Guémara
Abaye dit : non, en réalité la baraïta parle d'un animal sans défaut [tam] lorsque le Temple est debout, mais elle traite d'un premier-né [bekhor] hors d'Erets Yisrael, et elle est conforme à l'avis de Rabbi Shimon, qui a dit : si des premiers-nés sans défaut sont arrivés de l'étranger, ils peuvent être sacrifiés sur l'autel. Ce langage indique qu'il n'y a pas d'obligation de sacrifier un tel animal, car on n'amenait généralement pas ses premiers-nés de l'étranger. Un Cohen peut donc l'acquérir même sans défaut. Les premiers-nés d'Erets Yisrael, en revanche, ne peuvent pas être acquis par les Cohanim.
אָמַר אַבָּיֵי: לָא, לְעוֹלָם בְּתָם, וּבִבְכוֹר בְּחוּצָה לָאָרֶץ, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא דְּאָמַר: אִם בָּאוּ תְּמִימִין יִקְרְבוּ.
La Guemara soulève une objection tirée de la michna : Rabbi Yohanan ben Nouri lui dit : à quoi me sert cette comparaison ? Si un Cohen ne peut pas substituer pour une offrande pour le péché ni pour une offrande de culpabilité, que les Cohanim n'acquièrent pas de leur vivant, diras-tu la même chose pour un premier-né, que les Cohanim acquièrent de son vivant ? De quoi traitons-nous dans la michna ? Si nous disons qu'il s'agit d'un animal avec défaut, la michna ne dit-elle pas que le premier-né est comparable à l'offrande pour le péché et à l'offrande de culpabilité, que les Cohanim n'acquièrent que sans défaut ? Il faut donc dire qu'il s'agit d'animaux sans défaut — et elle enseigne néanmoins que les Cohanim acquièrent le premier-né de son vivant !
מֵיתִיבִי: אָמַר לוֹ רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי: מָה לִי אִם אֵינוֹ מֵימֵר בְּחַטָּאת וְאָשָׁם, שֶׁהֲרֵי אֵין זָכִין בָּהֶן בְּחַיֵּיהֶן, תֹּאמַר בִּבְכוֹר שֶׁזָּכִין בְּחַיָּיו. בְּמַאי עָסְקִינַן? אִילֵימָא בְּבַעַל מוּם — הָא דּוּמְיָא דְּחַטָּאת וְאָשָׁם קָאָמַר, אֶלָּא לָאו בְּתָם, וְקָתָנֵי זָכִין בּוֹ בְּחַיָּיו!
Ravina dit : cette michna aussi traite d'un premier-né hors d'Erets Yisrael, et elle est conforme à l'avis de Rabbi Shimon, qui a dit : si des premiers-nés sans défaut sont arrivés de l'étranger, ils peuvent être sacrifiés sur l'autel. Les Cohanim n'acquièrent pas les premiers-nés d'Erets Yisrael.
אָמַר רָבִינָא: הָא נָמֵי בִּבְכוֹר בְּחוּצָה לָאָרֶץ, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא, דְּאָמַר: אִם בָּאוּ תְּמִימִים — יִקְרְבוּ.
La Guemara propose : disons que l'acquisition des premiers-nés par les Cohanim fait l'objet d'un désaccord entre tannaïm. La baraïta dit : pour un premier-né, tant qu'il est dans la maison de son propriétaire, qui ne l'a pas encore remis au Cohen, le propriétaire peut substituer un autre animal à sa place. Une fois qu'il est dans la maison du Cohen, le propriétaire ne peut plus substituer. Rabbi Shimon ben Elazar dit : dès qu'il est entré en possession du Cohen, le propriétaire ne peut plus substituer.
לֵימָא כְּתַנָּאֵי: בְּכוֹר, בְּבֵית הַבְּעָלִים — עוֹשִׂין תְּמוּרָה, בְּבֵית הַכֹּהֵן — אֵין עוֹשִׂין תְּמוּרָה. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: כֵּיוָן שֶׁבָּא לִידֵי כֹהֵן — אֵין עוֹשִׂין תְּמוּרָה.
