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Traité Yevamot

17b

Étude de Yevamot 17b

Étude de la Guémara 17b

Guémara
[La Guemara achève l'analyse du langage de la Michna, qui désignait l'une des veuves comme « la première » et l'autre comme « la seconde ».] Celui qui l'a appelée « la première » ne se trompe pas : que signifie « première » ? La première à tomber [en veuvage] devant son yavam pour le yiboum. Et celui qui l'a appelée « la seconde » ne se trompe pas non plus : que signifie « seconde » ? La seconde à entrer en mariage — puisque le second frère décédé était déjà marié à une autre femme, cette yevama qu'il a prise en yiboum était sa seconde épouse. [Mais] la Guemara s'étonne : est-ce là le seul enchaînement possible ? Ne traitons-nous pas aussi du cas où le second frère a d'abord pris en yiboum l'épouse du premier frère, puis a ensuite épousé une autre femme [— auquel cas la yevama serait sa première épouse, et non la seconde] ? Plutôt, que signifie appeler « la seconde » l'épouse du premier frère ? Celle qui a été mariée une seconde fois : elle avait déjà été mariée deux fois [une fois à son mari, une fois au yavam], tandis que l'épouse du second frère n'avait été mariée qu'une seule fois.
רִאשׁוֹנָה לָא מִשְׁתַּבַּשׁ: מַאי רִאשׁוֹנָה — רִאשׁוֹנָה לִנְפִילָה, וּמַאן דְּתָנֵי שְׁנִיָּה לָא מִשְׁתַּבַּשׁ: מַאי שְׁנִיָּה — שְׁנִיָּה לְנִשּׂוּאִין. מִי לָא עָסְקִינַן דְּיִבֵּם וְאַחַר כָּךְ כָּנַס? אֶלָּא מַאי שְׁנִיָּה — שְׁנִיָּה בְּנִשּׂוּאִין.
§ [La Guemara passe de l'examen du langage de la Michna aux lois de fond.] L'épouse d'un frère qui n'a pas coexisté avec lui [un frère né après la mort de celui dont elle était la veuve] — où est-il écrit [qu'elle est dispensée du yiboum] ? Rav Yehouda a dit au nom de Rav : le verset dit « Si des frères demeurent ensemble et que l'un d'eux meure » (Devarim 25, 5), ce qui signifie qu'ils ont eu une coexistence commune dans le monde ; cela exclut l'épouse d'un frère avec lequel il n'a pas coexisté. En outre, du mot « ensemble » on déduit : « ensemble » signifie unis dans l'héritage — ils sont unis en ce qu'ils héritent l'un de l'autre. Or, puisque les biens sont hérités par les fils de leur père, on en infère que le verset parle spécifiquement de frères de même père ; cela exclut le demi-frère du côté de la mère [seulement], qui n'est pas uni à lui par l'héritage.
אֵשֶׁת אָחִיו שֶׁלֹּא הָיָה בְּעוֹלָמוֹ הֵיכָא כְּתִיבָא? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב, אָמַר קְרָא: ״כִּי יֵשְׁבוּ אַחִים יַחְדָּו״, שֶׁהָיְתָה לָהֶם יְשִׁיבָה אַחַת בָּעוֹלָם, פְּרָט לְאֵשֶׁת אָחִיו שֶׁלֹּא הָיָה בְּעוֹלָמוֹ. ״יַחְדָּו״ — מְיוּחָדִים בַּנַּחֲלָה, פְּרָט לְאָחִיו מִן הָאֵם.
Rabba a dit : on apprend que le yiboum ne s'applique qu'aux frères de même père par l'analogie verbale (guezera chava) entre le terme « fraternité » (a'hva) employé à propos du yiboum et le terme « fraternité » employé à propos des fils de Yaakov. De même que là-bas, s'agissant des fils de Yaakov, ils sont tous frères du côté du père et non de la mère — puisqu'ils étaient issus de quatre mères différentes —, de même ici, dans le cas du yiboum, il s'agit spécifiquement de frères du côté du père et non de la mère.
רַבָּה אָמַר: אַחִין מִן הָאָב יָלֵיף ״אַחְוָה״ ״אַחְוָה״ מִבְּנֵי יַעֲקֹב: מַה לְהַלָּן — מִן הָאָב וְלֹא מִן הָאֵם, אַף כָּאן — מִן הָאָב וְלֹא מִן הָאֵם.
[La Guemara soulève une objection :] et qu'on apprenne plutôt « fraternité » de « fraternité » à partir des arayot [les unions interdites] ! [Dans les lois des unions interdites, demi-frères paternels comme maternels sont tous deux considérés comme frères, et tous deux soumis à des interdits tels que l'épouse du frère ; on pourrait donc inclure aussi le frère maternel dans le yiboum.] La Guemara répond : la première analogie est préférable, car on déduit « frères » (a'him) de « frères » (a'him). Le mot « frères » figure aussi bien à propos des fils de Yaakov qu'à propos du yiboum, tandis qu'à propos des arayot il est écrit « ton frère » (a'hikha) ; or on ne déduit pas « frères » de « ton frère ».
