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Traité Yevamot

105b

Étude de Yevamot 105b

Étude de la Guémara 105b

Guémara
Rav Yehouda dit au nom de Rav : cet enseignement de la michna au sujet d'un [yavam] mineur [dont la halitsa, dit-elle, disqualifie ensuite la veuve pour le yiboum] est l'opinion de Rabbi Méir, qui soutient qu'une telle halitsa a une portée — en ce qu'elle interdit un yiboum ultérieur —, mais qu'elle ne suffit pas à autoriser la femme à épouser un étranger. Les Sages, en revanche, disent : la halitsa d'un mineur de sexe masculin n'a aucune portée ; la femme demeure permise à l'un des frères au titre du yiboum, comme si aucune halitsa n'avait été accomplie.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר, אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין חֲלִיצַת קָטָן כְּלוּם.
Il fut enseigné dans la michna : si une [yevama] mineure a accompli la halitsa, elle doit l'accomplir une seconde fois une fois devenue adulte ; et si elle ne le fait pas, sa première halitsa est invalide. Rav Yehouda dit au nom de Rav : c'est là l'opinion de Rabbi Méir, qui a dit : le mot « ich » (« homme ») est écrit dans la péricope relative à la halitsa — « et si l'homme ne veut pas… » (Devarim 25, 7) —, ce qui implique qu'un adulte doit accomplir la halitsa ; et nous rapprochons la femme de l'homme [par analogie], pour indiquer que la femme aussi doit être adulte au moment de la halitsa.
קְטַנָּה שֶׁחָלְצָה וְכוּ׳. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר, דְּאָמַר: ״אִישׁ״ כָּתוּב בַּפָּרָשָׁה, וּמַקְּשִׁינַן אִשָּׁה לְאִישׁ.
Mais les Sages disent : le mot « ich » (« homme ») est bien écrit dans cette péricope — ce qui indique qu'un homme adulte doit accomplir la halitsa —, mais quant à la femme qui retire la chaussure, puisque le texte ne la désigne pas par le terme « femme » mais par le terme plus général de yevama, comme le dit la suite du verset cité plus haut : « …pour prendre sa yevama » (Devarim 25, 9), elle peut être soit adulte, soit mineure.
אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים: ״אִישׁ״ כְּתִיב בַּפָּרָשָׁה. אִשָּׁה — בֵּין גְּדוֹלָה בֵּין קְטַנָּה.
La Guemara demande : qui sont ces Sages qui divergent de Rabbi Méir ? La Guemara répond : c'est Rabbi Yossi, comme il ressort de l'incident suivant. Rabbi Hiyya et Rabbi Chimon, fils de Rabbi [Yehouda HaNassi], étaient assis [à l'étude]. L'un d'eux ouvrit et dit : celui qui prie doit diriger son regard vers le bas, car il est dit — D.ieu parlant du Temple — : « Mes yeux et Mon cœur seront là à jamais » (I Melakhim 9, 3) ; c'est-à-dire que la Présence divine réside en Terre d'Israël, et qu'il faut tourner son regard vers la terre sainte lorsqu'on prie.
מַאן חֲכָמִים? רַבִּי יוֹסֵי הִיא. דְּרַבִּי חִיָּיא וְרַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר רַבִּי הֲווֹ יָתְבִי. פְּתַח חַד מִינַּיְיהוּ וַאֲמַר: הַמִּתְפַּלֵּל, צָרִיךְ שֶׁיִּתֵּן עֵינָיו לְמַטָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיוּ עֵינַי וְלִבִּי שָׁם כׇּל הַיָּמִים״.
Et l'autre dit : il doit diriger ses yeux vers le haut, car il est dit : « Élevons notre cœur avec nos mains vers D.ieu dans les cieux » (Eikha 3, 41). Sur ces entrefaites, Rabbi Yishmael, fils de Rabbi Yossi, vint auprès d'eux. Il leur dit : de quoi traitez-vous ? Ils lui dirent : de la prière — nous débattons de la posture qui convient pour prier. Il leur dit : ainsi disait mon père [Rabbi Yossi] — celui qui prie doit diriger ses yeux vers le bas et son cœur vers le haut, afin que ces deux versets s'accomplissent ensemble.
