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Traité Yevamot

122b

Étude de Yevamot 122b

Étude de la Guémara 122b

Guémara
GUEMARA : La Michna [en 122a] tenait pour acquis que l'aubergiste [poundakit] est moins digne de confiance qu'une femme ordinaire — c'est ainsi que les Sages ont pu arguer : si l'aubergiste a été crue, à plus forte raison une femme ordinaire doit-elle l'être. La Guemara demande : quel était le désavantage de cette aubergiste, qui la rendait moins fiable qu'une femme ordinaire ? Rav Kahana dit : c'était une aubergiste non-juive, et elle ne fut donc crue que parce qu'elle parlait en toute innocence [messi'ha lefi touma — sans intention de témoigner], lorsqu'elle raconta que l'homme était mort : « Voici son bâton, voici sa besace, et voici la tombe où je l'ai enterré. » Et de même, Abba, fils de Rav Minyoumi fils de 'Hiyya, enseigna : c'était une aubergiste non-juive, et elle parlait en toute innocence : « Voici son bâton, voici sa besace, et voici la tombe où je l'ai enterré. »
גְּמָ׳ מַאי גְּרִיעוּתָא דְּפוּנְדָּקִית? אָמַר רַב כָּהֲנָא: פּוּנְדָּקִית — גּוֹיָה הָיְתָה, וּמְסִיחָה לְפִי תּוּמָּה הָיְתָה: ״זֶה מַקְלוֹ, וְזֶה תַּרְמִילוֹ, וְזֶה קֶבֶר שֶׁקְּבַרְתִּיו בּוֹ״. וְכֵן תָּנֵי אַבָּא בְּרֵיהּ דְּרַב מִנְיוֹמֵי בַּר חִיָּיא: פּוּנְדָּקִית גּוֹיָה הָיְתָה, וּמְסִיחָה לְפִי תּוּמָּה הָיְתָה: ״זֶה מַקְלוֹ, וְזֶה תַּרְמִילוֹ, וְזֶה קֶבֶר שֶׁקְּבַרְתִּיו בּוֹ״.
La Guemara objecte : mais ne lui ont-ils pas demandé : « Où est notre compagnon ? » — elle répondait donc à une question, et ne parlait pas spontanément ! La Guemara explique : dès qu'elle les vit, elle se mit à pleurer. Ils lui dirent : « Où est notre compagnon ? » Elle leur répondit : « Il est mort, et je l'ai enterré. » Puisqu'elle avait pleuré avant d'être questionnée, ses pleurs furent tenus pour le début de son récit : elle est donc bien considérée comme ayant parlé en toute innocence.
וְהָא ״אַיֵּה חֲבֵרֵנוּ״ קָאָמְרִי לָהּ? כֵּיוָן דַּחֲזֵיתִינְהוּ, בָּכְיָא. אָמְרוּ לָהּ: ״אַיֵּה חֲבֵרֵנוּ?״ אָמְרָה לָהֶם: ״מֵת וּקְבַרְתִּיו״.
§ Les Sages ont enseigné [dans une baraïta] : il arriva qu'un homme vint témoigner devant Rabbi Tarfon au sujet d'une femme [dont le mari était mort]. Il lui dit : « Mon fils, comment en es-tu venu à connaître le témoignage [de la mort du mari] de cette femme ? » Il répondit : « Lui et moi faisions route ensemble, quand une troupe de soldats se lança à notre poursuite. Il s'agrippa à une branche d'olivier et l'arracha [pour s'en faire une lourde trique et intimider les soldats], et il fit rebrousser chemin à la troupe. »
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁבָּא לְהָעִיד עַל הָאִשָּׁה לִפְנֵי רַבִּי טַרְפוֹן. אָמַר לוֹ: ״בְּנִי, הֵיאַךְ אַתָּה יוֹדֵעַ בְּעֵדוּת אִשָּׁה זוֹ?״ אָמַר: ״אֲנִי וָהוּא הָיִינוּ הוֹלְכִים בַּדֶּרֶךְ, וְרָדַף אַחֲרֵינוּ גַּיִיס, וְנִתְלָה בְּיִיחוּר שֶׁל זַיִת וּפְשָׁחוֹ, וְהֶחְזִיר אֶת הַגַּיִיס לַאֲחוֹרָיו״.
« Après cet exploit, je lui dis, admiratif de sa vaillance : “Lion [aryé] ! Que ta force soit affermie [yichar ko'hakha] !” Il me répondit : “D'où sais-tu que mon nom est Aryé ? C'est bien ainsi qu'on m'appelle dans ma ville : Yo'hanan, fils de Rabbi Yehonatan, le lion de Kfar Chi'haya.” Quelque temps plus tard, il tomba malade et mourut. » C'est ainsi que le compagnon de route avait appris son nom et pouvait témoigner à son sujet. Et Rabbi Tarfon, sur la foi de ce témoignage, autorisa sa femme à se remarier.
