Guémara
Et ton moyen mnémotechnique pour retenir comment un tel cas peut se produire est le suivant : il est mort, il est né, il a accompli le yiboum ; il est mort, il est né, il a accompli le yiboum. Autrement dit, il y avait plusieurs frères : l'un, Réouven, mourut avant qu'un autre, Yissakhar, ne naisse ; un troisième frère, Chimon, accomplit le yiboum avec la veuve du défunt ; puis un autre frère, Lévi, mourut à son tour ; encore un autre frère, Zévouloun, naquit ; et un sixième frère, Yéhouda, accomplit le yiboum avec la veuve [de Lévi]. Dans ce cas, si Chimon et Yéhouda venaient à mourir sans enfant, leurs épouses se présenteraient au yiboum devant les frères survivants, Yissakhar et Zévouloun. Or pour l'un d'eux, Yissakhar, l'épouse du premier frère, Réouven, est interdite [car Yissakhar, né après la mort de Réouven, est considéré comme « un frère qui n'a jamais vécu en même temps que lui », et la veuve de Réouven lui demeure défendue comme épouse de frère] ; et pour l'autre frère, Zévouloun, l'épouse du deuxième frère défunt, Lévi, est pareillement interdite. C'est un exemple du type de cas analysé au troisième chapitre, où la règle est que la femme interdite à tel frère est permise à tel autre, et celle qui est interdite à celui-ci est permise à celui-là. En tout état de cause, Rabbi Hiyya intègre l'opinion de Rabbi Chimon dans ce principe, car il soutient que ce scénario peut s'appliquer à chacun des cas énoncés dans la Michna. Mais s'il en est ainsi, la Michna traite donc bel et bien de décisions juridiques controversées. Dès lors, comment Rabbi Yéhouda HaNassi peut-il prétendre que les cas de la Michna font l'unanimité ?
וְסִימָנָיךְ: מֵת, נוֹלַד, וְיִבֵּם. מֵת, נוֹלַד, וְיִבֵּם.
Au contraire [répond la Guemara] : Rabbi Yéhouda HaNassi ne souscrit pas à ces énoncés généraux appliqués par Rabbi Hiyya ; voilà pourquoi il maintient qu'aucune question sujette à controverse n'a été enseignée dans la Michna. Rav Adda Karhina, qui siégeait devant Rav Kahana, dit au nom de Rava : en réalité, on peut expliquer que Rabbi souscrit bel et bien à ces énoncés généraux formulés par Rabbi Hiyya. Et voici ce qu'il a dit à Lévi : dans le cas de sa mère qui aurait été violée par son père [anoussat aviv, la femme que son père a violée], tu trouves ce cas avec une seule des femmes, mais tu ne peux pas le trouver avec deux. Autrement dit, les formules énoncées plus haut par Rabbi Hiyya — « celle qui est interdite à celui-ci est permise à celui-là » et « une sœur qui se trouve être une belle-sœur [yevama] accomplit soit la halitsa, soit le yiboum » — ne s'appliquent que partiellement à ce cas complexe.
אֶלָּא לְרַבִּי הָנֵי כְּלָלֵי לֵית לֵיהּ. רַב אַדָּא קַרְחִינָא קַמֵּיהּ דְּרַב כָּהֲנָא אָמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא: לְעוֹלָם אִית לֵיהּ לְרַבִּי הָנֵי כְּלָלֵי, וְהָכִי קָאָמַר לֵיהּ: אִמּוֹ אֲנוּסַת אָבִיו — בַּחֲדָא מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ, בְּתַרְתֵּי לָא קָמַשְׁכַּחַתְּ לַהּ.
La Guemara développe : si Yaakov, le père, a violé deux sœurs, qui ont donné naissance à deux fils, et qu'il avait deux autres fils ayant épousé ces sœurs violées avant de mourir — dans ce scénario, tu trouves bien le cas d'« une sœur qui se trouve être une belle-sœur », puisqu'il y a une yevama qui se présente au yiboum devant l'un des frères pour qui elle est une parente interdite, et qui est en même temps sœur et belle-sœur d'une autre yevama. En revanche, tu ne peux pas y trouver le principe : « celle qui est interdite à celui-ci est permise à celui-là ». Car bien qu'il soit possible que l'épouse de son frère, qui est aussi sa mère, se présente à lui pour le yiboum, de même qu'il lui est interdit d'épouser sa mère, il lui est tout autant interdit d'épouser la sœur de sa mère [si bien que chacune des deux femmes reste interdite aux deux frères, et que le principe « permise à l'autre » ne se vérifie jamais].
