Guémara
Mais si la halakha de présentation et d'évaluation est déjà mentionnée à propos d'un animal impur, comment réalise-t-on le sens du verset : « Et si c'est un animal impur dont on ne peut pas apporter d'offrande à l'Éternel, il présentera l'animal devant le Cohen. Et le Cohen l'évaluera » ? Le verset vise les animaux porteurs de moum, impropres au sacrifice comme les animaux impurs, et enseigne qu'ils peuvent être rachetés.
הָא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״וְאִם כׇּל בְּהֵמָה אֲשֶׁר לֹא יַקְרִיבוּ מִמֶּנָּה קׇרְבָּן לַה׳״ — בְּבַעֲלֵי מוּמִין שֶׁיִּפָּדוּ.
La baraïta poursuit : on aurait pu penser que tout animal porteur de moum peut être racheté, même pour un moum temporaire [moum over]. C'est pourquoi le verset dit : « animal impur dont on ne peut pas apporter d'offrande » — ce qui indique qu'il ne s'agit que d'un animal porteur de moum qui ne peut pas être sacrifié du tout, c'est-à-dire un moum permanent. L'animal à moum temporaire est ainsi exclu — il ne peut pas être sacrifié aujourd'hui, mais il pourra l'être demain.
יָכוֹל יִפָּדוּ עַל מוּם עוֹבֵר? תַּלְמוּד לוֹמַר ״אֲשֶׁר לֹא יַקְרִיבוּ מִמֶּנָּה״ — שֶׁאֵינָהּ קְרֵיבָה כׇּל עִיקָּר, יָצְתָה זוֹ שֶׁאֵינָהּ קְרֵיבָה הַיּוֹם אֶלָּא לְמָחָר.
La Guemara conclut son raisonnement : et le Miséricordieux dit qu'il faut accomplir la présentation et l'évaluation pour un animal porteur de moum, conformément au verset « il présentera l'animal devant le Cohen. Et le Cohen l'évaluera ». Puisque le verset exige que l'animal ait un moum permanent pour être racheté, il doit viser un animal consacré pour l'autel — car tous les animaux consacrés pour l'entretien du Temple peuvent être rachetés, même sans défaut. De plus, comme il s'agit d'une baraïta non attribuée qui figure dans le Sifra, elle est selon l'avis de Rabbi Yehouda, le disputant de Rabbi Shimon — elle suit donc l'avis des Sages de la michna. On peut conclure de cette baraïta que les Sages estiment qu'on rachète un animal consacré pour l'autel par présentation et évaluation, comme le maintient Rabbi Yoḥanan.
וְאָמַר רַחֲמָנָא: עֲבֵיד לַהּ הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה.
Rav Giddel dit que Rav dit : quelle est la raison de Reish Lakish, qui a dit que selon les Sages, les animaux consacrés pour l'entretien du Temple étaient inclus dans la halakha de présentation et d'évaluation, tandis que les animaux consacrés pour l'autel ne l'étaient pas ? La raison est que le verset dit : « Et le Cohen l'évaluera, qu'il soit bon ou mauvais » (Vayikra 27, 12).
אָמַר רַב גִּידֵּל, אָמַר רַב: מַאי טַעְמָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ, דְּאָמַר לְרַבָּנַן קׇדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת הָיוּ בִּכְלַל הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה, קׇדְשֵׁי מִזְבֵּחַ לֹא הָיוּ בִּכְלַל הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה? דְּאָמַר קְרָא: ״וְהֶעֱרִיךְ הַכֹּהֵן אוֹתָהּ בֵּין טוֹב וּבֵין רָע״.
Rav explique : quel est l'objet pour lequel la halakha ne fait pas de distinction entre bon et mauvais — c'est-à-dire entre animal sans défaut et animal porteur de moum ? Tu dois dire : un objet consacré pour l'entretien du Temple, qui a la même sainteté qu'il soit sans défaut ou porteur de moum. Et le verset dit : « Et le Cohen l'évaluera » — le terme restrictif « la » [otah] sert à exclure les animaux consacrés pour l'autel de la halakha de présentation et d'évaluation.
אֵיזֶהוּ דָּבָר שֶׁאֵינוֹ חָלוּק בֵּין טוֹב לְרַע? הֱוֵי אוֹמֵר: זֶה קׇדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת, וְאָמַר קְרָא ״אוֹתָהּ״ לְמַעוֹטֵי קׇדְשֵׁי מִזְבֵּחַ.
La Guemara demande : et selon Rabbi Yoḥanan, qui dit que selon les Sages, les animaux consacrés pour l'autel sont aussi inclus dans l'obligation de présentation et d'évaluation, le terme « la » sert à exclure quoi ? La Guemara répond : il sert à exclure de la halakha de présentation et d'évaluation un animal qui était porteur de moum dès le départ et qui a été consacré pour l'autel.
וְרַבִּי יוֹחָנָן, ״אוֹתָהּ״ לְמַעוֹטֵי מַאי? לְמַעוֹטֵי בַּעַל מוּם מֵעִיקָּרוֹ.
La Guemara soulève une difficulté : mais cela pose problème selon le tanna de l'école de Levi, qui a dit que même un animal porteur de moum dès le départ est inclus dans la halakha de présentation et d'évaluation. Car Levi a enseigné : tout était inclus dans la halakha de présentation et d'évaluation, même un animal porteur de moum dès le départ. Et Levi a enseigné de même dans sa baraïta : même une bête sauvage [ḥaya], et même des oiseaux qui ne sont pas apportés en offrandes — par ex. des oies — sont inclus dans la halakha de présentation et d'évaluation. Mais n'est-il pas écrit « la », qui doit servir à exclure un animal de l'obligation de présentation et d'évaluation ? Comment Levi peut-il enseigner que tout est inclus ? La Guemara conclut : en effet, cela pose difficulté.
