[Fin de la discussion commencée en 121a : la baraïta enseigne que si un homme est tombé dans une fosse pleine de serpents et de scorpions, on témoigne de sa mort ; Rabbi Yehouda ben Betéra le conteste —] car peut-être cet homme est-il un charmeur [habbar] de serpents et de scorpions, qui connaît une incantation ou quelque artifice pour les empêcher de lui nuire [et il pourrait donc être encore en vie]. Et le premier Tana [estime qu'il n'y a pas lieu de craindre cette éventualité] : sous la pression de son corps qui tombe et pèse sur eux, ils le mordent [à coup sûr], même s'il aurait pu les maîtriser en d'autres circonstances.
שֶׁמָּא חַבָּר הוּא. וְתַנָּא קַמָּא, אַגַּב אִיצְצָא מַזְּקִי לֵיהּ.
Les Sages ont enseigné [dans une baraïta] : si un homme est tombé dans une fournaise ardente, on peut témoigner à son sujet qu'il est mort. S'il est tombé dans un chaudron bouillant rempli de vin ou d'huile, on peut [aussi] témoigner à son sujet qu'il est mort. Au nom de Rabbi Aha, on a dit : s'il est tombé dans un chaudron d'huile, on témoigne à son sujet qu'il est mort, parce que l'huile attise le feu de plus belle — sous la force de la chute, elle gicle dans les flammes et accroît encore la chaleur du chaudron. Mais s'il est tombé dans un chaudron de vin, on ne témoigne pas à son sujet qu'il est mort, parce que le vin, en giclant dans le feu, l'éteint [et le chaudron a pu refroidir avant que l'homme ne meure]. Ils lui dirent : au début, certes, le vin éteint [partiellement] le feu, mais à la fin il l'attise de plus belle — on peut donc présumer qu'il est mort.
תָּנוּ רַבָּנַן: נָפַל לְתוֹךְ כִּבְשַׁן הָאֵשׁ — מְעִידִין עָלָיו. לְיוֹרָה מְלֵאָה יַיִן וָשֶׁמֶן — מְעִידִין עָלָיו. מִשּׁוּם רַבִּי אַחָא אָמְרוּ: שֶׁל שֶׁמֶן — מְעִידִין עָלָיו, מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַבְעִיר. שֶׁל יַיִן — אֵין מְעִידִין עָלָיו, מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְכַבֶּה. אָמְרוּ לוֹ: תְּחִלָּתוֹ מְכַבֶּה וְסוֹפוֹ מַבְעִיר.
§ La Michna [121a] rapportait : Rabbi Méir a dit : il arriva qu'un homme tomba dans la Grande Citerne et en remonta au bout de trois jours. Il est enseigné dans une baraïta : on dit à Rabbi Méir : on n'invoque pas des faits miraculeux [pour fonder une règle générale]. La Guemara demande : qu'y a-t-il dans ce récit qui en fasse un fait miraculeux ? Si l'on dit : le fait qu'il n'ait ni mangé ni bu [pendant trois jours] et qu'il ait pourtant survécu — n'est-il pas écrit : « Jeûnez pour moi : ne mangez ni ne buvez durant trois jours, nuit et jour » (Esther 4, 16) ? Preuve que l'on peut survivre naturellement à une telle épreuve.
אָמַר רַבִּי מֵאִיר: מַעֲשֶׂה בְּאֶחָד שֶׁנָּפַל לַבּוֹר הַגָּדוֹל וְכוּ׳. תַּנְיָא, אָמְרוּ לוֹ לְרַבִּי מֵאִיר: אֵין מַזְכִּירִין מַעֲשֵׂה נִסִּים. מַאי מַעֲשֵׂה נִסִּים? אִילֵּימָא דְּלָא אֲכַל וְלָא אִישְׁתִּי — וְהָכְתִיב: ״וְצוּמוּ עָלַי וְאַל תֹּאכְלוּ וְאַל תִּשְׁתּוּ״.
La Guemara répond : le miracle est plutôt qu'il n'a pas dormi pendant ces trois jours. Car Rabbi Yohanan a dit : si quelqu'un déclare « je jure de ne pas dormir trois jours durant », le tribunal le flagelle [pour serment vain] et il peut dormir immédiatement — car il est impossible de rester éveillé trois jours d'affilée.