אִי יַעֲקֹב שְׁתֵּי אֲחָיוֹת אָנַס, אֲחוֹתָהּ שֶׁהִיא יְבִמְתָּהּ — מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ, הָאֲסוּרָה לָזֶה מוּתֶּרֶת לָזֶה — לָא מַשְׁכַּחַתְּ.
Et si le père a violé deux femmes sans lien de parenté entre elles, lesquelles ont donné naissance à deux fils, qui ont ensuite épousé deux autres fils du même père lesquels sont morts par la suite — alors tu trouves bien le cas : « celle qui est interdite à celui-ci est permise à celui-là », puisque chacune des deux femmes violées se présente au yiboum devant l'un des frères tout en étant interdite à l'autre [en tant que sa mère]. Mais en revanche, tu ne trouves pas la situation : « sa sœur qui se trouve être sa belle-sœur » [puisque les deux femmes ne sont pas sœurs]. Par conséquent, le cas de la femme violée par son père ne peut pas figurer dans la liste de la Michna, car les caractéristiques énoncées par Rabbi Hiyya ne s'y appliquent pas [toutes les deux à la fois].
וְאִי שְׁתֵּי נׇכְרִיּוֹת אָנַס, הָאֲסוּרָה לָזֶה מוּתֶּרֶת לָזֶה — מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ, אֲחוֹתָהּ שֶׁהִיא יְבִמְתָּהּ — לָא מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ.
Rav Achi avança une explication différente : en réalité, Rabbi Yéhouda HaNassi ne souscrit pas à ces énoncés généraux de Rabbi Hiyya, et la Michna traite bel et bien de lois qui font l'objet d'une controverse. Selon son opinion, quel est alors le sens de la formule : « Il me semble qu'il n'a pas de cervelle dans le crâne », que Rabbi Yéhouda HaNassi adressa à Lévi ?
רַב אָשֵׁי אָמַר: לְעוֹלָם לֵית לֵיהּ לְרַבִּי הָנֵי כְּלָלֵי, וּבִפְלוּגְתָּא קָמַיְירֵי, וּמַאי ״כִּמְדוּמֶּה אֲנִי שֶׁאֵין לוֹ מוֹחַ בְּקׇדְקֳדוֹ״ דְּקָאָמַר לֵיהּ —
Selon Rav Achi, voici ce que Rabbi Yéhouda HaNassi a dit à Lévi : quelle est la raison pour laquelle tu n'as pas été assez précis dans ton interprétation de la Michna ? Car la Michna est conforme à l'opinion de Rabbi Yéhouda, lequel a déclaré interdite la femme violée par son père. En conséquence, les décisions de la Michna ne sauraient être attribuées à aucune opinion qui ne s'aligne pas sur celle de Rabbi Yéhouda. Et quelle est la preuve que cette Michna est effectivement conforme à l'opinion de Rabbi Yéhouda ?
הָכִי קָאָמַר לֵיהּ: מַאי טַעְמָא לָא דָּיְיקַתְּ מַתְנִיתִין? דְּמַתְנִיתִין רַבִּי יְהוּדָה הִיא [דְּאָסַר בַּאֲנוּסַת אָבִיו].
Comme l'enseigne la Michna suivante : « Six femmes interdites [comme parentes] sont plus rigoureuses que celles énumérées dans la Michna précédente, parce qu'elles ne peuvent être mariées qu'à d'autres [hommes] et ne pourront jamais l'être à l'un des frères ; aussi leurs tsarot [co-épouses] sont-elles permises [au yiboum]. Ces femmes comprennent : sa mère, l'épouse de son père, et la sœur de son père. » Rav Achi en déduit : que signifie « sa mère » ? Si l'on dit que cette mère est mariée à son père, alors c'est exactement le même cas que « l'épouse de son père » — ce qui voudrait dire que la Michna n'énumère en réalité que cinq cas, et non six.
דְּקָתָנֵי: שֵׁשׁ עֲרָיוֹת חֲמוּרוֹת מֵאֵלּוּ, מִפְּנֵי שֶׁהֵן נְשׂוּאוֹת לַאֲחֵרִים צָרוֹתֵיהֶן מוּתָּרוֹת: אִמּוֹ, וְאֵשֶׁת אָבִיו, וַאֲחוֹת אָבִיו. מַאי אִמּוֹ? אִילֵּימָא נְשׂוּאַת אָבִיו — הַיְינוּ אֵשֶׁת אָבִיו!
