AccueilÉtudeTanakhBibliothèqueSujetsParachaDivrei TorahRabbanimSagesHistoireÀ proposMes favorisFaire un don
Retour

Traité Yevamot

106b

Étude de Yevamot 106b

Étude de la Mishna & Guémara 106b

Mishna 1
MICHNA : Le commandement de la halitsa s'accomplit ainsi. Lui [le yavam, frère du défunt] et sa yevama [la veuve sans enfant qui lui est liée] se présentent au tribunal [bet din], et les juges lui donnent un conseil approprié à sa situation — selon les cas, contracter le mariage lévirat [yiboum] ou bien procéder à la halitsa —, ainsi qu'il est dit : « Les anciens de sa ville l'appelleront et lui parleront » (Devarim 25, 8).
מַתְנִי׳ מִצְוַת חֲלִיצָה: בָּא הוּא וִיבִמְתּוֹ לְבֵית דִּין, וְהֵן מַשִּׂיאִין לוֹ עֵצָה הַהוֹגֶנֶת לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְקָרְאוּ לוֹ זִקְנֵי עִירוֹ וְדִבְּרוּ אֵלָיו״,(משנה)
Si l'on décide de procéder à la halitsa, elle déclare : « Mon beau-frère a refusé d'établir un nom à son frère en Israël, il n'a pas voulu m'épouser par lévirat » (Devarim 25, 7), puis lui déclare : « Je ne désire pas la prendre » (Devarim 25, 8). Et ces paroles, ils les prononçaient en langue sainte [l'hébreu], et non en aucune autre langue. Ensuite la chaussure est retirée et elle crache devant lui, comme il est écrit : « Sa yevama s'avancera vers lui sous les yeux des anciens, retirera sa chaussure de son pied et crachera devant lui » (Devarim 25, 9) — ce qui indique que ce crachat doit être visible des juges. [Et elle ajoute :] « Elle prendra la parole et dira : Ainsi sera-t-il fait à l'homme qui ne rebâtit pas la maison de son frère » (Devarim 25, 9). Jusqu'à ce point, les juges faisaient réciter aux parties le texte qu'elles sont tenues de dire.
וְהִיא אוֹמֶרֶת: ״מֵאֵן יְבָמִי לְהָקִים לְאָחִיו שֵׁם בְּיִשְׂרָאֵל לֹא אָבָה יַבְּמִי״, וְהוּא אוֹמֵר: ״לֹא חָפַצְתִּי לְקַחְתָּהּ״. וּבִלְשׁוֹן הַקֹּדֶשׁ הָיוּ אוֹמְרִים. ״וְנִגְּשָׁה יְבִמְתּוֹ אֵלָיו לְעֵינֵי הַזְּקֵנִים וְחָלְצָה נַעֲלוֹ מֵעַל רַגְלוֹ וְיָרְקָה בְּפָנָיו״, רוֹק הַנִּרְאֶה לַדַּיָּינִים. ״וְעָנְתָה וְאָמְרָה כָּכָה יֵעָשֶׂה לָאִישׁ אֲשֶׁר לֹא יִבְנֶה אֶת בֵּית אָחִיו״. עַד כָּאן הָיוּ מַקְרִין.
Et lorsque Rabbi Hourqanos fit un jour réciter [la halitsa] aux participants sous le térébinthe, au village d'Eitam, il les fit aller jusqu'au bout du passage entier de la Torah ; dès lors on établit l'usage d'achever tout le passage. On poursuit donc et l'on dit le verset suivant : « Son nom sera appelé en Israël : la maison du déchaussé » (Devarim 25, 10). Ce commandement de dire « la maison du déchaussé » incombe aux juges, mais non aux élèves [les disciples des juges et les autres personnes présentes]. Rabbi Yehouda dit : c'est un commandement pour tous ceux qui se tiennent là de dire « le déchaussé ».
וּכְשֶׁהִקְרָא רַבִּי הוּרְקָנוֹס תַּחַת הָאֵלָה בִּכְפַר עֵיטָם, וְגָמַר אֶת כׇּל הַפָּרָשָׁה, הוּחְזְקוּ לִהְיוֹת גּוֹמְרִין כׇּל הַפָּרָשָׁה. ״וְנִקְרָא שְׁמוֹ בְּיִשְׂרָאֵל בֵּית חֲלוּץ הַנָּעַל״. מִצְוָה בַּדַּיָּינִין, וְלֹא מִצְוָה בַּתַּלְמִידִים. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מִצְוָה עַל כׇּל הָעוֹמְדִים שָׁם לוֹמַר ״חֲלוּץ הַנָּעַל״.
Guémara
GUEMARA : Rav Yehouda a dit : voici l'ordre correct du commandement de la halitsa : elle récite la phrase commençant par « Mon beau-frère a refusé » (Devarim 25, 7), puis lui récite « Je ne désire pas la prendre » (Devarim 25, 8) ; ensuite elle retire la chaussure, crache, et récite « Ainsi sera-t-il fait à l'homme qui ne rebâtit pas la maison de son frère » (Devarim 25, 9). La Guemara demande : qu'est-ce que Rav Yehouda nous apprend là ? Cela figure déjà explicitement dans la Michna ! La Guemara répond : il nous enseigne que le commandement est ainsi [tel est l'ordre voulu], mais que si l'on a inversé [l'ordre des actes], cela ne nous pose pas de difficulté — car même si l'on n'a pas accompli la mitsva de la manière idéale, la halitsa reste valide, l'ordre n'étant pas indispensable.