וְלֵילַף ״אַחְוָה״ ״אַחְוָה״ מֵעֲרָיוֹת! דָּנִין ״אַחִים״ מֵ״אַחִים״, וְאֵין דָּנִין ״אַחִים״ מֵ״אָחִיךָ״.
La Guemara objecte : quelle importance qu'il y ait une légère différence entre les mots comparés ? Car l'école de Rabbi Yichmael a enseigné une analogie verbale, à propos de la lèpre des maisons, entre le verset « et le Cohen reviendra (vechav) » (Vayikra 14, 39) et le verset « et le Cohen viendra (ouva) » (Vayikra 14, 44) : on en déduit que telle est la loi pour le « revenir » [après sept jours] et telle aussi la loi pour le « venir » [après sept jours] — bien que « revenir » et « venir » soient des mots différents. Par conséquent, une différence d'une seule lettre entre « frères » et « ton frère » ne devrait certainement pas empêcher l'analogie ! La Guemara répond : cela [vaut] là où rien d'autre ne lui ressemble davantage ; mais là où il existe un mot plus semblable, c'est de ce mot plus semblable que l'on déduit.
מַאי נָפְקָא מִינַּהּ, הָא תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״וְשָׁב הַכֹּהֵן״, ״וּבָא הַכֹּהֵן״, זוֹ הִיא שִׁיבָה זוֹ הִיא בִּיאָה! הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּלֵיכָּא מִידֵּי דְּדָמֵי לֵיהּ, אֲבָל הֵיכָא דְּאִיכָּא מִידֵּי דְּדָמֵי לֵיהּ — מִדְּדָמֵי לֵיהּ יָלְפִינַן.
[La Guemara] objecte sur un autre point : qu'on apprenne plutôt « fraternité » de « fraternité » à partir de Loth, comme il est écrit qu'Avraham dit à Loth : « car nous sommes des frères » (Béréchit 13, 8) ! [De là on pourrait conclure que « frères » désigne des proches parents, et pas seulement des frères au sens strict.] La Guemara rejette : il est plus logique de déduire des fils de Yaakov, parce que le mot « frères » y est disponible (moufné) [et donc consacrable à une analogie] : puisqu'il aurait pu écrire « nous, tes douze serviteurs, sommes les fils de notre père », et qu'il écrit pourtant « douze frères, fils d'un seul homme » (Béréchit 42, 13) — apprends de là que c'est pour rendre le mot « frères » disponible, afin qu'il puisse être affecté à un autre objet [le yiboum].
וְלֵילַף ״אַחְוָה״ ״אַחְוָה״ מִלּוֹט, דִּכְתִיב: ״כִּי אֲנָשִׁים אַחִים אֲנָחְנוּ״! מִסְתַּבְּרָא מִבְּנֵי יַעֲקֹב הֲוָה לֵיהּ לְמֵילַף, מִשּׁוּם דְּמַפְנֵי: מִדַּהֲוָה לֵיהּ לְמִכְתַּב ״שְׁנֵים עָשָׂר עֲבָדֶיךָ בְּנֵי אָבִינוּ״, וּכְתִיב ״אַחִים״ — שְׁמַע מִינַּהּ לְאַפְנוֹיֵי.
La Guemara remarque : et bien que Rav Yehouda et Rabba aient appris la même règle de deux passages différents, pour l'un comme pour l'autre il fallait écrire « frères » et il fallait écrire « ensemble » dans les versets sur le yiboum. Car si le Miséricordieux n'avait écrit que « frères », j'aurais dit : qu'on déduise « fraternité » de « fraternité » à partir de Loth. Et si tu objectes que le mot n'y est pas disponible comme il l'est dans le passage des fils de Yaakov — non, en fait il y est bien disponible : à propos de Loth, il aurait pu écrire « compagnons » (réïm), puisqu'ils n'étaient pas frères au sens propre mais parents, et pourtant il est écrit « frères ». On pourrait en apprendre que ce mot est libre pour être affecté ailleurs et enseigner que de tels parents sont appelés « frères » même pour le yiboum. C'est pourquoi la Torah a écrit « ensemble », pour enseigner que cela s'applique spécifiquement aux frères unis dans l'héritage.
וְאִיצְטְרִיךְ לְמִכְתַּב ״אַחִים״, וְאִיצְטְרִיךְ לְמִכְתַּב ״יַחְדָּו״. דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״אַחִים״, הֲוָה אָמֵינָא: לֵילַף ״אַחְוָה״ ״אַחְוָה״ מִלּוֹט, וְכִי תֵּימָא לָא מַפְנֵי — לָאיֵי, אַפְנוֹיֵי מַפְנֵי, מִדַּהֲוָה לֵיהּ לְמִכְתַּב ״רֵעִים״, וּכְתִיב ״אַחִים״, שְׁמַע מִינַּהּ לְאַפְנוֹיֵי — כְּתַב רַחֲמָנָא: ״יַחְדָּו״, הַמְיוּחָדִים בַּנַּחֲלָה.
