Guémara
Et selon l'opinion de Rava, ce terme : « Est saint des saints », sert à exclure le cas d'un premier-né [bekhor] de l'interdiction de vente. Comme il est enseigné dans une baraïta : il est dit à propos d'un premier-né : « Mais le premier-né du bœuf, ou le premier-né du mouton, ou le premier-né de la chèvre, tu ne le rachèteras pas ; ils sont saints » (Bamidbar 18, 17). Mais s'il développe un défaut physique, il peut encore être vendu. En revanche, il est dit à propos de la dîme du troupeau [ma'asser behéma] : « Il ne sera pas racheté » (Vayikra 27, 33), et la dîme du troupeau ne peut pas être vendue, ni vivante ni abattue, ni sans défaut ni avec défaut.
וּלְרָבָא, הַאי ״הוּא״ לְמַעוֹטֵי בְּכוֹר, דְּתַנְיָא: בִּבְכוֹר נֶאֱמַר ״לֹא תִפְדֶּה״ וְנִמְכָּר הוּא, בְּמַעֲשֵׂר נֶאֱמַר ״לֹא יִגָּאֵל״ וְאֵינוֹ נִמְכָּר, לֹא חַי וְלֹא שָׁחוּט, לא תָּם וְלֹא בַּעַל מוּם.
La Guemara objecte : mais n'y a-t-il pas le cas de la temoura [substitution], à propos de laquelle le Miséricordieux dit : « Il ne l'échangera pas, ni ne le substituera » (Vayikra 27, 10), et il est enseigné dans la michna (2a) : cela ne signifie pas qu'il est permis à une personne d'effectuer une substitution ; cela signifie que si l'on a substitué un animal profane à un animal consacré, la substitution prend effet, et celui qui a substitué l'animal profane encourt les quarante coups de lanière. Apparemment, son acte est effectif, et cela semble être une réfutation concluante de l'opinion de Rava.
וַהֲרֵי תְּמוּרָה, דְּאָמַר רַחֲמָנָא: ״לֹא יַחֲלִיפֶנּוּ וְלֹא יָמִיר אוֹתוֹ״, וְתָנָא: לֹא שֶׁאָדָם רַשַּׁאי לְהָמִיר, אֶלָּא שֶׁאִם הֵמִיר — מוּמָר, וְסוֹפֵג אֶת הָאַרְבָּעִים. אַלְמָא מַהֲנֵי, תְּיוּבְתָּא דְרָבָא!
La Guemara explique que Rava pourrait te dire : c'est différent là-bas, car ce même verset dit : « Et s'il substitue animal pour animal, l'un et l'autre seront saints », ce qui enseigne que son acte est effectif dans ce contexte précisément.
אָמַר לָךְ: שָׁאנֵי הָתָם, דְּאָמַר קְרָא ״וְהָיָה הוּא וּתְמוּרָתוֹ יִהְיֶה קֹּדֶשׁ״.
Et selon l'opinion d'Abaye, que les transgressions sont en règle générale effectives, cette clause est néanmoins nécessaire, car si le Miséricordieux n'avait pas dit : « L'un et l'autre seront saints », j'aurais dit que cet animal initialement consacré sortira de son état de sainteté, et que cet animal profane entrera à la place en sainteté. Le verset nous enseigne donc que le premier animal conserve aussi sa sainteté.
וּלְאַבָּיֵי, אִי לָאו דְּאָמַר רַחֲמָנָא ״וְהָיָה הוּא וּתְמוּרָתוֹ״, הֲוָה אָמֵינָא תֵּצֵא זוֹ וְתִכָּנֵס זוֹ, קָמַשְׁמַע לַן.
La Guemara objecte : mais n'y a-t-il pas le cas d'un premier-né, à propos duquel le Miséricordieux dit : « Mais le premier-né du bœuf, ou le premier-né du mouton, ou le premier-né de la chèvre, tu ne le rachèteras pas ; ils sont saints » (Bamidbar 18, 17) ? Et nous avons appris dans une michna (21a) : tous les animaux sacrificiels qui ont développé un défaut physique sont passibles de rachat par la vente, et leurs substituts de temoura le sont aussi, sauf le premier-né et la dîme du troupeau. Apparemment, si l'on tente de racheter un premier-né, son acte n'est pas effectif, et cela semble être une réfutation concluante de l'opinion d'Abaye.
וַהֲרֵי בְּכוֹר, דְּאָמַר רַחֲמָנָא ״לֹא תִפְדֶּה״, וּתְנַן: יֵשׁ לָהֶן פִּדְיוֹן, וְלִתְמוּרוֹתֵיהֶן פִּדְיוֹן, חוּץ מִן הַבְּכוֹר וּמִן הַמַּעֲשֵׂר, אַלְמָא לָא מַהֲנֵי, תְּיוּבְתָּא דְאַבָּיֵי.
La Guemara explique qu'Abaye pourrait te dire : c'est différent là-bas, car ce même verset dit : « Ils sont saints », enseignant ainsi qu'ils demeureront toujours tels qu'ils sont, même si l'on tente de les racheter.
אָמַר לָךְ: שָׁאנֵי הָתָם, דְּאָמַר קְרָא ״הֵם״, בַּהֲוָויָיתָן יְהוּ.
