Mais Rabbi Yirmeya n'a-t-il pas dit cette décision à propos de terrains profanes, et Rabbi Yona l'a-t-il dit à propos de biens consacrés — et tous deux l'ont dit au nom de Rabbi Yoḥanan : ils ne sont pas soumis aux halakhot d'exploitation lorsque l'écart est d'un sixième, mais ils sont soumis à l'annulation de la transaction lorsque l'écart est plus grand. Si tel est le cas, selon l'avis de Rabbi Yona, Rabbi Yoḥanan maintient que lorsque l'écart entre la valeur et le paiement est supérieur à un sixième, la transaction est annulée par la Torah. Mais alors, pourquoi Rabbi Yoḥanan règle-t-il ici que ce n'est que par une ordonnance rabbinique qu'il doit calculer la différence et en payer la valeur ?
וְהָאָמַר רַבִּי יִרְמְיָה אַקַּרְקָעוֹת דְּחוּלִּין, וְרַבִּי יוֹנָה אָמַר אַהֶקְדֵּשׁוֹת, תַּרְוַויְיהוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן אָמְרִי: אוֹנָאָה אֵין לָהֶן, בִּיטּוּל מִקָּח יֵשׁ לָהֶם!
La Guemara répond : en réalité, ils divergent dans un cas d'annulation de transaction, c'est-à-dire lorsque l'écart est supérieur à un sixième, et il faut inverser l'attribution des avis : l'avis précédemment attribué à Rabbi Yoḥanan est en réalité celui de Reish Lakish, et l'avis attribué à Reish Lakish est la décision de Rabbi Yoḥanan.
לְעוֹלָם אַבִּיטּוּל מִקָּח, וְאֵיפוֹךְ.
La Guemara demande : mais comment peux-tu dire qu'il faut inverser ? Cela s'accorde bien selon celui qui dit que Rabbi Yoḥanan estime que les biens consacrés ne sont pas soumis aux halakhot d'exploitation si l'écart entre la valeur et le paiement est d'un sixième, mais qu'ils sont soumis à l'annulation de la transaction si l'écart est supérieur à un sixième. Selon cet avis — celui de Rabbi Yona —, il est d'autant plus évident que les terrains sont soumis à l'annulation si l'écart est supérieur à un sixième.
וּמִי מָצֵית אָמְרַתְּ אֵיפוֹךְ? הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר אַהֶקְדֵּשׁוֹת, וְכׇל שֶׁכֵּן אַקַּרְקָעוֹת.
Mais selon celui qui a dit que Rabbi Yoḥanan estime que seuls les terrains sont soumis à l'annulation si l'écart est supérieur à un sixième, tandis qu'à propos des biens consacrés il n'y a pas d'annulation de transaction — c'est-à-dire Rabbi Yirmeya —, comment peut-il inverser l'attribution de cet avis et prétendre que Rabbi Yoḥanan maintient qu'il doit payer la différence de valeur par la Torah ?
אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר אַקַּרְקָעוֹת, אֲבָל הֶקְדֵּשׁוֹת אֵין לָהֶן בִּיטּוּל מִקָּח, הֵיכִי אֵיפוֹךְ לְהָא?
Rabbi Yirmeya dit : selon mon avis, n'inverse pas l'attribution des avis de Rabbi Yoḥanan et de Reish Lakish. Autrement dit, Rabbi Yoḥanan maintient qu'il doit payer la différence de valeur par une ordonnance rabbinique. Cela est cohérent avec la décision de Rabbi Yirmeya selon laquelle Rabbi Yoḥanan estime qu'il n'y a pas d'annulation de transaction dans le cas des biens consacrés. Seul Rabbi Yona inverserait l'attribution des avis de Rabbi Yoḥanan et de Reish Lakish pour que l'avis de Rabbi Yoḥanan soit cohérent avec son énoncé, cité par Rabbi Yona, selon lequel il y a annulation de transaction dans le cas des biens consacrés.
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: לָא תֵּיפוֹךְ.
Dirons-nous qu'ils divergent à propos d'un énoncé de Shmouel, car Shmouel a dit : un bien consacré valant cent dinars [maneh] qu'on a désacralisé en transférant sa sainteté vers une pièce valant une perouta est désacralisé. Puisque les biens consacrés ne sont pas soumis à l'annulation de transaction, ils sont désacralisés par une somme d'argent de n'importe quelle valeur. La suggestion est que Rabbi Yona n'est pas d'avis que la halakha suit la décision de Shmouel, et que Rabbi Yirmeya est d'avis que la halakha suit la décision de Shmouel.
לֵימָא בְּדִשְׁמוּאֵל קָא מִיפַּלְגִי, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: הֶקְדֵּשׁ שָׁוֶה מָנֶה שֶׁחִילְּלוֹ עַל שָׁוֶה פְּרוּטָה מְחוּלָּל. דְּרַבִּי יוֹנָה לֵית לֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל, וְרַבִּי יִרְמְיָה אִית לֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל.