״אָמַרְתִּי לוֹ: ׳אַרְיֵה! יִישַׁר כֹּחֲךָ׳. אָמַר לִי: ׳מִנַּיִן אַתָּה יוֹדֵעַ שֶׁאַרְיֵה שְׁמִי? כָּךְ קוֹרִין אוֹתִי בְּעִירִי: יוֹחָנָן בְּרַבִּי יְהוֹנָתָן, אַרְיֵה דְּמִכְּפַר שִׁיחְיָא׳. לְיָמִים חָלָה וּמֵת.״ וְהִשִּׂיא רַבִּי טַרְפוֹן אֶת אִשְׁתּוֹ.
La Guemara demande : mais Rabbi Tarfon n'exigeait-il donc pas l'enquête et l'interrogatoire [dericha et 'hakira] du témoin ? N'est-il pas enseigné dans une baraïta : il arriva qu'un homme se présenta devant Rabbi Tarfon pour déposer un témoignage concernant une femme. Il lui dit : « Mon fils, comment connais-tu ce témoignage ? » Il lui répondit : « Lui et moi faisions route ensemble, quand une troupe de soldats se lança à notre poursuite. Il s'agrippa à une branche de figuier et l'arracha, et, [en brandissant la branche pour] intimider les soldats, il fit rebrousser chemin à la troupe. Je lui dis : “Que ta force soit affermie, lion !” Il me répondit : “Tu as bien deviné mon nom, car c'est ainsi qu'on m'appelle dans ma ville : Yo'hanan fils de Yonatan, le lion de Kfar Chi'haya.” » Et l'homme acheva son récit : « Quelque temps plus tard, il tomba malade et mourut. »
וְרַבִּי טַרְפוֹן לָא בָּעֵי דְּרִישָׁה וַחֲקִירָה? וְהָתַנְיָא: מַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁבָּא לִפְנֵי רַבִּי טַרְפוֹן לְהָעִיד עֵדוּת אִשָּׁה. אָמַר לוֹ: ״בְּנִי, הֵיאַךְ אַתָּה יוֹדֵעַ עֵדוּת זוֹ?״ אָמַר לוֹ: ״אֲנִי וָהוּא הָיִינוּ הוֹלְכִין בַּדֶּרֶךְ, וְרָדַף אַחֲרֵינוּ גַּיִיס, וְנִתְלָה בְּיִיחוּר תְּאֵנָה וּפְשָׁחוֹ. וְהֶחְזִיר אֶת הַגַּיִיס לַאֲחוֹרָיו. אָמַרְתִּי לוֹ: ׳יִישַׁר כֹּחֲךָ אַרְיֵה!׳ אָמַר לִי: ׳יָפֶה כִּוַּונְתָּ לִשְׁמִי, שֶׁכָּךְ קוֹרִין אוֹתִי בְּעִירִי: יוֹחָנָן בֶּן יוֹנָתָן אַרְיֵה דְּמִכְּפַר שִׁיחְיָא׳. לְיָמִים חָלָה וּמֵת״.
Rabbi Tarfon lui dit, pour éprouver son récit : « Ne m'as-tu pas dit : “Yo'hanan fils de Yonatan, de Kfar Chi'haya — le Lion” [comme si c'était le village qui portait le surnom de Lion] ? » Il lui répondit : « Non, voici ce que je t'ai dit : “Yo'hanan fils de Yonatan, le lion, de Kfar Chi'haya” [c'est l'homme qui portait le surnom]. » Rabbi Tarfon le pressa ainsi de questions deux et trois fois, et le témoin maintint ses propos parfaitement cohérents ; alors Rabbi Tarfon autorisa sa femme à se remarier. Dans cette version du récit, le simple exposé des faits ne paraît donc pas suffire : un interrogatoire du témoin est également nécessaire.
אָמַר לוֹ: ״לֹא כָּךְ אָמְרַתְּ לִי יוֹחָנָן בֶּן יוֹנָתָן דְּמִכְּפַר שִׁיחְיָא אַרְיֵה?״ אֲמַר לֵיהּ: ״לֹא, אֶלָּא כָּךְ אָמַרְתִּי לָךְ: יוֹחָנָן בֶּן יוֹנָתָן אַרְיֵה דְּמִכְּפַר שִׁיחְיָא״. וְדִקְדֵּק עָלָיו שְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה פְּעָמִים, וְכִיוֵּן אֶת דְּבָרָיו, וְהִשִּׂיא רַבִּי טַרְפוֹן אֶת אִשְׁתּוֹ.
La Guemara répond : c'est une controverse de Tannaïm [et chacune des deux baraïtot reflète l'une des positions]. Comme il est enseigné dans une baraïta : on n'examine pas les témoins en matière de femmes [le témoignage destiné à permettre à une femme de se remarier] par l'enquête et l'interrogatoire — telles sont les paroles de Rabbi Akiva. Rabbi Tarfon dit : on les examine.