Apparemment, l'avis de Rabbi Shimon ben Elazar est identique à celui du premier tanna. Quelle est leur dispute ? N'est-il pas correct de dire que voici ce qu'enseigne le premier tanna : une fois dans la maison, c'est-à-dire la possession du Cohen, le Cohen peut substituer, mais le propriétaire ne peut pas substituer, car le Cohen l'a acquis ; tandis que Rabbi Shimon ben Elazar estime qu'une fois en possession du Cohen, ni l'un ni l'autre ne peut substituer. Apparemment, le premier tanna est d'avis que le Cohen a un droit d'acquisition sur un premier-né sans défaut lorsque le Temple est debout.
הַיְינוּ תַּנָּא קַמָּא! מַאי לָאו הָכִי קָאָמַר: בְּבֵית כֹּהֵן — הוּא עוֹשֶׂה תְּמוּרָה, וְאֵין בַּעַל עוֹשֶׂה תְּמוּרָה, אַלְמָא אִית לֵיהּ לְכֹהֵן זְכִיָּיה בְּגַוֵּויהּ.
La Guemara explique : ce n'est pas difficile ; on peut dire que la dispute de la baraïta concerne un premier-né hors d'Erets Yisrael, tandis que ceux d'Erets Yisrael ne sont pas acquis par les Cohanim. Et cet avis du premier tanna rejoint celui de Rabbi Yohanan ben Nouri dans la michna ci-dessus, tandis que l'avis de Rabbi Shimon ben Elazar rejoint celui de Rabbi Akiva dans cette même michna.
לָא קַשְׁיָא, הָא רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי, הָא רַבִּי עֲקִיבָא.
La Guemara cite plus tôt (7b) une michna (Maasser Sheni 1:2) selon laquelle un premier-né peut être vendu sans défaut uniquement de son vivant. Rav Hisda dit : les Sages n'ont enseigné cette halakha que pour un Cohen qui vend à un Cohen, mais pour un Cohen qui le vend à un Israélite, c'est interdit même de son vivant. Quelle en est la raison ? Comme un Israélite ne peut consommer un premier-né que s'il est muni d'un défaut, on craint que l'Israélite aille infliger un défaut au premier-né et l'amène devant une autorité halakhique pour obtenir la permission de le manger, en disant : un Cohen m'a donné ce premier-né alors qu'il était déjà muni d'un défaut.
אָמַר רַב חִסְדָּא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא כֹּהֵן לְכֹהֵן, אֲבָל כֹּהֵן לְיִשְׂרָאֵל — אָסוּר. מַאי טַעְמָא? דִּלְמָא אָזֵיל יִשְׂרָאֵל וְשָׁדֵי בֵּיהּ מוּמָא, וּמַמְטֵי לְחָכָם, וְאוֹמֵר לוֹ: ״בְּכוֹר זֶה נָתַן לִי כֹּהֵן בְּמוּמוֹ״.
La Guemara demande : et une autorité halakhique peut-elle autoriser l'animal dans un tel cas ? Mais Rav n'a-t-il pas dit : une autorité halakhique ne doit pas examiner un premier-né apporté par un Israélite pour déterminer s'il a le type de défaut permanent permettant l'abattage, à moins qu'un Cohen ne soit avec lui, de crainte que l'Israélite garde l'animal muni d'un défaut pour lui-même sans accomplir la mitsva de le donner au Cohen ? Si tel est le cas, on peut exiger que le Cohen qui lui a vendu l'animal soit présent, ce qui devrait empêcher l'Israélite de mentir sur le défaut.
וּמִי שָׁרֵי חָכָם הָכִי? וְהָא אָמַר רַב: אֵין רוֹאִין בְּכוֹר לְיִשְׂרָאֵל אֶלָּא אִם כֵּן כֹּהֵן עִמּוֹ!