וּלְתַנָּא דְּבֵי לֵוִי, דְּאָמַר דַּאֲפִילּוּ בַּעַל מוּם מֵעִיקָּרוֹ בִּכְלַל הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה, דְּתָנֵי לֵוִי: הַכֹּל הָיוּ בִּכְלַל הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה, וַאֲפִילּוּ בַּעַל מוּם מֵעִיקָּרוֹ, וְכֵן תָּנֵי לֵוִי בְּמַתְנִיתֵיהּ: וַאֲפִילּוּ חַיָּה, וַאֲפִילּוּ עוֹפוֹת, וְהָכְתִיב ״אוֹתָהּ״! קַשְׁיָא.
La Guemara discute l'avis de Rabbi Shimon dans la michna. Rav Yehouda dit que Rav dit : quelle est la raison de Rabbi Shimon, qui a dit que les animaux consacrés pour l'autel étaient inclus dans la halakha de présentation et d'évaluation — et s'ils sont morts sans rachat ils sont enterrés —, tandis que les animaux consacrés pour l'entretien du Temple ne l'étaient pas ? Le verset dit : « Et le Cohen l'évaluera, qu'il soit bon ou mauvais » (Vayikra 27, 11-12). Quel est l'objet pour lequel la halakha fait une distinction entre bon et mauvais — entre animal sans défaut et animal porteur de moum ? Tu dois dire : un animal consacré pour l'autel. Et le verset dit : « Et le Cohen l'évaluera » — ce qui sert à exclure les animaux consacrés pour l'entretien du Temple de la halakha de présentation et d'évaluation.
אָמַר רַב יְהוּדָה, אָמַר רַב: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאָמַר, קׇדְשֵׁי מִזְבֵּחַ הָיוּ בִּכְלַל הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה, קׇדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת לֹא הָיוּ? דְּאָמַר קְרָא: ״וְהֶעֱרִיךְ הַכֹּהֵן אוֹתָהּ בֵּין טוֹב וּבֵין רָע״, אֵיזֶהוּ דָּבָר שֶׁחָלוּק בֵּין טוֹב וּבֵין רָע? הֱוֵי אוֹמֵר: זֶה קׇדְשֵׁי מִזְבֵּחַ, וְאָמַר קְרָא ״אוֹתָהּ״ לְמַעוֹטֵי בֶּדֶק הַבַּיִת.
La Guemara demande : si tel est le cas — que le verset vise une consécration pour laquelle il y a une distinction entre bon et mauvais —, il aurait dû dire : et le Cohen l'évaluera entre bon et mauvais, pour indiquer que cette distinction est faite. L'expression « qu'il soit bon ou mauvais » indique que les deux types ont la même halakha — comme le prétendent les Sages. La Guemara conclut : cela pose difficulté pour l'avis de Rabbi Shimon.
אִי הָכִי, ״בֵּין טוֹב לְרָע״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! קַשְׁיָא.
La Guemara soulève une objection aux avis de Rabbi Yoḥanan et de Reish Lakish à partir d'une baraïta : pour des animaux consacrés morts, s'ils étaient sans défaut, ils ne sont pas rachetés et doivent être enterrés ; s'ils étaient porteurs de moum, ils peuvent être rachetés. Dans quel cas cet énoncé est-il dit ? Pour des animaux consacrés pour l'autel. Mais pour des animaux consacrés pour l'entretien du Temple — qu'ils soient sans défaut ou porteurs de moum —, ils doivent être enterrés. Tel est l'avis des Sages.
מֵיתִיבִי: מֵתוּ תְּמִימִין — יִקָּבְרוּ, וּבַעֲלֵי מוּמִין — יִפָּדוּ. בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים? בְּקׇדְשֵׁי מִזְבֵּחַ, אֲבָל בְּקׇדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת — בֵּין תְּמִימִין בֵּין בַּעֲלֵי מוּמִים יִקָּבֵרוּ.
Rabbi Shimon dit : tant dans le cas où les animaux morts étaient consacrés pour l'autel que dans celui où ils étaient consacrés pour l'entretien du Temple — s'ils étaient sans défaut, ils doivent être enterrés ; s'ils étaient porteurs de moum, ils peuvent être rachetés. C'est apparemment une réfutation concluante de l'énoncé de Rabbi Yoḥanan, d'après la première clause de la baraïta — car Rabbi Yoḥanan estime que selon les Sages, tant les animaux consacrés pour l'autel que ceux consacrés pour l'entretien du Temple sont inclus dans la halakha de présentation et d'évaluation et sont enterrés s'ils sont morts.
רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אֶחָד קׇדְשֵׁי מִזְבֵּחַ וְאֶחָד קׇדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת, תְּמִימִים — יִקָּבְרוּ, בַּעֲלֵי מוּמִין — יִפָּדוּ. תְּיוּבְתָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן מֵרֵישָׁא!
La Guemara répond que Rabbi Yoḥanan pourrait te dire : de quoi traitons-nous ici ? D'un animal qui était porteur de moum dès le départ. Dans un tel cas, les Sages règlent que l'animal n'était pas inclus dans la halakha de présentation et d'évaluation et est donc racheté s'il meurt. Mais un animal consacré qui a développé un moum ensuite et est mort doit être enterré.
אָמַר לָךְ רַבִּי יוֹחָנָן: הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן? בְּבַעַל מוּם מֵעִיקָּרוֹ.