תַּנָּאֵי הִיא. דְּתַנְיָא: אֵין בּוֹדְקִין עֵדֵי נָשִׁים בִּדְרִישָׁה וַחֲקִירָה, דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא. רַבִּי טַרְפוֹן אוֹמֵר: בּוֹדְקִין.
La Guemara précise : et c'est au sujet de l'enseignement de Rabbi 'Hanina qu'ils divergent. Car Rabbi 'Hanina a dit : selon la loi de la Torah, les affaires d'argent [dinei mamonot] comme les affaires capitales [dinei nefachot] requièrent l'examen des témoins par l'enquête et l'interrogatoire, ainsi qu'il est dit : « Vous aurez une seule loi » (Vayikra 24, 22) — la procédure judiciaire doit donc être la même dans tous les domaines de la halakha. Dès lors, puisque l'enquête et l'interrogatoire sont exigés en matière capitale (Devarim 13, 15), ils le sont également dans les affaires d'argent.
וְקָמִיפַּלְגִי בִּדְרַבִּי חֲנִינָא. דְּאָמַר רַבִּי חֲנִינָא: דְּבַר תּוֹרָה, אֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת וְאֶחָד דִּינֵי נְפָשׁוֹת בִּדְרִישָׁה וַחֲקִירָה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִשְׁפַּט אֶחָד יִהְיֶה לָכֶם״.
Et pour quelle raison les Sages ont-ils dit que les affaires d'argent n'exigent pas l'enquête et l'interrogatoire des témoins ? Pour ne pas verrouiller la porte au visage des emprunteurs : si la procédure des litiges d'argent était trop rigoureuse, les gens hésiteraient fort à prêter.
וּמָה טַעַם אָמְרוּ דִּינֵי מָמוֹנוֹת אֵין צְרִיכִין דְּרִישָׁה וַחֲקִירָה — שֶׁלֹּא תִּנְעוֹל דֶּלֶת בִּפְנֵי לֹוִין.
Et sur quoi divergent-ils [dans le cas du témoignage permettant à une femme de se remarier] ? Un maître — Rabbi Akiva — considère : puisqu'il y a là une ketouba [la somme du contrat de mariage] à percevoir [une fois la mort du mari établie], le cas s'apparente aux affaires d'argent, et il ne requiert donc pas l'enquête et l'interrogatoire. Et un maître — Rabbi Tarfon — considère : puisque, sur la foi de ce témoignage, nous permettons à une femme mariée [d'épouser] quiconque dans le monde — et si le premier mari est encore vivant, la nouvelle union constituerait un adultère, crime capital —, le cas s'apparente aux affaires capitales, qui exigent l'enquête et l'interrogatoire.
וּבְמַאי קָמִיפַּלְגִי — מָר סָבַר: כֵּיוָן דְּאִיכָּא כְּתוּבָּה לְמִשְׁקַל — כְּדִינֵי מָמוֹנוֹת דָּמֵי, וּמָר סָבַר: כֵּיוָן דְּקָא שָׁרֵינַן אֵשֶׁת אִישׁ לְעָלְמָא — כְּדִינֵי נְפָשׁוֹת דָּמֵי.
Le traité s'achève sur une note lumineuse : Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi 'Hanina : les disciples des Sages [talmidei 'hakhamim] multiplient la paix dans le monde, ainsi qu'il est dit : « Et tous tes enfants seront instruits de D.ieu, et grande sera la paix de tes enfants » (Yechayahou 54, 13). Parce que les enfants seront des disciples des Sages, instruits de D.ieu et de Sa Torah, ils vivront dans une grande paix — et la paix s'en trouvera multipliée pour le monde entier.
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: תַּלְמִידֵי חֲכָמִים מַרְבִּים שָׁלוֹם בָּעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְכׇל בָּנַיִךְ לִמּוּדֵי ה׳ וְרַב שְׁלוֹם בָּנָיִךְ״.
Hadran alakh HaIcha Batra, ouslika lah massékhet Yevamot — « Nous reviendrons vers toi, [chapitre] HaIcha Batra, et le traité Yevamot est achevé. »
הֲדַרַן עֲלָךְ הָאִשָּׁה בָּתְרָא וּסְלִיקָא לַהּ מַסֶּכֶת יְבָמוֹת