Rav Houna, fils de Rabbi Yehoshua, dit : voici pourquoi il est interdit à un Cohen de vendre un premier-né sans défaut à un Israélite : parce que cela ressemble à un Cohen qui aide à l'aire de battage afin de recevoir la terouma d'un Israélite. Les premiers-nés sans défaut ont un faible prix d'achat, car le propriétaire doit attendre qu'ils deviennent mutilés avant de les manger. Il pourrait sembler que le Cohen a vendu l'animal à un Israélite à prix réduit pour recevoir de futurs premiers-nés de sa part.
אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: הַיְינוּ טַעְמָא דְּיִשְׂרָאֵל אָסוּר, מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּכֹהֵן הַמְסַיֵּיעַ בְּבֵית הַגֳּרָנוֹת.
Il est raconté : Mar Zoutra arriva chez Rav Ashi. Ceux qui étaient présents lui dirent : que le Maître goûte quelque chose. On lui apporta de la viande. Celui qui la lui présenta dit : que le Maître mange, car cette viande est particulièrement saine, parce qu'il s'agit d'un premier-né. Mar Zoutra demanda : d'où tenez-vous ce premier-né ? Ils répondirent : c'est un animal que tel Cohen nous a vendu.
מָר זוּטְרָא אִיקְּלַע לְבֵי רַב אָשֵׁי. אֲמַרוּ לֵיהּ: לִטְעוֹם מָר מִידֵּי. אַיְיתוֹ לְקַמֵּיהּ בִּישְׂרָא. אֲמַר לֵיהּ: לֵיכוֹל מָר, דְּמַיבְרֵי מִשּׁוּם דְּבוּכְרָא הוּא. מְנָא לְכוּ הָא? אֲמַרוּ לֵיהּ: דְּזַבֵּן לַן פְּלוֹנִי כֹּהֵן.
Mar Zoutra leur dit : n'acceptez-vous pas ce que Rav Houna, fils de Rabbi Yehoshua, a dit — que les Israélites ne peuvent pas recevoir un premier-né sans défaut d'un Cohen parce que cela ressemble à un Cohen qui aide à l'aire de battage ? Ils répondirent à Mar Zoutra : nous n'acceptons pas cette crainte, car nous l'avons acheté à sa juste valeur marchande, et non reçu à prix réduit. Il n'y a donc pas d'apparence d'impropriété.
אֲמַר לְהוּ: לָא סְבִירָא לְכוּ הָא דְּאָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ, מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּכֹהֵן הַמְסַיֵּיעַ בְּבֵית הַגֳּרָנוֹת? אֲמַרוּ לֵיהּ: לָא סְבִירָא לַן, דַּאֲנַן מִיזְבָּן קָא זָבְנִינַן.
Mar Zoutra leur dit : mais n'acceptez-vous pas ce que nous avons appris dans une michna (Bekhorot 26b) : jusqu'à quand un Israélite est-il obligé de s'occuper d'un premier-né avant de le remettre au Cohen ? Pour un petit animal, trente jours ; pour un gros animal, cinquante jours. Et si le Cohen dit au propriétaire : « donne-le-moi pendant cette période », le propriétaire ne doit pas le lui donner. Et Rav Sheshet dit : quelle en est la raison ? Parce que cela ressemble à un Cohen qui aide à l'aire de battage, le Cohen aidant l'Israélite en assumant la responsabilité de s'occuper du premier-né !
אֲמַר לְהוּ: וְלָא סְבִירָא לְכוּ הָדִתְנַן: עַד כַּמָּה יִשְׂרָאֵל חַיָּיב לִיטַּפֵּל בַּבְּכוֹר? בַּדַּקָּה — שְׁלֹשִׁים יוֹם, ובגסה — חמשים יום. וְאִם אָמַר לוֹ: ״תְּנֵהוּ לִי בְּתוֹךְ זְמַנּוֹ״ — הֲרֵי זֶה לֹא יִתְּנֶנּוּ לוֹ. וְאָמַר רַב שֵׁשֶׁת: מָה טַעַם? מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּכֹהֵן הַמְסַיֵּיעַ בְּבֵית הַגֳּרָנוֹת!