Et si le Miséricordieux n'avait écrit que « ensemble » [sans ajouter « frères »], j'aurais dit qu'ils doivent être unis par le père et par la mère ensemble [c'est-à-dire frères germains, faute de quoi le yiboum ne s'appliquerait pas]. C'est pourquoi « frères » est écrit, pour les comparer aux fils de Yaakov, qui étaient frères de même père mais non de même mère. C'est pour cette raison, donc, qu'il est nécessaire d'écrire les deux [« frères » et « ensemble »].
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״יַחְדָּו״ — הֲוָה אָמֵינָא דִּמְיַיחֲדִי בְּאַבָּא וּבְאִמָּא, צְרִיכָא.
La Guemara interroge sur cette dernière supposition : mais d'où cela viendrait-il [que le yiboum exigerait des frères germains, du même père et de la même mère] ? Le Miséricordieux n'a-t-il pas fait dépendre le yiboum de l'héritage — l'héritage venant du père et non de la mère ? [On ne saurait donc imaginer que la fraternité maternelle importe ici.] [La Guemara répond :] c'était néanmoins nécessaire, car il aurait pu te venir à l'esprit de dire : puisque cette loi du yiboum est une nouveauté ('hidouch) — une érva [une femme interdite comme épouse du frère] lui devenant ici permise —, dis que cette permission ne vaudra que pour des frères de même père et de même mère ensemble. C'est à cause de cette possibilité que l'analogie verbale avec les fils de Yaakov est nécessaire.
וְהָא מֵהֵיכָא תֵּיתֵי? יִבּוּם בַּנַּחֲלָה תְּלָא רַחְמָנָא, וְנַחֲלָה מִן הָאָב וְלֹא מִן הָאֵם הִיא! אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא: הוֹאִיל וְחִידּוּשׁ הוּא דְּקָמִשְׁתְּרֵי עֶרְוָה גַּבֵּיהּ, אֵימָא עַד דִּמְיַיחֲדִי בְּאַבָּא וּבְאִמָּא, צְרִיכָא.
§ Rav Houna a dit au nom de Rav : dans le cas d'une chomeret yavam [la veuve sans enfant qui attend que son yavam accomplisse le yiboum ou la halitsa] qui meurt avant que le yavam ait pu la prendre en yiboum, le yavam est autorisé à épouser la mère de la défunte. [L'obligation du yiboum ne crée donc pas entre eux de lien de parenté.] Apparemment, Rav Houna tient que Rav considère que la zika [le lien lévirat] n'est pas substantielle : autrement dit, le lien noué entre la yevama et son yavam, qui les voue au yiboum, ne crée pas entre eux de connexion halakhique [équivalente au mariage]. La Guemara demande : alors qu'il dise explicitement « la loi est conforme à l'avis de celui qui dit que la zika n'est pas substantielle » — puisque c'est précisément un objet de controverse entre les Tanaïm ! Pourquoi ne pas simplement trancher ainsi ?
אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב: שׁוֹמֶרֶת יָבָם שֶׁמֵּתָה — מוּתָּר בְּאִמָּהּ, אַלְמָא קָסָבַר אֵין זִיקָה. וְלֵימָא: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר אֵין זִיקָה!
La Guemara répond : s'il avait dit cela [simplement « la loi suit celui qui dit que la zika n'est pas substantielle »], j'aurais dit : cet énoncé ne vaut que dans le cas de deux frères, dont chacun a la possibilité de la prendre en yiboum — la zika de l'un et de l'autre frère envers la yevama n'y étant pas absolue, puisque l'autre frère peut toujours l'épouser à sa place. Mais dans le cas d'un frère unique, puisque l'obligation envers la yevama lui incombe exclusivement, j'aurais dit que la zika est substantielle. [En statuant sur un cas d'un seul frère, Rav nous apprend qu'elle n'est pas substantielle même alors.]
אִי הֲוָה אָמַר הָכִי, הֲוָה אָמֵינָא: הָנֵי מִילֵּי בִּתְרֵי, אֲבָל בְּחַד — יֵשׁ זִיקָה.
La Guemara demande : alors qu'il dise « la loi est conforme à l'avis de celui qui dit que la zika n'est pas substantielle, même dans le cas d'un seul frère » ! La Guemara répond : s'il avait dit cela, j'aurais dit : même du vivant [de la yevama], il lui serait permis d'épouser la mère de celle-ci. C'est pourquoi il vient nous enseigner qu'après la mort [de la yevama], oui, il lui est permis d'épouser la mère, mais de son vivant, non. Pourquoi non ? Parce qu'il est interdit d'annuler la mitsva du yiboum : s'il épousait la mère, il ne pourrait plus prendre la fille en yiboum [la fille de son épouse lui étant interdite], et il aurait ainsi, par ce mariage, annulé la mitsva du yiboum qui lui incombait.
וְלֵימָא: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר אֵין זִיקָה אֲפִילּוּ בְּחַד! אִי אָמַר הָכִי, הֲוָה אָמֵינָא: אֲפִילּוּ מֵחַיִּים — קָמַשְׁמַע לַן לְאַחַר מִיתָה אִין, מֵחַיִּים לָא — מִשּׁוּם דְּאָסוּר לְבַטֵּל מִצְוַת יְבָמִין.
Yevamot 17b
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