[La baraïta continue d'identifier les lieux d'exil des dix tribus mentionnés dans le verset (II Rois 17, 6) :] ceci est Hadyav. « Le fleuve de Gozan » — c'est Guinzak. « Et les villes de Médie » — c'est Hamadan et ses environs. Et certains disent : c'est Nihar et ses environs. La Guemara demande : quels sont « ses environs » ? Chmouel a dit : Kérakh, Mouchké, Hidké et Domakya sont les environs de Hamadan. Rabbi Yo'hanan a dit : et tous [les habitants de ces lieux sont présumés] disqualifiés [pour le mariage]. Autrement dit, si quelqu'un originaire de l'un de ces endroits souhaite se convertir, on craint qu'il ne soit en réalité un descendant de Juifs [issus des dix tribus exilées] et donc un mamzer ; en conséquence, ils sont tous tenus pour disqualifiés.
זוֹ חַדְיָיב, ״נְהַר גּוֹזָן״ — זוֹ גִּינְזַק, ״וְעָרֵי מָדַי״ — זוֹ חַמְדָּן וְחַבְרוֹתֶיהָ, וְאָמְרִי לַהּ: זוֹ נִיהַר וְחַבְרוֹתֶיהָ. חַבְרוֹתֶיהָ מַאן? אָמַר שְׁמוּאֵל: כְּרַךְ, מוּשְׁכֵּי, חִידְקֵי וְדוּמְקֵי. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וְכוּלָּן לִפְסוּל.
Rav Yehouda poursuit son récit : lorsque j'ai énoncé cette halakha — qu'il faut craindre, de nos jours, [la validité des] fiançailles [de ces lointains descendants] — devant Chmouel, il me dit : il n'y a pas lieu de s'en inquiéter, car ton fils issu d'une Juive est appelé « ton fils » [et reçoit ta lignée], tandis que ton fils issu d'une non-Juive n'est pas appelé « ton fils » mais « son fils à elle ». En conséquence, tous les enfants nés de Juifs avec des femmes non juives ne sont pas considérés comme juifs, leur statut étant déterminé par leur mère non juive.
כִּי אַמְרִיתַהּ קַמֵּיהּ דִּשְׁמוּאֵל, אֲמַר לִי: בִּנְךָ הַבָּא מִן יִשְׂרְאֵלִית קָרוּי בִּנְךָ, וְאֵין בִּנְךָ הַבָּא מִן הַגּוֹיָה קָרוּי בִּנְךָ, אֶלָּא בְּנָהּ.
La Guemara objecte : mais n'y a-t-il pas [aussi] des filles [juives, faites captives par des non-Juifs,] dont les enfants sont juifs ? Et Ravina a précisément dit : apprends de là que le fils de ta fille issu d'un non-Juif est appelé « ton fils » ! [S'il en est ainsi, les descendants de Juives capturées seraient bel et bien juifs, et la crainte renaîtrait.] La Guemara répond : il n'y a pas là de quoi s'inquiéter, car on tient par tradition que les filles de cette génération [-là, celle des dix tribus exilées,] devinrent stériles et n'engendrèrent aucune descendance, tandis que des hommes exilés épousaient, eux, des non-Juives. En conséquence, tous les enfants nés là-bas étaient non juifs.
וְהָאִיכָּא בָּנוֹת, וְאָמַר רָבִינָא: שְׁמַע מִינַּהּ, בֶּן בִּתְּךָ הַבָּא מִן הַגּוֹי קָרוּי בִּנְךָ! גְּמִירִי דִּבְנָתָא דְּהָהוּא דָּרָא אִיצְטְרוֹיֵי אִצְטְרוֹ.
Il en est qui rapportent [autrement les propos de Rav Yehouda] : lorsque j'ai énoncé cette halakha devant Chmouel, il me dit : ils ne bougèrent pas de là — du lieu où ils délibéraient sur cette question — avant d'avoir déclaré tous ces gens, y compris ceux qui s'étaient mêlés aux dix tribus en divers endroits, non-Juifs à part entière. En conséquence, il n'y a aucune crainte que leurs fiançailles aient le moindre effet, ainsi qu'il est dit : « Ils ont trahi l'Éternel, car ils ont engendré des enfants étrangers » (Hochéa 5, 7).
אִיכָּא דְּאָמְרִי: כִּי אַמְרִיתַהּ קַמֵּיהּ דִּשְׁמוּאֵל, אָמַר לִי: לֹא זָזוּ מִשָּׁם, עַד שֶׁעֲשָׂאוּם גּוֹיִם גְּמוּרִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בַּה׳ בָּגָדוּ כִּי בָנִים זָרִים יָלָדוּ״.