גְּמָ׳ אָמַר רַב יְהוּדָה, מִצְוַת חֲלִיצָה: קוֹרְאָה וְקוֹרֵא, וְחוֹלֶצֶת וְרוֹקֶקֶת וְקוֹרְאָה. מַאי קָמַשְׁמַע לַן? מַתְנִיתִין הִיא! הָא קָמַשְׁמַע לַן מִצְוָה הָכִי, וְאִי אָפֵיךְ, לֵית לַן בַּהּ.
Cela est aussi enseigné dans une baraïta : que le déchaussage ait précédé le crachat, ou que le crachat ait précédé le déchaussage, ce qu'elle a fait est fait [la halitsa est valide].
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: בֵּין שֶׁהִקְדִּים חֲלִיצָה לִרְקִיקָה, וּבֵין שֶׁהִקְדִּים רְקִיקָה לַחֲלִיצָה — מַה שֶּׁעָשָׂה עָשׂוּי.
Abaye a dit, à propos des détails de ces lois : celui qui fait réciter le texte du guett de halitsa [au yavam et à la yevama] ne doit pas faire dire à la femme « il n'a pas » (lo) isolément, puis « voulu m'épouser par lévirat » (ava yabmi) isolément — car cette manière de scinder donne à entendre, pour qui n'écoute que la seconde partie, qu'elle dit : « mon yavam veut bien m'épouser par lévirat ». Il faut au contraire lui faire dire d'un seul tenant : « il n'a pas voulu m'épouser par lévirat » (lo ava yabmi), afin que le sens visé reste clair.
אָמַר אַבָּיֵי: הַאי מַאן דְּמַקְרֵי גֵּט חֲלִיצָה, לָא לַיקְרֵי לְדִידַהּ ״לֹא״ לְחוֹדֵיהּ וְ״אָבָה יַבְּמִי״ לְחוֹדֵיהּ, דְּמַשְׁמַע: ״אָבָה יַבְּמִי״. אֶלָּא: ״לֹא אָבָה יַבְּמִי״.
De même, il ne doit pas faire dire au yavam « je ne » (lo) isolément, puis « désire la prendre » (hafatsti) isolément, car cela donne à entendre, pour qui n'a saisi que la seconde partie : « je désire la prendre ». Il faut au contraire lui faire dire d'un seul tenant : « je ne désire pas la prendre ». Rava a dit : ce n'est là qu'une simple interruption dans l'énoncé, et une interruption dans l'énoncé ne nous pose pas de difficulté — il ne s'agit au fond que d'une pause pour reprendre son souffle.
וְלָא לַיקְרֵי לְדִידֵיהּ ״לֹא״ לְחוֹדֵיהּ ״חָפַצְתִּי״ לְחוֹדֵיהּ, דְּמַשְׁמַע ״חָפַצְתִּי לְקַחְתָּהּ״, אֶלָּא ״לֹא חָפַצְתִּי לְקַחְתָּהּ״. רָבָא אָמַר: אַפְסוֹקֵי מִילְּתָא הִיא, וְאַפְסוֹקֵי מִילְּתָא לֵית לַן בַּהּ.
Rav Achi trouva Rav Kahana qui se donnait beaucoup de peine pour faire réciter à une certaine yevama « il n'a pas voulu m'épouser par lévirat » d'un seul tenant — mais la yevama ne comprenait pas et en déformait le sens en ne joignant pas les mots. Rav Achi lui dit : le Maître ne tient-il pas l'enseignement de Rava, selon lequel le découpage [des pauses] dans la récitation n'est pas indispensable ?
רַב אָשֵׁי אַשְׁכְּחֵיהּ לְרַב כָּהֲנָא דְּקָמִצְטַעַר וּמַקְרֵי לַהּ ״לֹא אָבָה יַבְּמִי״, אֲמַר לֵיהּ: לָא סָבַר לֵיהּ מָר לְהָא דְּרָבָא?
Rav Kahana lui répondit : bien que Rava ait divergé d'Abaye au sujet des interruptions dans la récitation de « je ne désire pas la prendre », Rava concède pour la récitation de « il n'a pas voulu m'épouser par lévirat » [lo ava yabmi] — car celle-ci est essentielle et doit être prononcée correctement. [Rav Kahana ajouta qu'] Abaye a également dit : celui qui rédige un guett de halitsa doit écrire ceci : « Nous l'avons fait réciter, elle, depuis “Mon beau-frère a refusé” jusqu'à “il n'a pas voulu m'épouser par lévirat” (Devarim 25, 7) ; et nous l'avons fait réciter, lui, depuis “je ne” jusqu'à “la prendre” (Devarim 25, 8) ; et nous l'avons fait réciter, elle, depuis “Ainsi” (Devarim 25, 9) jusqu'à “le déchaussé” (Devarim 25, 10). »