אֶלָּא דְּלָא נָיֵים. דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אִישַׁן שְׁלֹשָׁה יָמִים — מַלְקִין אוֹתוֹ, וְיִישַׁן לְאַלְתַּר.
La Guemara demande : et selon Rabbi Méir, pour quelle raison n'était-ce pas un épisode miraculeux ? La Guemara répond : Rav Kahana a dit : il y avait [dans la Grande Citerne] des arches bâties les unes au-dessus des autres ; l'homme a pu s'appuyer sur les arches et dormir. Et les Sages [répliquent] : elles étaient de marbre [lisse], et il était impossible de s'y agripper pour dormir. Et Rabbi Méir [maintient] : il est inconcevable qu'il ne se soit pas accroché un instant [à quelque saillie d'une arche] pour sommeiller un peu ; l'épisode n'a donc rien d'un miracle.
וְרַבִּי מֵאִיר מַאי טַעְמָא? אָמַר רַב כָּהֲנָא: כִּיפִּין עַל גַּב כִּיפִּין הֲווֹ. וְרַבָּנַן — דְּשֵׁישָׁא הֲווֹ. וְרַבִּי מֵאִיר: אִי אֶפְשָׁר דְּלָא מְסָרֵיךְ וְנָיֵים פּוּרְתָּא.
Les Sages ont enseigné : il arriva que la fille de Nehounya le creuseur de citernes tomba dans la Grande Citerne ; on vint en informer Rabbi Hanina ben Dossa [pour qu'il prie pour elle]. À la première heure, il leur dit : « Tout va bien [elle est saine et sauve]. » À la deuxième, il leur dit : « Tout va bien. » À la troisième, il leur dit : « Elle est remontée. »
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּבִתּוֹ שֶׁל נְחוּנְיָא חוֹפֵר שִׁיחִין שֶׁנָּפְלָה לְבוֹר הַגָּדוֹל, וּבָאוּ וְהוֹדִיעוּ לְרַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא. שָׁעָה רִאשׁוֹנָה, אָמַר לָהֶם: שָׁלוֹם. שְׁנִיָּה, אָמַר לָהֶם: שָׁלוֹם. שְׁלִישִׁית, אָמַר לָהֶם: עָלְתָה.
[Quand la jeune fille fut devant lui,] il lui dit : « Ma fille, qui t'a fait remonter ? » Elle lui répondit : « Un bélier s'est présenté à moi [il m'a sentie dans la citerne], et un vieillard le conduisait [c'est lui qui m'a tirée de là]. » On dit alors à Rabbi Hanina ben Dossa : « Es-tu prophète [pour avoir su de loin ce qui se passait] ? » Il leur dit [par les mots du verset] : « Je ne suis pas prophète, ni fils de prophète » (Amos 7, 14). Mais voici mon raisonnement : la chose même à laquelle ce juste [Nehounya] se consacre [creuser des citernes pour le bien du public], se pourrait-il que sa descendance y trébuche [et y périsse] ? [Je savais donc que D.ieu la sauverait certainement.]
אָמַר לָהּ: בִּתִּי, מִי הֶעֱלֵךְ? אָמְרָה לוֹ: זָכָר שֶׁל רְחֵלִים נִזְדַּמֵּן לִי, וְזָקֵן מַנְהִיגוֹ. אָמְרוּ לוֹ: נָבִיא אַתָּה? אָמַר לָהֶם: ״לֹא נָבִיא אָנֹכִי וְלֹא בֶּן נָבִיא אָנֹכִי״, אֶלָּא: דָּבָר שֶׁהַצַּדִּיק מִתְעַסֵּק בּוֹ — יִכָּשֵׁל בּוֹ זַרְעוֹ?
Rabbi Abba dit : malgré cela, le fils de Nehounya mourut de soif — le mérite du père, qui s'était voué à l'eau du public, n'a pas protégé son fils. Comme il est dit : « Et autour de Lui la tempête [nis'ara] fait rage avec violence » (Téhilim 50, 3) : cela enseigne que le Saint béni soit-Il se montre exigeant avec Son entourage [les justes qui Lui sont proches] jusqu'à l'épaisseur d'un cheveu [sa'ara — le verset joue sur nis'ara, « tempête », et sé'ara, « cheveu »] : même un écart minime peut leur valoir un châtiment sévère. Rabbi Hanina dit : on le déduit d'ici : « D.ieu est redouté dans le grand conseil des saints, et terrible pour tous ceux qui L'entourent » (Téhilim 89, 8) — c'est de Ses proches, les justes, que D.ieu est le plus craint, car c'est envers eux qu'Il se montre le plus exigeant.