La Guemara rapporte : Rav Yossef siégeait derrière Rav Kahana, et Rav Kahana siégeait devant Rav Yehouda ; et celui-ci, assis, énonça cette tradition : à l'avenir, les Juifs institueront un jour de fête lorsque Tarmod sera détruite. La Guemara objecte : mais elle a déjà été détruite ! La Guemara répond : ce lieu qui fut détruit, c'était Tamod, et non Tarmod. Rav Achi dit : Tarmod et Tamod ne font qu'un ; seulement, la ville est « dédoublée » — autrement dit, quand elle est détruite d'un côté, elle est rebâtie de l'autre ; et quand elle est détruite de l'autre côté, elle est rebâtie de ce côté-ci. En conséquence, elle n'a pas encore été entièrement détruite.
יָתֵיב רַב יוֹסֵף אֲחוֹרֵיהּ דְּרַב כָּהֲנָא, וְיָתֵיב רַב כָּהֲנָא קַמֵּיהּ דְּרַב יְהוּדָה וְיָתֵיב וְקָאָמַר: עֲתִידִין יִשְׂרָאֵל דְּעָבְדִי יוֹמָא טָבָא כִּי חָרְבָה תַּרְמוֹד. וְהָא חֲרִיב! הַהִיא תָּמוֹד הֲוַאי. רַב אָשֵׁי אָמַר: הַיְינוּ תַּרְמוֹד הַיְינוּ תָּמוֹד, אִכְּפוֹלֵי הוּא דְּמִכַּפְלָ[א]: חֲרִיב מֵהַאי גִּיסָא — אִיתִּיב מֵהַאי גִּיסָא, (וְאִי) חֲרִיב מֵהַאי גִּיסָא — אִיתִּיב מֵהַאי גִּיסָא.
La Guemara rapporte : Rav Hamnouna siégeait devant Oulla et était plongé dans l'étude de la halakha. Oulla dit à son sujet : quel homme ! quel homme ! — c'est-à-dire : quel grand homme que ce Rav Hamnouna ! Si seulement Harpanya n'était pas sa ville ! [car ses habitants sont tous de lignée défectueuse, ce qui laisserait entendre que la lignée de Rav Hamnouna l'est aussi]. Rav Hamnouna en fut couvert de honte. Oulla lui dit : où verses-tu l'argent de la capitation [l'impôt par tête] ? Il lui répondit : je le paie à la ville de Poum Nahara [dont ma ville dépend pour l'impôt]. Oulla lui dit : s'il en est ainsi, tu es de Poum Nahara [et non de Harpanya], et ta lignée n'est manifestement pas défectueuse.
יָתֵיב רַב הַמְנוּנָא קַמֵּיהּ דְּעוּלָּא וְקָא הָוֵי בִּשְׁמַעְתָּא, אָמַר: מָה גַּבְרָא וּמָה גַּבְרָא! אִי לָאו דְּהַרְפַּנְיָא מָאתֵיהּ! אִכְּסִיף, אֲמַר לֵיהּ: כְּסַף גֻּלְגֻּלְתָּא, לְהֵיכָא יָהֲבַתְּ? אֲמַר לֵיהּ לְפוּם נַהֲרָא. אֲמַר לֵיהּ: אִם כֵּן, מִפּוּם נַהֲרָא אַתְּ.
La Guemara demande : que signifie [le nom] Harpanya ? Rabbi Zéira a dit : cela veut dire « la montagne vers laquelle tous se tournent » (har chéhakol ponin bo) — c'est-à-dire la destination de tous ceux qui ne pouvaient trouver d'épouse ailleurs, la plupart de ses habitants étant de lignée défectueuse. On a enseigné dans une baraïta : tous ceux qui ne connaissent ni leur famille ni leur tribu s'y dirigent. Rava dit : cette tare est effroyable, plus profonde que le Chéol [le séjour des morts], ainsi qu'il est dit : « De la main du Chéol les rachèterai-je ? De la mort les délivrerai-je ? » (Hochéa 13, 14) — ce verset indiquant qu'il est possible d'être racheté et délivré du Chéol, tandis que leur disqualification, elle, est sans remède.
מַאי הַרְפַּנְיָא? אָמַר רַבִּי זֵירָא: הַר שֶׁהַכֹּל פּוֹנִין בּוֹ. בְּמַתְנִיתָא תָּנָא: כׇּל שֶׁאֵין מַכִּיר מִשְׁפַּחְתּוֹ וְשִׁבְטוֹ נִפְנֶה לְשָׁם. אָמַר רָבָא: וְהִיא עֲמוּקָּה מִשְּׁאוֹל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִיַּד שְׁאוֹל אֶפְדֵּם מִמָּוֶת אֶגְאָלֵם״, וְאִילּוּ פְּסוּל דִּידְהוּ לֵית לְהוּ תַּקַּנְתָּא.