La Guemara demande : et selon Rava, qui estime que les transgressions ne sont pas effectives, pourquoi a-t-il besoin du terme « Ils sont saints » ? La Guemara répond : ce terme enseigne que si l'on a substitué un autre animal à un premier-né ou à un animal de la dîme du troupeau, eux, les animaux initialement consacrés, sont sacrifiés, mais leurs substituts de temoura, bien qu'ayant une sainteté, ne sont pas sacrifiés.
וּלְרָבָא, הַאי ״הֵם״ לְמָה לֵיהּ? הֵן קְרֵיבִין, וְאֵין תְּמוּרָתָן קְרֵיבִין.
La Guemara demande : et selon Abaye, d'où tire-t-il cette conclusion que les substituts ne sont pas sacrifiés ? La Guemara répond : le verset dit à propos des premiers-nés : « Qu'il s'agisse de bœuf ou de mouton, il est à l'Éternel » (Vayikra 27, 26). On peut en déduire qu'il est sacrifié à l'Éternel, mais que son substitut de temoura ne l'est pas.
וּלְאַבָּיֵי — הַאי סְבָרָא מְנָא לֵיהּ? ״אִם שׁוֹר אִם שֶׂה לַה׳ הוּא״ — לַה׳ קָרֵיב, וְאֵין תְּמוּרָתוֹ קְרֵיבָה.
La Guemara demande : et qu'est-ce que Rava déduit de ce verset ? La Guemara répond : oui, c'est bien ainsi qu'il en déduit, comme Abaye, et non pas de Bamidbar 18, 17 comme suggéré initialement, la halakha selon laquelle le substitut d'un premier-né n'est pas sacrifié. Plutôt, pourquoi ai-je besoin du terme « Ils sont saints » qui apparaît dans ce verset ? Il enseigne à propos d'un premier-né ou d'un animal de la dîme du troupeau dont le sang a été mélangé avec le sang de toute autre offrande apportée sur l'autel, que le sang est néanmoins sacrifié sur l'autel comme il l'aurait été individuellement.
וְרָבָא, אִין הָכִי נָמֵי דְּמֵהָהוּא קְרָא, אֶלָּא ״הֵם״ לְמָה לִי? לִימֵּד עַל בְּכוֹר וּמַעֲשֵׂר שֶׁנִּתְעָרֵב דָּמָן בְּכׇל הָעוֹלִין שֶׁקְּרֵיבִין לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ.
La Guemara demande : et Abaye, d'où tire-t-il cette conclusion, que ce sang peut être sacrifié ? La Guemara répond : il le déduit du verset concernant le service du Grand Cohen le jour de Yom Kippour : « Il prendra du sang du taureau et du sang du bouc, et il en mettra sur les cornes de l'autel » (Vayikra 16, 18). On pourrait demander : mais le sang du taureau n'est-il pas plus abondant que celui du bouc ? Pourquoi le sang du bouc n'est-il pas annulé ? De là on déduit que les offrandes apportées sur l'autel ne s'annulent pas l'une l'autre, comme il est enseigné dans une baraïta que l'expression du verset « Il prendra du sang du taureau et du sang du bouc » sert à enseigner qu'ils doivent être mélangés. C'est la déclaration de Rabbi Yoshiya. Abaye en déduit donc que les mélanges de sang peuvent être sacrifiés.
וְאַבָּיֵי, הַאי סְבָרָא מְנָא לֵיהּ? מִ״וְּלָקַח מִדַּם הַפָּר וּמִדַּם הַשָּׂעִיר״, וַהֲלֹא דַּם הַפָּר מְרוּבֶּה מִשֶּׁל שָׂעִיר! מִיכָּן לָעוֹלִין שֶׁאֵין מְבַטְּלִין זֶה אֶת זֶה, דְּתַנְיָא: ״וְלָקַח מִדַּם הַפָּר וּמִדַּם הַשָּׂעִיר״ — שֶׁיְּהוּ מְעוֹרָבִין, דִּבְרֵי רַבִּי יֹאשִׁיָּה.
Et quant à Rava, il estime que là-bas, le Grand Cohen prenait de ce sang du taureau à part et de ce sang du bouc à part, plutôt que de les mélanger ensemble. Et sur ce point, il se conforme à l'opinion de Rabbi Yonatan, qui contredit Rabbi Yoshiya.
וְרָבָא, הָתָם — מִזֶּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ וּמִזֶּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ, וְסָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹנָתָן.
La Guemara poursuit son analyse du différend entre Abaye et Rava. Mais n'y a-t-il pas le cas de la dîme du troupeau, à propos de laquelle le Miséricordieux dit : « Il ne sera pas racheté » (Vayikra 27, 33) ? Et nous avons appris dans une michna (21a) : tous les animaux sacrificiels qui ont développé un défaut physique sont passibles de rachat par la vente, et leurs substituts de temoura le sont aussi, sauf le premier-né et la dîme du troupeau. Apparemment, si l'on tente de racheter un animal de la dîme du troupeau, son acte n'est pas effectif, et cela semble être une réfutation concluante de l'opinion d'Abaye.
וַהֲרֵי מַעֲשֵׂר, דְּאָמַר רַחֲמָנָא ״לֹא יִגָּאֵל״, וּתְנַן: יֵשׁ לָהֶן פִּדְיוֹן וְלִתְמוּרוֹתֵיהֶן, חוּץ מִן הַבְּכוֹר וּמִן הַמַּעֲשֵׂר, אַלְמָא לָא מַהֲנֵי, תְּיוּבְתָּא דְאַבָּיֵי.