Au contraire : n'est-ce pas qu'il s'agit d'une femme violée par son père ? Et la Michna enseigne que les lois du yiboum ne s'appliquent pas à elles parce qu'« elles ne peuvent être mariées qu'à d'autres » — ce qui indique : à d'autres, oui ; aux frères, non. Puisque tous les frères sont fils du même père, chacun a interdiction d'épouser la mère de l'un des autres frères : car même si elle n'est pas sa propre mère à lui, elle est néanmoins une femme violée par son père, qu'il n'a pas le droit d'épouser. Qui as-tu entendu soutenir cette conclusion, à savoir qu'une femme violée par son père est interdite à tous les fils de celui-ci ? C'est Rabbi Yéhouda, qui interdit la femme violée par son père. C'est pour cette raison que le cas d'une femme violée par son père n'a pas été enseigné dans la première Michna.
אֶלָּא לָאו — אֲנוּסַת אָבִיו. וְקָתָנֵי: מִפְּנֵי שֶׁהֵן נְשׂוּאוֹת לַאֲחֵרִים: לַאֲחֵרִים אִין, לָאַחִין לָא. מַאן שָׁמְעַתְּ לֵיהּ דְּאִית לֵיהּ הַאי סְבָרָא — רַבִּי יְהוּדָה, דְּאָסַר בַּאֲנוּסַת אָבִיו. מִשּׁוּם הָכִי לָא תָּנֵי לֵיהּ.
Ravina dit à Rav Achi : même selon l'opinion de Rabbi Yéhouda, tu peux trouver cette possibilité [qu'une femme violée par le père se présente au fils pour le yiboum]. Et si l'un des frères avait transgressé et épousé une femme violée par son père ? Même Rabbi Yéhouda concède qu'il s'agit là de la transgression d'un simple interdit ordinaire [un interdit « négatif », lav], qui n'entraîne pas le karet [retranchement] ; le mariage est donc valide. Par conséquent, si ce frère mourait sans enfant, cette femme se présenterait au yiboum devant son propre fils [à elle]. La Guemara écarte cette preuve : le Tana n'enseigne pas de cas « et si » — autrement dit, la Michna ne cite jamais un exemple qui ne pourrait résulter que d'une transgression.
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: לְרַבִּי יְהוּדָה נָמֵי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ — דְּאִי עֲבַר וּנְסֵיב? ״דְּאִי״ לָא קָתָנֵי.
Rav Achi dit à Rav Kahana : même sans recourir à un « et s'il avait transgressé », tu peux trouver un exemple de femme violée par un père qui, elle, n'est pas interdite au fils en mariage. Comment cela ? Yaakov, le père, a violé sa belle-fille [l'épouse de son fils], dont il a eu un fils. Puis le fils, Réouven, l'époux de cette belle-fille, mourut sans enfant. Et comme Yaakov avait deux fils — le défunt Réouven, et le fils né de l'épouse de Réouven que Yaakov avait violée — l'épouse de Réouven se présenterait alors au yiboum devant son propre fils. Et puisqu'elle [la mère] lui est interdite, sa tsara lui est elle aussi interdite. Par conséquent, un cas de ce genre est possible sans que le yiboum résulte d'un mariage illicite.
אֲמַר לֵיהּ רַב אָשֵׁי לְרַב כָּהֲנָא, בְּלָא ״דְּאִי״ נָמֵי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ: יַעֲקֹב אָנַס כַּלָּתוֹ וְהוֹלִיד מִמֶּנָּה בֵּן, וּמֵת [רְאוּבֵן] בְּלֹא בָּנִים. וּנְפַלָה לַהּ קַמֵּי בְּרַהּ, וּמִיגּוֹ דְּאִיהִי אֲסִירָה — צָרָתָהּ נָמֵי אֲסִירָה.
Rav Kahana répliqua à Rav Achi : la Michna traite des cas de frères légitimes, et non des cas de frères illégitimes. [Or] l'enfant d'un homme qui viole sa belle-fille est un mamzer, et les cas de ce genre ne sont pas examinés dans la Michna. La Guemara fait observer : néanmoins, malgré la critique de Rabbi Yéhouda HaNassi, Lévi a bel et bien établi cette possibilité supplémentaire — celle d'une femme violée par son père — dans ses michnayot [sa propre collection enseignée].