La Guemara rejette cette suggestion : non ; ce Sage comme celui-là est d'avis que la halakha suit la décision de Shmouel. La différence entre eux est que Rabbi Yona estime que lorsque Shmouel a énoncé sa halakha, il parlait d'une désacralisation accomplie après coup, mais il n'a pas dit qu'on peut le faire dès l'origine ; et Rabbi Yirmeya estime que Shmouel règle qu'il est permis de désacraliser un bien consacré avec une somme d'argent de n'importe quelle valeur, même dès l'origine.
לָא, בֵּין דְּמָר וּבֵין דְּמָר — אִית לֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל, דְּרַבִּי יוֹנָה סָבַר: כִּי אָמַר שְׁמוּאֵל — דִּיעֲבַד, אֲבָל לְכַתְּחִלָּה לָא אָמַר, וְרַבִּי יִרְמְיָה סָבַר: אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה.
Si tu veux, dis plutôt, concernant la dispute entre Reish Lakish et Rabbi Yoḥanan : en réalité, n'inverse pas l'attribution de leurs avis respectifs. En fait, ils divergent à propos d'un écart d'un sixième, et Reish Lakish estime qu'il faut payer la différence de valeur par la Torah. Et quant à ce qui pose une difficulté à l'égard de l'avis de Reish Lakish — qu'il est enseigné dans la michna — voici des matières qui ne sont pas soumises aux halakhot d'exploitation : les esclaves, les documents, les terrains et les biens consacrés, ce qui indiquerait qu'il faut payer la différence de valeur par une ordonnance rabbinique — cette Michna doit être comprise selon l'explication de Rav Ḥisda.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא, לְעוֹלָם לָא תֵּיפוֹךְ, וּדְקָא קַשְׁיָא לָךְ מַתְנִיתִין ״אֵלּוּ דְּבָרִים... הֶקְדֵּשׁוֹת״ — כִּדְרַב חִסְדָּא.
Car Rav Ḥisda a dit : que signifie la formule « ne sont pas soumis aux halakhot d'exploitation » ? Cela signifie qu'ils ne sont pas soumis aux principes ordinaires d'exploitation ; des halakhot plus rigoureuses s'appliquent dans ces cas. Car même si l'écart est inférieur à la mesure de l'exploitation — c'est-à-dire inférieur à un sixième —, on peut revenir sur la transaction ; et dans le cas des biens consacrés, il doit payer la valeur de l'écart.
דְּאָמַר רַב חִסְדָּא: אֵין לָהֶן אוֹנָאָה — אֵינָן בְּתוֹרַת אוֹנָאָה, דַּאֲפִילּוּ פָּחוֹת מִכְּדֵי אוֹנָאָה חוֹזֵר.
§ Concernant un cas où il y avait un écart entre la valeur estimée d'un bien et sa valeur réelle, et où l'on doit verser la différence au trésor du Temple, Oulla dit : les Sages ont dit qu'il faut verser la valeur de l'écart au trésor du Temple seulement si la valeur du bien consacré avait été initialement estimée par seulement deux personnes, et qu'ensuite trois autres personnes déterminèrent que le bien consacré valait davantage. Mais dans un cas où la valeur du bien consacré avait été initialement estimée par trois personnes, comme l'exige la halakha, et que ce montant fut versé au trésor du Temple, même si ensuite cent personnes vinrent et estimèrent la valeur du bien consacré à un montant plus élevé, on n'a pas à rendre l'écart de valeur au trésor du Temple.
אָמַר עוּלָּא: לָא אָמְרוּ אֶלָּא בְּשָׁמוּי בִּתְרֵי, אֲבָל בְּשָׁמוּי בִּתְלָתָא, וְאַף עַל גַּב דְּאָתֵי בְּמֵאָה — לָא הָדַר.
La Guemara demande : est-ce bien ainsi ? Mais Rav Safra n'a-t-il pas dit : où avons-nous dit la règle selon laquelle cent témoins valent comme deux témoins, et deux témoins valent comme cent témoins ? Ce principe s'applique spécifiquement à la matière du témoignage. Mais en matière d'estimations, nous suivons la majorité des avis. Si tel est le cas, dans le cas d'Oulla, on devrait suivre l'estimation des cent personnes et verser l'écart au trésor du Temple.
אִינִי? וְהָאָמַר רַב סָפְרָא: הֵיכָא אָמְרִינַן מְאָה כִּתְרֵי וּתְרֵי כִּמְאָה? לְעִנְיַן עֵדוּת, אֲבָל לְעִנְיַן אוּמְדָּנָא — בָּתַר דֵּעוֹת אָזְלִינַן.
Et de plus, même dans un cas où trois personnes avaient initialement estimé la valeur du bien consacré, et où ensuite trois autres personnes estimèrent le bien consacré à une valeur plus élevée, ne suivons-nous pas l'estimation ultérieure ? N'existe-t-il pas un principe selon lequel le trésor des biens consacrés a toujours l'avantage ?
וְתוּ תְּלָתָא וּתְלָתָא, לָא אָזְלִינַן בָּתַר בָּתְרָא? דְּיַד הֶקְדֵּשׁ עַל הָעֶלְיוֹנָה!