אֲמַר לֵיהּ: מוֹדֵה רָבָא בְּ״לֹא אָבָה יַבְּמִי״. אָמַר אַבָּיֵי: הַאי מַאן דְּכָתֵב גִּיטָּא דַּחֲלִיצְתָּא — לִיכְתּוֹב הָכִי: אַקְרֵינוּהָ לְדִידַהּ מִן ״מֵאֵן יְבָמִי״ עַד ״אָבָה יַבְּמִי״, וְאַקְרֵינוֹהִי לְדִידֵיהּ מִן ״לֹא״ עַד ״לְקַחְתָּהּ״, וְאַקְרֵינוּהָ לְדִידַהּ מִן ״כָּכָה״ וְעַד ״חֲלוּץ הַנָּעַל״.
Mar Zoutra traçait des lignes sur un parchemin et y écrivait le passage entier de la halitsa comme guett de halitsa, pour qu'il soit présenté devant les participants. Mar bar Idi objecta fortement à cela : mais ce [passage] ne peut être écrit ainsi à part, car la Torah ne peut être écrite qu'en son état complet, et il est interdit d'écrire des fragments de la Torah lorsqu'il n'y a pas de mitsva à les écrire séparément ! La Guemara conclut : malgré tout, la halakha suit l'avis de Mar Zoutra, car il y a bien ici un aspect de mitsva — le passage étant écrit dans le cadre d'un guett de halitsa, et non pour lui-même.
מָר זוּטְרָא מְשַׂרְטֵט וְכָתֵיב לְכוּלַּהּ פָּרָשָׁה. מַתְקֵיף לַהּ מָר בַּר אִידִי: וְהָא לֹא נִיתַּן לִיכָּתֵב! וְהִלְכְתָא כְּווֹתֵיהּ דְּמָר זוּטְרָא.
Abaye a dit : si la yevama a craché mais que le vent a emporté sa salive, en sorte qu'elle n'est jamais retombée devant le visage du yavam, elle n'a rien fait [du tout] et son acte est sans valeur halakhique. Quelle en est la raison ? Nous exigeons qu'« elle crache devant lui », comme le mentionne le verset. Dès lors, s'il est grand et qu'elle est petite, et que le vent a emporté [la salive], l'exigence de « devant lui » est satisfaite — car dès l'instant où la salive a quitté sa bouche, elle se trouvait devant le visage du yavam. Mais si elle est grande et qu'il est petit, nous exigeons que la salive atteigne l'espace situé face à son visage [à lui], après quoi elle peut être emportée par le vent ; autrement dit, si elle était plus grande que lui et que la salive fut emportée par le vent avant d'atteindre la hauteur de son visage, elle n'a pas rempli son obligation.
אָמַר אַבָּיֵי: רָקְקָה וּקְלָטַתּוּ הָרוּחַ — לֹא עָשְׂתָה וְלֹא כְּלוּם. מַאי טַעְמָא — ״וְיָרְקָה בְּפָנָיו״ בָּעֵינַן. הִלְכָּךְ, הוּא אָרוֹךְ וְהִיא גּוּצָה, קְלָטַתְהוּ הָרוּחַ — אִיכָּא ״בְּפָנָיו״. הִיא אֲרוּכָּה וְהוּא גּוּץ — בָּעֵינַן עַד דְּמָטֵי לַהֲדֵי אַפֵּיהּ וַהֲדַר אָזֵיל.
Rava a dit : si elle a mangé de l'ail et a craché, ou si elle a mâché de la glaise [gargichta — une sorte d'argile mâchée jadis à des fins médicinales] et a craché, elle n'a rien fait et son acte est sans valeur halakhique, car cela ne s'appelle pas « cracher ». Quelle en est la raison ? Nous exigeons qu'« elle crache » d'elle-même, ce qui n'est pas le cas ici — car en l'occurrence elle ne crache qu'à cause d'une autre chose qui provoque un afflux de salive dans sa bouche. Et Rava a dit [encore] : les juges doivent voir le crachat au moment où il sort de la bouche de la yevama — le seul fait qu'elle ait craché au sol ne suffit pas —, ainsi qu'il est écrit : « Sous les yeux des anciens… et elle crachera » (Devarim 25, 9), ce qui indique que le crachat doit se faire devant les yeux des juges.
אָמַר רָבָא: אֲכַלָה תּוּמָא וְרָקַת, אֲכַלָה גַּרְגִּישְׁתָּא וְרָקַתה — לֹא עָשְׂתָה וְלֹא כְּלוּם. מַאי טַעְמָא — ״וְיָרְקָה״ מֵעַצְמָהּ בָּעֵינַן, וְלֵיכָּא. וְאָמַר רָבָא: צְרִיכִי דַּיָּינֵי לְמִיחְזֵי רוּקָּא כִּי נָפֵיק מִפּוּמַּהּ דִּיבָמָה. דִּכְתִיב: ״לְעֵינֵי הַזְּקֵנִים ... וְיָרְקָה״.
Yevamot 106b
100%
יבמות ק״ו במַסֶּכֶת יְבָמוֹת