי] אָמַר רַבִּי יְהוּדָה אַבָּנִים לָא מְהֵימַן? וְהָתַנְיָא: ״יַכִּיר״ — יַכִּירֶנּוּ לַאֲחֵרִים. מִכָּאן אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: נֶאֱמָן אָדָם לוֹמַר ״זֶה בְּנִי בְּכוֹר״, וּכְשֵׁם שֶׁנֶּאֱמָן לוֹמַר ״זֶה בְּנִי בְּכוֹר״, כָּךְ נֶאֱמָן לוֹמַר: ״בְּנִי זֶה בֶּן גְּרוּשָׁה הוּא״, אוֹ ״בֶּן חֲלוּצָה הוּא״. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵינוֹ נֶאֱמָן!
Rav Nahman bar Yits'haq a dit : voici ce que Rabbi Yehouda lui a dit [pour résoudre la contradiction] : « Selon ta propre déclaration, tu es un non-juif, et il n'y a pas de témoignage valable pour un non-juif » — car un non-juif est un témoin disqualifié. Par conséquent, tu ne peux pas témoigner sur le statut de tes enfants pour les rendre inaptes. Ravina a dit : voici ce que Rabbi Yehouda lui a dit : « As-tu des enfants ? » — « Oui. » « As-tu des petits-enfants ? » — « Oui. » Il lui dit : « Tu es cru pour rendre tes enfants inaptes [par le din de yakir], mais tu n'es pas cru pour rendre tes petits-enfants inaptes » — car le verset n'accorde au père crédit qu'à l'égard de ses enfants, non de ses petits-enfants.
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק, הָכִי קָאָמַר לֵיהּ: לִדְבָרֶיךָ גּוֹי אַתָּה, וְאֵין עֵדוּת לְגוֹי. רָבִינָא אָמַר, הָכִי קָאָמַר לֵיהּ: יֵשׁ לְךָ בָּנִים? הֵן. יֵשׁ לְךָ בְּנֵי בָנִים? הֵן. אָמַר לוֹ: נֶאֱמָן אַתָּה לִפְסוֹל בָּנֶיךָ, וְאִי אַתָּה נֶאֱמָן לִפְסוֹל בְּנֵי בָנֶיךָ.
Cette opinion de Ravina est elle aussi enseignée dans une baraïta : Rabbi Yehouda dit : un homme est cru de dire de son fils mineur qu'il est inapte, mais il n'est pas cru de le dire de son fils adulte. Et, expliquant la baraïta, Rabbi Hiyya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yohanan : « mineur » ne désigne pas celui qui est littéralement mineur, n'ayant pas encore atteint la majorité, et « adulte » ne désigne pas celui qui est littéralement adulte, ayant atteint la majorité ; mais un [fils] mineur qui a lui-même des enfants, voilà ce que la baraïta appelle « adulte », et un [fils] adulte qui n'a pas d'enfants, voilà ce que la baraïta appelle « mineur ».
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: נֶאֱמָן אָדָם לוֹמַר עַל בְּנוֹ קָטָן, וְאֵין נֶאֱמָן עַל בְּנוֹ גָּדוֹל. וְאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא קָטָן קָטָן מַמָּשׁ, וְלֹא גָּדוֹל גָּדוֹל מַמָּשׁ. אֶלָּא, קָטָן וְיֵשׁ לוֹ בָּנִים — זֶהוּ גָּדוֹל. גָּדוֹל וְאֵין לוֹ בָּנִים — זֶהוּ קָטָן.
La Guemara conclut : et la halakha suit l'opinion de Rav Nahman bar Yits'haq. La Guemara demande : mais n'est-il pas enseigné dans la baraïta [précédente] en accord avec l'opinion de Ravina ? S'il existe une baraïta qui appuie son opinion, la halakha devrait suivre son opinion ! La Guemara répond : cette baraïta-là a été énoncée à propos du din de « il reconnaîtra » [yakir] — à savoir qu'un père est cru pour rendre son fils inapte ; mais si quelqu'un prétend être non-juif, il n'est pas cru d'en dire autant de son fils.
וְהִלְכְתָא כְּווֹתֵיהּ דְּרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק. וְהָתַנְיָא כְּווֹתֵיהּ דְּרָבִינָא! הָהוּא, לְעִנְיַן ״יַכִּיר״ אִיתְּמַר.
Yevamot 47a
100%
יבמות מ״ז אמַסֶּכֶת יְבָמוֹת