La Guemara observe : ceux qui sont disqualifiés de Harpanya le sont à cause de la disqualification des habitants de Méchon, [ville] voisine, qui étaient eux-mêmes disqualifiés et se sont mariés avec les gens de Harpanya. Ceux qui sont disqualifiés de Méchon le sont à cause de ceux qui sont disqualifiés de Tarmod, et ceux qui sont disqualifiés de Tarmod le sont à cause des serviteurs de Salomon [dont la descendance s'y était fixée].
פְּסוּלֵי דְהַרְפַּנְיָא מִשּׁוּם פְּסוּלֵי דְּמֵישׁוֹן, וּפְסוּלֵי דְּמֵישׁוֹן מִשּׁוּם פְּסוּלֵי דְתַרְמוֹד, פְּסוּלֵי דְתַרְמוֹד מִשּׁוּם עַבְדֵי שְׁלֹמֹה.
La Guemara observe : et c'est là [le sens de] l'adage populaire que les gens répètent à ce propos : « Un grand éfa et un petit éfa » — deux mesures faussées, l'une comme l'autre inutilisables pour mesurer — « roulent et s'en vont vers le Chéol, et du Chéol vers Tarmod, et de Tarmod vers Méchon, et de Méchon vers Harpanya. » [Ainsi, la même idée énoncée par les Sages au sujet de la disqualification des lignées s'est trouvée reprise dans un dicton bien connu du peuple.]
וְהַיְינוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: קַבָּא רַבָּא וְקַבָּא זוּטָא, מִיגַּנְדַּר וְאָזֵיל לִשְׁאוֹל, וּמִשְּׁאוֹל לְתַרְמוֹד, וּמִתַּרְמוֹד לְמֵישָׁן, וּמִמֵּישָׁן לְהַרְפַּנְיָא.
Hadran alakh « Hamech Essré Nachim » — « Nous reviendrons vers toi, [chapitre] Quinze femmes » : formule traditionnelle de clôture marquant l'achèvement du premier chapitre du traité Yevamot.
הֲדַרַן עֲלָךְ חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה נָשִׁים
Mishna 1
MICHNA : [Chacune des femmes énumérées au premier chapitre dispense ses co-épouses du yiboum (mariage lévirat) et de la halitsa (déchaussement), en raison du lien de parenté étroit qui la rend interdite à son beau-frère ; la seule exception est le cas exposé ici.] Comment se présente le cas de « la femme d'un frère avec lequel il n'a pas coexisté » ? [Par exemple :] il y avait deux frères, et l'un d'eux mourut sans enfant ; puis un frère leur naquit [après ce décès] ; ensuite le second frère, l'aîné, prit en yiboum la femme de son frère défunt, et mourut [à son tour, sans enfant]. [Dès lors, deux femmes se présentent au yiboum :] la première — la veuve du premier frère, qui avait été épousée en yiboum par le second — sort [libre, sans aucune obligation de yiboum ni de halitsa envers le frère cadet né plus tard], parce qu'elle est « la femme d'un frère avec lequel il n'a pas coexisté » [le premier défunt n'ayant jamais vécu en même temps que le cadet] ; et la seconde [veuve, celle du second frère, sort libre elle aussi] à cause de sa co-épouse [la tsara].
כֵּיצַד אֵשֶׁת אָחִיו שֶׁלֹּא הָיָה בְּעוֹלָמוֹ? שְׁנֵי אַחִים, וּמֵת אֶחָד מֵהֶן, וְנוֹלַד לָהֶן אָח, וְאַחַר כָּךְ יִיבֵּם הַשֵּׁנִי אֶת אֵשֶׁת אָחִיו, וּמֵת. הָרִאשׁוֹנָה יוֹצְאָה מִשּׁוּם אֵשֶׁת אָחִיו שֶׁלֹּא הָיָה בְּעוֹלָמוֹ, וְהַשְּׁנִיָּה מִשּׁוּם צָרָתָהּ.(משנה)
La Michna examine une situation supplémentaire : si le second frère n'avait accompli avec elle qu'un maamar (fiançailles de lévirat), sans avoir consommé le mariage, puis était mort — [alors les deux femmes tombent devant le frère cadet, né après la mort du premier]. Dans ce cas, la première femme sort assurément libre, dispensée à la fois de la halitsa et du yiboum, étant pour lui « la femme d'un frère avec lequel il n'a pas coexisté ». La seconde, en revanche, ne fut jamais effectivement la co-épouse de la femme du premier frère — car celle-ci n'avait été que fiancée par maamar au second frère, sans lui être pleinement mariée. C'est pourquoi elle accomplit la halitsa et ne peut entrer en yiboum.
עָשָׂה בָּהּ מַאֲמָר וּמֵת, שְׁנִיָּה — חוֹלֶצֶת וְלֹא מִתְיַיבֶּמֶת.