Rachi

והא איה חבירנו קאמרי לה - אלמא לאו לפי תומה הוה:,הוה בכיא - והיינו לפי תומה דקודם ששאלוה התחילה לומר:

ונתלה בייחור של תאנה - אחז בנוף של תאנה ופשחו לעשות ממנו מקל:,פשחו - נתקו:

יישר כחך אריה - גבור חיל ולב אריה יש לך:,יפה כוונת את שמי אריה - שכך קורין אותי בעירי:

לא כך אמרת לי יוחנן בן יונתן - דורש וחוקר היה אולי יהפוך את דבריו לא כך אמרת לי דמכפר שיחיא אריה שהכפר היו קורין אריה ולא אותו:

דרישה - בדיקות כי האי גוונא לכוין את דבריו:,וחקירה - באיזה יום ובאיזה שעה:

משפט אחד יהיה לכם - וכיון דאשכחן דכתיב בדיני נפשות ודרשת וחקרת וגו' (דברים יג) הוא הדין לדיני ממונות:

כיון דאיכא כתובה למשקל - כשתנשא על פיהם תטול כתובה דמספר כתובה נלמוד כשתנשאי לאחר תטלי מה שכתוב ליכי:,כדיני נפשות דמי - דהבא על אשת איש בחנק הלכך עדי נשים בדרישה וחקירה:

הכי גרסינן אמר ר' אלעזר אמר רבי חנינא תלמידי חכמים מרבים שלום בעולם שנאמר וכל בניך למודי ה' ורב שלום בניך:

Tossafot

פונדקית עובדת כוכבים (אחת) היתה ומסיחה לפי תומה - וא"ת מאי מייתו רבנן ראיה מן הפונדקית דהא מסיחה לפי תומה היתה ויש לומר דלא היתה ממש מסיחה לפי תומה דמה שהוציאה מקלו ותרמילו (מה) [זה] היתה יכולה לעשות כן לעדות ור' עקיבא אמר להם כי אין זה ראיה דודאי אין לך מסיח לפי תומה גדול מזה כיון דכי [חזיתינהו] בכיא כן משמע קצת בירושלמי דקאמר עשו אותה כמסיחה לפי תומה משמע שלא היתה ממש מסיחה לפי תומה אלא שמביאין ראיה דלא גרעה מעד אחד:

אין בודקין עדי נשים בדרישה וחקירה - פירש רבינו חננאל דקיימא לן כהאי תנא דלא בעי דרישה וחקירה:

Texte : Sefaria — William Davidson Edition - Vocalized Aramaic · traduction française de travail, à valider.

Yevamot 122b
100%
יבמות קכ״ב במַסֶּכֶת יְבָמוֹת