וְחַד אָמַר: עֵינָיו לְמַעְלָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נִשָּׂא לְבָבֵנוּ אֶל כַּפָּיִם״. אַדְּהָכִי אֲתָא רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי לְגַבַּיְיהוּ. אֲמַר לְהוּ: בְּמַאי עָסְקִיתוּ? אֲמַרוּ לֵיהּ: בִּתְפִלָּה. אֲמַר לְהוּ: כָּךְ אָמַר אַבָּא: הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיִּתֵּן עֵינָיו לְמַטָּה וְלִבּוֹ לְמַעְלָה, כְּדֵי שֶׁיִּתְקַיְּימוּ שְׁנֵי מִקְרָאוֹת הַלָּלוּ.
Sur ces entrefaites, Rabbi [Yehouda HaNassi] vint à la maison d'étude [pour enseigner], et chacun se hâta de regagner sa place assignée. Ceux qui étaient légers [agiles] s'empressèrent et s'assirent à leur place. Mais Rabbi Yishmael, fils de Rabbi Yossi, du fait de sa très forte corpulence, avançait à pas lents — car tous étaient déjà assis à terre à leur place, de sorte qu'il lui fallait enjamber leurs têtes pour gagner la sienne.
אַדְּהָכִי, אֲתָא רַבִּי לִמְתִיבְתָּא. אִינְהוּ דַּהֲווֹ קַלִּילֵי, יְתִיבוּ בְּדוּכְתַּיְיהוּ. רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי, אַגַּב יוּקְרֵיהּ הֲוָה מְפַסַּע וְאָזֵיל.
Abdon — forme abrégée du nom d'Abba Yudan, élève et serviteur de Rabbi [Yehouda HaNassi] — lui dit : qui est celui-là, qui enjambe la tête d'un peuple saint ? [car cela lui parut un manque d'égards envers les fidèles assis]. Il lui dit : je suis Yishmael, fils de Rabbi Yossi, venu apprendre la Torah auprès de Rabbi. Abdon lui dit : et es-tu donc digne d'apprendre la Torah auprès de Rabbi ? [puisqu'il te faut manquer d'égards envers autrui pour y parvenir].
אֲמַר לֵיהּ אַבָּדָן: מִי הוּא זֶה שֶׁמְּפַסֵּעַ עַל רָאשֵׁי עַם קָדוֹשׁ! אֲמַר לֵיהּ: אֲנִי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי שֶׁבָּאתִי לִלְמוֹד תּוֹרָה מֵרַבִּי. אֲמַר לֵיהּ: וְכִי אַתָּה הָגוּן לִלְמוֹד תּוֹרָה מֵרַבִּי?
Il lui dit : et Moché était-il donc digne d'apprendre la Torah de la bouche du Tout-Puissant ? [Or il l'apprit ; il n'est donc pas requis que l'élève soit aussi éminent que son maître.] Il lui dit : et es-tu donc Moché ? Rabbi Yishmael lui dit : et ton maître est-il donc D.ieu ? Rav Yossef dit à propos de cette partie du récit : ici, Rabbi [Yehouda HaNassi] reçut son châtiment [mitarpessei] pour avoir gardé le silence durant cette discussion sans reprendre son élève qui humiliait Rabbi Yishmael. Et quel fut son châtiment ? Que, s'adressant à Abdon, Rabbi Yishmael ait dit « ton maître » et non « mon maître » — sous-entendu qu'il n'acceptait pas l'autorité de Rabbi Yehouda HaNassi sur lui-même.
אֲמַר לֵיהּ: וְכִי מֹשֶׁה הָיָה הָגוּן לִלְמוֹד תּוֹרָה מִפִּי הַגְּבוּרָה? אֲמַר לֵיהּ: וְכִי מֹשֶׁה אַתָּה? אֲמַר לֵיהּ: וְכִי רַבְּךָ אֱלֹהִים הוּא? אָמַר רַב יוֹסֵף: שַׁקְלֵיהּ רַבִּי לְמַטְרַפְסֵיהּ — דְּקָאָמַר לֵיהּ: ״רַבְּךָ״ וְלָא ״רַבִּי״.
Sur ces entrefaites, une yevama vint devant Rabbi [pour un cas de halitsa] : c'était une mineure proche de l'âge de la maturité, qui avait accompli la halitsa, sans qu'on sache au juste si elle avait déjà atteint l'âge requis pour la valider. Rabbi [Yehouda HaNassi] dit à Abdon : sors et examine-la, [pour voir] si elle a déjà atteint la maturité. Après qu'Abdon fut sorti, Rabbi Yishmael dit à Rabbi [Yehouda HaNassi] : ainsi disait mon père [Rabbi Yossi] — le mot « ich » (« homme ») est écrit dans la péricope [de la halitsa], mais la femme peut être soit adulte, soit mineure.