אָמַר רַבִּי אַבָּא: אַף עַל פִּי כֵן מֵת בְּנוֹ בַּצָּמָא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּסְבִיבָיו נִשְׂעֲרָה מְאֹד״, מְלַמֵּד שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְדַקְדֵּק עִם סְבִיבָיו כְּחוּט הַשַּׂעֲרָה. רַבִּי חֲנִינָא אָמַר, מֵהָכָא: ״אֵל נַעֲרָץ בְּסוֹד קְדוֹשִׁים רַבָּה וְנוֹרָא עַל כׇּל סְבִיבָיו״.
Mishna 1
MICHNA : Même si l'on a [seulement] entendu des femmes dire : « Untel est mort », cela suffit pour témoigner de sa mort [devant le tribunal et permettre à sa femme de se remarier]. Rabbi Yehouda dit : même si l'on a entendu des enfants dire : « Nous allons faire l'oraison funèbre et enterrer untel », cela suffit aussi. Et l'on se fie à celui qui rapporte la mort d'un homme, qu'il ait l'intention [par sa déclaration] de témoigner et de permettre ainsi à la femme de se remarier, ou qu'il n'ait pas l'intention de livrer un témoignage formel.
מַתְנִי׳ אֲפִילּוּ שָׁמַע מִן הַנָּשִׁים אוֹמְרוֹת ״מֵת אִישׁ פְּלוֹנִי״ — דַּיּוֹ. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֲפִילּוּ שָׁמַע מִן הַתִּינוֹקוֹת אוֹמְרִים ״הֲרֵי אָנוּ הוֹלְכִין לִסְפּוֹד וְלִקְבּוֹר אֶת אִישׁ פְּלוֹנִי״. בֵּין שֶׁהוּא מִתְכַּוֵּין, וּבֵין שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין.(משנה)
Rabbi Yehouda ben Bava dit : s'agissant d'un Juif [qui rapporte un décès], sa parole est admise même s'il entend la donner comme un témoignage formel. Mais s'agissant d'un non-Juif : s'il avait l'intention de témoigner, son témoignage n'est pas un témoignage [valable] — on ne se fie à sa parole que lorsqu'il ne l'énonce pas comme un témoignage formel.
רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בָּבָא אוֹמֵר: בְּיִשְׂרָאֵל, אַף עַל פִּי שֶׁהוּא מִתְכַּוֵּין, וּבְגוֹי אִם הָיָה מִתְכַּוֵּין — אֵין עֵדוּתוֹ עֵדוּת.
Guémara
GUEMARA : Au sujet des enfants qui disent « nous allons faire l'oraison funèbre et enterrer untel », la Guemara demande : et peut-être n'iront-ils pas [peut-être ont-ils seulement supposé que l'homme allait mourir, et finalement il n'est pas mort] ? La Guemara répond : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : il s'agit du cas où les enfants disent : « Nous revenons de l'oraison funèbre et de l'enterrement d'untel. »
גְּמָ׳ וְדִלְמָא לָא אָזְלִי? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל, דְּקָאָמְרִי: ״הָרֵינוּ בָּאִין מִלִּסְפּוֹד וּמִלִּקְבּוֹר אֶת אִישׁ פְּלוֹנִי״.
La Guemara objecte : puisque ce sont des enfants, peut-être n'est-ce qu'une sauterelle [avec laquelle ils jouaient] qui leur est morte, et qu'ils ont portée en terre en lui donnant le nom de cet homme [que l'on croit mort] — leur parole ne prouverait alors rien ! La Guemara répond : il s'agit du cas où ils disent : « tels et tels rabbins étaient là, tels et tels orateurs funèbres étaient là » — il est clair, dès lors, qu'ils racontent un événement qui a réellement eu lieu.
וְדִלְמָא קַמְצָא בְּעָלְמָא שְׁכֵיב לֵיהּ וְאַסִּיקוּ לֵיהּ עַל שְׁמֵיהּ! דְּקָאָמְרִי: כֵּן וְכֵן רַבָּנַן הֲווֹ הָתָם. כֵּן וְכֵן סַפְדָנֵי הֲווֹ הָתָם.