אֲמַר לֵיהּ: בְּאַחְוָתָה דְּהֶתֵּירָא קָמַיְירֵי, בְּאַחְוָתָה דְּאִיסּוּרָא לָא קָמַיְירֵי. וְאַף עַל פִּי כֵן, בַּדְקַהּ לֵוִי בְּמַתְנִיתֵיהּ.
Comme l'enseigna Lévi dans sa baraita : concernant le cas de sa mère, tantôt elle exempte sa tsara, et tantôt elle ne l'exempte pas. Comment cela ? Si sa mère était mariée à son père, et qu'après la mort de son père elle épousa illicitement le frère paternel de son fils, lequel mourut [ensuite] — voilà un cas de « sa mère qui n'exempte pas sa tsara ». La raison en est que son mariage avec le frère [du fils] ne prend nullement effet, puisqu'il était interdit sous peine de karet [étant l'épouse du père de ce frère]. Ce mariage n'ayant jamais eu lieu [aux yeux de la loi], seule l'autre épouse — la prétendue tsara — est considérée comme épouse du frère [défunt], et c'est elle qui peut accomplir le yiboum.
דְּתָנֵי לֵוִי: אִמּוֹ, פְּעָמִים פּוֹטֶרֶת צָרָתָהּ, וּפְעָמִים אֵינָהּ פּוֹטֶרֶת צָרָתָהּ. כֵּיצַד? הָיְתָה אִמּוֹ נְשׂוּאַת אָבִיו, וְנִשֵּׂאת לְאָחִיו מֵאָבִיו, וּמֵת — זוֹ הִיא אִמּוֹ שֶׁאֵין פּוֹטֶרֶת צָרָתָהּ.
Rachi
וסמניך מת נולד ויבם כו' - כדפי' אלמא מדתני רבי חייא בכולן אני קורא בהן ואפילו באשת אחיו שלא היה בעולם אלמא תנא דמתני' תני פלוגתא דהא רבי חייא אמתני' קאי:
לרבי לית ליה הני כללי - דר' חייא הלכך לא מוקמי מתני' בפלוגתא אלא בנולד ולבסוף ייבם לדברי הכל:,אמו אנוסת אביו בחדא משכחת לה - להכי לא נקט לה במתני' שאי אתה קורא בה האסורה לזה מותרת לזה ואחותה כשהיא יבמתה מתייבמת שיהו ב' אחיות נופלות להתייבם ותהא זו אסורה לזה משום אמו וכן זו על זה ומותרת לשני אלא חדא משכחת לה או האסורה לזה מותרת לזה או אחותה כשהיא יבמתה:
אי יעקב שתי אחיות אנס - וילדה לו האחת לוי והאחת יהודה ונשא ראובן אנוסת אביו אמו של לוי ושמעון נשא אנוסת אביו אמו של יהודה:,אחותה כשהיא יבמתה - נופלת לייבום לפני לוי ויהודה בניה משכחת לה:,האסורה לזה מותרת לזה לא משכחת לה - לפי ששתיהן אסורות על שניהם אמו של לוי אסורה לו משום אמו ואחותה משום אחות האם וכן ליהודה ושתיהן פטורות מן החליצה ומן הייבום:
ואי שתי נכריות אנס - וילדו לו ב' בנים ונשאום ב' בנים מאשה אחרת ונפלו לפני בניהם האסורה לזה מותרת לזה משכחת לה אבל לאו אחיות נינהו ועיקר מילתיה דרבי חייא משום ייבום שתי אחיות נקט:
ה"ג רב אשי אמר לעולם לית ליה לר' הני כללי ובפלוגתא קא מיירי - כלומר לא תימא דהא דלא תני אמו אנוסת אביו משום דלא משכחת [בה] הני כללי דלרבי ל"ל הני כללי ולא תימא להכי שבקיה דלא מיירי בפלוגתא דבפלוגתא ודאי קמיירי ומאי אין לו מוח דקאמר ליה ה"ק ליה כו':
דאסר באנוסת אביו - ולא משכחת לה שתפול אם לפני בנה לייבום מאחיו ומאביו:
דאי עבר ונסיב - את אנוסת אביו ונפלה לייבום לפני בנה וליתני:
בלא דאי נמי משכחת - שלא עבר זה המת בנישואיה:,אנס כלתו - ועבר על דת:
ואע"פ - דמהדר ליה רבי ללוי כמדומה אני שאין לו מוח בקדקדו:,בדקה לוי במתני' - הגיהה והוסיפה לאמו אנוסת אביו במשנתו:
היתה אמו נשואת אביו ונשאת לאחיו מאביו ומת - לא תפסי קדושין בה שהרי אשת אב בכרת ואמרינן לקמן אין קדושין תופסין בחייבי כריתות דברי הכל הלכך כשמת רשע זה לא נפלה זו לייבום לפני בנה דלאו אשת אח הואי ואינה פוטרת צרתה:
Tossafot
לעולם לית ליה לרבי הני כללי ובפלוגתא קמיירי - וא"ת ליתני אשת איש שפוטרת צרתה כגון דאמר לה ה"ז גיטך ע"מ שלא תנשאי לפלוני דפליגי בהמגרש (גיטין דף פב.) ר"א ורבנן דלר"א הוי גט ואסורה לפלוני ואם נשאת לאחיו ומת פוטרת צרתה ואע"ג דאסורה לכל אדם אפי' לרבי אליעזר מדרבנן עד שימות המגרש או הפלוני דחיישינן שמא תנשא לו לאחר שתתאלמן או תתגרש מזה ונמצאו בניה ממזרים כדחיישינן בהמגרש (שם דף פד.) ע"מ שלא תבעלי לפלוני שמא תבעל לו אחר שתתאלמן או אחר שתתגרש ובעודה תחתיו ליכא למיחש יותר מאבא ואביך מ"מ לוי דקתני נמי דאי כדאמרינן לקמן קשה דליתני נמי להך ולמאן דנפקא ליה מאחות אשה ניחא דלא דמי הך לאחות אשה דע"מ שלא תנשאי שריא ליה בזנות וע"מ שלא תבעלי יכולה היא להתקדש לו ולא דמיא לאחות אשה ובע"מ שלא תנשאי ולא תבעלי נמי אי חשיב שיור כמו בחוץ מפלוני א"כ שריא ליה כי נשאת לאחיו קודם ואפי' אי לא חשיב שיור מ"מ לא דמי לאחות אשה דהתם בשעת נפילה הוי אחות אשתו אבל הכא בשעת נפילה אינה אשת איש עד שתבעל לו ואפי' תחשבנה אשת איש כיון שמטעם אשת איש אסורה ליבעל לו מ"מ לא דמי כיון שאם תבעל ליבם שנאסרה עליו הויא אשת איש ולא היתה אשת אחיו מעולם הלכך לא פטרה צרתה ומיהו למאן דנפקא ליה מולקחה כל היכא דאיכא תרי ליקוחין קשה וי"ל אע"ג דלוי תני דאי ובפלוגתא קמיירי לא קמיירי אלא בפלוגתא דס"ל לתנא דמתני' כוותיה תדע דלא תני לוי חייבי לאוין אע"ג דלר"ע לאו בני חליצה וייבום נינהו ומאן דמוסיף לעיל אשת אחיו שלא היה בעולמו ומשכחת לה כר"ש אע"ג דשמא תנא דמתני לא סבר לה כר"ש היינו משום דבכולן אני קורא בהן משמע ליה דקאי אכולהו אבל אי מודו רבנן לר"א בקידושין דמספקא ליה לאביי מדקאמר בריש המגרש (גיטין דף פב: ושם) דאם איתא לר' אבא קשיא ליתני אשת איש דמשכחת לה אפילו לרבנן כגון שבא ראובן וקדשה חוץ משמעון ובא שמעון וקדשה סתם ומת שמעון [ונפלה לפני לוי אחיו] וצרת צרה נמי משכחת לה כגון שקדשה ראובן חוץ משני אחין וי"ל דלא קרינא לגביה אשת המת דכבר נאסרה [עליו לפני קדושי אחים] משום אשת [אח] ולא חשיב ערוה במקום מצוה ומיהו אי אשת שני מתים דאורייתא כדמשמע בהמגרש (שם דף פב: ושם) ליתני הכא אשת ב' מתים כגון שבא ראובן וקדשה חוץ משמעון ולוי אחיו ובא שמעון וקדשה סתם ומת כו' או בענין שאמר ר' יוחנן בפ' האומר (קדושין דף ס.) דאפילו הן ק' תופסין ומשכחת בהן נמי צרת צרה ומיהו בפ"ג (לקמן יבמות לא: ושם ד"ה מדרבנן) ובפ"ב (לקמן יבמות יח. ושם) משמע דאשת שני מתים גזירה דרבנן ושם אפרש ובירושלמי בריש המגרש פריך לה מתיב ר' חנינא בשם רבי פנחס ליתני ט"ז נשים כר"א ומשני תמן התורה אסרה עליו הכא הוא אסרה עליו ופי' רבינו יצחק תמן התורה אסרה עליו ומשנשאה המת אין לה היתר להתייבם כשימות מפני שאין איסור שבה תלוי בשום אדם אלא בתורה שאסרה עליו אבל אשת איש האיסור תלוי במגרש שאם ירצה יתירנה ליבם קודם שימות אחיו שנשאה ולהכי לא תני להו דלא דמו להו לפי שביד המגרש להתירה:
דקתני שש עריות חמורות מאלו כו' - ותימה דמאי ס"ד דהנהו דלעיל דלא דייקי מסיפא וממ"נ כיון דתני לה גבי שש עריות לא אפשר למיתנייה ברישא וי"ל דקשיא ליה ללוי דה"ל למיתני ברישא ט"ז ובסיפא לא הוה ליה למיתני אלא ה' ואע"ג דאתי כרבי יהודה ה"ל למיתני ששה עשר דאי עבר ונסיב ושני ליה רבי בפלוגתא לא קא מיירי ודאי לא קא מיירי:
לרבי יהודה נמי משכחת לה דאי עבר ונסיב - תימה דבלא דאי עבר ונסיב נמי משכחת לה שקידש ולא בעל דאפילו אביי דאמר בפרק בתרא דקידושין (דף עח.) גבי אלמנה לכ"ג קידש לוקה היינו משום דכתיב לא יקח אבל הכא לא יגלה כתיב וי"ל דשמא אסור לקדש מדרבנן שמא יבעול ואפילו יהא מותר לקדשה חשיב דאי מטעם שאסור לבוא עליה וא"ת אפילו ע"י דאי היכי משכחת לה הא ר' יהודה סבר כר"ע בפרק ד' מיתות (סנהדרין דף נג.) דאמר אין קדושין תופסין בחייבי לאוין וי"ל דלא סבר לה הש"ס כברייתא דהתם אלא כמתני' דפליג עלה ועוד דעל כרחך מתני' דהכא לא סברה בהא כרבי יהודה דהא קתני בפ"ב (לקמן יבמות דף כ.) איסור מצוה ואיסור קדושה חולצת ולא מתייבמת ואי אין קדושין תופסין בחייבי לאוין חליצה נמי לא תיבעי וא"ת בחייבי לאוין דשאר מנלן דלא סבר מתני' כרבי יהודה דאיסור מצוה ואיסור קדושה מפרש לקמן כגון אלמנה לכ"ג גרושה וחלוצה לכהן הדיוט ממזרת ונתינה לישראל ואר"י דע"כ מתני' סבר דאפי' בחייבי לאוין דשאר קידושין תופסין מדקתני שש עריות ולא קתני ח' עריות גרושתו וחלוצתו דאם היו יכולות לינשא לאחיו היו פוטרות צרותיהן כחייבי כריתות כיון דאין קידושין תופסין אלא ודאי קידושין תופסין בהו ולהכי לא שייך למיתנינהו דאפי' היו יכולות לינשא לאחיו לא היו פוטרות צרותיהן ועוד יש לדקדק מדנקט אנוסת אביו שהיא אמו ולא נקט אנוסת אביו סתם וא"ת כיון דמתני' סבר כרבי יהודה דאסר באנוסת אביו א"כ ע"כ סבר נמי דאין קידושין תופסין בחייבי לאוין דהא בהא תליא כדמוכח בסוף החולץ (לקמן יבמות דף מט. ושם) דמפרש טעמא דר"ע דאמר יש ממזר מחייבי לאוין משום דסבר לה כרבי יהודה דמוקי לא יגלה באנוסת אביו וסמיך ליה לא יבא ממזר וא"כ למתני' נמי הוי ממזר וכל היכא דהוי ממזר אין קידושין תופסין כדמוכח בכמה דוכתי וי"ל דאע"ג דמתני' מוקמה לקרא באנוסת אביו מ"מ לא הוי ממזר כמו לרבי יהושע דמוקי לא יגלה בשומרת יבם של אביו אפ"ה סבר דלא הוי ממזר אלא מחייבי מיתות ב"ד ודרשינן מלא יקח דהוי חייבי מיתות ב"ד עד לא יגלה דהוי חייבי כריתות הוי ממזר ולא חייבי כריתות וה"נ לתנא דמתני' מלא יקח עד לא יגלה שהוא חייבי לאוין הוי ממזר ולא חייבי לאוין בכלל:
Texte : Sefaria — William Davidson Edition - Vocalized Aramaic · traduction française de travail, à valider.