אַדְּהָכִי אַתְיָא יְבָמָה לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי לְאַבָּדָן: פּוֹק בִּדְקַהּ. לְבָתַר דִּנְפַק, אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, כָּךְ אָמַר אַבָּא: ״אִישׁ״ כָּתוּב בַּפָּרָשָׁה, אֲבָל אִשָּׁה — בֵּין גְּדוֹלָה בֵּין קְטַנָּה.
Rabbi [Yehouda HaNassi] lui dit : reviens, tu n'as pas besoin [de l'examiner], car l'Ancien [Rabbi Yossi] a déjà tranché [qu'une mineure peut accomplir la halitsa] ; aucun examen supplémentaire n'est donc requis. Abdon revenait en enjambant [de nouveau] la tête des fidèles pour regagner sa place. Rabbi Yishmael, fils de Rabbi Yossi, lui dit : celui dont un peuple saint a besoin peut enjamber la tête d'un peuple saint ; mais celui dont un peuple saint n'a pas besoin — puisqu'il n'y a plus lieu pour Abdon d'examiner la femme — comment enjamberait-il la tête d'un peuple saint ?
אֲמַר לֵיהּ: תָּא, לָא צְרִיכַתְּ, כְּבָר הוֹרָה זָקֵן. קָמְפַסַּע אַבָּדָן וְאָתֵי. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי: מִי שֶׁצָּרִיךְ לוֹ עַם קָדוֹשׁ, יְפַסֵּעַ עַל רָאשֵׁי עַם קָדוֹשׁ. מִי שֶׁאֵין צָרִיךְ לוֹ עַם קָדוֹשׁ, הֵיאַךְ יְפַסֵּעַ עַל רָאשֵׁי עַם קָדוֹשׁ?
Rabbi [Yehouda HaNassi] dit à Abdon : reste à ta place et ne va pas plus loin. Il fut enseigné [dans une baraïta] : à cet instant même, Abdon fut frappé de lèpre [tsaraat], en punition d'avoir insulté Rabbi Yishmael, fils de Rabbi Yossi ; ses deux fils, récemment mariés, se noyèrent ; et ses deux belles-filles, mineures mariées à ces fils, firent des déclarations de refus [miyoun] et annulèrent leur mariage. Rav Nahman bar Yits'haq dit : béni soit le Miséricordieux, qui a fait honte à Abdon en ce monde — car cela lui épargne d'être châtié davantage dans le Monde à venir, toutes ses fautes ayant été expiées par cette souffrance.
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי לְאַבָּדָן: קוּם בְּדוּכְתִּיךְ! תָּאנָא: בְּאוֹתָהּ שָׁעָה נִצְטָרַע אַבָּדָן, וְטָבְעוּ שְׁנֵי בָנָיו, וּמֵאֲנוּ שְׁתֵּי כַלּוֹתָיו. אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: בְּרִיךְ רַחֲמָנָא דְּכַסְּפֵיהּ לְאַבָּדָן בְּהַאי עָלְמָא.
Rabbi Ami dit : des paroles du grand homme [berabbi — Rabbi Yossi], apprenons ceci : une [yevama] mineure accomplit la halitsa dès le jeune âge [bif'outot], soit dès six ou sept ans. Rava dit : elle ne peut accomplir la halitsa avant d'avoir atteint l'âge des vœux [onat nedarim], soit onze ans, lorsqu'elle a un discernement suffisant pour comprendre le sens d'un vœu. La Guemara conclut cependant : et la halakha est qu'elle ne peut accomplir la halitsa avant d'avoir deux poils [pubiens, signe de la puberté].
אָמַר רַבִּי אַמֵּי: מִדְּבָרָיו שֶׁל בְּרַבִּי נִלְמוֹד: קְטַנָּה חוֹלֶצֶת בִּפְעוּטוּת. רָבָא אָמַר: עַד שֶׁתַּגִּיעַ לְעוֹנַת נְדָרִים. וְהִלְכְתָא: עַד שֶׁתָּבִיא שְׁתֵּי שְׂעָרוֹת.
Yevamot 105b
100%
יבמות ק״ה במַסֶּכֶת יְבָמוֹת